Sivotre candidature est retenue, aprĂšs enquĂȘte de moralitĂ© et visite mĂ©dicale, vous bĂ©nĂ©ficiez dâune formation de trois mois. Ce dispositif vous permet au bout dâune annĂ©e, de passer
GardienDe La Paix - Brigade De Protection De La Famille, Direction De La SĂ©curitĂ© De ProximitĂ© De L'agglomĂ©ration Parisienne (DSPAP) Bonjour, Oui, le fait que l'enquĂȘte de
Lecadet de la RĂ©publique, bĂ©nĂ©ficie dâun dispositif intĂ©grant la formation Ă lâemploi dâadjoint de sĂ©curitĂ© (ADS) et dâune prĂ©paration Ă un concours spĂ©cifique de gardien de la paix. Ce programme se dĂ©roule sur une annĂ©e scolaire (septembre Ă aoĂ»t) en alternance entre un lycĂ©e professionnel, structure de formation et un
Lecentre de formation ne peut prĂ©juger ni du rĂ©sultat de l'enquĂȘte de moralitĂ© menĂ©e par les services de l'Ătat ni de l'aptitude des candidats qui est Ă©valuĂ©e par un mĂ©decin agréé par l'Institution. Objectifs de la formation . Une fois reçu au concours le/la laurĂ©at(e) sera nommĂ© Ă©lĂšve gardien de la paix dans un Ă©tablissement de formation de la police nationale. Le candidat
Lecadet de la RĂ©publique, bĂ©nĂ©ficie dâun dispositif intĂ©grant la formation Ă lâemploi dâadjoint de sĂ©curitĂ© et dâune prĂ©paration Ă un concours spĂ©cifique de gardien de la paix. Ce programme se dĂ©roule sur une annĂ©e scolaire (septembre Ă aoĂ»t) en alternance entre lycĂ©e professionnel, structure de formation et services de
KMw87b. SociĂ©tĂ© La police des polices a placĂ© en garde Ă vue un gardien de la paix en poste Ă Bondy soupçonnĂ© de renseigner un rĂ©seau de trafiquants de drogue. Un gardien de la paix en poste Ă Bondy a Ă©tĂ© interpellĂ© par la police des polices pour offre, cession et dĂ©tention de stupĂ©fiants. © AFP/FRED TANNEAU Les bĆufs-carottes parisiens ont dĂ©boulĂ© ce mardi matin au commissariat de Bondy Seine-Saint-Denis dans le cadre d'une enquĂȘte prĂ©liminaire ouverte par le parquet de Bobigny. Selon nos informations, le gardien de la paix a Ă©tĂ© interpellĂ© pour offre, cession et dĂ©tention de stupĂ©fiants. Il aurait sympathisĂ© avec une complice du rĂ©seau de trafiquants qui l'aurait ensuite sĂ©duit. Ă sa demande, le fonctionnaire est soupçonnĂ© d'avoir consultĂ© des fichiers de police, notamment celui concernant les immatriculations. Le policier est soupçonnĂ© sur la base de dĂ©clarations anonymes. Alors que sa garde Ă vue se poursuit, des sources proches de l'enquĂȘte indiquent que les Ă©lĂ©ments en possession de l'IGPN n'ont pas permis Ă ce stade d'Ă©tayer les accusations. Il devrait ĂȘtre remis en libertĂ© sans ĂȘtre dĂ©fĂ©rĂ© ni a fortiori mis en examen. Ce n'est pas la premiĂšre fois qu'un fonctionnaire de police est mis en cause pour une infraction liĂ©e au trafic de stupĂ©fiants. En 2013, une policiĂšre de Seine-Saint-Denis avait Ă©tĂ© relevĂ©e de ses fonctions pour avoir renseignĂ© son petit ami dealer sur les filatures dont il faisait l'objet. Elle identifiait les vĂ©hicules censĂ©s le suivre. Je m'abonne Tous les contenus du Point en illimitĂ© Vous lisez actuellement Trafic de drogue un policier interpellĂ© en Seine-Saint-Denis 1 Commentaire Commenter Vous ne pouvez plus rĂ©agir aux articles suite Ă la soumission de contributions ne rĂ©pondant pas Ă la charte de modĂ©ration du Point.
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[1] == Commission dâenquĂȘte internationale sur les allĂ©gations de violations des droits de lâhomme en CĂŽte dâIvoireModifier ĂlĂ©ment de la liste Ă pucesĂlĂ©ment de la liste numĂ©rotĂ©eGrand texteTexte en exposant == Rapport de la Commission dâenquĂȘte internationale sur les allĂ©gations de violations des droits de lâhomme en CĂŽte dâIvoire 25 mai 2004 Commission dâenquĂȘte internationale sur les allĂ©gations de violations des droits de lâhomme en CĂŽte dâIvoire Rapport sur la situation des droits de lâhomme en RĂ©publique de CĂŽte dâIvoire depuis le 19 septembre 2002 jusquâau 15 octobre 2004 conformĂ©ment aux dispositions de lâannexe VI de lâAccord de Linas-Marcoussis et Ă la DĂ©claration du prĂ©sident du Conseil de SĂ©curitĂ© du 25 mai 2004 PRST/2004/17 IntroductionModifier Le prĂ©sent rapport a Ă©tĂ© Ă©tabli conformĂ©ment aux dispositions du document intitulĂ© Termes de rĂ©fĂ©rence ». La mĂ©thodologie qui a prĂ©sidĂ© Ă cet effet est exposĂ©e au chapitre III. ConformĂ©ment Ă son mandat, la Commission a procĂ©dĂ© Ă des investigations approfondies aussi bien sur lâensemble du territoire de la CĂŽte dâIvoire que dans les pays limitrophes. La Commission a cru bon dâagir ainsi, afin dâĂȘtre mieux Ă mĂȘme de sâapprocher des prĂ©occupations qui animent tant les Ivoiriens que la communautĂ© internationale, et qui tendent Ă connaĂźtre la vĂ©ritĂ© dans la mesure du possible sur les Ă©vĂ©nements qui se sont dĂ©roulĂ©s en CĂŽte dâIvoire Ă partir du 19 septembre 2002 en vertu de la compĂ©tence ratione temporis du mandat de la Commission. Cette dĂ©marche sâexplique en outre par le souci de la Commission de mettre Ă la disposition des instances internationales compĂ©tentes, politiques mais surtout judiciaires Ă©ventuelles, un instrument susceptible de permettre de se faire une opinion claire quant Ă la participation de certaines personnes ou groupes de personnes Ă la perpĂ©tration des actes que la Commission a considĂ©rĂ©s comme Ă©tant constitutifs de violations graves des droits de lâhomme, du droit international humanitaire ou ceux relatifs aux crimes contre lâhumanitĂ©. Un tel document pourrait ainsi servir de base aux incriminations et aux poursuites Ă©ventuelles devant la justice internationale. En effet, pour les raisons exposĂ©es dans le rapport, la Commission estime que lâappareil judiciaire ivoirien nâest pas, Ă lâheure actuelle, en mesure de fonctionner de façon adĂ©quate, impartiale et en toute indĂ©pendance. Le rapport se compose de 12 chapitres Introduction I ; Objectifs de la mission II ; MĂ©thodologie III ; Contexte gĂ©ographique, sociopolitique et Ă©conomique des Ă©vĂ©nements survenus en CĂŽte dâIvoire IV ; Violations des droits de lâhomme V ; Administration de la justice VI ; Violations du droit international humanitaire VII ; Implications des pays limitrophes et autres dans la crise ivoirienne VIII ; ResponsabilitĂ©s IX ; Actions menĂ©es par la Commission X ; Conclusions XI ; Recommandations XIICes chapitres sont suivis de deux types dâannexes. Les premiĂšres se composent de documents de rĂ©fĂ©rence gĂ©nĂ©rale dont tout lecteur du rapport pourrait prendre connaissance; les secondes sont constituĂ©es de documents confidentiels non accessibles au public il sâagit dâune part de la liste des tĂ©moins entendus et dâautre part de celle des personnes que la Commission a considĂ©rĂ©es comme ayant commis les plus graves violations des droits de lâhomme, du droit international humanitaire ou des crimes contre lâhumanitĂ©. GenĂšse de la CommissionModifier A la suite des Ă©vĂ©nements qui ont eu lieu en CĂŽte dâIvoire le 19 septembre 2002, les acteurs politiques ivoiriens se sont rĂ©unis Ă Marcoussis sous les auspices de la France et de lâOrganisation des Nations Unies, de lâUnion africaine, de la CommunautĂ© Ă©conomique des Ătats dâAfrique de lâOuest et de lâOrganisation internationale de la francophonie. Câest Ă cette occasion quâils ont invitĂ© la communautĂ© internationale Ă instituer une Commission dâenquĂȘte. En effet, lâannexe VI point 2 de lâAccord de Linas-Marcoussis dispose le gouvernement de rĂ©conciliation nationale demandera la crĂ©ation dâune Commission internationale qui diligentera des enquĂȘtes et Ă©tablira les faits sur toute lâĂ©tendue du territoire national afin de recenser les cas de violation graves des droits de lâhomme et du droit international humanitaire depuis le 19 septembre 2002 ». La requĂȘte dâinstituer une telle Commission a Ă©tĂ© rĂ©itĂ©rĂ©e par le prĂ©sident de la RĂ©publique de CĂŽte dâIvoire, Laurent Gbagbo, dans plusieurs correspondances envoyĂ©es au SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de lâONU. Mandat, durĂ©e et activitĂ©s de la CommissionModifier Le mandat de la Commission est spĂ©cifiĂ© dans le dispositif du paragraphe 3 de lâannexe VI des Accords de Linas-Marcoussis ainsi que dans les Termes de rĂ©fĂ©rence » Ă©laborĂ©s par le Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de lâHomme. Le premier volet du mandat de la Commission est mentionnĂ© au point 3 de lâannexe VI des Accords de Linas-Marcoussis. Il dispose que sur le rapport de la Commission internationale dâenquĂȘte, le gouvernement de rĂ©conciliation nationale dĂ©terminera ce qui doit ĂȘtre portĂ©s devant la justice pour faire cesser lâimpunitĂ© ». Le mandat confĂ©rĂ© Ă la Commission est explicitĂ© dans les Termes de rĂ©fĂ©rence » en son paragraphe 2. Selon cette disposition, la Commission aura pour missions a. dâenquĂȘter sur les allĂ©gations de violations graves des droits de lâhomme et du droit international humanitaire commises sur tout le territoire de la CĂŽte dâIvoire depuis le 19 septembre 2002. b. dâĂ©tablir les faits et les circonstances de la perpĂ©tration de ces violations et dans la mesure du possible, dâidentifier leurs auteurs. c. dâĂ©largir les enquĂȘtes sur les allĂ©gations de ces violations Ă des pays voisins en cas de Ă la durĂ©e de sa mission, il est prĂ©vu au point 1 des Termes de rĂ©fĂ©rence » Ă©voquĂ©s ci-dessus, que la Commission rĂ©alisera ses activitĂ©s dans une durĂ©e de trois mois ». Afin de mener Ă bien ses activitĂ©s, la Commission a eu la possibilitĂ© de se dĂ©ployer effectivement sur lâensemble du territoire de la CĂŽte dâIvoire y compris dans la partie qui se trouve sous le contrĂŽle des Forces Nouvelles. La Commission sâest aussi rendue dans quelques pays voisins de la CĂŽte dâIvoire au cours des deux mois passĂ©s sur le terrain. Il sâagit du Burkina Faso, du Mali, du Ghana et du Liberia. Le choix de ces pays a Ă©tĂ© justifiĂ© par la prĂ©sence dâIvoiriens qui ont fui les zones de combat dans leur pays et ont naturellement cherchĂ© refuge Ă lâĂ©tranger. Par ailleurs, ce choix sâexplique par la prĂ©sence dans ces pays des natifs fuyant aussi les zones de combats ou cherchant Ă se soustraire dâexactions de toutes sortes dont ils Ă©taient victimes en CĂŽte dâIvoire. Faute de temps, la GuinĂ©e nâa pas pu ĂȘtre visitĂ©e. Les rĂ©percussions de la crise ivoirienne sur les pays voisins ont aussi dĂ©terminĂ© le choix des Ătats visitĂ©s. Toutefois, le dĂ©placement dâAccra a Ă©tĂ© souhaitĂ© par le prĂ©sident de la RĂ©publique de ce pays, en sa qualitĂ© de prĂ©sident en exercice de la CommunautĂ© Ă©conomique et de dĂ©veloppement des Ătats dâAfrique de lâOuest CEDEAO et eu Ă©gard au rĂŽle majeur que cette organisation sous-rĂ©gionale a jouĂ© dans la rĂ©solution des crises qui secouent lâAfrique de lâOuest. Composition de la CommissionModifier Selon les dispositions II des Termes de rĂ©fĂ©rence », la Commission sera composĂ©e de cinq experts indĂ©pendants de haute qualification et moralitĂ©, disposant dâune expertise reconnue dans le domaine des droits de lâhomme et du droit international humanitaire et, de prĂ©fĂ©rence dâune connaissance approfondie de la rĂ©gion et de ses problĂšmes. Lâexigence de reprĂ©sentation Ă©quilibrĂ©e des sexes sera dĂ»ment prise en compte ». ConformĂ©ment Ă la disposition I, 1 des Termes de rĂ©fĂ©rence », le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de lâhomme a nommĂ© en qualitĂ© de membres de la Commission les personnalitĂ©s ci-aprĂšs Madame Fatimata Mbaye Mauritanie, avocate ; Madame Radhia Nasraoui Tunisie, avocate ; Monsieur GĂ©rard Balanda Mikuin Leliel RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo professeur dâUniversitĂ© et avocat ; Monsieur Almiro Rodrigues Portugal, ancien juge au Tribunal pĂ©nal international pour lâex-Yougolavie ; Monsieur Aref Mohamed Aref Djibouti, 14 juillet 2004, Ă GenĂšve, la Commission a Ă©lu son prĂ©sident et un vice-prĂ©sident, respectivement le Professeur GĂ©rard Balanda et Madame Radhia Nasraoui. Elle a Ă©galement examinĂ© et adoptĂ© son rĂšglement intĂ©rieur. Objectifs de la missionModifier Contribuer Ă la recherche de la vĂ©ritĂ©Modifier Les enquĂȘtes telles que spĂ©cifiĂ©es dans la partie du prĂ©sent rapport consacrĂ©e Ă la mĂ©thodologie devraient, de lâavis de la Commission et, conformĂ©ment aux vĆux maintes fois rĂ©pĂ©tĂ©s devant elle par les Ivoiriens, contribuer Ă la recherche de la vĂ©ritĂ© quant aux Ă©vĂ©nements qui se sont produits en CĂŽte dâIvoire depuis le 19 septembre 2002 jusquâĂ la date du dĂ©pĂŽt du rapport de la Commission le 15 octobre 2004. Constituer un instrument de travail utileModifier La Commission a tenu Ă faire un document utile de peur de voir le prĂ©sent rapport passer pour une pure analyse et donc avoir simplement un caractĂšre descriptif. En effet, conformĂ©ment au dispositif 3 de lâannexe VI de lâAccord de Linas-Marcoussis sur le rapport de la Commission, le gouvernement de rĂ©conciliation nationale dĂ©terminera ce qui doit ĂȘtre portĂ© devant la justice pour faire cesser lâimpunitĂ© ». Une telle utilitĂ© suppose comme le souligne le paragraphe 2 b des Termes de rĂ©fĂ©rence » non seulement dâĂ©tablir les faits et les circonstances de leur perpĂ©tration, mais, dans la mesure du possible, dâen identifier les auteurs ». Câest donc Ă dessein que la Commission sâest employĂ©e Ă mener ses enquĂȘtes de façon trĂšs approfondie auprĂšs des personnes qui ont occupĂ© une place centrale dans les Ă©vĂ©nements tombant dans le champ de son mandat. De mĂȘme, la Commission a tenu Ă vĂ©rifier systĂ©matiquement le contenu de certains tĂ©moignages importants susceptibles de permettre la mise en cause ou Ă disculper la responsabilitĂ© de certaines personnalitĂ©s sur qui pesaient des rumeurs quant Ă leur participation directe ou indirecte, individuelle ou collective dans les assassinats ou des actes de torture, de viol ou dâautres formes de violations graves des droits de lâhomme, du droit international humanitaire et des crimes contre lâhumanitĂ©. La Commission a ainsi jugĂ© nĂ©cessaire de donner un tel Ă©clairage dans un chapitre intitulĂ© et consacrĂ© Ă la responsabilitĂ©. Une telle tĂąche combien dĂ©licate a cependant Ă©tĂ© menĂ©e dans le seul souci de vĂ©ritĂ©. La mĂȘme quĂȘte de dĂ©couverte de la vĂ©ritĂ© a abouti Ă la dĂ©couverte de nouveaux sites dâexactions ou dâinhumation collective. Cela a notamment conduit la Commission Ă proposer dâĂ©tablir une distinction entre les charniers et les lieux dâexĂ©cutions sommaires et extra judiciaires. En effet, dans le vocabulaire courant, le vocable charnier prĂȘte Ă confusion. Pour la Commission, il y a lieu de distinguer entre charniers et dâautres lieux qui contiendraient des restes des ĂȘtres humains. Ă cet effet, la Commission qualifie de charniers uniquement des lieux oĂč des exĂ©cutions sommaires ou extra judiciaires ont Ă©tĂ© perpĂ©trĂ©es et oĂč des ĂȘtres humains ont Ă©tĂ© collectivement ensevelis. Lâexpression fosses communes est, dans le cadre du prĂ©sent rapport, rĂ©servĂ©e aux lieux dâinhumation collective des corps ou des restes humains. De tels enterrements ont en effet Ă©tĂ© pratiquĂ©s par des autoritĂ©s publiques ou par des organismes humanitaires tels que les agents du CICR, de la Croix Rouge Nationale ou par ceux du Croissant Rouge pour des raisons dâhygiĂšne ou afin dâĂ©viter la propagation des Ă©pidĂ©mies. La mĂȘme prĂ©occupation dâapprofondir la collecte des donnĂ©es a amenĂ© la Commission Ă visiter les hĂŽpitaux, les morgues et les cimetiĂšres, Ă se doter de photos ou Ă rechercher des preuves Ă©crites, sonores ou audio-visuelles. Cela est reflĂ©tĂ© dans la mĂ©thodologie qui a Ă©tĂ© suivie par la Commission. Contribuer aux efforts de rĂšglement de la crise ivoirienne, au retour de la paix et Ă la rĂ©unification du paysModifier Câest en disant et recherchant la vĂ©ritĂ© que le travail de la Commission pourra seulement apporter sa modeste contribution parmi les efforts visant au rĂšglement de la crise ivoirienne et plus singuliĂšrement au retour rapide de la paix et Ă la rĂ©unification du pays. Mettre fin Ă lâimpunitĂ© et Ă lâirresponsabilitĂ©Modifier De tels objectifs de la mission de la Commission peuvent Ă long terme, contribuer Ă mettre progressivement fin Ă lâimpunitĂ© et Ă lâirresponsabilitĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©es qui caractĂ©risent la CĂŽte dâIvoire depuis les violences dont ce pays a Ă©tĂ© le long terme Ă©galement, ces objectifs pourraient constituer des ingrĂ©dients indispensables Ă la restauration de lâĂtat de droit en CĂŽte dâIvoire. Tout Ătat de droit a parmi ses piliers majeurs lâadministration de la justice. Câest donc Ă juste titre que les parties signataires des accords de Linas-Marcoussis ont dĂ©clarĂ© au paragraphe 3 de la disposition VI de lâannexe audit Accord que grĂące au rapport de la Commission internationale dâenquĂȘte, le gouvernement de rĂ©conciliation nationale dĂ©terminera ce qui doit ĂȘtre portĂ© devant la justice pour faire cesser lâimpunitĂ©. Câest aussi Ă bon droit que les signataires de lâAccord de Marcoussis ont unanimement dĂ©clarĂ© condamner particuliĂšrement les actions des escadrons de la mort et de leurs commanditaires ainsi que les auteurs dâexĂ©cutions sommaires sur lâensemble du territoire et que les auteurs et complices de ces activitĂ©s devront ĂȘtre traduits devant la justice pĂ©nale internationale ». MĂ©thodologieModifier La Commission a commencĂ© ses travaux le 12 juillet 2004 Ă GenĂšve et a Ă©laborĂ© son rĂšglement intĂ©rieur comme il se doit ĂȘtre en pareille situation le 14 juillet 2004. Sources documentairesModifier Au cours des rĂ©unions organisĂ©es par le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de lâhomme les 12, 13 et 14 juillet 2004, la Commission a eu des sessions dâinformation notamment sur la situation politique en CĂŽte dâIvoire et les aspects sĂ©curitaires. Avant son dĂ©part en CĂŽte dâIvoire, la Commission a rencontrĂ© des membres du corps diplomatique accrĂ©ditĂ©s en CĂŽte dâIvoire ainsi que des reprĂ©sentants des ONGs. Elle a obtenu une documentation du Haut Commissariat sur la crise en CĂŽte dâIvoire notamment les rapports dâautres commissions dâenquĂȘte envoyĂ©es dans ce pays. Sur le terrain et dans les pays limitrophes, la Commission a obtenu un nombre important de documents des MinistĂšres, des organisations nationales et internationales, des organisations humanitaires, des partis politiques, des tĂ©moins et victimes. Il sâagit de documents Ă©crits, de photos, de cassettes sonores et audiovisuelles. La Commission tient Ă signaler, cependant, quâune grande partie de la documentation dont elle dispose lui a Ă©tĂ© remise les derniers jours et mĂȘme au moment oĂč elle sâapprĂȘtait Ă quitter la CĂŽte dâIvoire. Collecte des informations par voie de tĂ©moignagesModifier Le 15 juillet 2004, la Commission sâest rendue en CĂŽte dâIvoire oĂč elle a passĂ© deux mois. Durant cette pĂ©riode, elle a entendu des centaines de tĂ©moins et de victimes de violations des droits de lâhomme ou du droit international humanitaire. Elle a Ă©galement recueilli des tĂ©moignages indirects de parents, amis ou voisins qui ont assistĂ© Ă des violations ou en ont eu connaissance. En plus des tĂ©moignages individuels, la Commission a eu des tĂ©moignages collectifs de membres dâassociations et de rĂ©seaux dont les activitĂ©s sont en rapport avec son mandat. Visite des sites et lieuxModifier Afin dâaccomplir sa mission, la Commission ne se sâest pas contentĂ©e des tĂ©moignages. Elle sâest rendue pratiquement dans tous les lieux et sites qui lui ont Ă©tĂ© signalĂ©s notamment les charniers, les fosses communes, les lieux dâexĂ©cutions sommaires et les cimetiĂšres, plus particuliĂšrement dans les rĂ©gions du Nord, de lâOuest et du Centre Ouest. La Commission a pu dĂ©couvrir de nouveaux charniers essentiellement Ă Man, Ă Korhogo, Ă BouakĂ©, Ă Toulepleu, Ă Blolequin, Ă Bangolo, Ă Vavoua et Ă Yamoussoukro. Elle a Ă©tĂ© assistĂ©e au cours de ces visites par la Police civile des Nations Unies CIVPOL. La Commission regrette cependant de nâavoir pas visitĂ© les sites Ă Monoko-Zohi, PĂ©lĂ©zi et Zouan-Hounien pour des raisons indĂ©pendantes Ă sa volontĂ©. Elle a toutefois obtenu de nombreux tĂ©moignages et documents sur les Ă©vĂšnements qui sây sont produits. La Commission a Ă©galement visitĂ© des hĂŽpitaux afin de recueillir des tĂ©moignages de victimes de violations ou de sâentretenir avec des mĂ©decins et des autres membres du personnel hospitalier. La Commission a visitĂ© plusieurs morgues aussi bien Ă Abidjan que dans les autres villes de la CĂŽte dâIvoire. Elle a pu de la sorte obtenir et vĂ©rifier des informations relatives Ă des assassinats ou des tueries des personnes dont les dĂ©pouilles se trouvaient Ă ces endroits. La visite des prisons et lieux de dĂ©tention a permis Ă la Commission de sâentretenir sans tĂ©moin avec des prisonniers et des dĂ©tenus et de connaĂźtre ainsi les conditions de vie dans ces cette fin, la Commission sâest notamment rendue Ă la MACA Maison dâarrĂȘt et de correction dâAbidjan, MAMA Maison dâarrĂȘt militaire dâAbidjan, et les lieux de dĂ©tention de la Direction de surveillance du territoire DST et de la police judiciaire Ă Abidjan. Au Nord, elle a visitĂ© notamment les prisons de BouakĂ©, de Man, de Korhogo, de Boundiali, et dâOdiĂ©nnĂ©. Il en est de mĂȘme des autres lieux de dĂ©tention. Ă Ouagadougou, la Commission a eu lâoccasion de visiter la prison centrale et de sâentretenir sans tĂ©moin avec un dĂ©tenu dont la situation avait Ă©tĂ© portĂ©e Ă sa connaissance. La Commission a eu lâoccasion de visiter des camps militaires, de gendarmerie et de police. Elle a pu obtenir des informations et des tĂ©moignages sur les Ă©vĂšnements importants qui sây sont dĂ©roulĂ©s. En raison de lâimportance de la question des rĂ©fugiĂ©s et des dĂ©placĂ©s de guerre, de leur nombre et des problĂšmes quâils posent, la Commission sâest rendue Ă©galement dans ces camps et a pu recueillir des tĂ©moignages qui lui ont permis de se rendre compte des conditions de vie dans ces lieux. Le mandat de la Commission a Ă©galement nĂ©cessitĂ© le dĂ©placement dans certains pays limitrophes, le Burkina-Faso, le Mali, le LibĂ©ria et le Ghana. Le sĂ©jour dans ces pays a durĂ© dix jours et a permis Ă la Commission de vĂ©rifier lâimplication de certains de ces pays dans la crise en CĂŽte dâIvoire, de recueillir des tĂ©moignages de victimes, de rĂ©fugiĂ©s, et de visiter certains lieux. Elle a pu ainsi vĂ©rifier des informations sur des allĂ©gations de violations graves des droits de lâhomme et du droit international humanitaire. Les institutions rencontrĂ©es en CĂŽte dâIvoire et dans les pays limitrophesModifier La Commission a rencontrĂ© les institutions dont la nature ou lâactivitĂ© est en rapport avec son mandat. Il sâagit des institutions officielles, dâautres institutions et organisations et de la sociĂ©tĂ© civile. Toutes ces institutions, par leur engagement et observations, ont fourni Ă la Commission beaucoup dâinformations, documentation et tĂ©moignages. En CĂŽte dâIvoireModifier Les institutions officiellesModifier La Commission a Ă©tĂ© reçue Ă deux reprises par le prĂ©sident Laurent Gbagbo. Elle a Ă©galement Ă©tĂ© reçue par le Premier ministre et a eu des sĂ©ances de travail avec les ministres dont les services sont en rapport avec son mandat. Il sâagit notamment du ministre des Affaires Ă©trangĂšres, de la DĂ©fense, de la Justice, de la SĂ©curitĂ© interne, de lâAdministration territoriale et de la RĂ©conciliation nationale. La Commission sâest Ă©galement entretenue avec le prĂ©sident du Parlement et celui du Conseil Ă©conomique et social. Avant son dĂ©part de la CĂŽte dâIvoire, elle a eu un entretien avec la PremiĂšre Dame, Simone Gbagbo. Dâautres institutions et organisationsModifier La Commission a rencontrĂ©, Ă Abidjan plus dâune fois, les reprĂ©sentants des Forces Nouvelles FAFN et leur comitĂ© directeur conduit par le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Forces Nouvelles Guillaume Soro. En outre, des responsables civils et militaires des Forces nouvelles ont Ă©tĂ© rencontrĂ©s Ă Man, Korhogo, BouakĂ©, Boundiali, OdiĂ©nnĂ© et Ferkessedougou. La Commission a Ă©tĂ© reçue par les partis politiques suivants avec lesquels elle a eu des Ă©changes de vue sur les questions relatives Ă son mandat Union pour la dĂ©mocratie et la paix en CĂŽte dâIvoire UDPCI ; Parti dĂ©mocratique de CĂŽte dâIvoire PDCI ; Rassemblement des rĂ©publicains RDR ; Front populaire ivoirien FPI ; Parti ivoirien des travailleurs PIT ; Mouvement des forces de lâavenir MFA et Parti communiste rĂ©volutionnaire de CĂŽte dâIvoire PCRCI.Des rĂ©unions ont Ă©tĂ© Ă©galement organisĂ©es avec les rois traditionnels, les notables et les chefs coutumiers dâune part par respect aux traditions africaines et dâautre part afin de faciliter le travail de la Commission auprĂšs des populations dĂ©pendant de ces autoritĂ©s. De plus, la Commission sâest entretenue avec les reprĂ©sentants des confessions religieuses. Les reprĂ©sentants du systĂšme des Nations Unies et notamment le ReprĂ©sentant spĂ©cial du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies en CĂŽte dâIvoire et au LibĂ©ria ont reçu la Commission, lui ont fourni informations et documentations utiles. De mĂȘme, les agences humanitaires ont collaborĂ© avec la Commission en sensibilisant les tĂ©moins Ă se prĂ©senter devant elle. La Commission a estimĂ© utile dâavoir des entretiens avec les Forces de la Licorne et les observateurs militaires de lâONU compte tenu de leur prĂ©sence sur le terrain depuis une pĂ©riode relativement longue. Elle les a rencontrĂ© plus dâune fois et dans les rĂ©gions oĂč ces forces sont dĂ©ployĂ©es. La sociĂ©tĂ© civileModifier La Commission a rencontrĂ© les reprĂ©sentants des organisations et associations de la sociĂ©tĂ© civile ; il en a notamment Ă©tĂ© ainsi pour Association pour la dĂ©fense des droits de lâhomme ADDH ; Mouvement ivoirien des droits de lâdomme MIDH ; Action pour la protection des droits de lâhomme APDH ; FĂ©dĂ©ration de lâorganisation de la sociĂ©tĂ© civile pour la paix ; RĂ©seau des intellectuels ivoiriens ; Coalition de la sociĂ©tĂ© civile pour la paix et le dĂ©veloppement en CĂŽte dâIvoire ; Coordination des mouvements des Ivoiriens du Nord de la CĂŽte dâIvoire COMIN-CI ; FĂ©dĂ©ration nationale des victimes de la guerre en CĂŽte dâIvoire ; Association des Maliens de CĂŽte dâIvoire ; Association des BurkinabĂ©s en CĂŽte dâIvoire ; Collectif des victimes des 25 et 26 Mars 2004 ; ComitĂ© des victimes de guerre de BouakĂ© ; Conseil dâaction humanitaire musulman en CĂŽte dâIvoire CAHMCI ; Conseil national Islamique ; Association des imans COSIM ; Forum religieux supĂ©rieur ; Forum religieux ; Forum national sur la dette et la pauvretĂ© ; Groupe dâĂ©tudes et de recherches sur la dĂ©mocratie et le dĂ©veloppement GERDDES-CI ; West African Network for Peace Building section ivoirienne WANEP-CI ; Union des patriotes pour la libĂ©ration totale de la CĂŽte dâIvoire ; RĂ©seau ivoirien des organisations fĂ©minines ; Vision et action des femmes africaines contre la guerre VAFAG ; Organisation des femmes actives de CĂŽte dâIvoire OFACI ; Femmes net CI ; Promotion et santĂ© de la femme PROSAF ; RĂ©seau des femmes ministres et parlementaires REFAMP-CI ; FĂ©dĂ©ration des femmes entrepreneurs ; Organisation des femmes dâEburnie pour la paix FEFEDES-CI/OFEP ; Alliance de la jeunesse ; FĂ©dĂ©ration estudiantine et scolaire de CĂŽte dâIvoire FESCI et Association gĂ©nĂ©rale des Ă©lĂšves et Ă©tudiants de CĂŽte dâIvoire AGEECI.Dans les pays limitrophesModifier Au Burkina-Faso, au Mali et au LibĂ©ria, la Commission a eu des sĂ©ances de travail avec les instances gouvernementales. Au Burkina-Faso et au Mali, elle a rencontrĂ©, particuliĂšrement des rĂ©fugiĂ©s, des victimes de guerre en CĂŽte dâIvoire et leurs reprĂ©sentants. Dans les pays limitrophes, la Commission a Ă©galement rencontrĂ© des reprĂ©sentants du systĂšme des Nations Unies, des agences humanitaires ainsi que ceux de la sociĂ©tĂ© civile. Par contre, le voyage de la Commission au Ghana, programmĂ© Ă la demande du prĂ©sident John Kuefor et en raison du rĂŽle jouĂ© par ce pays dans la rĂ©solution de la crise en CĂŽte dâIvoire et dans la sous-rĂ©gion a Ă©tĂ© inutile. En effet, le prĂ©sident Kuefor et plusieurs de ses ministres Ă©taient absents Ă la date prĂ©vue. Quant aux reprĂ©sentants du systĂšme onusien, ils Ă©taient en congĂ© hebdomadaire ! CoopĂ©ration avec la CommissionModifier La Commission a bĂ©nĂ©ficiĂ© de la coopĂ©ration des diffĂ©rentes parties en CĂŽte dâIvoire malgrĂ© les difficultĂ©s rencontrĂ©es. Le prĂ©sident Gbagbo a signĂ© un document invitant toutes les autoritĂ©s, les institutions et administrations publiques Ă fournir Ă la Commission toute la documentation nĂ©cessaire et de lui permettre dâaccĂ©der Ă tous les lieux sans restriction. Il a mis en place un comitĂ© de liaison pour collaborer avec la Commission. Celle-ci a eu plusieurs rĂ©unions avec ce comitĂ©. Dans la rĂ©gion du Nord, les Forces Nouvelles ont Ă©galement dĂ©livrĂ© Ă la Commission un document demandant Ă toutes les parties de lui permettre de circuler librement et dâaccomplir sa mission dans de bonnes conditions. Ă cet effet, la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision des Forces Nouvelles Ă BouakĂ© a diffusĂ© un communiquĂ© appelant les populations Ă tĂ©moigner devant la Commission des violations des droits de lâhomme et du droit humanitaire international, quelque soit les responsables de ces violations ! DifficultĂ©s rencontrĂ©esModifier Au cours de sa mission, la Commission a Ă©prouvĂ© des difficultĂ©s quâelle estime nĂ©cessaire de mentionner dans le prĂ©sent rapport. Contour du mandat et gestion du tempsModifier La Commission nâa pas eu pleine information sur les contours de son mandat. Elle aurait souhaitĂ© passer plus de temps Ă GenĂšve avant de se rendre en CĂŽte dâIvoire pour se prĂ©parer Ă mieux apprĂ©hender la situation du pays concernĂ© par lâenquĂȘte. Ni sa mission, ni le temps qui lui a Ă©tĂ© accordĂ© sur le terrain et pour la rĂ©daction de son rapport nâont Ă©tĂ© dĂ©finis de maniĂšre prĂ©cise. Cela a beaucoup perturbĂ© son travail. Exigences de confidentialitĂ© et protection des tĂ©moinsModifier Au cours de sa mission aussi bien en CĂŽte dâIvoire au Nord et au Sud que dans les pays limitrophes, la Commission a constatĂ© Ă quel point certains tĂ©moins Ă©taient terrorisĂ©s. Ils nâosaient pas la contacter par crainte de reprĂ©sailles de toutes les parties. Ă Abidjan, certains tĂ©moins ont exprimĂ© clairement leur refus de se prĂ©senter dans les locaux de la Banque Mondiale oĂč siĂ©geait la Commission ou dans la rĂ©sidence Sainte-Anne oĂč elle sâest installĂ©e les premiers temps. La prĂ©sence constante de personnes inconnues » Ă ces endroits dĂ©courageait certains tĂ©moins. Cela a poussĂ© la Commission Ă dĂ©mĂ©nager dans un lieu susceptible de mieux garantir lâanonymat et la protection des tĂ©moins. Dâautres tĂ©moins se sont prĂ©sentĂ©s mais hĂ©sitaient Ă parler en toute libertĂ© craignant des reprĂ©sailles du cĂŽtĂ© du gouvernement pour certains et du cĂŽtĂ© des Forces Nouvelles pour dâautres. Consciente de ce problĂšme, la Commission a toujours insistĂ© au dĂ©but de toutes les rĂ©unions et contacts que son travail se base sur la confidentialitĂ© et que les noms ne peuvent ĂȘtre divulguĂ©s ni dâailleurs les donnĂ©es susceptibles de permettre Ă en identifier la source. RĂšgles de sĂ©curitĂ©Modifier Les rĂšgles de sĂ©curitĂ© imposĂ©es Ă la Commission ne concordaient pas avec la nature de ses activitĂ©s consistant essentiellement Ă mener des enquĂȘtes. Bien que nĂ©cessaire, le respect des dites rĂšgles a parfois bloquĂ© le travail de la Commission dont les membres ne pouvaient se dĂ©placer discrĂštement pour contacter les tĂ©moins spĂ©cialement ceux qui avaient peur de se prĂ©senter. En effet, les rĂšgles de sĂ©curitĂ© en vigueur sont en contradiction avec la discrĂ©tion exigĂ©e par lâactivitĂ© dâenquĂȘte et surtout avec le principe selon lequel la protection des tĂ©moins commence bien avant leur tĂ©moignage. Cette position de la Commission a Ă©tĂ© corroborĂ©e par le fait quâaprĂšs son dĂ©part et plus prĂ©cisĂ©ment le lundi 4 octobre 2004, quatre personnes travaillant comme gardiens chez Alassane Dramane Ouattara dont certains ont tĂ©moignĂ© dans les locaux de la Banque Mondiale ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s et torturĂ©s. Trois dâentre eux ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s alors que le quatriĂšme Bandolo Jean Marc, a Ă©tĂ© tuĂ© par les agents de sĂ©curitĂ© qui lâont jetĂ© dans la lagune alors quâil Ă©tait trĂšs affaibli, selon les survivants. Un autre tĂ©moin avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă Abidjan au moment oĂč la Commission Ă©tait encore dans le pays. Il a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© suite Ă lâintervention de la Commission. La Commission estime ainsi quâil y a lieu dâadapter les rĂšgles de sĂ©curitĂ© en vigueur au travail dâenquĂȘte. Dissimulation de la vĂ©ritĂ©Modifier Lâintention de dissimuler certains faits ou certaines preuves a Ă©tĂ© claire chez certaines parties aussi bien dans le Sud que dans le Nord, ce qui nâa pas facilitĂ© la tĂąche de la Commission. Certains tĂ©moins sont venus devant la Commission donner des informations dans lâespoir dâobtenir en contre partie une protection leur permettant de quitter le pays. Contexte gĂ©ographique, socio-politique et Ă©conomiqueModifier Au niveau sous-rĂ©gionalModifier Depuis plus de 20 ans, la sous-rĂ©gion ouest africaine connaĂźt une sĂ©rie de coups dâĂtat militaires qui ont eu des consĂ©quences nĂ©fastes sur les populations civiles et sur la gestion des affaires gouvernementales de certains pays tant sur le contexte politique quâĂ©conomique et social. Contexte politiqueModifier Lâanalyse du contexte politique gĂ©nĂ©ral de lâAfrique de lâOuest rĂ©vĂšle un tableau gĂ©opolitique assez troublant et dramatique. Cette situation chaotique trouve en grande partie ses causes dans les difficultĂ©s et les rĂ©ticences des gouvernants dâaccepter les principes du partage du pouvoir et de la dĂ©mocratie. En effet, lâaccession Ă lâindĂ©pendance de la plupart des pays africains en 1960 avait favorisĂ© la mise en place de gouvernements mimĂ©s sur le modĂšle français de la Ve RĂ©publique sans toutefois intĂ©grer le principe de la sĂ©paration des pouvoirs. Cela a eu pour consĂ©quence des revendications syndicales et politiques qui se sont souvent soldĂ©es dans la rĂ©pression et la prise du pouvoir par les juntes militaires dans plus de 13 pays sur les 16 pays ouest africains qui constituent aujourdâhui la CEDEAO. De tout temps, la sous-rĂ©gion a eu la tradition dâaccueillir des opposants politiques exilĂ©s dans les pays voisins, tels que la CĂŽte dâIvoire, le SĂ©nĂ©gal et autres, pour Ă©chapper Ă la rĂ©pression et Ă la persĂ©cution dans leur pays. La stabilitĂ© et la prospĂ©ritĂ© de ces pays avaient attirĂ© nombre dâimmigrĂ©s intellectuels mais aussi des analphabĂštes Ă la recherche dâun gagne pain. Ces flux migratoires nâont souvent pas Ă©tĂ© sans heurts, surtout au moment des crises Ă©conomiques des annĂ©es 80. A partir des annĂ©es 90, les revendications pour lâouverture Ă la dĂ©mocratie et au multipartisme se firent de plus en plus sentir. Cela a rendu la sous-rĂ©gion plus fragile, de sorte que certains experts gĂ©opoliticiens considĂ©rĂšrent lâAfrique de lâOuest comme une vĂ©ritable poudriĂšre suite aux conflits armĂ©s en Sierra Leone, au LibĂ©ria, en GuinĂ©e Bissau et Ă la succession des coups dâĂtats Ă lâexception de la CĂŽte dâIvoire de lâĂ©poque et du SĂ©nĂ©gal. La menace dâune Ă©ventuelle implosion sous-rĂ©gionale a amenĂ© le prĂ©sident François Mitterrand Ă inviter les chefs dâĂtats africains francophones au sommet de la Baule en 1990. Les consĂ©quences sont notamment le fait de chercher Ă endiguer la contestation de plus en plus violente des opposants et faire admettre aux pouvoirs en place de lĂącher du lest en instaurant un processus dĂ©mocratique et un multipartisme en Afrique. Ce consensus politique est intervenu dans un environnement socio-Ă©conomique dĂ©jĂ minĂ© par le recours au systĂšme clanique et tribaliste. Ces conflits, dont les tenants et les aboutissants ne seront pas approfondis dans ce rapport ont eu des consĂ©quences fĂącheuses dans certains pays limitrophes comme la CĂŽte dâIvoire, la GuinĂ©e Conakry, le Ghana. Lâaffluence de populations dĂ©placĂ©es et rĂ©fugiĂ©es qui se sont installĂ©es le long des frontiĂšres a permis lâĂ©mergence dâune nouvelle classe Ă©conomique et sociale. Modifier La sous-rĂ©gion a beaucoup souffert de la dĂ©gradation des conditions climatiques des annĂ©es 73 qui ont occasionnĂ© lâexode des populations des pays du Sahel et de la savane vers les pays forestiers et cĂŽtiers, notamment la CĂŽte dâIvoire, pays francophone et limitrophe de plus de cinq pays dont les Ă©conomies Ă©taient mises Ă rude Ă©preuve par les conflits. La permĂ©abilitĂ© des frontiĂšres a accentuĂ© ce flux des populations en quĂȘte de quiĂ©tude et de bien-ĂȘtre vers les pays les plus prospĂšres. Il en a rĂ©sultĂ© des situations de chocs Ă©conomiques et sociales auxquelles ni les Ătats ni les populations nâĂ©taient prĂ©parĂ©s. La production des cultures vivriĂšres et industrielles ainsi que lâexploitation des matiĂšres premiĂšres cacao, cafĂ©, coton, arachides, bois, or, diamant, pĂ©trole, etc. sont le premier motif de la ruĂ©e de plus des 2/3 des forces ouvriĂšres de la rĂ©gion vers les zones cĂŽtiĂšres et forestiĂšres. En revanche, les plans dâajustement structurel du FMI et de la Banque Mondiale, les crises Ă©conomiques et les inflations des annĂ©es 80 ont amenĂ© certains Ătats et gouvernements Ouest-Africains Ă entreprendre des politiques de limitation de la circulation des populations et des biens, avec des mesures dâexpulsion dâune grande partie de cette main-dâĆuvre ouest-africaine vers dâautres contrĂ©es plus lointaines Congo, Gabon, ex ZaĂŻre, Angola, etc. et des mesures de fermeture et de privatisation de sociĂ©tĂ©s. Pour faire face Ă cette situation, les Ătats dâAfrique de lâOuest ont créé le 15 mai 1975 la CEDEAO CommunautĂ© Ă©conomique des Ătats dâAfrique de lâOuest. Cette communautĂ© Ă©conomique comptait initialement 16 pays [1]. Lâobjectif de cette organisation consiste Ă promouvoir la coopĂ©ration et lâintĂ©gration avec, en filigrane, une politique Ă©conomique commune pouvant assurer la croissance Ă©conomique, lâamĂ©lioration du niveau de vie des populations et la promotion des relations entre les Ătats membres. LâinsĂ©curitĂ© et les conflits armĂ©s ont amenĂ© les Ătats membres de la CEDEAO Ă prendre plusieurs mesures afin dâĂ©chapper Ă la spirale des conflits internes et des coups dâĂtat et Ă ratifier un certain nombre de traitĂ©s [2]. La libĂ©ralisation du commerce, mais surtout la porositĂ© des frontiĂšres, renforcĂ©e par la prĂ©sence de part et dâautre de celles-ci des mĂȘmes groupes ethniques, voire de mĂȘmes familles sĂ©parĂ©s par la colonisation avec des frontiĂšres artificielles issues des indĂ©pendances a favorisĂ© la crĂ©ation de pactes socioculturels entre les habitants de ces pays. Les conflits ont attirĂ© toute sorte dâacteurs et ont permis lâĂ©closion dâune nouvelle Ă©conomie telle la commercialisation frauduleuse des matiĂšres premiĂšres et le trafic des armes dans la sous-rĂ©gion. Les combattants et les opposants politiques africains ont de tout temps bĂ©nĂ©ficiĂ© de la protection des pays limitrophes en tant que rĂ©fugiĂ©s ou exilĂ©s politiques. Câest ainsi que la CĂŽte dâIvoire a Ă©tĂ© pendant fort longtemps une terre dâasile pour les ressortissants Ouest-africains sans distinction aucune. Au niveau ivoirienModifier SituĂ©e sur la cĂŽte Ouest de lâAfrique, dans la partie Nord du Golfe de GuinĂ©e, la CĂŽte dâIvoire couvre une superficie de 322 500 km2. La CĂŽte dâIvoire est organisĂ©e administrativement en 18 rĂ©gions et 50 dĂ©partements. Elle partage ses frontiĂšres avec le Ghana Ă lâEst, le LibĂ©ria et la GuinĂ©e Ă lâOuest, le Mali et le Burkina Faso au Nord. Le pays est divisĂ© en zone forestiĂšre au Sud et zone de haute savane au Nord. Il compte une population de plus de 15, 9 millions avec un taux de croissance de 3, 3 % par an dont 26 % dâĂ©trangers selon le rĂ©sultat du recensement de 1998. La CĂŽte dâIvoire est un pays multiconfessionnel le Nord est majoritairement musulman et le Sud chrĂ©tien et animiste. Il est composĂ© dâune soixantaine dâethnies regroupĂ©es dont les plus connues sont * les SĂ©noufo, Dioula et MalinkĂ© ; les Gouro, BaoulĂ© et Mangoro ; les Yacoubas, Dan, BĂ©tĂ©, GuĂ©rĂ©, Wobe, Krou et Dida ; les EbriĂ©, Adiokrou, Apollonien et Abbey et les AttiĂ©, les juridiqueModifier La Constitution Ivoirienne du 23 juillet 2000, reconnaĂźt aux individus les droits et libertĂ©s quâils exercent sous le contrĂŽle de lâautoritĂ© judiciaire, sur laquelle repose la responsabilitĂ© de sauvegarder la libertĂ© individuelle et dâassurer le respect des droits fondamentaux dans les conditions prĂ©vues par la loi. Le prĂ©sident de la RĂ©publique a lâinitiative des lois dâamnistie concurremment avec lâAssemblĂ©e nationale et dispose du droit de grĂące. En outre, le pays dispose dâun corps juridique normatif capable dâoffrir Ă la sociĂ©tĂ© un minimum de protection et les garanties propres Ă un Ătat de droit mais en rĂ©alitĂ© les textes ne sont pas souvent appliquĂ©s, comme il est exposĂ© Ă la section sur lâadminstration de la justice. De plus, la CĂŽte dâIvoire a ratifiĂ© plusieurs instruments internationaux [3] en matiĂšre de droits de lâhomme, y compris les normes internationales du travail. Ensemble normatif dont la prééminence hiĂ©rarchique sur le droit interne est Ă©galement consacrĂ© par la Constitution, dont lâart. 87 prĂ©voit que Les TraitĂ©s ou Accords rĂ©guliĂšrement ratifiĂ©s ont, dĂšs leur publication, une autoritĂ© supĂ©rieure Ă celle des lois, sous rĂ©serve, pour chaque TraitĂ© ou Accord, de son application par lâautre partie. » De plus, le prĂ©ambule de la Constitution actuellement en vigueur proclame lâadhĂ©sion aux droits et libertĂ©s tels que dĂ©finis dans la DĂ©claration universelle des Droits de lâHomme de 1948 et dans la Charte africaine des Droits de lâhomme et des peuples de 1981. La Constitution en vigueur consacre Ă©galement les droits et libertĂ©s fondamentales, portant sur les droits civils, politiques, Ă©conomiques, sociaux et culturels. LâĂtat sâengage Ă prendre des mesures lĂ©gislatives ou rĂ©glementaires pour en assurer lâapplication effective. Par ailleurs, la lĂ©gislation en vigueur reconnaĂźt le droit Ă toute personne victime de violation de ses droits de recourir Ă la justice. LâĂ©tat de fonctionnement de la justice Ivoirienne est reflĂ©tĂ© dans le chapitre consacrĂ© Ă lâadministration de la justice. Cependant, les violations graves des droits de lâhomme demeurent une constante en CĂŽte dâIvoire et ce, malgrĂ© lâappareil normatif et institutionnel dont elle sâest dotĂ©e dans le but dâassurer la protection et la promotion de ces droits. De plus, depuis le dĂ©clenchement de la crise, en septembre 2002, les violations de droits de lâhomme nâont pas cessĂ© de croĂźtre dans lâensemble du territoire. LâimpunitĂ© existe et constitue un encouragement aux auteurs de ces violations. En application des dispositions de lâAccord de Linas-Marcoussis, la loi â NÂș 2004-302, du 3 mai 2004 â portant crĂ©ation dâune Commission des droits de lâhomme a Ă©tĂ© promulguĂ©e. Par ailleurs, une loi portant amnistie a Ă©galement Ă©tĂ© adoptĂ©e au dĂ©but aoĂ»t. En outre, plusieurs projets de loi adoptĂ©s par le gouvernement en janvier 2004 sont soumis Ă lâexamen actuellement de lâAssemblĂ©e Nationale. Il sâagit des lois portant sur la crĂ©ation, lâorganisation, les attributions et le fonctionnement de la Commission nationale de supervision de lâidentification CNSI ; lâobtention et la forme de la carte nationale dâidentitĂ© ; la modification du dĂ©cret portant crĂ©ation de lâOffice national dâidentification ONI ; la nomination du prĂ©sident de la Commission nationale de supervision dâidentification ; la nomination du SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Commission nationale de supervision de lâidentification. LâAssemblĂ©e Nationale examine Ă©galement un arrĂȘtĂ© portant crĂ©ation de la Commission interministĂ©rielle de mĂ©dias et son SecrĂ©tariat technique. Contexte politiqueModifier Ă lâinstar des autres pays de lâensemble Ouest-africain, la CĂŽte dâIvoire a vĂ©cu sous le monopartisme [4] depuis son accession Ă lâindĂ©pendance en 1960 et un pouvoir centralisĂ© entre les mains du prĂ©sident FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny jusquâĂ la disparition de celui-ci en 1993. Le rĂšgne de HouphouĂ«t-Boigny ne sâest pas toujours fait sans heurt avec certains membres de la classe politique qui sont entrĂ©s dans lâopposition, dont lâactuel prĂ©sident Laurent Gbagbo qui, Ă plusieurs reprises, a Ă©tĂ© en prison pour ses revendications et prises de positions politiques. Dans les annĂ©es 90 il y eut lâĂ©mergence dâune opposition organisĂ©e et dâune sociĂ©tĂ© civile trĂšs active. En 1993, une querelle de succession au pouvoir Ă©clata au sein du Parti dĂ©mocratique de la CĂŽte dâIvoire PDCI entre Henri Konan BĂ©diĂ©, alors prĂ©sident de lâAssemblĂ©e nationale et Alassane Dramane Ouattara, Premier ministre dâalors de HouphouĂ«t-Boigny. Loin de mettre un terme Ă leur diffĂ©rend, lâinvestiture de BĂ©diĂ© comme prĂ©sident de la RĂ©publique consacra plutĂŽt une rupture entre les deux hommes. Le Rassemblement dĂ©mocratique rĂ©publicain RDR est créé par Djeni Kobina [5] avec lâappui de Alassane Dramane Ouattara, qui actuellement est le leader du RDR. Chacun des deux adversaires politiques chercha Ă Ă©vincer son rival. BĂ©diĂ© inventa le premier, le concept de lâIvoiritĂ© dont il se servit contre Alassane Dramane Ouattara. Ce dernier sâalliera la sympathie des populations du Nord en majoritĂ© musulmane. Ce fĂ»t le point de dĂ©part de lâavĂšnement de ce que dâaucuns appellent le nationalisme Ă lâivoirienne ». Selon les tĂ©moignages reçus et les entretiens que la Commission a eus avec certaines personnalitĂ©s, cette question de nationalitĂ© liĂ©e Ă lâIvoiritĂ©, que dâaucuns qualifient Ă tort de faux problĂšme », a non seulement nui Ă lâunitĂ© et Ă la solidaritĂ© nationales mais aussi reflĂšte une revendication liĂ©e Ă lâaccĂšs au pouvoir politique, aux aspects Ă©conomiques, Ă la culture et Ă lâimmigration. Aux Ă©lections prĂ©sidentielles dâoctobre 1995, le FPI et le RDR, unis au sein du Front RĂ©publicain », procĂšdent Ă un boycott actif » ; Henri Konan BĂ©diĂ© est alors Ă©lu sur fond de contestation de lâopposition alimentĂ©e par la violation des libertĂ©s fondamentales et les scandales financiers, ayant comme consĂ©quence la perte de la crĂ©dibilitĂ© internationale de la CĂŽte dâIvoire. Ă la fin de son premier mandat, le prĂ©sident BĂ©diĂ© est renversĂ© par un coup dâĂtat le 24 dĂ©cembre 99 par le Robert GueĂŻ, alors colonel de son Ă©tat et chef de lâĂ©tat-major. Le 27 dĂ©cembre 99, le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ suspendit la constitution et instaura un comitĂ© national de salut public composĂ© dâofficiers et de sous-officiers des diffĂ©rents corps de lâarmĂ©e. Il forma un premier gouvernement de transition composĂ© de principaux partis politiques ayant pour objectifs dâassurer la sĂ©curitĂ© des personnes et des biens, restaurer lâautoritĂ© de lâĂtat et crĂ©er les conditions nĂ©cessaires Ă lâinstauration dâune dĂ©mocratie, en vue de lâorganisation dâĂ©lections libres et transparentes permettant le retour Ă une vie constitutionnelle normale ». TrĂšs vite, la transition sera minĂ©e par un laisser-aller et lâarbitraire de certains Ă©lĂ©ments des forces armĂ©es. La contradiction gagna lâintĂ©rieur du CNSP ComitĂ© national de salut public et le crĂ©dit du gouvernement militaire sâeffrita sur un fond de rĂ©pression et de violences arrestations, torture, exĂ©cutions, disparitions, etc.. Devant cette nouvelle situation, le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ opĂ©ra un remaniement ministĂ©riel le 18 mai 2000, et le RDR qui faisait partie de cette transition quitta le gouvernement en gelant sa participation au sein des Commissions de la transition [6]. Ce dĂ©part ne changea rien dans le calendrier rĂ©fĂ©rendaire du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ malgrĂ© les contestations, les campagnes rĂ©fĂ©rendaires sur la nouvelle constitution se focalisĂšrent sur les conditions dâĂ©ligibilitĂ© Ă la magistrature suprĂȘme. Le projet de constitution, bien que trĂšs hautement contestĂ©, fut adoptĂ© le 24 juillet 2000 Ă la majoritĂ© de 86 % des voix [7]. Cette constitution entra en vigueur le 1er aoĂ»t 2000. En octobre 2000, la Cour suprĂȘme saisie de la candidature aux prĂ©sidentielles par 19 partis politiques en rejeta 14 dont celle dâAlassane Dramane Ouattara, candidat du RDR en dĂ©clarant celui-ci non Ă©ligible au motif quâil ne remplissait pas tous les critĂšres de la nationalitĂ©. Le PDCI parti du prĂ©sident BĂ©diĂ© dĂ©savoua publiquement la dĂ©cision de la Cour suprĂȘme et le RDR demanda un boycott passif » des Ă©lections prĂ©sidentielles. Lâexclusion du PDCI et du RDR du scrutin Ă©branla sĂ©rieusement lâunitĂ© nationale, mais aussi souleva la dĂ©sapprobation de la communautĂ© internationale tant africaine OUA que les Nations Unies. AprĂšs les Ă©lections mouvementĂ©es du 22 octobre 2000, chacun des deux principaux candidats Robert GueĂŻ et Laurent Gbagbo se dĂ©clarant vainqueur, des Ă©meutes Ă©clatĂšrent. Les partisans de Gbagbo et tous ceux qui Ă©taient contre le rĂ©gime militaire sâopposĂšrent aux partisans de Robert GueĂŻ. AprĂšs la fuite du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ dans son village natal, des divergences apparurent entre les manifestants. Certains clamĂšrent que le processus Ă©lectoral Ă©tait viciĂ© et quâil fallait le reprendre, tandis que pour dâautres, il fallait tout simplement consacrer la victoire de Laurent Gbagbo. Le premier groupe Ă©tant pour la plupart composĂ© de militants et sympathisants du RDR et donc dâAlassane Dramane Ouattara dont la candidature avait Ă©tĂ© rejetĂ©e, a Ă©tĂ© combattu par les partisans de Laurent Gbagbo. Ces affrontements causĂšrent des centaines de morts, des disparitions et toute une autre sĂ©rie de violations de droits de lâhomme. En dĂ©cembre 2000, la candidature dâAlassane Dramane Ouattara est Ă nouveau invalidĂ©e par la Cour suprĂȘme pour nationalitĂ© douteuse ». Ses partisans organisĂšrent des manifestations qui sont rĂ©primĂ©es par les forces de sĂ©curitĂ©s aidĂ©es par les partisans du rĂ©gime. Une sĂ©rie de violations graves des droits de lâhomme sâen suivit [8]. Câest dans cette atmosphĂšre crispĂ©e que Laurent Gbagbo arriva au pouvoir. DĂšs son investiture, son premier souci fut dâorganiser un forum pour la rĂ©conciliation nationale en octobre et dĂ©cembre 2001, mais les rĂ©sultats furent diversement interprĂ©tĂ©s par les Ivoiriens. En dĂ©pit de la mise en place dâun gouvernement dâouverture », une rĂ©bellion armĂ©e Ă©clata le 19 septembre 2002 simultanĂ©ment dans les principales villes du pays, Abidjan, BouakĂ©, Korhogo et Man. Cette rĂ©bellion eut pour consĂ©quences des assassinats politiques, de nouvelles disparitions et la division du pays en deux zones le Nord contrĂŽlĂ© par les rebelles ; le Sud et le Sud-Est par le gouvernement. De nouvelles violations massives des droits de lâhomme et du droit international humanitaire dĂ©cembre 2003 et janvier, mars, avril, juin et juillet 2004 sont constatĂ©es par tous les observateurs ; elles sont reflĂ©tĂ©es dans le chapitre V du rapport.. Compte tenu de leur importance sur la situation politique du pays et de leurs consĂ©quences au regard des droits de lâhomme, la Commission a jugĂ© opportun de donner dans ce contexte un Ă©clairage particulier des Ă©vĂšnements des 18 et 19 septembre 2002 et leur qualification. EvĂ©nements des 18 et 19 septembre 2002Modifier Le 18 septembre 2002, le prĂ©sident de la RĂ©publique se trouvait en visite officielle en Italie. Le ministre dâĂtat et ministre de lâIntĂ©rieur et de la DĂ©centralisation dâalors, Emile Boga Doudou est rentrĂ© Ă Abidjan, vers 18h30, venu de Paris. Ayant appris quâune attaque Ă©tait imminente, il a fait prendre quelques mesures conservatoires Ă la suite dâune sĂ©ance de travail organisĂ©e dâurgence. Vers 3h00 du matin, des coups de feu ont Ă©tĂ© entendus un peu partout dans la ville dâAbidjan. Vers 3h20, des coups de feu ont Ă©tĂ© tirĂ©s au domicile du ministre de la dĂ©fense dâalors, Lida Kouassi. Les assaillants ont pris son Ă©pouse et ses enfants en otage et les ont amenĂ© vers le camp Agban, pendant que le ministre est restĂ© cachĂ© chez lui. Le domicile de Lida Kouassi a Ă©tĂ© attaquĂ© par une personne dont lâidentitĂ© a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e Ă la Commission. Des tĂ©moins ont aussi reconnu, parmi les attaquants du camp Agban, dâautres personnes, dont lâidentitĂ© a Ă©tĂ© aussi rĂ©vĂ©lĂ©e Ă la Commission. Aux environs de 4h du matin, la rĂ©sidence de Boga Doudou a Ă©tĂ© attaquĂ©e aux Deux Plateaux Ă Abidjan. Le ministre Boga Doudou a essayĂ© de sâĂ©chapper par la cour dâun voisin, mais les attaquants lây ont trouvĂ© et lâont abattu par trois balles de type projectiles de fusils dâassaut. Un peu plus tard, le camp Agban et lâĂ©cole de la Gendarmerie ainsi que le camp de la Brigade anti-Ă©meute BAE ont Ă©tĂ© attaquĂ©s et aprĂšs de durs combats, ces unitĂ©s ont pu repousser les agresseurs. Comme consĂ©quence, il y a eu beaucoup de morts parmi les civils et les militaires. Vers 7h10, un dĂ©tachement a rĂ©cupĂ©rĂ© le corps inanimĂ© de Boga Doudou pour lâamener Ă la prĂ©sidence, oĂč Lida Kouassi avait pris la situation en mains et avait commencĂ© Ă organiser lâarmĂ©e pour passer Ă lâattaque, le prĂ©sident Ă©tant en Italie et le Premier ministre introuvable. Vers 9h00, le Vicaire gĂ©nĂ©ral de lâarchevĂȘchĂ© a appelĂ© Lida Kouassi pour dire que des militaires portant des bĂ©rets rouges, Ă©taient venus Ă la cathĂ©drale et voulaient y entrer sous le prĂ©texte quâil cachait le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ et quâil ne voulait pas que les militaires violent lâespace de la cathĂ©drale. Câest dans cette ambiance et peu aprĂšs que Lida Kouassi a appris que le corps de GueĂŻ avait Ă©tĂ© retrouvĂ© prĂšs de la Polyclinique Pisam. Le 19 septembre 2002, dans lâaprĂšs midi, Lida Kouassi a fait quelques tours des casernes des policiers pour leur apporter soutien et rĂ©confort moral. Vers 19h30, Lida Kouassi apprend que sa femme avait Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e. Il apprend aussi la mort de Boga Doudou par le biais du commandant de la BEA Ă qui il a donnĂ© lâordre de dĂ©placer le corps jusquâĂ la rĂ©sidence du prĂ©sident de la RĂ©publique. Par la suite, deux autres ministres les auraient rejoints Ă la rĂ©sidence du prĂ©sident de la RĂ©publique. Câest en prĂ©sence de ces ministres que le corps de Boga Doudou serait arrivĂ©. Ils auraient pu voir que son visage Ă©tait intact mais tout son thorax Ă©tait criblĂ© de balles. Vingt minutes plus tard, Lida Kouassi aurait appris la mort du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ par lâintermĂ©diaire dâun groupe de soldats. Il Ă©tait environ 9h30 ou 9h45 du matin, alors que Lida Kouassi se trouvait en compagnie de journalistes. Ces derniers, en compagnie du groupe de soldats, seraient allĂ©s voir le corps du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ et auraient confirmĂ© sa mort ainsi que celle de son aide de camp et de ses deux gardes du corps. Câest dans la journĂ©e que Lida Kouassi aurait appris la mort de Rose GueĂŻ qui serait survenue suite Ă une balle logĂ©e dans la tĂȘte et aussi la mort de Fabien Coulibaly. Vers 8h00, lâAmbassadeur dâAllemagne aurait appelĂ© Lida Kouassi pour annoncer quâAlassane Dramane Ouattara, son Ă©pouse et dâautres personnes, avaient trouvĂ© refuge chez lui et quâil nâavait pas les moyens de les protĂ©ger et quâil craignait pour leur vie. Lida Kouassi a fait son premier discours Ă la nation le 19 septembre 2002 vers 10h00. Au moment oĂč il dĂ©crivait les faits il y avait encore des combats. De mĂȘme, lâancien prĂ©sident BĂ©diĂ© aurait Ă©galement appelĂ© Lida Kouassi pour lui indiquer quâil se cacherait Ă la rĂ©sidence de lâAmbassadeur de Belgique. Le prĂ©sident Laurent Gbagbo aurait tĂ©lĂ©phonĂ© vers 16h00 pour annoncer quâil Ă©tait Ă lâaĂ©roport de Rome et quâil voulait rentrer au pays. Lida Kouassi lui aurait conseillĂ© dâattendre, car la ville dâAbidjan nâĂ©tait pas encore totalement sĂ©curisĂ©e. Lida Kouassi aurait pris des mesures pour sĂ©curiser la piste jusquâĂ lâarrivĂ©e du prĂ©sident de la RĂ©publique, le 20 septembre 2002 vers 20 00 h. Qualification des Ă©vĂ©nements des 18 et 19 septembre 2002Modifier Le matin du 19 septembre 2002, une des questions de Lida Kouassi, et qui Ă ce jour est encore celle de communautĂ© ivoirienne, Ă©tait de savoir si le gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ serait lâauteur du coup dâĂtat. Ă cet effet, il a reçu des informations contradictoires selon lesquelles le gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ serait dans la forĂȘt de Banko, prĂȘt Ă lancer une offensive avec un groupe de rebelles ; dâautres le situaient Ă sa rĂ©sidence et, enfin, le vicaire de la cathĂ©drale a appelĂ© Lida Kouassi pour lui dire quâil y avait des militaires qui voulaient fouiller la cathĂ©drale Ă la recherche du gĂ©nĂ©ral Commission a une idĂ©e prĂ©cise sur la nature de ces Ă©vĂ©nements quâelle qualifie de tentative de coup dâĂtat ». Ă cet effet, elle fonde son opinion sur le fait que les Ă©vĂ©nements susvisĂ©s se soient produits simultanĂ©ment le mĂȘme jour, presque au mĂȘme moment Ă des endroits diffĂ©rents et Ă©loignĂ©s, Abidjan, BouakĂ©, Man et Korhogo, prouvant ainsi lâexistence dâune organisation mĂ©ticuleusement prĂ©parĂ©e et bien coordonnĂ©e. Des tĂ©moignages dignes de foi ont Ă©tabli que le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ nâavait pas les moyens pour mener une telle entreprise Ă©tant donnĂ© que peu de temps avant les Ă©vĂ©nements susvisĂ©s, il se trouvait retranchĂ© depuis longtemps dans son village Ă Ngouesso. Et pour vivre, il a sollicitĂ© une aide financiĂšre dâun de ses intimes. Par ailleurs et selon dâautres tĂ©moignages, en se rendant seul Ă la cathĂ©drale dâAbidjan comme il lâa fait pour y trouver refuge, le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ nâavait aucune force militaire derriĂšre lui. La Commission a appris que quelques jours aprĂšs la mort du gĂ©nĂ©ral, certains membres de sa famille proche auraient Ă©tĂ© contraints Ă venir lire Ă la tĂ©lĂ©vision ivoirienne un communiquĂ© rĂ©digĂ© Ă lâavance et dans lequel il leur Ă©tait demandĂ© de reconnaĂźtre la responsabilitĂ© du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ dans les Ă©vĂ©nements et de dĂ©savouer le MPIGO, un autre mouvement rebelle qui venait de naĂźtre. La Commission a recueilli de nombreux tĂ©moignages confirmant ce genre de harcĂšlement des membres des familles des personnalitĂ©s qui nâavaient pas la faveur du rĂ©gime. La Commission a Ă©cartĂ© lâhypothĂšse du soulĂšvement des mutins suite au mĂ©contentement des Zinzins et des BahoufouĂ©s ». Cette rĂ©volte ne pouvait pas, Ă partir dâAbidjan, embraser tout le pays quand bien mĂȘme les tenants de cette thĂšse allĂšguent lâutilisation des moyens de communication modernes. Les insurgĂ©s nâĂ©taient pas aussi nombreux et ne disposaient pas des moyens pour planifier et coordonner lâopĂ©ration. Reste lâhypothĂšse du rĂšglement de compte entre les caciques du pouvoir. Cette hypothĂšse nâest pas soutenable car lâantagonisme et la rivalitĂ© supposĂ©s entre lesdits caciques nâauraient fait quâune seule victime, le ministre Boga Doudou, et tentĂ© de liquider Lida Kouassi, Alassane Dramane Ouattara et dâautres personnalitĂ©s politiques de milieux divers. Cela dĂ©montrerait que le problĂšme ne serait pas aussi gĂ©nĂ©ralisĂ© pour constituer un drame politique devant dĂ©boucher sur lâĂ©croulement du rĂ©gime en faveur dâun camp. La question de la responsabilitĂ© des auteurs de la tentative de ce putsch est examinĂ©e dans le chapitre consacrĂ© Ă cette matiĂšre. ArrĂȘt des hostilitĂ©s et nĂ©gociations des accordsModifier Les diffĂ©rents Ă©vĂ©nements importants que la CĂŽte dâIvoire a connu depuis les journĂ©es critiques et sanglantes des 18 et 19 septembre 2002 et tous les autres qui sont signalĂ©s au chapitre V du prĂ©sent rapport et lesquels sont caractĂ©risĂ©s par des actes de violence, de tortures, de tueries, de meurtres et des assassinats, etc. constituent des violations des droits de lâhomme ou du droit international humanitaire voire des crimes contre lâhumanitĂ©. De tels actes nâont pas laissĂ© la communautĂ© internationale indiffĂ©rente car ce sont les populations innocentes qui en ont le plus souffert. Câest ainsi que plusieurs initiatives ont Ă©tĂ© prises en vue de mettre un terme aux hostilitĂ©s. Câest dans ce contexte gĂ©nĂ©ral de la nĂ©cessitĂ© de retour Ă la paix en CĂŽte dâIvoire quâil faudrait replacer les diffĂ©rentes nĂ©gociations entre les principaux acteurs politiques aux cĂŽtĂ©s des belligĂ©rants. Les chefs dâĂtat africains comme europĂ©ens, les responsables des organisations internationales telles lâOrganisation des Nations Unies, lâUnion Africaine, la CEDEAO, lâUnion EuropĂ©enne ou lâOrganisation internationale de la francophonie se sont aussi mobilisĂ©s au chevet du grand malade quâest la CĂŽte dâIvoire. Câest ainsi quâeurent lieu les accords successifs de LomĂ©, de Linas-Marcoussis et ceux dâAccra, dont le troisiĂšme Ă©pisode sâest dĂ©roulĂ© le 29 juillet 2004. Afin de rendre effectif lâarrĂȘt des hostilitĂ©s, il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© dâĂ©tablir entre les belligĂ©rants une zone tampon dite de confiance » qui divise actuellement la CĂŽte dâIvoire en deux parties. Le long de cette ligne qui passe Ă la hauteur de BouakĂ© en traversant tout le pays pour atteindre Man, Toulepleu et DananĂ© vers le Nord, se trouvent des positions des contingents des Forces de la Licorne et ceux placĂ©s sous lâautoritĂ© de lâOpĂ©ration des Nations Unies en CĂŽte dâIvoire ONUCI. Les nĂ©gociations qui ont conduit Ă la conclusion de lâaccord dâAccra III diffĂšrent de la plupart de celles qui ont Ă©tĂ© menĂ©es auparavant par le fait de compter principalement parmi les initiateurs, des chefs dâĂtat africains de la sous-rĂ©gion et dâAfrique centrale. Lâaccord dâAccra III a rĂ©affirmĂ© la substance de lâAccord de Linas-Marcoussis dont lâapplication sâĂ©tait quelque peu essoufflĂ©e Ă cause de divergences quant Ă lâinterprĂ©tation de certaines dispositions de lâaccord signĂ© Ă Paris sous les auspices du gouvernement français. Une des dispositions de lâaccord dâAccra III prĂ©voit le dĂ©sarmement des forces des parties belligĂ©rantes. La date de dĂ©marrage de cette opĂ©ration a Ă©tĂ© fixĂ©e au 15 octobre 2004. DĂ©sarmementModifier Comme dit ci-avant, le dĂ©sarmement des forces des parties belligĂ©rantes ivoiriennes est un des acquis importants de lâaccord dâAccra III. Malheureusement, peu aprĂšs la signature dudit accord, des sons divergents ont dâores et dĂ©jĂ Ă©tĂ© entendus, principalement en ce qui concerne lâinterprĂ©tation de lâarticle 35 de la Constitution quant Ă lâutilisation des pouvoirs spĂ©ciaux du prĂ©sident de la RĂ©publique pour modifier un tel texte. Un autre point de la controverse consiste Ă savoir si le dĂ©sarmement est inconditionnel ou non. Lâautre point controversĂ©e trouve sa source dans la nature des forces devant ĂȘtre dĂ©sarmĂ©es, dĂ©mobilisĂ©es et faire lâobjet de rĂ©insertion Ă©ventuelle. De telles opĂ©rations concerneraient-elles aussi les forces dites loyalistes » ou devraient-elles se limiter aux forces des ex-rebelles ? Pour rendre efficient le dĂ©sarmement en CĂŽte dâIvoire, lâon devrait aussi prendre en compte les dimensions sous-rĂ©gionales des problĂšmes que plusieurs pays voisins Ă la CĂŽte dâIvoire connaissent. Ces problĂšmes sont caractĂ©risĂ©s par des guerres dont les sĂ©quelles nâont pas entiĂšrement disparu. Le trafic dâarmes constitue un second dĂ©fi Ă la rĂ©ussite du processus du dĂ©sarmement qui devrait bientĂŽt commencer en CĂŽte dâIvoire. En effet, les sommes qui pourraient ĂȘtre proposĂ©es au titre dâincitation Ă la remise volontaire des armes en possession tant des militaires que des civils, pourraient soit garantir le succĂšs de lâopĂ©ration, soit donner lieu Ă des spĂ©culations mercantiles. Par ailleurs, le succĂšs du dĂ©sarmement en CĂŽte dâIvoire est Ă©galement tributaire du niveau de coopĂ©ration et de bonne volontĂ© des pays voisins et autres oĂč des armes circulent ou bien oĂč le soutien aux rebelles ivoiriens nâaurait pas Ă©tĂ© dĂ©finitivement retirĂ©. Les Ătats de la sous-rĂ©gion dâAfrique de lâOuest devraient en collaboration avec dâautres aussi, sâengager Ă Ă©radiquer tout ce qui, de prĂšs ou de loin, touche au mercenariat dont les effets nĂ©fastes dĂ©stabilisent lâAfrique et qui retardent considĂ©rablement le dĂ©veloppement des Ătats de ce continent. De la mĂȘme maniĂšre, la communautĂ© internationale devrait veiller au dĂ©sarmement gĂ©nĂ©ralisĂ© et systĂ©matique dans la sous-rĂ©gion et prendre toutes les mesures appropriĂ©es contre les fournisseurs qui en enfreindraient lâembargo. Modifier La CĂŽte dâIvoire a longtemps Ă©tĂ© le premier pays de lâAfrique de lâOuest Ă accueillir des immigrĂ©s venus en majoritĂ© de la sous-rĂ©gion et des autres pays africains, mais aussi de lâEurope particuliĂšrement de la France, des pays maghrĂ©bins Maroc et du Moyen-Orient Liban. Cette forte immigration Ă©tait due dâabord Ă la colonisation dont la politique sâappuyait massivement sur la main dâĆuvre des pays voisins. Cette politique fut reprise et encouragĂ©e par le prĂ©sident HouphouĂ«t-Boigny qui avait en prioritĂ© le souci de soutenir le plus possible une forte croissance Ă©conomique. Cela a donc créé une explosion migratoire de 1965 Ă 1975 avec untaux dâĂ©trangers sur le sol ivoirien de 22 % [9]. La stabilitĂ© de la CĂŽte dâIvoire et son boom Ă©conomique des annĂ©es 75 ont fait quâaujourdâhui et selon les estimations du dernier recensement de 1998, ce pays possĂšde lâun des plus forts taux mondiaux dâimmigration 26 % rĂ©partie dans le Sud, le Sud-Ouest et le centre âOuest. Longtemps, ce pays a constituĂ© un creuset de cultures et dâĂ©volution intellectuelle et ceci a eu un impact sur lâenvironnement politique, Ă©conomique et social ainsi quâau niveau international. LâĂ©conomie ivoirienne est toujours essentiellement basĂ©e sur le secteur agricole dont dĂ©pend environ 60 % de la population active et reprĂ©senterait Ă lui seul quelque 27 % du produit interne brut. Le pays est composĂ© de deux grandes zones agricoles. Le Sud, qui constitue la zone forestiĂšre et oĂč se concentrent principalement les plantations destinĂ©es Ă lâexportation cacao, cafĂ©, palmier Ă huile, hĂ©vĂ©a, cocotier, banane, ananas et des cultures vivriĂšres telles que le manioc. Le Nord, constitue une zone de savane et dont lâactivitĂ© productive est basĂ©e particuliĂšrement sur les cultures vivriĂšres maĂŻs, riz, mil, sorgho, arachide, ainsi que le coton et le sucre. Suite Ă lâeffondrement des prix des principaux produits dâexportation et le poids de la dette et malgrĂ© la reprise au cours des annĂ©es 90, le pays sâest vu confrontĂ© Ă des graves problĂšmes en raison de dĂ©rapage dans la gestion des finances publiques, les retards dans lâapplication des programmes dâajustement structurel et la rĂ©alisation de dĂ©penses extrabudgĂ©taires. Cette situation a engendrĂ© des conflits avec les institutions de Bretton Woods et lâUE, conduisant finalement Ă la privation de ressources extĂ©rieures dont lâĂ©chĂ©ance arrivait Ă terme quelques mois Ă peine avant le conflit. Sous le rĂšgne du prĂ©sident HouphouĂ«t-Boigny, toutes les communautĂ©s, tant ivoiriennes quâĂ©trangĂšres vivant en CĂŽte dâIvoire, avaient su garder des relations sociales harmonieuses et paisibles. Toutefois, ce prestige et cette harmonie ont Ă©tĂ© remis en cause par la rĂ©cession Ă©conomique des annĂ©es 1980 et par la disparition du prĂ©sident HouphouĂ«t-Boigny qui avait rĂ©gnĂ© en patriarche. Le clivage social nĂ© de cette situation sera exploitĂ© par les diffĂ©rents protagonistes politiques. DĂ©sormais, le concept de lâIvoiritĂ© introduit par Henri Konan BĂ©diĂ© Ă son arrivĂ©e au pouvoir trouve son chemin dans tous les dĂ©bats de la nation Ivoirienne. Il est fait usage de distinction entre Ivoiriens de souche et Ivoiriens de circonstance pour soutenir la thĂšse sur la nationalitĂ© et les reformes fonciĂšres. Beaucoup estiment encore que le taux Ă©levĂ© des Ă©trangers » en CĂŽte dâIvoire est un des facteurs aggravant de la crise Ă©conomique et politique du pays. Cela a créé un malaise social perceptible Ă premiĂšre vue et un rĂ©veil du sentiment dâhostilitĂ© vis-Ă -vis des Ă©trangers surtout Ă lâĂ©gard de ceux qui vivent en CĂŽte dâIvoire depuis des dĂ©cennies. DâaprĂšs des informations concordantes, certains Ivoiriens sont considĂ©rĂ©s comme Ă©trangers en raison de leur habillement, de leur parure, de leur religion ou de leur patronymie. Pris Ă partie dans le conflit ivoirien, les Ă©trangers ont Ă©tĂ© la cible des exactions dans toutes les zones de conflits. Lâaccession de Laurent Gbagbo au pouvoir a ravivĂ©, malgrĂ© sa volontĂ© dâinstaurer un gouvernement dâouverture, selon les observateurs politiques Ă©trangers et ivoiriens, la question de nationalitĂ© et dâĂ©trangers lâIvoiritĂ©, les dĂ©bats sur la constitution notamment lâarticle 35, mais surtout sur la question du foncier rural dont les consĂ©quences ont Ă©tĂ© dramatiques dans le Centre-Ouest, Ă lâOuest et le Sud-Ouest du pays. Puisant sa source notamment dans lâabsence de cadastres et de livres fonciers prĂ©cis et tenus Ă jour tant au plan national quâau niveau rĂ©gional, le problĂšme du foncier rural constituera pendant encore longtemps une cause de conflits durables. Avant 1998, les propriĂ©tĂ©s rurales nâĂ©taient pas rĂ©glementĂ©es autrement que par la tradition. Les terres Ă©taient cĂ©dĂ©es selon les rĂšgles coutumiĂšres dominĂ©es par lâoralitĂ©. Cette absence de recours Ă lâĂ©crit constitue Ă©galement une autre source de contentieux susceptible de dĂ©gĂ©nĂ©rer surtout dans un contexte qui sây prĂȘte particuliĂšrement. Ainsi, les contestataires politiques et sociaux beaucoup plus avertis sâen sont servi comme instrument politique au dĂ©triment de la population. En effet, cette loi de 1998, en substance, consacre le principe selon lequel seules les personnes ayant la nationalitĂ© Ivoirienne peuvent ĂȘtre propriĂ©taires et acheter des terres du domaine rural, bloquant ainsi la procĂ©dure traditionnelle et coutumiĂšre de transmission Ă leur descendance dâhĂ©ritage des personnes non ivoiriennes mais propriĂ©taires. La loi du 23 dĂ©cembre 1998, relative au domaine du foncier rural a encore compliquĂ© davantage une situation qui lâĂ©tait dĂ©jĂ suffisamment. En effet, cette nouvelle loi stipule en son alinĂ©a 1er que seuls lâĂtat, les collectivitĂ©s publiques et les personnes physiques ivoiriennes sont admis Ă en ĂȘtre propriĂ©taires. Il en rĂ©sulte que, sâil nây a pas de problĂšme particulier en ce qui concerne les nationaux ivoiriens, il nâen est pas de mĂȘme en ce qui concerne les Ă©trangers selon quâils ont acquis ou non la propriĂ©tĂ© avant la loi du 23 dĂ©cembre 1998. Pour les Ă©trangers ayant acquis un droit de propriĂ©tĂ© avant la loi du 23 dĂ©cembre 1998, dans la mesure oĂč cette loi ne rĂ©troagit pas leur droit de propriĂ©tĂ© leur est acquis. NĂ©anmoins ils ne pourront en aucun cas cĂ©der ces droits au profit dâun autre Ă©tranger, fut-il leur propre enfant. Ce dernier dispose dâun dĂ©lai de trois ans pour cĂ©der Ă son tour cette propriĂ©tĂ©, soit Ă lâĂtat, soit Ă une collectivitĂ© publique, soit Ă une personne physique ivoirienne article 26 de la loi. Une telle situation crĂ©e des frustrations contribuant Ă exacerber les tensions. AprĂšs la loi du 23 dĂ©cembre 1998, les Ă©trangers ne peuvent certes plus acquĂ©rir un droit de propriĂ©tĂ© sur le domaine foncier rural, mais peuvent toujours ĂȘtre locataire. NĂ©anmoins, cette situation peut ĂȘtre prĂ©caire sâil sâagit dâune terre du domaine coutumier non immatriculĂ© dans le dĂ©lai de trois ans Ă compter du certificat foncier ou mĂȘme sans certificat foncier exigĂ© Ă lâarticle 4 de la loi fonciĂšre du 23 dĂ©cembre 1998. Comme on peut le voir, cette nouvelle loi donne une importance encore plus cruciale Ă la question de la nationalitĂ© ivoirienne revendiquĂ©e par un trĂšs grand nombre de personnes, cependant que dâautres la leur contestent. Par ailleurs, un recensement de toutes les terres rurales et lâĂ©tablissement dâun cadastre national complet et Ă jour ainsi quâun livre foncier tant au niveau national quâĂ celui des collectivitĂ©s locales paraissent indispensables et urgents. Enfin, et sans que cette Ă©numĂ©ration ne soit exhaustive, lâabsence de police et dâorganes judiciaires pour arbitrer les conflits dans la plupart des rĂ©gions rurales, constitue Ă©galement une des causes de lâemploi de la violence en cas dâĂ©chec des conciliations coutumiĂšres. Aussi, dans les diffĂ©rentes nĂ©gociations faites dans lâespoir de trouver une issue Ă cette crise profonde entre les Ivoiriens, les questions constitutionnelles, de nationalitĂ© et fonciĂšre, constituent la toile de fond de tout apaisement du conflit. Avenir Ă©conomique de la CĂŽte dâIvoire dĂ©couverte de nouvelles richessesModifier Outre le cacao et le cafĂ©, dont la CĂŽte dâIvoire est respectivement le 1er et le 10e producteur mondial, produits desquels dĂ©pend plus du tiers de la population ivoirienne, le pays est aussi lâun des principaux producteurs de coton en Afrique subsaharienne. Cependant, lâactivitĂ© extractive, en particulier du pĂ©trole, du gaz, des diamants et de lâor, occupe une place importante de lâĂ©conomie. Il en va de mĂȘme pour lâindustrie agroalimentaire et la transformation des matiĂšres premiĂšres cafĂ©, cacao, blĂ©, fruits, olĂ©agineux, lâindustrie textile et celle du caoutchouc, ainsi que dâautres industries plastique, emballage, chimie, pharmacie, tabac, bois, des matĂ©riaux de construction et le tourisme. La crise dĂ©butĂ©e en septembre 2002 a portĂ© un sĂ©rieux revers Ă lâĂ©conomie ivoirienne. En effet, Ă lâexception de la production de pĂ©trole brut et de gaz, le conflit a provoquĂ© un vĂ©ritable choc sur pratiquement lâensemble des secteurs et notamment lâagriculture dâexportation. La production du cacao et du cafĂ© a souffert du dĂ©placement de la population des zones de production, tandis quâau nord, lâĂ©conomie cotonniĂšre, Ă©galement perturbĂ©e par ces mouvements forcĂ©s de population, sâest trouvĂ©e confrontĂ©e Ă des difficultĂ©s dâĂ©coulement vers les usines et les ports dâexportation au sud. Pour ce qui est dâautres activitĂ©s, telle que la production des diamants, selon certaines sources elle serait lâobjet dâun dĂ©tournement vers des zones frontaliĂšres, alors que lâextraction aurifĂšre se trouve rĂ©duite aux gisements dans la rĂ©gion sous contrĂŽle gouvernemental. En fait, les petites et moyennes entreprises, comme celles de grande capacitĂ©, sont essoufflĂ©es. Lâensemble des activitĂ©s tourne au ralenti et certaines se sont arrĂȘtĂ©es, alors quâune bonne partie des produits ne peut pas ĂȘtre Ă©vacuĂ© ou il est parfois volĂ©. Cette situation est aggravĂ©e par la pratique systĂ©matique de barrages et du racket aussi bien au sud que au nord, dont lâimpact financier se chiffrerait quotidiennement, selon diverses sources, Ă plusieurs millions de Fcfa. Une grande partie de la population, notamment au nord et Ă lâouest, qui disposait dâĂ©lectricitĂ© nâen dispose plus ou rarement. Il en est de mĂȘme pour le rĂ©seau tĂ©lĂ©phonique, les structures mĂ©dicales, Ă©ducatives, judiciaires, bancaires et autres. Le dĂ©labrement Ă©conomique sâest traduit par une dĂ©tĂ©rioration aussi sensible au sud du pays oĂč, malgrĂ© un certain dynamisme, la population se trouve de plus en plus confrontĂ©e Ă la pĂ©nurie, le chĂŽmage, lâabsence de protection sociale et de soins. La population rurale qui reprĂ©sente plus de la moitiĂ© de la population ivoirienne se trouve confrontĂ©e Ă une paupĂ©risation plus que progressive, tandis que le secteur urbain, environ 43 %, voit sa proportion de chĂŽmeurs et autres sans emploi croĂźtre progressivement. Certains estiment le taux de chĂŽmage du pays au delĂ de 30 %, mais dans certains rĂ©gions il serait encore bien plus Ă©levĂ©. La Commission a reçu des tĂ©moignages faisant Ă©tat dâĂ©lĂ©ments qui peuvent faire croire Ă un certain optimisme quant Ă lâavenir Ă©conomique de la CĂŽte dâIvoire. Il serait notamment question de dĂ©couvertes de puits de pĂ©trole [10] et que la rĂ©serve serait proche de celle du KoweĂŻt et quâainsi, la CĂŽte dâIvoire pourrait devenir le deuxiĂšme producteur africain de pĂ©trole aprĂšs le Nigeria. Au surplus, il serait question, toujours selon ces tĂ©moignages, du pĂ©trole vert », lequel serait trĂšs prisĂ©. Ă cĂŽtĂ© du pĂ©trole, on aurait Ă©galement dĂ©couvert, selon des tĂ©moignages, du gaz entre San Pedro et Sassandra, la rĂ©serve en permettrait lâexploitation pendant un siĂšcle. Dâautres ressources existeraient aussi tel lâor, les diamants outre des mĂ©taux qui sont actuellement utilisĂ©s dans la fabrication de satellites. Selon cette source, la guerre en CĂŽte dâIvoire serait liĂ©e Ă cet Ă©tat de choses et aurait pour but, soit dâempĂȘcher, ou tout au moins, certains groupes Ă profiter de lâexploitation de ces nouvelles richesses ivoiriennes, soit entretenir le dĂ©sordre dans le pays, car un tel contexte favorise lâexploitation sans contrĂŽle des produits existants. Violations des droits de lâhommeModifier Dans le prĂ©sent rapport, la Commission a jugĂ© bon de faire reflĂ©ter seulement les violations les plus graves des droits de lâhomme, du droit international humanitaire et des crimes contre lâhumanitĂ© qui ont Ă©tĂ© constatĂ©es. Les droits civils et politiquesModifier Droit Ă la vieModifier ExĂ©cutions sommaires des personnalitĂ©s politiques et militairesModifier ExĂ©cution du gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ, de son Ă©pouse et de sa garde rapprochĂ©eDes tĂ©moignages concordants Ă©tablissent que dans la journĂ©e du 18 septembre 2002, un mouvement suspect a Ă©tĂ© observĂ© dans le camps militaire de Akouedo Ă Abidjan comme si quelque chose se prĂ©parait. Un tĂ©moin a dĂ©clarĂ© Ă la Commission que ces prĂ©paratifs concernaient Robert GueĂŻ qui allait connaĂźtre des problĂšmes dans les heures qui allaient suivre. Dâautres tĂ©moins ont indiquĂ© Ă la Commission le nom du conducteur ainsi que lâidentitĂ© du char ComoĂ© », le mĂȘme quâon retrouvera chez Alassane Ouattara et Adama Tongara Maire dâAbobo la nuit du 18 au 19 septembre 2002. Le 19 septembre 2002 vers 3 heures du matin, lorsque les premiĂšres attaques ont Ă©tĂ© lancĂ©es sur la ville dâAbidjan, le personnel de maison qui Ă©tait en service ce jour a contactĂ© le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ pour lâinformer des tirs. Vers 4 heures 30 du matin, le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ est descendu de sa chambre en compagnie de son Ă©pouse et a demandĂ© Ă son chauffeur dâapprĂȘter la voiture, une Toyota Camry. Selon des tĂ©moins, le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ Ă©tait habillĂ© dâun survĂȘtement jogging de couleur blanche et de babouches. Le gĂ©nĂ©ral a ensuite dit Ă son chauffeur que comme on ne sait pas qui tire et sur qui on tire, cela ne valait pas la peine de sortir. Les tirs se rapprochant de plus en plus du portail de la maison, le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ et son personnel se sont rĂ©fugiĂ©s au garage. Le gĂ©nĂ©ral a ensuite envoyĂ© son gardien chercher une Ă©chelle Ă lâaide de laquelle son Ă©pouse et lui ont escaladĂ© le mur de clĂŽture de la rĂ©sidence. Une fois descendus, ils se sont cachĂ©s derriĂšre la clĂŽture. Ils y sont restĂ©s jusquâaux environs de 6 heures du matin puis le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ a demandĂ© Ă son Ă©pouse de retourner Ă la maison. RestĂ© seul dans sa cachette, il a appelĂ© sa femme vers 9 heures du matin pour lui dire quâil Ă©tait en train de se rendre Ă la cathĂ©drale et quâil fallait quâelle avertisse les gens de la cathĂ©drale afin quâon puisse lui ouvrir le portail. Selon des sources concordantes, Robert GueĂŻ sâest effectivement rendu Ă la CathĂ©drale dâAbidjan situĂ©e non loin de sa rĂ©sidence en vue dây trouver refuge. Il a Ă©tĂ© accueilli par un membre du clergĂ© dont la haute hiĂ©rarchie de lâĂ©glise catholique en CĂŽte dâIvoire a refusĂ© de rĂ©vĂ©ler lâidentitĂ© Ă la Commission. Ce membre du clergĂ© a informĂ© ses supĂ©rieurs de la prĂ©sence de Robert GueĂŻ Ă la CathĂ©drale. Le ministre dâĂtat, ministre de la dĂ©fense et de la protection civile, MoĂŻse Lida Kouassi, qui Ă©tait en charge de la gestion de la crise du 19 septembre 2002 jusquâau retour de Rome du chef de lâĂtat, a reconnu devant la Commission avoir reçu un coup de fil de la CathĂ©drale. Il sâagissait selon lui dâune personne, dont il ignore le nom, se prĂ©sentant comme le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de lâarchevĂȘchĂ© qui lâa appelĂ© dans la matinĂ©e du 19 septembre il ne se souvient pas de lâheure exacte, pour lâinformer quâun groupe de militaires sâĂ©tait rendu devant la cathĂ©drale et, exigeaient dâentrer afin de rechercher le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ. Le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de lâarchevĂȘchĂ© a demandĂ© Ă Lida Kouassi dâordonner aux militaires de quitter les lieux et de ne pas violer les locaux de la cathĂ©drale. Le ministre dâĂtat chargĂ© de la dĂ©fense a affirmĂ© devant la Commission avoir ensuite appelĂ© le colonel major Kasarate pour lui demander dâintervenir. Lida Kouassi a dĂ©clarĂ© devant la Commission avoir appris la mort du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ le 19 septembre 2002 vers 9 heures 30 ou 9 heures 45, par lâintermĂ©diaire dâun groupe de soldats. Ces derniers ainsi que des journalistes qui Ă©taient avec lui, parmi lesquels Paul Dokui, se sont rendus sur les lieux et ont contactĂ© Lida Kouassi pour confirmer la mort du gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ. Le ministre dâĂtat a fait son premier discours Ă la nation le 19 septembre 2002 vers 10 heures du matin dans lequel il affirmait que le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ Ă©tait lâinstigateur de la tentative de coup dâĂtat et quâil avait Ă©tĂ© tuĂ© au cours des combats. De nombreux tĂ©moins qui ont Ă©tĂ© avec le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ juste avant le jour de sa mort, ou qui connaissaient son emploi du temps les semaines prĂ©cĂ©dant les Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002, ont rĂ©futĂ© la thĂšse officielle de lâimplication du gĂ©nĂ©ral dans lâorganisation du coup dâĂtat. DâaprĂšs des tĂ©moignages concordants, le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ Ă©tait occupĂ© Ă rĂ©organiser son parti politique et prĂ©parait notamment les Ă©lections des bureaux des femmes de lâUDPCI. Il comptait ensuite quitter Abidjan pour retourner dans son village. Ă la vue des images du corps du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ qui ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es sur les Ă©crans de la tĂ©lĂ©vision ivoirienne le 19 septembre 2002, lâobservateur a difficilement lâimpression quâil commandait des opĂ©rations militaires. Des tĂ©moins qui ont Ă©galement regardĂ© Ă la tĂ©lĂ©vision ce jour lĂ ont dĂ©clarĂ© avoir remarquĂ© que les souliers que le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ portait Ă©taient diffĂ©rents des babouches quâil avait lorsquâil a quittĂ© la maison pour aller trouver refuge Ă la cathĂ©drale. Le survĂȘtement Ă©tait Ă©galement diffĂ©rent car celui quâil portait en sortant de la rĂ©sidence avait des manches longues contrairement Ă ce quâil avait sur lui Ă la tĂ©lĂ©vision. Le 19 septembre 2002 vers midi, lâaide de camp du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ, Fabien Coulibaly avait Ă©tĂ© informĂ© par un de ses Ă©lĂ©ments de la prĂ©sence dâun char et dâune voiture 4X4 devant le domicile du gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ et en avait fait part Ă lâun de ses cousins au tĂ©lĂ©phone. Le char Ă©tait positionnĂ© devant le portail dâentrĂ©e. Deux hommes en treillis militaires seraient sortis du char et auraient commencĂ© Ă tirer vers la rĂ©sidence du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ. Ils ont ensuite demandĂ© Ă ceux qui se trouvaient de sây rendre. Le capitaine Fabien Coulibaly, lâaide de camp du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ, et les autres gardes se sont rendus sans rĂ©sistance en obtempĂ©rant Ă lâordre de lâĂ©quipe du commando » identifiĂ©e comme Ă©tant des gendarmes dont certains appartenaient Ă la garde prĂ©sidentielle. Selon un tĂ©moin, Fabien Coulibaly avait en effet confiance en lâofficier qui leur avait intimĂ© cet ordre car il le connaissait. Mais aprĂšs sâĂȘtre rendu, Fabien Coulibaly et ses compagnons ont Ă©tĂ© emmenĂ©s et tuĂ©s. Des tĂ©moignages concordants font Ă©tat de violences commises sur madame GueĂŻ ainsi que sur une autre femme qui se trouvait Ă la rĂ©sidence au moment de lâattaque. Madame GueĂŻ aurait ensuite Ă©tĂ© abattue par lâun des militaires qui se seraient livrĂ©s Ă des scĂšnes de pillage de la rĂ©sidence de Robert GueĂŻ, emportant tous les objets de valeur. Lâun des Ă©lĂ©ments ayant pris part Ă cette opĂ©ration a utilisĂ© la voiture de madame GueĂŻ, une Toyota Camry, pendant prĂšs de deux ans, sans plaque dâimmatriculation, aprĂšs lâavoir repeinte en bleu alors quâelle Ă©tait grise Ă lâĂ©poque oĂč elle Ă©tait entre les mains de Madame GueĂŻ. La Commission a eu lâoccasion de voir les dĂ©pouilles de Robert GueĂŻ et de son Ă©pouse Rose GueĂŻ qui se trouvent encore Ă la morgue de Treichville, Ă Abidjan. Elle a pu constater que Robert GueĂŻ et sa femme portaient de traces des balles dont les dĂ©tails sont consignĂ©s dans le rapport dâautopsie du mĂ©decin lĂ©giste qui a assistĂ© la Commission. Rose et Robert GueĂŻ ont Ă©tĂ© abattus de balles notamment tirĂ©es Ă la tĂȘte et logĂ©es dans leur corps Ă partir dâune position qui indiquerait que les deux victimes se trouveraient par terre ou accroupies. Le mĂ©decin lĂ©giste qui a accompagnĂ© la Commission lors de cette visite Ă la morgue, a confirmĂ© cette version. ExĂ©cution du ministre dâĂtat Emile Boga DoudouDans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, aux environs de 4h00 du matin, des individus se dĂ©plaçant Ă bord dâun taxi-compteur et dâune Peugeot 505, ont attaquĂ© la rĂ©sidence de Boga Doudou, alors ministre dâĂtat, ministre de lâIntĂ©rieur et de la DĂ©centralisation, situĂ©e au quartier Deux Plateaux, Ă Abidjan. Le ministre Boga Doudou a essayĂ© de sâĂ©chapper en escaladant le mur de sa rĂ©sidence pour se rendre dans la cour de son voisin KantĂ© Koly, oĂč il a Ă©tĂ© retrouvĂ© et abattu par les assaillants. Selon les conclusions du rapport dâautopsie du mĂ©decin lĂ©giste, le ministre Boga Doudou a Ă©tĂ© atteint par trois balles de type projectiles de fusils dâassaut une balle dans le dos, au niveau du thorax droit, une balle tirĂ©e dans la tĂȘte sous la tempe droite et une balle tirĂ©e Ă la face postĂ©rieure du coude droit ». Il a Ă©tĂ© Ă©galement touchĂ© par des rĂ©sidus mĂ©talliques dâune dĂ©flagration dont lâonde de choc a provoquĂ© des plaies hĂ©morragiques du bassin et de la colonne lombaire ». Dans la cour de la villa du voisin oĂč le ministre Boga Doudou a Ă©tĂ© abattu, la police judiciaire a dĂ©couvert, au bord de la piscine, une mare de sang. Lors dâune descente sur les lieux du crime, la Commission a pu observer trois impacts de balle sur le tronc dâun rĂŽnier et plusieurs autres au sol oĂč le corps Ă©tait tombĂ©. Les agents de la police judiciaire ont trouvĂ© sur place des douilles de munitions de fusil automatique Kalachnikov AK47. Des impacts de balles et dâobus ont Ă©tĂ© vĂ©rifiĂ©s par la Commission Ă divers endroits, notamment Ă lâintĂ©rieur et lâextĂ©rieur guĂ©rite, fenĂȘtres, portes murs, vĂ©hicules attestant la violence de lâattaque et la puissance des armes utilisĂ©es. Les agresseurs du ministre Boga Doudou nâont pas encore Ă©tĂ© identifiĂ©s avec certitude. NĂ©anmoins, il y a quelques indices selon lesquels, un Ă©lĂ©ment de la rĂ©bellion, dont le nom a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© Ă la Commission, commandait le groupe qui a attaquĂ© le domicile de Boga Doudou. AprĂšs lâĂ©chec de lâattaque sur Abidjan, les rebelles se sont repliĂ©s sur BouakĂ©, dans le centre du pays. Lâun dâeux aurait Ă©tĂ© apprĂ©hendĂ© Ă Yamoussoukro par les forces loyalistes et des effets personnels du ministre Boga Doudou auraient Ă©tĂ© dĂ©couverts sur lui. Il est apparu Ă la Commission que le ministre Boga Doudou avait beaucoup dâennemis tant Ă lâintĂ©rieur du rĂ©gime que dans lâopposition politique et dans lâarmĂ©e. Le projet de rĂ©forme de la police lui avait valu beaucoup dâennemis. Selon un tĂ©moin, un jour au cours dâune rĂ©union Ă lâĂ©cole de police, des policiers lui ont jetĂ© du gaz lacrymogĂšne Ă la face. La rĂ©forme de lâidentification lui a valu lâanimositĂ© des groupes dâopposition. Mais des tĂ©moignages concordants ont montrĂ© quâil avait Ă©galement beaucoup dâamis notamment au sein du RDR et pensait quâil fallait se mettre au dessus des contingences politiques. DâaprĂšs les tĂ©moignages reçus par la Commission, les assaillants connaissaient bien les habitudes et comportements du ministre Boga Doudou Ă son domicile pour avoir tirĂ© la roquette sur son bureau et ciblĂ© sa garde robe Ă partir de son balcon. Ils ont Ă©galement tirĂ© sur sa chaise, sur la photo de mariage visant son front ainsi que sur le costume quâil portait la veille. Les assaillants ont tirĂ© sur les vĂ©hicules de fonction tout en prĂ©servant les voitures personnelles du ministre. EvĂ©nements survenus les 18 â 19 septembre 2002 Ă BouakĂ© et dans la rĂ©gion du NordModifier La tentative du coup dâĂtat du 19 septembre 2002 a principalement visĂ© les villes dâAbidjan, de BouakĂ© et de Korhogo, attaques qui ont Ă©tĂ© menĂ©es presque simultanĂ©ment et vraisemblablement prĂ©mĂ©ditĂ©es. Lors de la prise de BouakĂ©, les rebelles ont arrĂȘtĂ© une centaine des gendarmes quâils ont dĂ©tenus Ă la caserne de la 3e lĂ©gion de gendarmerie. Quelques jours plus tard et plus prĂ©cisĂ©ment le 6 octobre 2002, 131 personnes parmi lesquelles 61 gendarmes, 61 enfants ou neveux desdits gendarmes, ainsi que sept autres personnes civiles ont Ă©tĂ© froidement exĂ©cutĂ©es alors quâelles Ă©taient dĂ©sarmĂ©es et enfermĂ©es dans des cellules. La Commission a constatĂ© de visu les impacts de balles encore visibles sur les murs Ă lâintĂ©rieur des cellules. De mĂȘme, la Commission a pu avoir une idĂ©e prĂ©cise de lâendroit oĂč se trouve la fosse commune oĂč sont enterrĂ©es ces personnes, victimes dâune exĂ©cution extrajudiciaire et sommaire. Au surplus, les auteurs de ces exactions sont parfaitement identifiables. Les rebelles se sont Ă©galement livrĂ©s Ă dâautres exĂ©cutions sommaires dans dâautres camps de lâarmĂ©e, comme par exemple au bataillon de lâartillerie sol-sol BASS oĂč les rebelles ont abattu le Colonel Loula Ă son domicile de plusieurs balles tirĂ©es dans le dos, alors quâil Ă©tait dĂ©sarmĂ©. Par la suite, les soldats loyalistes reprennent la ville de BouakĂ© et une partie de la population hostile aux rebelles sâest mise Ă procĂ©der Ă des exĂ©cutions sommaires avec la complicitĂ© souvent passive, parfois active des forces loyalistes. Les corps des personnes ainsi sommairement exĂ©cutĂ©es Ă©taient brĂ»lĂ©s puis exposĂ©s dans les rues. Mais lorsque le 8 octobre les rebelles reprennent la ville de BouakĂ©, le mĂȘme type dâexĂ©cutions sommaires a Ă©tĂ© appliquĂ© tant sur les forces loyalistes que sur la population civile ayant manifestĂ© son soutien. Le nombre de morts au cours de ces journĂ©es est restĂ© extrĂȘmement difficile Ă quantifier et on ne pourra parvenir Ă un chiffre approximatif quâaprĂšs la fouille de tous les charniers de BouakĂ©. Ă la suite de lâattaque sur BouakĂ©, les rebelles ont ouvert la prison et libĂ©rĂ© tous les dĂ©tenus. Vingt cinq dâentre eux ont dĂ©cidĂ© de quitter la ville et se sont dirigĂ©es vers le Nord ; arrivĂ©s Ă Diabo, ils cherchent Ă manger et Ă boire. Craignant que les anciens dĂ©tenus ne se livrent Ă des pillages, les habitants de la sous-prĂ©fecture de Diabo les apprĂ©hendent et les conduisent devant le chef de canton de Bro, KouamĂ© YĂ©man LĂ©onard, aujourdâhui ĂągĂ© de 84 ans. Ă la demande de tous les notables convoquĂ©s Ă cet effet, le chef de canton a confiĂ© les anciens dĂ©tenus Ă un groupe de jeunes dirigĂ©s par un certain Didier Kouadjo Koffi dont le pĂšre est sergent dans la Police, afin de les accompagner pour les mettre sur le chemin de la route goudronnĂ©e menant vers le nord. ArrivĂ©s au niveau du village dâAdiekro, le groupe de jeunes a massacrĂ© les anciens dĂ©tenus dont seuls quatre ont pu sâĂ©chapper. La Commission a localisĂ© trĂšs prĂ©cisĂ©ment le charnier et versĂ© au dossier le procĂšs verbal du mĂ©decin lĂ©giste et du Commissaire de police CIVPOL ayant procĂ©dĂ© aux opĂ©rations techniques. Au dĂ©but du mois de novembre, les rebelles se trouvant Ă BouakĂ© ont dĂ©barquĂ© au village SĂ©mien quâils ont encerclĂ© puis ont commencĂ© Ă tirer en visant particuliĂšrement les jeunes. Cette descente des rebelles sur le village de SĂ©mien a eu pour consĂ©quences 35 civils tuĂ©s ; Des maisons pillĂ©s et incendiĂ©es et Le cacao dans les plantations pour partie brĂ»lĂ© et pour lâautre mois plus tard, lâarmĂ©e gouvernementale a procĂ©dĂ© aux bombardements dans la localitĂ© de Minankro. La Commission a fait procĂ©der Ă des prises photographiques de lâenvironnement menant au site des ossements humains. Ces lieux sont situĂ©s prĂšs du quai du bac et ont Ă©tĂ© la cible de lâattaque aĂ©rienne lors des Ă©vĂ©nements du 31 dĂ©cembre 2002. La Commission a Ă©galement fait prĂ©lever des restes de projectiles employĂ©s pour lâattaque et qui pourront servir dans le cadre dâune procĂ©dure judiciaire. Le lieu, objet de lâattaque aĂ©rienne, est situĂ© en bordure dâeau dans la localitĂ© de Menakro et lâattaque a visĂ© un bateau de type traversier, une sorte de bac. La Commission signale Ă©galement que la plupart des maisons dĂ©sertĂ©es par leurs habitants et propriĂ©taires, ont Ă©tĂ© pillĂ©es puis saccagĂ©es massivement, donnant ainsi lâimpression de dĂ©solation. Le produit de ces pillages a Ă©tĂ© vendu dans les pays voisins, et en particulier au Mali dans un lieu dĂ©nommĂ© Merci CĂŽte dâIvoire Autres assassinats politiquesModifier La Commission a recueilli de nombreux tĂ©moignages faisant Ă©tat des assassinats ciblĂ©s de personnes enlevĂ©es le plus souvent Ă leurs domiciles Ă Abidjan, suite aux Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002. Le 20 septembre 2002, Aboubacar Dosso, aide de camp de Alassane Dramane Ouatarra, a Ă©tĂ© abattu Ă Abidjan, par des individus non identifiĂ©s en tenues militaires. Le 11 octobre 2002, le nommĂ© Adama CissĂ©, responsable RDR de Mâbahiakro, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© par des gendarmes et serait dĂ©cĂ©dĂ© le jour suivant de suite de blessures subies pendant sa dĂ©tention. Vendredi 18 octobre 2002, vers 14h40, Coulibaly Lanzeni et Coulibaly Seydou, deux membres de la famille du SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du RDR, Amadou Gon Coulibaly, ont Ă©tĂ© abattus au cimetiĂšre de Williamsville par des membres des forces de lâordre. Les victimes assistaient aux obsĂšques dâune tante de la famille Coulibaly lorsque des individus habillĂ©s en treillis sont arrivĂ©s. Dans la ville de Daloa, le reprĂ©sentant du consul du Mali, TourĂ© Bakary, a Ă©tĂ© enlevĂ© par des militaires et retrouvĂ© mort dans un marĂ©cage Ă Labia, le 25 octobre 2002. Vers la fin du mois dâoctobre 2002, le colonel Ouatara Oyenan a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© car soupçonnĂ© de soutenir la rĂ©bellion. Le 2 novembre 2002 vers 14h30, TĂ©hĂ© Emile, prĂ©sident du Mouvement Populaire IndĂ©pendant, un parti politique proche du RDR, a Ă©tĂ© enlevĂ© de son domicile par des individus habillĂ©s en treillis militaires et fortement armĂ©s. Son corps a Ă©tĂ© retrouvĂ© criblĂ© de balles sur lâautoroute du nord, Ă la hauteur de Banco. Le 6 novembre 2002, quelques jours aprĂšs lâannonce de la dĂ©fection de Louis Dacoury-Tabley du parti au pouvoir, le Front Populaire Ivoirien FPI, pour rejoindre les rangs du Mouvement Patriotique de CĂŽte dâIvoire MPCI, son frĂšre, le docteur Dacoury-Tabley Benoit, a Ă©tĂ© enlevĂ© dans sa clinique situĂ©e aux Deux Plateaux Ă Abidjan par des hommes en tenue militaire et retrouvĂ© mort sur la route de la MACA. Le lundi 9 dĂ©cembre 2002, Coulibaly Souleymane, 2e vice-prĂ©sident, et DiomandĂ© Soualiho, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Jeunesse de lâunion pour la dĂ©mocratie et pour la paix ont Ă©tĂ© enlevĂ©s par des individus armĂ©s au sortir dâune rĂ©union au siĂšge de leur parti politique situĂ© sur le Plateau Ă Abidjan. Le vendredi 13 dĂ©cembre 2002, les deux responsables politiques ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s morts dans la zone entre Agou et AdzopĂ©. Le 2 fĂ©vrier 2003, vers 21 heures 45, des individus en treillis militaires roulant dans deux voitures, une 4X4 et une BMW seraient arrivĂ©s au domicile de Camara Yerefin situĂ© Ă Yopougon Sideci. La victime, un artiste populaire connu sous lâappellation de H », a Ă©tĂ© enlevĂ©e et abattue. Le mercredi 23 juin 2004, Dodo Habib, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Jeunesse communiste de CĂŽte dâIvoire JCOCI, a Ă©tĂ© enlevĂ© au domicile de monsieur Ekissi Achi, leader du Parti communiste rĂ©volutionnaire de CĂŽte dâIvoire, situĂ© Ă Yopougon Kotibet, et assassinĂ© par des prĂ©sumĂ©s membres de la FĂ©dĂ©ration Estudiantine de CĂŽte dâIvoire FESCI. Cette liste de cas dâexĂ©cution sommaires dâindividus pour des raisons politiques est loin dâĂȘtre exhaustive et est simplement donnĂ©e Ă titre dâillustration. Au total, le Mouvement ivoirien des droits de lâhomme a pu documenter environ trois cents assassinats suite aux Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002. Charniers et massacresModifier La Commission a Ă©galement pu constater lâexistence dâexĂ©cutions de masse ayant souvent dĂ©bouchĂ© sur la constitution de charniers. La cartographie des charniers et massacres en CĂŽte dâivoire suite aux Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002 voir annexe montre que les principaux sites de charniers ont Ă©tĂ© identifiĂ©s dans des localitĂ©s comme Toulepleu, DananĂ©, Man, Bangolo, Monoko-Zohi, Daloa, Abidjan, BouakĂ©, Korhogo et OdiĂ©nnĂ©. Dans la pĂ©riode du 6 au 9 octobre 2002, un charnier constituĂ© des deux fosses a Ă©tĂ© signalĂ© dans le cimetiĂšre communal de Dar-es-Salam Ă BouakĂ©. Des tĂ©moins crĂ©dibles ont affirmĂ© devant la Commission que ce charnier contiendrait environ quatre vingt dix corps parmi lesquelles quarante huit gendarmes et trente sept membres de leurs familles ainsi que sept autres civils dĂ©tenus qui ont Ă©tĂ© abattus par les forces rebelles au cours dâune sĂ©rie dâincidents survenus Ă la prison du 3e bataillon dâinfanterie de BouakĂ© en octobre 2002. Selon un tĂ©moin rencontrĂ© Ă BouakĂ©, vers 18 heures dans la pĂ©riode du 6 au 9 octobre 2002, quatre voitures sont arrivĂ©es au cimetiĂšre communal de Dar-es-Salam pour dĂ©poser des corps. JâĂ©tais avec un ami en bordure de la route qui mĂšne Ă ce cimetiĂšre. Au passage du convoi, il y avait une trĂšs forte odeur de cadavre. Jâai regardĂ© deux fois vers le convoi, et jâai vu quâil y avait des corps entassĂ©s dans les camions sur plusieurs niveaux. Il y avait des corps nus et dâautres habillĂ©s. Jâestime quâil y avait une cinquantaine de cadavres par camion. Au cimetiĂšre, il y avait deux fosses dĂ©jĂ creusĂ©es dâenviron 15m2 chacune. Elles se trouvent Ă environ 60 m de la maison du gardien. Lâodeur y Ă©tait trĂšs forte. Les corps Ă©taient en dĂ©composition. » Vers le 5 dĂ©cembre 2002, un charnier a Ă©tĂ© dĂ©couvert Ă Monoko-Zohi, dans le secteur de Dania, au sud de PĂ©lĂ©zi. Il Ă©tait composĂ© dâun monticule de terre dâun mĂštre de hauteur pour un diamĂštre compris entre cinq et dix mĂštres ainsi que deux puits contenant tous trois des restes humains. Selon des tĂ©moins, les victimes seraient au nombre de 120 environ et seraient des travailleurs immigrĂ©s en service dans les plantations de cafĂ© et de cacao de la rĂ©gion. Ils auraient Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©s par les FANCI lors de lâoffensive sur Dania entre les 26 et 28 novembre 2002. Des hommes armĂ©s habillĂ©s en treillis militaires et transportĂ©s dans des camions avec des plaques dâimmatriculation du gouvernement ivoirien sont arrivĂ©s dans le village et ont commencĂ© Ă tirer en lâair. Ils se sont rendus dans le quartier des Ă©trangers oĂč vivaient non seulement des BurkinabĂ©, Maliens, GuinĂ©ens et NigĂ©rians, mais aussi des Ivoiriens originaires dâautres rĂ©gions. DâaprĂšs des tĂ©moins, les militaires sont arrivĂ©s avec une liste de noms et auraient accusĂ© les villageois de soutenir la rĂ©bellion. Dans un reportage de la BBC, un tĂ©moin affirme que les soldats tuaient certaines victimes lĂ oĂč ils les trouvaient et en rassemblaient dâautres pour les exĂ©cuter ensembleâŠcertains avaient la gorge tranchĂ©e. » [11] Dans la nuit du 6 au 7 mars 2003, au cours dâune brĂšve reprise de la ville de Bangolo par les LibĂ©riens du LIMA, combattants auprĂšs des forces gouvernementales, des populations civiles ne participant pas aux hostilitĂ©s ont Ă©tĂ© massivement exĂ©cutĂ©es. Des tĂ©moins prĂ©sents sur les lieux avancent le chiffre de 200 morts qui nâa pu ĂȘtre vĂ©rifiĂ©. La Commission a reçu une cassette vidĂ©o montrant un trĂšs grand nombre de cadavres principalement civils, y compris des femmes et des enfants, jonchant les rues et les piĂšces des maisons. Plus de 60 dĂ©pouilles ont Ă©tĂ© observĂ©es pendant la courte visite des observateurs internationaux effectuĂ©e sur les lieux le 7 mars 2003. Il est donc Ă craindre que beaucoup plus de cadavres soient Ă dĂ©nombrer. Le quartier qui semblait le plus visĂ© serait le quartier majoritairement peuplĂ© par des populations originaires du nord de lâethnie Dioula. Dans cette zone, femmes, hommes et enfants ont tous Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©s dans leurs maisons. Plusieurs morts avaient les mains attachĂ©es dans le dos. Plusieurs femmes nues auraient Ă©tĂ© violĂ©es puis Ă©gorgĂ©es. Les cadavres dâhommes Ă©taient dĂ©culottĂ©s Ă des fins dâhumiliation. Le 5 octobre 2003, Ă la sortie nord de DuĂ©kouĂ©, en direction de Man, un charnier Ă ciel ouvert a Ă©tĂ© dĂ©couvert. Le site est situĂ© en bordure immĂ©diate de la route, sur le cotĂ© droit, au pied dâun petit pont enjambant un ruisseau. DâaprĂšs des tĂ©moins, il sâagissait dâun tas de cadavres humains, en Ă©tat de dĂ©composition avancĂ©e. Les squelettes sont disloquĂ©s, il Ă©tait possible de compter au moins huit crĂąnes dont cinq dans lâeau Ă la verticale du pont. Le nombre de corps serait de onze. Des morceaux de vĂȘtements Ă©taient encore visibles. Selon des tĂ©moins, ce site est connu depuis, au moins, avril 2003. Suite aux reprĂ©sailles et opĂ©rations de ratissage menĂ©es aprĂšs les combats de la nuit du dimanche 20 juin au lundi 21 juin 2004, Ă Korhogo, entre deux factions de la rĂ©bellion, trois charniers ont Ă©tĂ© dĂ©couverts le samedi 26 juin 2004. Le site le plus important a Ă©tĂ© localisĂ© Ă lâouest de la carriĂšre de Korhogo. LâONUCI a Ă©tĂ© informĂ©e de la dĂ©couverte de ce charnier et une mission dâenquĂȘte a Ă©tĂ© dĂ©pĂȘchĂ©e sur place ; elle a constatĂ© que les corps des victimes Ă©taient toujours en place mais enterrĂ©s au fond du ravin. Les outils ayant servi Ă creuser la fosse dont trois pelles portant lâinscription corve GIS » ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s cachĂ©s dans le buisson [12]. Avec lâaccord des Forces armĂ©es des forces nouvelles, lâexhumation des corps a Ă©tĂ© faite Ă partir du 5 juillet 2004 et au total, 99 cadavres seulement ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s. Selon le rapport de cette mission dâenquĂȘte de lâONUCI, les premiĂšres constations permettent de tirer trois conclusions La presque totalitĂ© des corps dĂ©couverts sont ceux dâhommes adultes ; La grande majoritĂ© des corps dĂ©couverts Ă©taient nus ; La majoritĂ© des corps dĂ©couverts ne sont pas morts dâune mort violente causĂ©e par des armes Ă feu. Trente et un corps prĂ©sentaient des blessures dues Ă des armes Ă feu. Deux corps prĂ©sentaient des blessures dues Ă des objets contondants alors que les soixante six autres corps ne prĂ©sentaient aucune blessure charniers ont Ă©galement Ă©tĂ© signalĂ©s dans la ville de Korhogo ou dans ses environs, notamment dans la Compagnie territoriale de Korhogo CTK. Mais jusquâĂ prĂ©sent, ces informations nâont pas Ă©tĂ© confirmĂ©es. La Commission a reçu des tĂ©moignages concordants sur des dĂ©couvertes de corps dans un Ă©tat de dĂ©composition avancĂ©e rendant difficile toute identification et dâĂ©ventuelles enquĂȘtes sur les circonstances de la mort. Dans de nombreux cas, ce sont des squelettes qui sont dĂ©couverts dans la brousse ou au bord de la route. La Commission juge nĂ©cessaire de rendre compte de ces situations car mĂȘme si tous les cas sont loin dâĂȘtre Ă©lucidĂ©s, ils rendent nĂ©anmoins compte de la gravitĂ© des atteintes au droit Ă la vie. Les dĂ©couvertes macabres dans les localitĂ©s suivantes ont Ă©tĂ© signalĂ©es Ă la Commission voir carte des dĂ©couvertes macabres en annexe le 23 juin 2003, Ă Yaopleu, entre 10 heures et 18 heures, sept cadavres en dĂ©composition avancĂ©e dont la mort remonterait Ă plus dâun mois, ont Ă©tĂ© dĂ©couverts sur lâaxe principal entre DananĂ© et Zouan-Hounien ; le 23 juin 2003, Ă Zouan-Hounien, deux cadavres ont Ă©tĂ© dĂ©couverts dans un puits et le 4 juillet 2003, un autre corps a Ă©tĂ© dĂ©couvert dans un autre puits ; le 13 juillet 2004, Ă BouakĂ©, Ă la sortie ouest de BouakĂ© sur la route de Diablo, un cadavre de sexe masculin, criblĂ© de balles et la tĂȘte explosĂ©e, rendant impossible toute identification, a Ă©tĂ© dĂ©couvert. Des coups de feu ont Ă©tĂ© entendus par la population dans la nuit de vendredi Ă samedi provenant de cet forcĂ©es et enlĂšvementsModifier Tant les forces loyalistes comme les rebelles ont Ă©tĂ© les auteurs des enlĂšvements, mĂȘme si le nombre des victimes est difficile Ă prĂ©ciser. Depuis les Ă©vĂ©nements de septembre 2002, les disparitions forcĂ©es comme les enlĂšvements Ă©taient une pratique courante de tous les belligĂ©rants de la crise en CĂŽte dâIvoire. La Commission a reçu de nombreux tĂ©moignages, de mĂȘme que les parents des victimes qui imputent la responsabilitĂ© de ces crimes enlĂšvements et disparitions forcĂ©es aux Escadrons de la mort ». Bien que lâexistence de ces escadrons soit contestĂ©e notamment par ceux Ă qui leur paternitĂ© est attribuĂ©e, de nombreux tĂ©moignages et des sources concordantes ont portĂ© Ă la connaissance de la Commission lâexistence en CĂŽte dâIvoire des groupes de militaires, de la Police, de la gendarmerie ou des civils armĂ©s, souvent en uniforme, qui sont dĂ©signĂ©s pour des missions spĂ©ciales de tuer ou dâenlever des personnes gĂȘnantes pour le rĂ©gime, ou soupçonnĂ©es dâĂȘtre dangereuses. Ils peuvent agir le jour, mais ils agissent gĂ©nĂ©ralement la nuit, malgrĂ© les barriĂšres et barrages, les contrĂŽles militaires et le couvre-feu. Les Ivoiriens originaires du Nord ou ceux qui sont dâorigines burkinabĂ©e ou malienne ont Ă©tĂ© les principales victimes, car ils ont Ă©tĂ© assimilĂ©s aux rebelles. Ces personnes ont longtemps vĂ©cu dans la psychose des enlĂšvements, certains ayant Ă©tĂ© obligĂ©s de sâexiler ou de quitter leurs domiciles. Cela a eu pour consĂ©quence le dĂ©placement massif des populations. Câest ainsi que la Commission a reçu, dans les pays limitrophes, le tĂ©moignage de plusieurs femmes qui ont du quitter la CĂŽte dâIvoire suite Ă la disparition de leurs maris. De mĂȘme, plusieurs enlĂšvements des femmes par des forces loyalistes et des combattants rebelles ont aussi Ă©tĂ© signalĂ©s Ă la Commission. La Commission a constatĂ© lâindiffĂ©rence et la passivitĂ© de diffĂ©rents agents de lâordre et des services judiciaires face Ă ce phĂ©nomĂšne. Les seules affaires jusque-lĂ portĂ©es Ă la connaissance de la police et du Procureur de la RĂ©publique nâont pas encore eu de suite, Ă lâexception de lâaffaire concernant le correspondant de RFI, Jean HĂ©lĂšne. Plusieurs autres cas de disparitions forcĂ©es ont Ă©tĂ© portĂ©s Ă la connaissance de la Commission notamment celui du journaliste Guy AndrĂ© Keiffer, de KonĂ© Mamadou, nordiste assimilĂ© aux rebelles et dont on a jamais retrouvĂ© le corps. La Commission a aussi appris la disparition de Koumoin KouamĂ© Bakary, vice-prĂ©sident du Conseil gĂ©nĂ©ral et adjoint au maire de Prikro, ainsi que celle de son frĂšre Brahima Ouattara, le 20 novembre 2002, Ă Bassawa. Par ailleurs, la majoritĂ© des partis politiques dâopposition ont soumis Ă la Commission, des listes de leurs membres et militants portĂ©s disparus et dont ils attribuent lâenlĂšvement aux milices et forces parallĂšles liĂ©es au rĂ©gime. Droit Ă lâintĂ©gritĂ© physiqueModifier La CĂŽte dâIvoire est partie Ă la DĂ©claration Universelle des Droits de lâHomme du 10 dĂ©cembre 1948. Non seulement cet instrument juridique exprime la volontĂ© des Ătats signataires mais aussi leur engagement de prĂ©venir de commettre les actes de barbarie. La Commission a eu connaissance des violations graves des droits de lâhomme, notamment des exĂ©cutions sommaires, dĂ©tentions arbitraires, des tortures, des traitement cruels inhumains et dĂ©gradants, des arrestations arbitraires et rafles, des intimidations et persĂ©cutions. DĂ©tentions et arrestations arbitrairesModifier La majoritĂ© des personnes trouvĂ©es dans les lieux de dĂ©tention visitĂ©s par la Commission ignoraient le motif de leur incarcĂ©ration. Certains ont Ă©tĂ© emprisonnĂ©s pour avoir Ă©tĂ© soupçonnĂ©s dâĂȘtre espion des rebelles ou dâavoir soutenu les assaillants ; dâautres parce que ramassĂ©s lors de diffĂ©rents ratissages et dâautres encore parce quâils ont Ă©tĂ© apprĂ©hendĂ©s sans piĂšce dâidentitĂ©. Lors de la visite effectuĂ©e le 14 septembre 2004 Ă la Direction de la surveillance du territoire DST, la Commission a constatĂ© la dĂ©tention dâenviron onze personnes accusĂ©es dâappartenir aux rebelles. Certaines de ces personnes sĂ©journeraient Ă la DST depuis le 10 janvier 2004 alors que, conformĂ©ment Ă lâarticle 63 du code de procĂ©dure pĂ©nale ivoirien, le dĂ©lai de la garde Ă vue est de 48 heures renouvelable sur avis du Procureur de la RĂ©publique ou du juge dâinstruction. Ce dĂ©lai de garde Ă vue peut seulement ĂȘtre portĂ© Ă un mois en cas dâatteinte Ă la sĂ»retĂ© de l`Ătat. Les raisons donnĂ©es Ă la Commission par le directeur gĂ©nĂ©ral de la DST pour justifier cette dĂ©tention Ă©taient que les procĂšs-verbaux ne seraient pas terminĂ©s. Les mĂȘmes abus et manquements ont Ă©galement Ă©tĂ© constatĂ©s dans la zone occupĂ©e par les Forces Nouvelles. Lâexplication donnĂ©e par les diffĂ©rents responsables rencontrĂ©s serait que les tribunaux ne fonctionnaient plus Ă cause du dĂ©part des magistrats vers Abidjan. TrĂšs illustratifs de la situation, sont les mots prononcĂ©s par un chef rebelle devant la Commission, lors dâune de ses visites au Nord du pays Il nâây a pas de parquet pour lâinstant ; nous jouons nous-mĂȘmes le rĂŽle de magistrat. Quand nos Ă©lĂ©ments commettent des erreurs on les prend et on les met en prison. Moi-mĂȘme je les interpelle, je les entends et la sanction est liĂ©e Ă la faute commise. Parfois je leur donne une deuxiĂšme chance. Ăa dĂ©pend⊠» La Commission a aussi constatĂ© que dans cette mĂȘme rĂ©gion du pays, certains prisonniers sont dĂ©tenus chez le commandant de zone, le commandant de secteur ou le prĂ©fet de police. Tortures et traitements cruels, inhumains et dĂ©gradantsModifier Des actes de torture sont interdits par de nombreuses conventions internationales relatives aux droits de lâhomme, spĂ©cialement lâarticle 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, lâarticle 2 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dĂ©gradants et lâarticle 5 de la Charte africaine des droits de lâhomme et des peuples. Cependant, plusieurs personnes ont Ă©tĂ© victimes de ces pratiques interdites depuis le dĂ©clenchement de la guerre en septembre 2002 et cela tant du cĂŽtĂ© des rebelles que du cĂŽtĂ© gouvernemental. La Commission a Ă©tĂ© informĂ©e de lâagression dont les reprĂ©sentants des confessions religieuses ont Ă©tĂ© victimes. Un tĂ©moin a dĂ©clarĂ© Ă la Commission quâun jour, il a Ă©tĂ© emmenĂ© au camp militaire de la base aĂ©rienne de BouakĂ©, oĂč il a Ă©tĂ© frappĂ© et privĂ© dâeau et de nourriture. Une femme dâorigine burkinabĂ©e a signalĂ© quâelle a Ă©tĂ© bastonnĂ©e par des Ă©lĂ©ments des forces loyalistes qui sont rentrĂ©s chez elle. Elle en a encore des cicatrices. Un homme dâorigine burkinabĂ©e a expliquĂ© Ă la Commission quâen 2002, lorsquâil se trouvait chez lui dans un des quartiers de Yopogon, dâAbidjan, des militaires ont forcĂ© la porte de sa maison, lâont menottĂ© et bastonnĂ©. Ils ont emmenĂ© ses deux enfants qui, au moment du tĂ©moignage, Ă©taient toujours portĂ©s disparus. En outre, ils ont pillĂ© sa maison. Une jeune femme a aussi tĂ©moignĂ© quâun groupe de femmes dont elle faisait partie a Ă©tĂ© obligĂ© de rester pendant deux semaines dans une cellule dâun camp militaire, avec les corps de ses parents tuĂ©s. Elles ont ensuite Ă©tĂ© forcĂ©es dâenterrer ces corps. La mĂȘme femme a signalĂ© avoir Ă©tĂ© violĂ©e et forcĂ©e Ă boire de lâurine et du sang. La Commission a appris que lors des Ă©vĂ©nements de Korhogo en juin 2004, les personnes qui avaient Ă©tĂ© enfermĂ©es dans le conteneur de la CTK devaient lĂ©cher leur propre transpiration parce quâelles nâavaient rien Ă boire. Une femme a expliquĂ© Ă la Commission la mort de son mari coupĂ© en petits morceaux par des mercenaires libĂ©riens qui auraient aussi Ă©gorgĂ© toute une famille. Une autoritĂ© a tĂ©moignĂ© Ă la Commission du cas dâune femme qui a Ă©tĂ© obligĂ©e de cuire et de manger la main de son mari, tuĂ© par des mercenaires libĂ©riens. La Commission a aussi reçu lâinformation sur un jeune homme qui a Ă©tĂ© obligĂ© dâavoir des rapports avec sa propre mĂšre. Cette derniĂšre a suppliĂ© son fils dâaccepter pour avoir la vie sauve. AprĂšs lâacte, la mĂšre a Ă©tĂ© abattue sur le champ et le fils obligĂ© de boire le sang de sa mĂšre. Dâautres tĂ©moins ont rapportĂ© que des parents ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, dĂ©shabillĂ©s devant leurs enfants, obligĂ©s de marcher Ă quatre pattes et de traverser le village tout nus pour ensuite ĂȘtre abattus. Dâautres personnes ont tĂ©moignĂ© avoir Ă©tĂ© victimes dâexĂ©cutions simulĂ©es ou des menaces de mort rĂ©itĂ©rĂ©es. La plupart des corps retrouvĂ©s dans des charniers Ă©taient complĂštement nus, dâautres amputĂ©s de certains membres, ce qui laissait croire aux tortures atroces et aux humiliations subies par les victimes avant de mourir. Les cicatrices observĂ©es sur bon nombre des victimes de la torture ainsi que des photos et cassettes vidĂ©o reçues par la Commission tĂ©moignent de lâampleur et de la pratique gĂ©nĂ©ralisĂ©e de la torture tant du cĂŽtĂ© des rebelles que du cĂŽtĂ© des forces gouvernementales. Droit Ă la sĂ©curitĂ© de la personneModifier La premiĂšre chose qui frappe en CĂŽte dâIvoire est le nombre de barrages quâil y a, mĂȘme Ă lâintĂ©rieur des quartiers. Cependant, la sĂ©curitĂ© des citoyens ivoiriens nâen est pas plus sauvegardĂ©e, bien que lâarticle de la loi fondamentale ivoirienne dĂ©clare la personne humaine est sacrĂ©e » et lâarticle 4 que le domicile est inviolable. Les atteintes ou restrictions ne peuvent y ĂȘtre apportĂ©es que par la loi ». La terreur se lit sur les visages et le comportement de certains Ivoiriens et de certaines communautĂ©s qui ont Ă©tĂ© persĂ©cutĂ©es et continuent encore Ă lâĂȘtre dans des quartiers tels Anyama, Abobo, Adjame, Williamsville et Port-BouĂ«t. Les braquages se sont multipliĂ©s et se font en plein jour, depuis septembre 2002. Les prisons ont Ă©tĂ© cassĂ©es, ce qui a permis Ă beaucoup de dĂ©linquants et criminels de sâĂ©chapper et dâopĂ©rer en toute tranquillitĂ© avec quelques Ă©lĂ©ments des forces de sĂ©curitĂ©. Les villages et villes de lâintĂ©rieur ne sont pas en reste. Au sujet des milices, la Commission a recueilli un grand nombre de tĂ©moignages prouvant lâexistence des milices en CĂŽte dâIvoire. Ces milices existent aussi bien Ă Abidjan que dans les rĂ©gions de lâOuest et du Centre ; elles ont commis beaucoup dâexactions. Le recrutement des miliciens se fait gĂ©nĂ©ralement dans les milieux des jeunes. La Sorbone », lieu de rencontre, situĂ© au Plateau Ă Abidjan en serait un. Parmi ces milices, la Commission a eu des informations sur les Jeunes patriotes » dirigĂ©s par Charles BlĂ© GoudĂ© et Serge Kuyo. Ces deux milices opĂ©reraient essentiellement Ă Abidjan. Selon les tĂ©moignages, les Jeunes patriotes prĂ©pareraient, Ă Port-BouĂ«t, Ă Cocody, Ă Yopougon et dans plusieurs autres quartiers dâAbidjan, appelĂ©s les endroits de la rĂ©sistance », les attaques dirigĂ©s contre leurs cibles. Ils sâentraĂźneraient sous lâautoritĂ© des Ă©lĂ©ments des forces armĂ©es ou de la police. Ă Abidjan Ă©galement, le lycĂ©e Marie-ThĂ©rĂšse HouphouĂ«t-Boigny a Ă©tĂ© signalĂ© comme un lieu dâhĂ©bergement des milices. Plusieurs opĂ©rations des Jeunes patriotes » ont Ă©tĂ© organisĂ©es Ă la suite des dĂ©cisions politiques prises par le prĂ©sident Laurent Gbagbo. AprĂšs le discours du 17 mai 2004, ce dernier a annoncĂ© la suspension des ministres dĂ©missionnaires du gouvernement et dĂ©clarĂ© que les rebelles devaient quitter lâhĂŽtel Golf, oĂč ils habitent. Par la suite, les jeunes patriotes de Cocody et les Ă©tudiants de la FESCI ont attaquĂ© le LycĂ©e français. Ils portaient des tee-shirts marquĂ©s du sigle de la FESCI. Ensuite, le mouvement sâest gĂ©nĂ©ralisĂ© et ils ont attaquĂ© les passants essentiellement des Blancs. Ils ont volĂ© des tĂ©lĂ©phones portables, des porte-monnaies et attaquĂ© des voitures. Ils Ă©taient protĂ©gĂ©s par la police qui interdisait le passage aux gens pour leur permettre de manifester en toute tranquillitĂ©. Les manifestations organisĂ©es par les Jeunes patriotes sont en gĂ©nĂ©ral violentes et accompagnĂ©es de pillages. CâĂ©tait le cas de la manifestation qui a eu lieu le 9 mars 2004 devant le Palais de Justice au Plateau. Selon des tĂ©moignages crĂ©dibles, les Jeunes patriotes ont arrĂȘtĂ©, Ă Yopougon le 30 aoĂ»t 2004 au soir, un ivoirien ĂągĂ© de 55 ans. Ils Ă©taient des dizaines Ă crier Ă mort » ! Ils ont ensuite traĂźnĂ© leur victime jusquâau poste de police le plus proche oĂč cette personne a Ă©tĂ© dĂ©tenue. La Commission a aussi appris que ces miliciens auraient tuĂ© au cours de la mĂȘme semaine une autre personne, la police ayant refusĂ© de la garder en dĂ©tention. La Commission a recueilli de nombreux tĂ©moignages selon lesquels les communautĂ©s religieuses ou Ă©trangĂšres notamment la communautĂ© musulmane ainsi que toute personne susceptible de gĂȘner le pouvoir sont les cibles des milices. Au moment oĂč la Commission Ă©tait encore en CĂŽte dâIvoire, les Jeunes patriotes et les Ă©lĂ©ments de la FESCI ont attaquĂ© les voitures des Nations Unies leâŠâŠ2004. Ils ont agi de mĂȘme lors de la publication du Rapport de la Commission qui a enquĂȘtĂ© sur les Ă©vĂšnements des 24 et 25 mars 2004. La Commission tient Ă signaler Ă©galement que EugĂšne DjuĂ©, lâun des chefs dâune branche des Jeunes patriotes, a en toute impunitĂ© profĂ©rĂ© des menaces de mort Ă lâĂ©gard du reprĂ©sentant spĂ©cial du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies dans une interview publiĂ©e dans la presse Ă la fin du mois dâaoĂ»t 2004. La FESCI a Ă©tĂ© Ă©galement citĂ©e par de nombreux tĂ©moins comme Ă©tant une milice dangereuse puisque ses Ă©lĂ©ments peuvent tuer impunĂ©ment. Au sujet, la Commission a notamment eu des tĂ©moignages concordants selon lesquels lâĂ©tudiant Habib Dodo, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de lâorganisation de la Jeunesse communiste de la CĂŽte dâIvoire JCOCI a Ă©tĂ© assassinĂ© le 23 juin 2004 par les membres de la FESCI. De mĂȘme, quelques dizaines de membres de la FESCI ont attaquĂ© le domicile de Ekisi Achy, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Parti communiste rĂ©volutionnaire de CĂŽte dâIvoire PCRCI oĂč rĂ©sidait Habib Dodo. Ils ont brisĂ© fenĂȘtres, armoires, tĂ©lĂ©vision et volĂ© des bijoux et la somme de 1 600 000 FCFA. Ils ont ensuite emmenĂ© Habib Dodo quâils avaient dĂ©jĂ sauvagement agressĂ©. DâaprĂšs les tĂ©moins, ils ont obligĂ© des taxis et minibus Ă les conduire au campus de Cocody. Câest au siĂšge de la FESCI quâun interrogatoire a eu lieu Ă la suite duquel la victime fut torturĂ©e Ă mort. AprĂšs lâavoir pendu Ă un arbre, les Ă©lĂ©ments de la FESCI ont mis la dĂ©pouille dans un sac quâils ont jetĂ© Ă cĂŽtĂ© de la clĂŽture de lâuniversitĂ© de Cocody. Ă la question posĂ©e par la Commission au sujet de lâenquĂȘte dans lâaffaire Habib Dodo, de hauts responsables de la police Ă Abidjan ont tout simplement rĂ©pondu que la FESCI est accusĂ©e dâavoir tuĂ© Habib Dodo mais quâil nây a pas de preuve ! On a mĂȘme appelĂ© les gens Ă lâoccasion dâun point de presse Ă venir nous donner des informations, des noms ! en vain⊠On sâattaque Ă la FESCI pour attaquer Ă travers elle le rĂ©gime de Gbagbo ! » a rĂ©pondu lâun des responsables. La raison de cet assassinat nâest autre que le soutien apportĂ© par Habib Dodo Ă la crĂ©ation dâun nouveau syndicat estudiantin, lâAssociation gĂ©nĂ©rale des Ă©lĂšves et Ă©tudiants de CĂŽte dâIvoire AGEECI. Plusieurs autres Ă©tudiants ont Ă©tĂ© victimes de tortures et de violences, ou ils ont Ă©tĂ© expulsĂ©s dĂ©finitivement de la citĂ© universitaire pour les mĂȘmes raisons. La Commission a eu lâoccasion de constater les sĂ©quelles de tortures sur lâune des victimes. La FESCI continue de jouir dâune impunitĂ© totale, expliquĂ©e par nombreux tĂ©moins par le soutien dont bĂ©nĂ©ficie cette organisation des plus hautes autoritĂ©s du pays. Les milices font Ă©galement des victimes dans dâautres rĂ©gions du pays. Ă Yamoussoukro, la Commission a recueilli une documentation et des tĂ©moignages qui prouvent que dans cette rĂ©gion, aussi un grand nombre de gens ont Ă©tĂ© tuĂ©es par la milice. Yamoussoukro est entourĂ©e de cadavres. Pendant six mois on a eu plusieurs inhumations par semaine. Il sâagit de personnes tuĂ©es par balles ! » a dĂ©clarĂ© un tĂ©moin Ă la Commission. Quelques semaines Ă peine avant la visite de la Commission dans cette ville, quatorze corps ont Ă©tĂ© dĂ©couverts dans un charnier. Selon des tĂ©moignages concordants, Zambi Antoine AnsĂšlme, dit Scorpion, serait le responsable de ces crimes. Un autre tĂ©moin a dĂ©clarĂ© Ă la Commission que trĂšs souvent les gens ont vu dans la voiture bachĂ©e de Scorpion » des personnes ligotĂ©es. Plus tard, ils ont trouvĂ© leurs dĂ©pouilles. Zambi Antoine AnsĂšlme a formĂ© Ă Yamoussoukro une milice quâil a appelĂ© les Scorpions guetteurs ». Cette milice a semĂ© la terreur dans toute la rĂ©gion. Dans les rĂ©gions de Toulepleu, DuĂ©kouĂ© et les environs, une milice conduite par Maho, 3e dĂ©lĂ©guĂ© au maire Ă Guiglo, attaque les populations dâorigine Ă©trangĂšre et tous ceux qui sont soupçonnĂ©s dâĂȘtre des opposants au rĂ©gime de Gbagbo. De nombreux tĂ©moins ont affirmĂ© Ă la Commission que cette milice procĂšde Ă des assassinats et des tueries la nuit et durant la pĂ©riode du couvre-feu sans que les autoritĂ©s policiĂšres nâinterviennent pour les arrĂȘter ou mĂȘme pour les dĂ©courager. Le jour oĂč la Commission a effectuĂ© une visite dâenquĂȘte dans la ville de DuĂ©kouĂ© cette milice a attaquĂ© une famille BurkinabĂ©. Le mari a succombĂ©, lâĂ©pouse atteinte par balle au niveau de lâĂ©paule et du bras a pu survivre. La Commission a pu vĂ©rifier lâinformation en se rendant Ă lâhĂŽpital oĂč elle a Ă©tĂ© transportĂ©e. A Blolequin, la nuit du 23 au 24 septembre 2003, la mĂȘme milice de Maho, armĂ©e et en tenue de combat, aurait abattu huit ressortissants burkinabĂ©s dans le campement de Abounakro dans le dĂ©partement de Blolequin. Ils auraient Ă©tĂ© ligotĂ©s et attachĂ©s les uns aux autres et mitraillĂ©s. Dâautres milices ont pu ĂȘtre identifiĂ©es tels que le Front SĂ©curitĂ© du Centre Ouest FSCO, dirigĂ© par Gnatoa Marc Bertrand, le MJG dirigĂ© par Al Moustapha, la SOAF de Yves Dibopieu, ainsi que les GSP, GGR, UPLICI. Toutes les milices qui opĂšrent en CĂŽte dâIvoire sont armĂ©es. Ă Gagnoa la FSCO aurait reçu un armement le 19 mai 2003 aprĂšs lâinvestiture du commandant Gnatoa Marc-Bertrand et cela devant les autoritĂ©s politiques, administratives et militaires dans cette mĂȘme ville. Ces armes, des Kalachnikov, ont Ă©tĂ© transportĂ©es jusquâĂ Gagnoa, le 19 mai 2003 Ă 23 heures, dans un containeur de la SociĂ©tĂ© CIB Compagnie ivoirienne de bois. La Commission souligne dâautre part que tous les tĂ©moignages concordent concernant lâimpunitĂ© dont bĂ©nĂ©ficient les milices. LibertĂ© de circulationModifier Selon le constat de la Commission et des tĂ©moignages, la libertĂ© de circulation en CĂŽte dâIvoire est Ă apprĂ©hender sous deux angles. En premier lieu, beaucoup de personnes vivant dans la zone sous contrĂŽle des Forces Nouvelles ou en provenance du Mali et du Burkina Faso doivent faire face Ă des entraves pour se rendre dans la zone sous contrĂŽle gouvernemental. En juin 2004, ce sont plus de 1000 personnes en provenance du Mali et du Burkina Faso, dont certaines Ă©taient de nationalitĂ© ivoirienne, qui se sont vues refuser lâentrĂ©e dans la zone Sud par les Forces ArmĂ©es de CĂŽte dâIvoire FANCI. AprĂšs avoir stationnĂ©es une semaine dans la zone de confiance en attente dâun Ă©ventuel dĂ©blocage de la situation, ces personnes ont finalement dĂ» repartir dâoĂč elles venaient. La Commission a Ă©tĂ© informĂ©e de la mort de plusieurs personnes en provenance du Nord en raison des sĂ©vices subis Ă des barrages en zone sud, notamment Ă Yamoussoukro et Toumodi. En aoĂ»t 2004, un bus de transport public ayant Ă bord 100 personnes en majoritĂ© ressortissants burkinabĂ©s et maliensa Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© sur lâaxe Yamoussokro-Abidjan par les FANCI sur ordre de Philippe Mango. Ces personnes ont Ă©tĂ© retenues Ă la prĂ©fecture de police de Yamoussoukro pendant cinq jours au moins. Les femmes et les enfants ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s sur lâintervention des notables et les reprĂ©sentants burkinabĂ©s ; les hommes ont Ă©tĂ© acheminĂ©s Ă Abidjan. En second lieu, lâexistence de barrages, tant dans la zone sous contrĂŽle des rebelles que dans la zone contrĂŽlĂ©e par les troupes loyalistes, donne lieu Ă des extorsions dâargent et des biens. Le nombre de barrages varie en fonction de la situation sĂ©curitaire de la localitĂ© et de lâintĂ©rĂȘt pĂ©cuniaire que ladite localitĂ© reprĂ©sente. Aussi Ă bon nombre des barrages, les bus sont soumis Ă un contrĂŽle strict des passagers et de leurs biens, ce qui donne libre court Ă des abus. LibertĂ© de la presseModifier Les efforts du gouvernement de rĂ©conciliation nationale pour la mise en Ćuvre du programme de Linas-Marcoussis lâont conduit Ă adopter un projet de loi sur le rĂ©gime juridique de la presse qui garantit la libertĂ© de la presse » et supprime les peines privatives de libertĂ© ». Quand bien mĂȘme lâUnion nationale des journalistes de CĂŽte dâIvoire UNJCI a saluĂ© lâadoption de ce texte qui marquera Ă coup sĂ»r un tournant dĂ©cisif dans lâassainissement de lâenvironnement Ă©conomique et juridique des entreprises de presse et leur renforcement », la Commission a reçu des tĂ©moignages et obtenu des rapports sur certaines exactions Ă lâencontre des organes de la presse et des journalistes. Câest surtout pour lâannĂ©e 2003 que le monde ivoirien des mĂ©dias a connu des moments difficiles pour lesquels les faits suivants ont Ă©tĂ© portĂ©s Ă la connaissance de la Commission Le siĂšge du quotidien Le Patriote » a Ă©tĂ© mis Ă feu Ă deux reprises ; Le siĂšge de la radio privĂ©e Nostalgie » a subi le mĂȘme sort ; Les Jeunes Patriotes » ont Ă plusieurs reprises, dĂ©chirĂ© des publications jugĂ©es hostiles au pouvoir et cassĂ© des kiosques qui vendaient des publications jugĂ©es de lâopposition comme Le Patriote », Le LibĂ©ral », 24 Heures », Le Jour » et Le Nouveau rĂ©veil ». Les livreurs de certains de ces journaux ont Ă©tĂ© plusieurs fois agressĂ©s ; Les Ă©missions des radios Ă©trangĂšres RFI, Africa NumĂ©ro 1 et BBC ont Ă©tĂ© interrompues Ă deux reprises ; Le siĂšge de Canal Satellites Horizons » a un jour Ă©tĂ© attaquĂ© ; Le journaliste DembĂ©lĂ© Vazoumana du quotidien Tassouman », plus connu sous le pseudonyme de Recteur », a Ă©tĂ© enlevĂ© par des hommes en treillis qui lâont sĂ©questrĂ© pendant des jours et ont tirĂ© Ă bout portant sur ses jambes ; Ouattara Nagolourgo Jonas, journaliste photographe au quotidien Notre Voie » a Ă©tĂ© dĂ©pouillĂ© des images quâil collectait et menacĂ© par les Ă©lĂ©ments des Forces Nouvelles ; Tagro Danielle du journal Le Courrier dâAbidjan » a Ă©tĂ© agressĂ©e par un ministre, pendant quâelle prenait des images sur lâattaque du Cabinet de ce membre du gouvernement par les Ă©tudiants ; Au cours dâune cĂ©rĂ©monie officielle Ă Yamoussoukro, Diallo Ibrahim, photographe et Charles Sanga, journaliste, tous deux du quotidien Le Patriote » ainsi que Franck KonatĂ© du journal 24 Heures » ont Ă©tĂ© agressĂ©s dans lâexercice de leur mĂ©tier par des Ă©lĂ©ments de la Garde prĂ©sidentielle ; Au moment de la mise en place du gouvernement de rĂ©conciliation nationale, un climat de rĂšglement de compte sâest installĂ© Ă la RTI Radio tĂ©lĂ©vision ivoirienne. Cela a conduit au limogeage de certains hauts fonctionnaires et journalistes dont Georges AbokĂ©, directeur gĂ©nĂ©ral de la RTI, Jean-Paul Dahilly, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la RTI, Kpan Victor, rĂ©dacteur en chef de la premiĂšre chaĂźne, Pierre Ignace Tressia, sous-directeur de lâinformation Ă la radio, Aka Francis, Directeur de la premiĂšre chaĂźne et NoĂ«l Gagno, sous-directeur de lâinformation tĂ©lĂ©visĂ©e ; M. Amadou Dagnogo, correspondant de LâInter, est portĂ© disparu depuis le 28 aoĂ»t 2004 pour avoir rendu compte des dissensions dans les rangs des ex-rebelles ; Certains journalistes ont fait lâobjet de menaces et dâautres manĆuvres dâintimidations Ă cause de leurs Ă©crits ou de leur sympathie politique supposĂ©e. Il sâagit notamment de DĂ©nis Kah Zion du quotidien Le Nouveau RĂ©veil », Pol Dokui de la radiodiffusion ivoirienne ; Fofana MambĂ© du quotidien Soir Info », DĂ©nis KonĂ© du quotidien 24 Heures » et KonĂ© Seydou de Le Patriote ».. Le correspondant de RFI en CĂŽte dâIvoire, Jean HĂ©lĂšne a Ă©tĂ© assassinĂ© et Guy AndrĂ© Kieffer a Ă©tĂ© portĂ© disparu dans des conditions non encore complĂštement mĂ©dias ont eu une place dĂ©terminante pour la crise ivoirienne. La presse et les tĂ©lĂ©visions nationales et internationales ont jouĂ© un rĂŽle important sur le dĂ©clenchement et dĂ©roulement des violences. La mĂȘme dynamique des clivages interethniques et religieuxpar lâinstrumentalisation de lâivoiritĂ© et de la xĂ©nophobie constitue un danger pour la CĂŽte dâIvoire. Dâune part, il y a les mĂ©dias acquis au pouvoir et, dâautre part, ceux des rebelles. Les unes et les autres publient des articles et des reportages teintĂ©s de xĂ©nophobie et dâintolĂ©rance religieuse. La Commission a constatĂ© que les mĂ©dias locaux ont contribuĂ© Ă rĂ©pandre des opinions hostiles aux Ă©trangers et aux immigrants ce qui, en plus du litige sur la nationalitĂ©, aurait prĂ©cipitĂ© et alimentĂ© lâexplosion de violence meurtriĂšre dans la CĂŽte dâIvoire. La Commission a reçu en ce sens des nombreux tĂ©moignages des ressortissants Ă©trangers, notamment burkinabĂ©s. Ils ont dĂ©clarĂ© quâaprĂšs les Ă©vĂšnements du 19 septembre 2002, ils ont Ă©tĂ© agressĂ©s par la population civile et par les forces de lâordre et de sĂ©curitĂ©. Certains mĂ©dias ont eu aussi leur part de responsabilitĂ© dans le climat dâhostilitĂ© qui sâest dĂ©veloppĂ© en CĂŽte dâIvoire Ă lâĂ©gard des journalistes, et notamment des correspondants de la presse Ă©trangĂšre, qualifiĂ©e dâennemie de la CĂŽte dâIvoire » et de complice de rebelles qui dĂ©truisent le pays ». LibertĂ© dâassociation et de rĂ©unionModifier Le dĂ©clenchement de la guerre en septembre 2002 a créé un climat dâintolĂ©rance et de suspicion Ă lâĂ©gard des leaders politiques, les dĂ©fenseurs des droits de lâhomme, les syndicalistes et les leaders des mouvements Ă©tudiants qui ne sâinscrivaient pas dans lâorthodoxie de la pensĂ©e dominante. Au niveau de la sociĂ©tĂ© civile, ce sont les ONGs des droits de lâhomme qui ont payĂ© un lourd tribu, particuliĂšrement le MIDH Mouvement ivoirien des droits de lâhomme dont le siĂšge a Ă©tĂ© saccagĂ© et le prĂ©sident vit en exil. AprĂšs avoir dĂ©mĂ©nagĂ©, le nouveau siĂšge a fait lâobjet de surveillance des services et agents de sĂ©curitĂ©. Des convocations, harcĂšlements, intimidations et menaces des membres de cette ONG ont conduit certains dâentre eux de vivre longtemps dans la clandestinitĂ© pendant que dâautres ont Ă©tĂ© obligĂ©s de prendre la route de lâexil, tel est le cas de MM Ăpiphane Zoro et Ibrahim Doumbia respectivement prĂ©sident et vice prĂ©sident. Il a Ă©tĂ© plusieurs fois accusĂ© de soutenir les rebelles. Le dimanche 30 mars 2003, au cours du journal tĂ©lĂ©visĂ© Ă la RTI de 13H00, un conseiller Ă la PrĂ©sidence a prĂ©sentĂ© le MIDH comme une organisation qui dĂ©nigre la CĂŽte dâIvoire ». Cela a donnĂ© carte blanche aux Jeunes patriotes et autres forces parallĂšles dont la mission est de terroriser ceux qui sont dĂ©signĂ©s ou supposĂ©s ĂȘtre contre le pouvoir. En ce qui concerne les militants des partis politiques, quâil sâagisse des rebelles ou des troupes gouvernementales, lâintolĂ©rance a rivalisĂ© avec la violence pour rĂ©primer tous ceux qui Ă©taient accusĂ©s ou suspectĂ©s dâĂȘtre du camp adverse, considĂ©rĂ©s comme traĂźtres. Au Nord, comme Ă lâOuest, les ex-rebelles ont souvent pris pour cibles des gens qui avaient Ă©tĂ© politiquement actifs comme membres ou proches du FPI ou supposĂ©s tels et le fait dâĂȘtre originaire du Sud faisait peser sur soi des prĂ©somptions dâespionnage lourdes de consĂ©quences. Des populations entiĂšres ont fuit les exactions des rebelles pour venir grossir Ă Abidjan la masse des personnes dĂ©placĂ©es. Il en a Ă©tĂ© de mĂȘme pour les ressortissants du Nord communĂ©ment appelĂ©s Dioulas » se trouvant dans la zone sous contrĂŽle gouvernemental, ainsi que des partis politiques dâopposition. Bien que le pluralisme politique soit consacrĂ© dans la Constitution, des tĂ©moignages portĂ©s Ă la connaissance de la Commission ont rĂ©vĂ©lĂ© des enlĂšvements, des sĂ©questrations, des arrestations, des tracasseries, des tortures et des assassinats, le pillage et la destruction des biens des leaders et des militants du RDR, de lâUDPCI et du PDCI/RDA, certains Ă©tant accusĂ©s dâĂȘtre Ă la base de la rĂ©bellion, dâautres de soutenir la rĂ©bellion. LibertĂ© de culte, de conscience et de religionModifier Les reprĂ©sentants des confessions religieuses ont fait part Ă la Commission que leurs communautĂ©s Ă©taient la cible depuis le dĂ©but de la guerre civile, au Nord comme au Sud. Câest ainsi que les chrĂ©tiens auraient Ă©tĂ© agressĂ©s parce que taxĂ©s dâespions ; au Sud, les musulmans auraient subi le mĂȘme sort et seraient obligĂ©s de vivre repliĂ©s au sein de leur communautĂ©. Des tĂ©moignages ont fait Ă©tat de certaines formes de rĂ©pression, de tueries et dâattaques dans les lieux de culte. Des imams ont Ă©tĂ© assassinĂ©s, notamment Ă Daloa et Ă Abidjan. Droit Ă la nationalitĂ©Modifier Lâarticle 15 de la DĂ©claration Universelle des droits de lâhomme de 1948, Ă laquelle la CĂŽte dâIvoire a souscrit, stipule que tout individu a droit Ă une nationalitĂ© » et nul ne peut ĂȘtre arbitrairement privĂ© de sa nationalitĂ© ni du droit de changer de nationalitĂ© ». Par ailleurs, la loi numĂ©ro 61-415 du 14 dĂ©cembre 1961 portant code de nationalitĂ© ivoirienne, modifiĂ©e par la loi numĂ©ro 72-852 du 21 dĂ©cembre 1972 dans ses dispositions gĂ©nĂ©rales dĂ©termine ce qui suit la loi dĂ©termine quels individus ont Ă leur naissance la nationalitĂ© ivoirienne Ă titre de nationalitĂ© dâorigine. La nationalitĂ© ivoirienne sâacquiert ou se perd aprĂšs la naissance par effet de la loi ou par une dĂ©cision de lâautoritĂ© publique prise dans les conditions fixĂ©es par lâarticle 1er ». Lâarticle 3 dispose que les dispositions relatives Ă la nationalitĂ© contenues dans les traitĂ©s ou accords internationaux dĂ»ment ratifiĂ©s et publiĂ©s sâappliquent, mĂȘme si elles sont contraires aux dispositions de la lĂ©gislation ivoirienne ». La Commission a constatĂ© une contradiction qui pourrait exister entre la notion dâ ivoiritĂ© » et les engagements pris par la CĂŽte dâIvoire. Ă cet Ă©gard, plusieurs tĂ©moins ont signalĂ© Ă la Commission quâaprĂšs des dĂ©marches fastidieuses et coĂ»teuses, des cartes dâidentitĂ© auraient Ă©tĂ© refusĂ©es aux descendants des immigrants parfois de deuxiĂšme ou troisiĂšme gĂ©nĂ©ration, crĂ©ant en lâespĂšce des apatrides. La Commission a en outre Ă©tĂ© informĂ©e que dans certains villages, une grande partie de la population, Ă la place dâune piĂšce dâidentitĂ©, aurait reçu des cartes de sĂ©jour, pour des visĂ©es Ă©lectoralistes. La Commission a pris acte de cette question de la nationalitĂ© qui se trouve au cĆur mĂȘme de la crise ivoirienne et Ă laquelle il faudra trouver une solution pour une paix durable. Droit de prendre part Ă la direction des affaires publiques de son paysModifier Tous les Ivoiriens nâont pas les mĂȘmes possibilitĂ©s de prendre part Ă la direction de leur pays. En effet, au lendemain de la guerre, beaucoup ont perdu leur travail dans les zones occupĂ©es sans pouvoir ĂȘtre rĂ©intĂ©grĂ©s. Des ministres ont Ă©tĂ© obligĂ©s de se replier dans leur village afin dâĂ©chapper Ă des tentatives dâassassinat. La visite de certains MinistĂšres issus du gouvernement de rĂ©conciliation laissent voir sans Ă©quivoque leur exclusion dans la direction du pays. Certains services en pĂątissent. La Constitution ivoirienne consacre le droit de vote. Cependant, il existe des allĂ©gations sur la non dĂ©livrance de la piĂšce dâidentitĂ©, piĂšce nĂ©cessaire pour la participation au scrutin. Cela aurait permis dâexclure des Ă©lections de 2000 des citoyens en Ăąge de voter. LâĂ©chĂ©ance Ă©lectorale de 2005 fait redouter les observateurs sur le processus Ă©lectoral. Tant que la modification et le projet de loi sur la nationalitĂ© ne seront pas dĂ©finitivement clĂŽturĂ©s, il nâest pas Ă©vident que ce droit puisse sâexercer sans obstruction. Expulsions massives des populationsModifier De septembre 2002 Ă ce jour, il y a eu des expulsions massives de populations alors que de tels faits sont prohibĂ©s par la DĂ©claration Universelle des Droits de lâHomme de 1948. Des villages ont Ă©tĂ© dĂ©truits et les populations contraintes de quitter tous leurs biens pour sauver leur vie. Discrimination et exclusionModifier Cette pratique existe malgrĂ© lâadhĂ©sion de la CĂŽte dâIvoire aux diffĂ©rents textes internationaux et rĂ©gionaux, repris dans leur loi fondamentale et les textes complĂ©mentaires. Les personnes vulnĂ©rablesModifier Droits des enfantsModifier Les enfants et les adolescents sont les premiers victimes de cette crise. De nombreux tĂ©moignages ont fait Ă©tat de cas dâenfants, filles et garçons tuĂ©s dĂ©libĂ©rĂ©ment. En outre, ils ont Ă©tĂ© soumis Ă des actes de torture et dâautres traitements cruels, inhumains ou dĂ©gradants. La Commission a eu des tĂ©moignages sur les cas dâenfants disparus, recrutĂ©s de force et soumis Ă des travaux forcĂ©s. Des filles auraient Ă©tĂ© violĂ©es. Ces actes ont Ă©tĂ© constatĂ©s de part et dâautre des parties en conflit. Plusieurs organisations ont soulignĂ© lâaccroissement du nombre dâenfants vivant dans la rue dans les principales villes, notamment au sud du pays. Il est certain, que cette situation est une consĂ©quence de lâappauvrissement accĂ©lĂ©rĂ© et de lâaccroissement du chĂŽmage en milieu rural et urbain. En outre, il y a un lien Ă©vident de ce phĂ©nomĂšne avec le dĂ©placement forcĂ© subi par de nombreux enfants. Des tĂ©moignages concordants ont montrĂ© lâexistence dâun nombre important, dâenfants victimes de dĂ©placement forcĂ© et dont certains seraient sans parents. Plusieurs enfants ont Ă©tĂ© recueillis dans des centres Ă©tablis par des organisations internationales et des ONGs. Quelques uns ont pu ĂȘtre rĂ©intĂ©grĂ©s par la suite dans leurs familles. Un certain nombre est encore abritĂ© dans ces centres en raison de lâimpossibilitĂ© de rentrer dans leurs villages ou rĂ©gions dâorigine, ou parce quâon ignore le sort de leurs familles [13] ». De surcroĂźt, dâautres tĂ©moignages ont signalĂ© lâexistence de villages dâenfants, notamment prĂšs de DananĂ© et aux alentours de BouakĂ©, oĂč des enfants ĂągĂ©s parfois de 15 ans ou moins font office de chefs de famille, suite Ă la mort ou la disparition prĂ©sumĂ©e de leurs parents [14] ». Lâengagement des enfants dans des activitĂ©s incompatibles avec leur Ăąge reste une question inquiĂ©tante. Outre les informations ci-dessus, la Commission a pris connaissance Ă©galement de la participation dâĂ©coliers Ă des actes dâordre politique, telles que des manifestations. Le recrutement des enfants au sens de lâart. 1 de la Convention sur les droits de lâenfant est une des consĂ©quences multiples de la crise. Par sa rĂ©solution 1479 2003, adoptĂ© le 13 mai 2003, le Conseil de SĂ©curitĂ© a engagĂ© toutes les parties ivoiriennes Ă sâabstenir de recruter ou dâutiliser des mercenaires ou des unitĂ©s militaires Ă©trangĂšres. Il a en outre exigĂ© que, conformĂ©ment Ă sa rĂ©solution 1460 2003, toutes les parties au conflit qui recrutent ou utilisent des enfants en violation de leurs obligations internationales mettent fin immĂ©diatement Ă cette pratique. Toutefois, divers interlocuteurs ont attirĂ© lâattention de la Commission sur lâenrĂŽlement des enfants, dont certains en bas Ăąge, et leur participation Ă des incidents armĂ©s ou dans lâaccomplissement de diverses tĂąches. Selon ces sources, des enfants ont Ă©tĂ© enrĂŽlĂ©s de grĂ© ou de force par les deux parties au conflit. Toutefois, pour ce qui est des forces gouvernementales cette pratique semble ĂȘtre liĂ©e Ă lâengagement de groupes armĂ©s agissant comme des supplĂ©tifs des forces armĂ©es nationales. MalgrĂ© certaines initiatives, notamment Ă BouakĂ© et Man, permettant lâidentification de quelques 60 enfants soldats, divers observateurs civiles et militaires ont signalĂ© la prĂ©sence dâenfants soldats notamment au sein des composantes des Forces Nouvelles. Certains ont attirĂ© lâattention sur le fait quâau cours des trois derniers mois, des enfants soldats semblent avoir Ă©tĂ© dĂ©placĂ©s vers dâautres rĂ©gions du pays. En effet, un certain nombre de cas portĂ©s Ă la connaissance de la Commission montrent cette rĂ©alitĂ©. Ainsi, courant 2003, plusieurs enfants soldats se trouvaient enrĂŽlĂ©s au sein de la force LIMA [15], engagĂ©e comme supplĂ©tifs des FANCI, de mĂȘme que du groupe MODEL [16] et des forces rebelles. Entre juin et aoĂ»t 2004, des enfants soldats se trouvaient dans des postes de contrĂŽle Ă Ferkessedougou, Sinematiali, Monoko-Zohi, Gobazra, Niakaramandougou et BouakĂ©. Certains de ces enfants agiraient vraisemblablement comme des supplĂ©tifs, en accomplissant des taches diverses tels que des achats, de liaison avec dâautres postes. NĂ©anmoins, lorsquâils ont Ă©tĂ© aperçus, la plupart dâentre eux portaient des armes, telles que des AK 47. Violences sexuelles faites aux femmesModifier Les plus graves violations des droits de lâhomme ont Ă©tĂ© observĂ©es Ă travers les violences sexuelles faites aux femmes, fruit de la banalisation de la souffrance ainsi que du mĂ©pris de la dignitĂ© de la personne humaine en CĂŽte dâIvoire. De chaque cĂŽtĂ© des belligĂ©rants, les femmes ont Ă©tĂ© utilisĂ©es pour assouvir des appĂ©tits bestiaux des combattants dont certains Ă©taient sous lâeffet des drogues. Les cruautĂ©s et la barbarie auxquelles les femmes ont Ă©tĂ© soumises constituent une preuve que la violence Ă lâencontre des femmes nâest pas encore perçue comme un crime grave en CĂŽte dâIvoire. Les violences qui ont Ă©tĂ© portĂ©es Ă la connaissance de la Commission par des tĂ©moins et quelques rares fois directement par les victimes ont fait mention des viols des femmes de tous Ăąges y compris des mineures de moins de 12 ans, des viols prĂ©cĂ©dĂ©s et/ou accompagnĂ©s de traitements cruels, inhumains et dĂ©gradants, des viols en prĂ©sence du conjoint et/ou des enfants, obligation de commettre lâinceste, harcĂšlement sexuel, attentat Ă la pudeur, rapt et esclavage sexuel. Le viol des femmes a Ă©tĂ© frĂ©quemment utilisĂ© depuis les Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002 comme arme de guerre contre les populations dans les diffĂ©rentes zones de combats, de dĂ©placements ou de rĂ©sidence. Des centaines de femmes de tout Ăąge ont Ă©tĂ© violĂ©es durant cette pĂ©riode. Ces viols ont eu des consĂ©quences sociales dramatiques. En effet, des femmes et des jeunes filles qui en ont Ă©tĂ© victimes sont repoussĂ©es par leur milieu social, des enfants sont nĂ©s de ces actes et dâautres sont gravement malades VIH/SIDA, MST, trouble mental, etc.. LâidentitĂ© de certains auteurs de ces viols, parfois collectifs, a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e Ă la Commission et leurs noms figurent sur la liste confidentielle en annexe du prĂ©sent rapport. Rappelons que la CĂŽte dâIvoire est partie Ă la Convention internationale sur lâĂ©limination de toutes formes de discrimination Ă lâĂ©gard des femmes ratifiĂ©e le 18/12/95 et a aussi adoptĂ© la RĂ©solution 48/104 de lâAssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations Unies contre la violence faite aux femmes. La Commission a reçu le tĂ©moignage dâun homme qui a Ă©tĂ© contraint de violer sa propre fille devant le reste de la famille. Suite Ă cette scĂšne, la mĂšre est devenue folle. Dans un autre village, une femme enceinte a Ă©tĂ© dĂ©shabillĂ©e en public et a Ă©tĂ© obligĂ©e de simuler lâacte sexuel pendant plusieurs heures. Elle a accouchĂ© dâun mort nĂ© le lendemain. Dans le mĂȘme village, dix femmes ont Ă©tĂ© violĂ©es par une centaine de rebelles. Une jeune fille de 16 ans a Ă©tĂ© violĂ©e par huit personnes qui lui ont par la suite cassĂ© le bassin. Elle ne peut ni sâasseoir, ni marcher. Lors de la courte reprise de Bangolo, des viols collectifs ont Ă©tĂ© commis par les Forces LIMA. Par respect pour les victimes et pour leur Ă©viter des reprĂ©sailles, la liste des victimes et de certains auteurs prĂ©sumĂ©s des viols est repris en annexe confidentielle du rapport. Violations graves des droits Ă©conomiques, sociaux et culturelsModifier Droits Ă©conomiques et sociauxModifier En dĂ©cidant dâinclure les droits Ă©conomiques et sociaux dans son rapport consacrĂ© aux violations graves des droits de lâhomme commises sur toute lâĂ©tendue du territoire de CĂŽte dâIvoire depuis le 19 septembre 2002, la Commission est consciente de la controverse de caractĂšre doctrinale entretenue sur la nature et la valeur des droits Ă©conomiques, sociaux et culturels par rapport aux droits civils et politiques. Sans vouloir chercher Ă prendre position en faveur de lâune de thĂšses en prĂ©sence et dâentrer ainsi au cĆur du dĂ©bat, en traitant dans le prĂ©sent rapport de violations des droits Ă©conomiques, sociaux et culturels, la Commission a simplement voulu souligner le caractĂšre dâindivisibilitĂ© et interdĂ©pendance des droits de lâhomme. LâĂȘtre humain ne peut en effet vivre sans sâĂ©panouir, sans jouir pleinement aussi bien des droits civils et politiques que de ceux de la catĂ©gorie dite de droits Ă©conomiques, sociaux et culturels. La crise multiforme survenue en CĂŽte dâIvoire a de toute Ă©vidence dĂ©montrĂ© lâinterdĂ©pendance et lâindivisibilitĂ© des droits Ă©voquĂ©s plus haut. En effet, cette crise politique au dĂ©part sâest muĂ©e en bien dâautres formes Ă la suite de la guerre dĂ©clenchĂ©e Ă partir de la rĂ©bellion qui est aussi un Ă©pisode politique. ConsidĂ©rĂ© ainsi globalement, la crise ivoirienne a eu des fortes consĂ©quences aussi bien sur la jouissance des droits de lâhomme que sur les dimensions Ă©conomiques de tous ceux qui vivent en CĂŽte dâIvoire. La Commission devait donc de prendre en compte et de faire rĂ©fĂ©rence dans son rapport, des violations de droits Ă©conomiques, sociaux et culturels. Au titre de violations graves de droits Ă©conomiques, sociaux et culturels, la Commission a retenu ce qui suit Aggravation du contexte macro-Ă©conomique gĂ©nĂ©ralModifier La guerre qui a sĂ©vi en CĂŽte dâIvoire a eu des consĂ©quences importantes mais nĂ©gatives sur la jouissance des droits Ă©conomiques, sociaux et culturels. Ces consĂ©quences ont Ă©tĂ© aggravĂ©es par le contexte Ă©conomique gĂ©nĂ©ral correspondant Ă une pĂ©riode trĂšs critique. Dans les zones oĂč des combats se sont dĂ©roulĂ©s, il en est rĂ©sultĂ© des dĂ©placements forcĂ©s de populations et par voie de consĂ©quence, la jouissance et le respect des droits Ă©conomiques et sociaux ont Ă©tĂ© rendus trĂšs difficiles, voire rĂ©duite Ă nĂ©ant. Avenir Ă©conomique de la CĂŽte dâIvoire ; dĂ©couverte de nouvelles richessesModifier La Commission a reçu des tĂ©moignages faisant Ă©tat dâĂ©vĂ©nements qui peuvent faire croire Ă un certain optimisme quant Ă lâavenir Ă©conomique de la CĂŽte dâIvoire. Il serait notamment question de dĂ©couvertes de puits de pĂ©trole [17] et que la rĂ©serve serait proche de celle du KoweĂŻt et quâainsi, la CĂŽte dâIvoire pourrait devenir le deuxiĂšme producteur africain de pĂ©trole aprĂšs le Nigeria. Au surplus il serait question, toujours selon ces tĂ©moignages, du pĂ©trole vert », lequel serait trĂšs prisĂ©. Ă cĂŽtĂ© du pĂ©trole, on aurait Ă©galement dĂ©couvert, selon des tĂ©moignages, du gaz entre San Pedro et Sassandra ; la rĂ©serve en permettrait lâexploitation pendant un siĂšcle. Dâautres ressources existeraient aussi tel lâor, les diamants, outre des mĂ©taux qui sont actuellement utilisĂ©s dans la fabrication de satellites. Selon cette source, la guerre en CĂŽte dâIvoire serait liĂ©e Ă cet Ă©tat de choses et aurait pour but, soit dâempĂȘcher ou tout au moins, certains groupes Ă profiter de lâexploitation de ces nouvelles richesses ivoiriennes, soit dâentretenir le dĂ©sordre dans le pays, car un tel contexte favorise lâexploitation sans contrĂŽle des produits existants. Position dominante de certains groupes dâintĂ©rĂȘtModifier Les tĂ©moignages recueillis ont aussi permis de savoir que la loi de 1998 portant code rural et foncier serait liĂ©e Ă la position dominante que la France ou les intĂ©rĂȘts français occupent en CĂŽte dâIvoire. Selon ces sources, les Français possĂ©deraient 45 % de la terre et que, curieusement, les siĂšges oĂč se trouve la PrĂ©sidence de la RĂ©publique et lâAssemblĂ©e nationale ivoirienne feraient lâobjet dâun bail conclu avec des Français. Ces derniers contrĂŽleraient les secteurs de lâeau et de lâĂ©lectricitĂ© qui reprĂ©sentent une somme de 10 milliards de CFA par mois. Selon la mĂȘme source, les Français contrĂŽleraient en outre 20 000 entreprises en plus du poids que leur pays exerce sur le Franc CFA. Les Français dĂ©tiendraient 70 % des bĂ©nĂ©fices du commerce ivoirien, ces bĂ©nĂ©fices transitant par la Banque de France. Le tĂ©moin a aussi signalĂ© quâen vue de la rĂ©alisation de la construction dâun troisiĂšme pont Ă Abidjan, la dĂ©cision du gouvernement ivoirien de recourir Ă un appel dâoffres international nâa pas plu Ă certains milieux. Le tĂ©moin dĂ©clare que ces faits expliqueraient le sentiment de haine ou lâanimositĂ© que les membres de ces milieux feraient montre Ă lâĂ©gard du prĂ©sident Laurent Gbabgo. Selon ce mĂȘme tĂ©moin, cette haute autoritĂ© serait opposĂ©e au monopole, ce qui expliquerait Ă©galement lâattitude hostile vis-Ă -vis de lâintĂ©ressĂ©. Si donc lâavenir de la CĂŽte dâIvoire pourrait apparaĂźtre de plus radieux et prometteur, permettant dâespĂ©rer Ă une grande amĂ©lioration de la situation Ă©conomique gĂ©nĂ©rale dans ce pays, le contexte Ă©conomique et social consĂ©cutif Ă la crise ivoirienne est de loin dĂ©lĂ©tĂšre et moins reluisant. Ă cet Ă©gard, la ConfĂ©dĂ©ration des syndicats libres de la CĂŽte dâIvoire a donnĂ© le tableau ci-aprĂšs quant Ă la jouissance des droits Ă©conomiques et sociaux Le chiffre des travailleurs qui ont perdu la vie pendant la guerre nâest pas connu ;En ce qui concerne le droit Ă la santĂ© au dĂ©but, le gouvernement ivoirien prenait en charge un certain nombre des personnes dĂ©placĂ©es, spĂ©cialement les enfants, ces derniers auraient Ă©tĂ© par la suite syndicat recommande cependant que le gouvernement soit appuyĂ© pour mieux venir en aide Ă cette catĂ©gorie de personnes vulnĂ©rables. Le droit Ă lâĂ©ducation et le travail des enfants les interlocuteurs de la Commission lâont informĂ©e que la guerre a freinĂ© lâĂ©lan du gouvernement qui avait pourtant rĂ©alisĂ© des avancĂ©es dans le domaine de lâĂ©ducation en appliquant notamment la gratuitĂ© de la scolaritĂ© de base. Mais la destruction des Ă©coles et la dispersion des enfants, le phĂ©nomĂšne des enfants de la rue notamment mendiants, la prostitution des mineurs, lâenrĂŽlement forcĂ© des enfants, particuliĂšrement Ă BouakĂ©, lâexploitation des enfants et surtout des filles pour des travaux domestiques, lâutilisation et la soumission des enfants Ă des tĂąches inadaptĂ©es Ă leur Ăąge et Ă leur Ă©tat, etc⊠ont davantage fragilisĂ© la situation des enfants, les rendant encore plus vulnĂ©rables. Ă la suite de la fermeture de lâUniversitĂ© Ă BouakĂ©, plusieurs Ă©tudiants se sont dispersĂ©s Ă cause de la guerre et se retrouvent ainsi hors des Ă©tudes. Le syndicat DignitĂ© a dĂ©clarĂ© avoir obtenu de lâOIT un financement pour une campagne de sensibilisation au sein des entreprises sur la nĂ©cessitĂ© du respect du droit de lâenfant. Il sâest avĂ©rĂ©, selon ce syndicat, que ce sont les entreprises privĂ©es, en particulier celles du coton et les mines dâor, qui utilisent le plus la main-dâĆuvre infantile. Ă Abidjan, les enfants seraient beaucoup plus utilisĂ©s dans le secteur informel. LâenquĂȘte rĂ©alisĂ©e par ce syndicat a permis dâĂ©tablir que la plupart des entreprises utilisant les enfants appartiendraient Ă des ressortissants BurkinabĂ©s et Maliens. Ce phĂ©nomĂšne serait aussi perceptible dans les plantations de cafĂ© et de cacao, notamment Ă Guiglo, dans la prĂ©fecture de Blolequin. Lâutilisation de la main dâĆuvre infantile serait justifiĂ©e », Ă certains endroits, par le fait que pour beaucoup dâentre eux, le travail leur permettrait de se payer des cours coraniques. Selon cette mĂȘme source, le Bureau international catholique sur lâenfance a effectuĂ© des enquĂȘtes qui auraient rĂ©vĂ©lĂ© que 15 000 enfants maliens travailleraient en CĂŽte dâIvoire ; que 2 500 enfants seraient occupĂ©s dans un travail dans le cadre familial ;Afin dâĂ©lucider la question du travail des enfants, une commission mixte composĂ©e de 16 membres a Ă©tĂ© constituĂ©e entre le Mali et la CĂŽte dâIvoire pour Ă©valuer lâampleur du phĂ©nomĂšne. Le syndicat DignitĂ© a signalĂ© notamment quâil a Ă©tĂ© saisi du cas de deux jeunes filles occupĂ©es dans des tĂąches domestiques et qui, au moment de rĂ©clamer leur salaire, ont Ă©tĂ© accusĂ©es par leur employeur dâavoir volĂ© dans la maison de leur maĂźtre. Destruction, pillage ou fermeture dâentreprisesModifier Plusieurs autres formes des violations des droits Ă©conomiques et sociaux ont Ă©tĂ© constatĂ©es du fait de la destruction et/ou de la fermeture des entreprises Ă la suite de la guerre. Cela a entraĂźnĂ© un nombre Ă©levĂ© de chĂŽmeurs et de dĂ©placĂ©s. Parmi les personnes dĂ©cĂ©dĂ©es, on a dĂ©plorĂ© la prĂ©sence de nombreux travailleurs et de syndicalistes. Cela a dĂ©capitĂ© le fonctionnement de certaines centrales syndicales, surtout dans le Nord du pays. La guerre a aussi eu pour effet de rendre plus difficile et plus onĂ©reuse lâĂ©coulement des produits vers des centres de consommation ou des marchĂ©s. Cela a en outre Ă©tĂ© accentuĂ© par la division du pays en deux parties et a, par ricochet, rendu plus difficiles les conditions de vie dĂ©jĂ prĂ©caires des populations. LibertĂ©s syndicalesModifier Aux questions des membres de la Commission si la libertĂ© syndicale Ă©tait effectivement garantie depuis la fin du monopartisme et de ses consĂ©quences logiques Ă cet Ă©gard, sâil existait une convention collective, quel Ă©tait le rĂŽle de lâinspection du travail, la dĂ©lĂ©gation syndicale a rĂ©pondu par lâaffirmative mais a toutefois prĂ©cisĂ© que Tous les droits syndicaux sont garantis et reconnus par le code ivoirien du travail et les conventions pertinentes de lâOIT auxquelles la CĂŽte dâIvoire est quâĂ©tant consacrĂ©e dans ces textes, la libertĂ© de crĂ©ation de syndicats et le droit de grĂšve sont soumis Ă certaines restrictions rĂ©glementaires. Câest ainsi que sâagissant par exemple du droit de grĂšve, il est exigĂ© au prĂ©alable de donner un prĂ©avis et dâen indiquer les motifs. Il existe une convention collective adoptĂ©e dans le cadre de la lĂ©gislation de 1964 et 1975. Les inspecteurs du travail existent certes mais sont inefficaces parce que confrontĂ©s au phĂ©nomĂšne de corruption gĂ©nĂ©ralisĂ©e qui a cours en CĂŽte dâIvoire. Le mouvement syndical ivoirien nâavait pas de problĂšme majeur avec le gouvernement mais plutĂŽt avec le patronat. Ă titre dâexemple, lorsque fut dĂ©clenchĂ©e en 2004, la grĂšve de lâUFAM-CI par les travailleurs qui rĂ©clamaient la dĂ©mission du chef du personnel qui leur vendait des poulets, des problĂšmes ont surgi au niveau du recouvrement. La police est intervenue pour disperser les travailleurs qui faisaient un sit-in ; 36 travailleurs furent licenciĂ©s. De mĂȘme, lors de la grĂšve Ă la plantation de la culture de lâhĂ©vĂ©a, les travailleurs rĂ©clamaient une prime alors quâils venaient de bĂ©nĂ©ficier dâune augmentation de salaire de 10 %. Le syndicat est intervenu et la revendication a Ă©tĂ© jugĂ©e lĂ©gale et lĂ©gitime. Lors de la grĂšve des greffiers au MinistĂšre de la Justice, toujours pour des revendications salariales, les meneurs ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s. Ils ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s par la suite grĂące Ă lâintervention du syndicat existe trois grands syndicats en CĂŽte dâIvoire la ConfĂ©dĂ©ration des syndicats libres de CĂŽte dâIvoire baptisĂ© DignitĂ© » ; lâUnion gĂ©nĂ©rale des travailleurs de CĂŽte dâIvoire et la FĂ©dĂ©ration des syndicats autonomes de CĂŽte dâ a cependant Ă©tĂ© prĂ©cisĂ© Ă lâintention des membres de la Commission, quâavec lâouverture syndicale ayant coĂŻncidĂ© avec le dĂ©but du multipartisme, certains syndicats se sont alignĂ©s sur les positions politiques concernant des questions dâintĂ©rĂȘt national. La lutte du syndicat DignitĂ© remonte aux annĂ©es 90, plus prĂ©cisĂ©ment avec la grĂšve de 1993 dont fait Ă©tat le rapport du BIT relatif Ă lâannĂ©e 1994. Il y a eu des morts mais des rĂ©sultats substantiels en ont rĂ©sultĂ© plus jamais en CĂŽte dâIvoire, des syndicalistes nâont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s depuis cette date pour avoir exercĂ© leur droit de grĂšve ; les prĂ©lĂšvements obligatoires sur les salaires des travailleurs ont aussi Ă©tĂ© supprimĂ©s Ă partir de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du syndicat DignitĂ© a enfin terminĂ© par des informations sur sa mission dans le Nord de la CĂŽte dâIvoire et sur un aperçu des acquis du mouvement syndical ivoirien. Exercice des droits Ă©conomiques et sociaux au Nord de la CĂŽte dâIvoireModifier Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a expliquĂ© Ă la Commission que sans lâautorisation et la protection de la Licorne, sa mission aurait Ă©tĂ© compromise car les rebelles lui auraient refusĂ© lâaccĂšs aux entreprises quâil pouvait visiter ; sur les 8 000 travailleurs que comptait BouakĂ© Ă lâĂ©poque, il nâen resterait que 300 ; selon des tĂ©moins, Ă ZouĂ©noula, on aurait aperçu des camions immatriculĂ©s au Ghana venus charger du sucre en CĂŽte dâ Ă ces informations, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a alertĂ© les autoritĂ©s en leur Ă©crivant ainsi quâĂ ses homologues des pays voisins. Dans ce contexte, son syndicat a bĂ©nĂ©ficiĂ© dâun financement de la Belgique pour organiser un sĂ©minaire de moralisation et de sensibilisation Ă Banfoura entre les travailleurs ivoiriens et burkinabĂ©s. Mais il signale regretter que le thĂšme du sĂ©minaire ait Ă©tĂ© modifiĂ© en derniĂšre minute pour ĂȘtre plutĂŽt consacrĂ© au problĂšme foncier en CĂŽte dâIvoire. Dans la partie nord oĂč se trouvent de grandes plantations et la majeure partie de propriĂ©taires terriens, la guerre a entraĂźnĂ© des destructions Ă©normes ainsi que des pillages. Quelques acquis de la lutte syndicale ivoirienneModifier Sur cette question, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a signalĂ© Ă lâintention de la Commission ce qui suit, obtenu notamment grĂące Ă lâaction de son organisation le salaire des femmes qui Ă©tait initialement de 5 000 FCFA par mois est actuellement de 26 000 FCFA ; celui des travailleurs de milieux ruraux, qui Ă©tait de 10 000 FCFA est Ă©galement passĂ© Ă 26 000 FCFA ; le SMIG est actuellement Ă 36â607 FCFA et passera Ă 42 000 FCFA au cours de la deuxiĂšme annĂ©e ; certains patrons ne respectent guĂšre lâobligation de payer le SMIG Ă leur personnel et le MinistĂšre du Travail demeure sans rĂ©action face Ă cette anomalie ; la protection des travailleurs et les conditions de travail ne sont pas respectĂ©es dans toutes les titre illustratif, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a mentionnĂ© le cas dâun ouvrier atteint dâune infection pulmonaire due Ă de mauvaises conditions de travail, mais pour lequel le mĂ©decin de lâentreprise aurait recommandĂ© auprĂšs de son collĂšgue dâindiquer que ledit travailleur souffrait plutĂŽt du a aussi Ă©tĂ© Ă©voquĂ© quâaprĂšs septembre 2002, certains travailleurs avaient perdu leur emploi Ă cause de leur appartenance tribale, ethnique ou rĂ©gionale. Le cas de femmes dâune entreprise de pĂȘche a aussi Ă©tĂ© signalĂ©. Des femmes auraient Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©es inaptes alors quâelles prĂ©sentaient des dĂ©formations physiques dues au fait quâelles Ă©taient obligĂ©es de travailler dans la position debout pendant de nombreuses annĂ©es. Il a aussi Ă©tĂ© fait mention dâune dame qui avait Ă©tĂ© licenciĂ©e pour avoir souhaitĂ© et obtenu de bĂ©nĂ©ficier dâun congĂ© de maternitĂ©. Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a terminĂ© en faisant observer que beaucoup dâanomalies ou dâirrĂ©gularitĂ©s ou de manquements qui sont constatĂ©s dans le monde du travail au mĂ©pris des textes garantissant les conditions et les relations de travail ont lieu Ă cause de la corruption gĂ©nĂ©ralisĂ©e et Ă lâimpunitĂ© qui sĂ©virait en CĂŽte dâIvoire. Les droits culturelsModifier Au titre des violations majeures des droits culturels, la Commission tient Ă stigmatiser la rĂ©tention, dans diffĂ©rentes morgues dâAbidjan des dĂ©pouilles des personnes qui ont trouvĂ© la mort lors des incidents ayant Ă©maillĂ© la rĂ©pression sanglante lors de la marche qui avait Ă©tĂ© organisĂ©e le 24 mars 2004. Pour des raisons qui nâont pas Ă©tĂ© clairement explicitĂ©es Ă la Commission, les familles des personnes dĂ©cĂ©dĂ©es qui nâĂ©taient pas en mesure dâhonorer les factures de frais de conservation des dĂ©pouilles gardĂ©es dans des morgues, ou des familles des personnes dont lâautopsie avait Ă©tĂ© demandĂ©e par les autoritĂ©s, nâĂ©taient pas autorisĂ©es Ă prendre les dĂ©pouilles des leurs en vue de lâinhumation. En effet, dans les deux cas de figure, la mise Ă disposition de toute dĂ©pouille est subordonnĂ©e, selon la lĂ©gislation en vigueur en CĂŽte dâIvoire, Ă la dĂ©livrance dâun document dĂ©livrĂ©e uniquement par lâautoritĂ© judiciaire [18]. La Commission considĂšre quâen lâespĂšce, le droit Ă une sĂ©pulture digne et descente a Ă©tĂ© violĂ©. En effet, la mort de ces personnes Ă©tant survenue Ă la suite des actes de violence causĂ©s par les services chargĂ©s du maintien de lâordre, est donc imputable au gouvernement. Ce dernier est donc responsable de la rĂ©tention des dĂ©pouilles de ces personnes et des frais encourus Ă cet effet vis-Ă -vis de lâadministration des morgues de CĂŽte dâIvoire. Dans les coutumes et donc, selon la culture de beaucoup de pays africains, le deuil dâune personne ne peut avoir lieu Ă dĂ©faut dâinhumation du corps de lâintĂ©ressĂ©. En se fondant sur le facteur propre Ă la culture Ă certaines traditions africaines et au respect dĂ» aux morts, la Commission a attirĂ© la particuliĂšre attention du prĂ©sident Laurent Gbagbo sur cette situation. Cette autoritĂ© a dĂ©cidĂ© et promis de faire prendre des dispositions nĂ©cessaires en vue de rendre aux familles les dĂ©pouilles des leurs dont la mort est survenue Ă Abidjan dans le cadre des Ă©vĂ©nements du 24 mars 2004. Au titre de violations des droits culturels, des cas de profanation de sĂ©pultures et dâattaques contre les lieux de culte ont aussi Ă©tĂ© signalĂ©s Ă la Commission. ADMINISTRATION DE LA JUSTICEModifier Il ne peut y avoir de paix sans justice, ni de justice sans loi, ni de loi digne de ce nom sans un tribunal chargĂ© de dĂ©cider ce qui est juste et lĂ©gal, dans des circonstances donnĂ©es.[19] Traditionnellement attribut de la souverainetĂ© nationale, la justice constitue lâinstitution qui, par excellence, permet de mesurer le niveau dâexistence dâun Ătat de Droit, Ă un point tel que la gravitĂ© des violations des droits de lâhomme est proportionnelle Ă lâabsence de Justice. De mĂȘme, la multiplication des abus de pouvoir non sanctionnĂ©s par la Justice conduit Ă terme Ă susciter des rĂ©actions en gĂ©nĂ©ral violentes de la part des victimes. De nombreux tĂ©moignages recueillis par la Commission abondent dans le sens selon lequel la situation qui prĂ©vaut aujourdâhui en CĂŽte dâIvoire, et en tout cas depuis le 19 septembre 2002, puise ses sources dans les Ă©vĂ©nements et les abus de toute sorte survenus bien antĂ©rieurement Ă cette pĂ©riode. Actuellement lâobservateur peut constater un dĂ©calage Ă©norme entre les textes relatifs Ă lâadministration de la justice et les pratiques judiciaires. En effet, la Constitution ivoirienne du 1er aoĂ»t 2000 consacre la plupart des principes fondamentaux susceptibles de garantir un fonctionnement sain et rĂ©gulier du service public de la Justice. Mais de toute Ă©vidence, durement Ă©prouvĂ©e par les Ă©vĂ©nements, la Justice ivoirienne a Ă©pousĂ© les contours du conflit et ne sâest pas montrĂ©e Ă la hauteur de la confiance qui pouvait ĂȘtre placĂ©e en elle de sorte que la CĂŽte dâIvoire manque cruellement dâun organe neutre, impartial et indĂ©pendant, suffisamment efficace pour permettre la rĂ©solution pacifique des conflits. Câest ainsi que, par exemple, tous ceux ayant commis des crimes de sang, quâils soient putschistes, soldats gouvernementaux, gendarmes, policiers et autres, nâont pas vu les poursuites pĂ©nales engagĂ©es Ă leur encontre ou, pour celles qui ont Ă©tĂ© engagĂ©es, menĂ©es Ă leur terme. Cela a entraĂźnĂ© immanquablement la frustration des victimes Ă qui justice nâa pas encore Ă©tĂ© rendue, cependant quâelles voient tous les jours les auteurs jouir dâune totale impunitĂ©. Dans certains cas aucune enquĂȘte sĂ©rieuse nâa Ă©tĂ© menĂ©e, ni mĂȘme la moindre information ouverte dans dâautres cas. Il en est ainsi par exemple de lâagression dont la CĂŽte dâIvoire a Ă©tĂ© victime le 19 septembre 2002 ; la tentative dâassassinat de Lida Kouassi, Ă lâĂ©poque ministre de la dĂ©fense, le 19 septembre 2002, au cours de laquelle son domicile a Ă©tĂ© attaquĂ© nuitamment Ă la roquette ; la tentative dâassassinat dâAlassane Dramane Ouattara, lâassassinat de lâun de ses gardes, ni sur lâincendie criminel de sa propriĂ©tĂ© ; lâassassinat de Boga Doudou, Ă lâĂ©poque ministre de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, dont le domicile a Ă©tĂ© du reste saccagĂ© postĂ©rieurement aux Ă©vĂ©nements, ce qui a eu pour consĂ©quence de faire disparaĂźtre des Ă©lĂ©ments de preuves ; lâassassinat de Robert GueĂŻ et de son Ă©pouse ainsi que des personnes militaires comme civiles chargĂ©es de sa garde dâautant que les voitures privĂ©es du couple GueĂŻ, volĂ©es le 19 septembre 2002, circuleraient au grand jour Ă Abidjan ; les attaques meurtriĂšres menĂ©es par les assaillants contre un certain nombre de casernes de lâArmĂ©e, la Gendarmerie et en particulier son Ă©cole ainsi que la Police ; les exĂ©cutions sommaires qui sâen sont suivies partout dans Abidjan et les communes environnantes et qui se sont poursuivies jusquâĂ cette annĂ©e ; lâassassinat de lâImam Samassi, le 23 juin 2004, par quatre individus armĂ©s qui se seraient enfuis Ă bord de son vĂ©hicule ; lâassassinat Ă BouakĂ© dâun colonel de plusieurs balles dans le dos ; les multiples assassinats de nombreuses autres Justice ivoirienne nâa pas enquĂȘtĂ©, ni encore moins poursuivi les auteurs des massacres des gendarmes dĂ©sarmĂ©s de BouakĂ©, sommairement exĂ©cutĂ©s dans des cellules pour certains et au cimetiĂšre pour dâautres par les forces rebelles ; ni ceux ayant commis les plus hideuses atrocitĂ©s dans tout lâOuest et le Centre Ouest du pays ; tout comme elle nâa pas procĂ©dĂ© Ă la moindre arrestation Ă la suite des nombreuses et graves exactions commises sur les populations civiles la poursuite, lâarrestation et le jugement des auteurs prĂ©sumĂ©s de crimes constituent un devoir impĂ©rieux pour lâĂtat et partant pour ceux, comme le Parquet et le SiĂšge lorsquâil est saisi Ă qui la Loi en a confiĂ© la tache. RecommandĂ©s par le Conseil Economique et Social dans sa rĂ©solution 1989/65 en date du 24 mai 1989, les Principes relatifs Ă la prĂ©vention efficace des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et aux moyens dâenquĂȘter efficacement sur ces exĂ©cutions, Ă©noncent notamment au titre de la PrĂ©vention,Modifier 1. Les exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires seront interdites par la lĂ©gislation nationale et les gouvernements feront en sorte que de telles exĂ©cutions soient considĂ©rĂ©es comme des dĂ©lits punissables en vertu de leur droit pĂ©nal et frappĂ©es de peines appropriĂ©es tenant compte de la gravitĂ© du dĂ©lit. Des circonstances exceptionnelles, notamment lâĂ©tat de guerre ou la menace de guerre, lâinstabilitĂ© politique Ă lâintĂ©rieur du pays, ou toute autre situation dâurgence publique, ne pourront ĂȘtre invoquĂ©es comme justification de ces exĂ©cutions. De telles exĂ©cutions ne devront pas avoir lieu, quelles que soient les circonstances, notamment en cas de conflit armĂ© interne, par suite de lâemploi excessif ou illĂ©gal de la force par un agent de lâĂtat ou toute autre personne agissant Ă titre officiel ou sur lâinstigation ou avec le consentement explicite ou tacite dâune telle personne, et dans les situations oĂč il y a dĂ©cĂšs pendant la dĂ©tention prĂ©ventive. Cette interdiction lâemportera sur les dĂ©crets publiĂ©s par lâexĂ©cutif ». 2. Afin dâempĂȘcher les exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires, les pouvoirs publics exerceront un contrĂŽle rigoureux, notamment en veillant strictement au respect de la voie hiĂ©rarchique, sur tous les fonctionnaires responsables de lâarrestation, de la dĂ©tention provisoire et de lâemprisonnement, ainsi que sur tous les fonctionnaires autorisĂ©s par la loi Ă employer la force et Ă utiliser les armes Ă feu ». au titre des EnquĂȘtes,Modifier 9. Une enquĂȘte approfondie et impartiale sera promptement ouverte dans tous les cas oĂč lâon soupçonnera des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires, y compris ceux oĂč des plaintes dĂ©posĂ©es par la famille ou des informations dignes de foi donneront Ă penser quâil sâagit dâun dĂ©cĂšs non naturel dans les circonstances donnĂ©es. Il existera Ă cette fin des procĂ©dures et des services officiels dâenquĂȘte dans les pays. LâenquĂȘte aura pour objet de dĂ©terminer la cause, les circonstances et le jour et lâheure du dĂ©cĂšs, le responsable et toute pratique pouvant avoir entraĂźnĂ© le dĂ©cĂšs, ainsi que tout ensemble de faits se rĂ©pĂ©tant systĂ©matiquement⊠». 15. Les plaignants, les tĂ©moins, les personnes chargĂ©es de lâenquĂȘte et leurs familles jouiront dâune protection contre les violences, les menaces de violences ou toute autre forme dâintimidation. Les personnes pouvant ĂȘtre impliquĂ©es dans des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires seront Ă©cartĂ©es de toute fonction leur permettant dâexercer une autoritĂ©, directe ou indirecte, sur les plaignants, les tĂ©moins et leurs familles, ainsi que sur les personnes chargĂ©es de lâenquĂȘte ». 16. Les familles des dĂ©funts et leurs reprĂ©sentants autorisĂ©s seront informĂ©s de toute audience et y auront accĂšs, ainsi quâĂ toute information touchant lâenquĂȘte ; ils auront le droit de produire dâautres Ă©lĂ©ments de preuve. La famille du dĂ©funt aura le droit dâexiger quâun mĂ©decin ou un autre reprĂ©sentant qualifiĂ© assiste Ă lâautopsie. Lorsque lâidentitĂ© du dĂ©funt aura Ă©tĂ© Ă©tablie, un avis de dĂ©cĂšs sera affichĂ© et la famille ou les parents du dĂ©funt seront immĂ©diatement avisĂ©s. La dĂ©pouille mortelle leur sera rendue aprĂšs lâenquĂȘte ». 17. Un rapport Ă©crit sera Ă©tabli dans un dĂ©lai raisonnable sur les mĂ©thodes et les conclusions de lâenquĂȘte. Il sera rendu public immĂ©diatement et comportera une description de lâenquĂȘte et des procĂ©dures et mĂ©thodes utilisĂ©es pour apprĂ©cier les Ă©lĂ©ments de preuve, ainsi que des conclusions et recommandations fondĂ©es sur des constatations et sur la loi applicable⊠Les pouvoirs publics devront, dans un dĂ©lai raisonnable, soit rĂ©pondre au rapport de lâenquĂȘte, soit indiquer quelles mesures seront prises pour y donner suite⊠». au titre de la ProcĂ©dure judiciaire,Modifier 18. Les pouvoirs publics veilleront Ă ce que les personnes dont lâenquĂȘte aura rĂ©vĂ©lĂ© quâelles ont participĂ© Ă des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires sur tout territoire tombant sous leur juridiction soient traduites en justice⊠» 19. Sans prĂ©judice du principe 3 ci-dessus, lâordre donnĂ© par un supĂ©rieur hiĂ©rarchique ou une autoritĂ© publique ne peut pas ĂȘtre invoquĂ© pour justifier des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires. Les supĂ©rieurs hiĂ©rarchiques, les fonctionnaires ou autres agents de lâĂtat pourront rĂ©pondre des actes commis par des agents de lâĂtat placĂ©s sous leur autoritĂ© sâils avaient raisonnablement la possibilitĂ© de prĂ©venir de tels actes. En aucun cas, y compris en Ă©tat de guerre, Ă©tat de siĂšge ou autre Ă©tat dâurgence, une immunitĂ© gĂ©nĂ©rale ne pourra exempter de poursuites toute personne prĂ©sumĂ©e impliquĂ©e dans des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires ». 20. Les familles et les ayants droit des victimes dâexĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires auront droit Ă recevoir une indemnisation Ă©quitable dans un dĂ©lai raisonnable ». Dans tous les cas de violations graves des droits de lâhomme et du droit international humanitaire, ces principes qui figurent en bonne place dans le droit positif ivoirien nâont pas Ă©tĂ© respectĂ©s et/ou intĂ©gralement appliquĂ©s. Par ailleurs lâindĂ©pendance des magistrats pourtant clairement affirmĂ©e Ă lâarticle 101 de la Constitution, a Ă©tĂ© singuliĂšrement mise Ă mal en de nombreuses occasions autres que celles relatives aux Ă©vĂ©nements extrĂȘmement graves ayant secouĂ© la CĂŽte dâIvoire. Ces occasions ont trait aux activitĂ©s et aux droits des Magistrats. Ă titre illustratif, la Commission cite le cas du 1er Vice-prĂ©sident du Tribunal de 1re instance dâAbidjan Plateau purement et simplement Ă©cartĂ© de la composition habituelle des chambres Ă la suite de la dĂ©cision quâil a prise et tendant Ă la dĂ©livrance Ă Alassane Dramane Ouattara dâun certificat de nationalitĂ©. Ensuite et concomitamment, suivant toutes les ordonnances prises par le juge Dietai Marcel, Ă lâĂ©poque oĂč il a exercĂ© la fonction de prĂ©sident du Tribunal de 1re instance dâAbidjan, ce dernier a dĂ©cidĂ© Ă lâarticle 3 de son ordonnance du 22 juillet 2002 que la dĂ©livrance dâun certificat de nationalitĂ© ne peut dĂ©sormais ĂȘtre faite quâĂ la suite dâune dĂ©lĂ©gation de signature » et par des magistrats nommĂ©ment dĂ©signĂ©s Ă cet effet. Il a mĂȘme pris soin de prĂ©ciser Ă lâarticle 4 de son ordonnance que les certificats de nationalitĂ© des personnalitĂ©s politiques sont dĂ©livrĂ©es sur les instructions Ă©crites du prĂ©sident du Tribunal ». Ensuite, le prĂ©sident du Tribunal sâest créé un domaine rĂ©servĂ© en matiĂšre de dĂ©livrance des certificats de nationalitĂ© aux personnalitĂ©s politiques, alors que traditionnellement, la dĂ©livrance de tous certificats de nationalitĂ©, sans distinction, Ă©tait dĂ©volue Ă la compĂ©tence du prĂ©sident du Tribunal et des Vice-prĂ©sidents. En Ă©cartant de la composition habituelle du Tribunal la Vice-prĂ©sidente qui a signĂ© le certificat de nationalitĂ© dâAlassane Dramane Ouattara, ce mĂȘme prĂ©sident du Tribunal dâAbidjan a ouvertement sanctionnĂ© ce magistrat en dehors de toute procĂ©dure disciplinaire lĂ©galement prĂ©vue. En ordonnant quâun acte, somme toute de nature judiciaire, ne ferait lâobjet que dâune dĂ©lĂ©gation de signature, et quâil ne serait dĂ©sormais dĂ©livrĂ© que sur ses instructions Ă©crites, il a rĂ©duit la fonction de juge Ă celle de simple exĂ©cutant dâun ordre hiĂ©rarchique. Ă la connaissance de la Commission, ces agissements nâont pas Ă©tĂ© suivis des rĂ©actions quâils mĂ©ritaient de la part de lâensemble des magistrats, ni mĂȘme dâailleurs du Barreau ni des organisations de dĂ©fense des droits de lâhomme. Rien dâĂ©tonnant donc Ă ce que le mĂȘme prĂ©sident du mĂȘme Tribunal nâentame encore davantage lâindĂ©pendance des juges en Ă©tendant son pouvoir de contrĂŽle Ă dâautres domaines judiciaires Ă©trangers Ă la politique politicienne. Câest ainsi quâil a Ă©crit dans son ordonnance n° 2716/03 Ă lâArticle deuxiĂšme Des permanences seront assurĂ©es en ce qui concerne les rĂ©fĂ©rĂ©s dâheure Ă heure, les certificats de nationalitĂ©, les actes dâindividualitĂ© les procurations spĂ©ciales, les ordonnances sur requĂȘte, les saisies conservatoires de navire, Ă lâexception des saisies conservatoires article 54 de lâacte uniforme et des injonctions de payer, sous le contrĂŽle du prĂ©sident du Tribunal ou de lâun de ses Vice-prĂ©sidents de la maniĂšre suivante ». Et suivent les noms des juges dĂ©signĂ©s. Ces ordonnances de Dietai Marcel ont probablement contribuĂ© Ă faire entrer de plain pied la justice ivoirienne dans le dĂ©bat politique sans tenir compte de la primautĂ© du droit et Ă créé au sein de la Magistrature, un clivage qui Ă©pouse les contours des divisions rĂ©gionales, ethniques et partisanes. Il sâagit apparemment et en tout cas Ă la connaissance de la Commission, de la premiĂšre fois oĂč il est question de contrĂŽle du prĂ©sident du Tribunal » pour toutes les matiĂšres autres que celle des certificats de nationalitĂ©, de sorte quâil semble bien que ces autres matiĂšres listĂ©es connaissent donc le mĂȘme rĂ©gime que les certificats de nationalitĂ©. Une autre occasion de manifester et de rĂ©affirmer lâindĂ©pendance et les droits de la magistrature a Ă©tĂ© manquĂ©e par le Conseil SupĂ©rieur de la Magistrature lorsquâil sâest rĂ©uni en Conseil de discipline pour juger 169 magistrats et 6 auditeurs de justice. Les faits sont simples et incontestĂ©s. Se plaignant de la dĂ©gradation de leurs conditions de vie et de travail et aprĂšs avoir conclu Ă un Ă©chec dans leurs tentatives de dialogue avec lâexĂ©cutif, 169 magistrats et 6 auditeurs de justice ont organisĂ© une marche de protestation le 5 mars 2002 doublĂ©e dâun arrĂȘt de travail. Le 29 mai 2002, le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des LibertĂ©s Publiques Ă lâĂ©poque, a saisi le Conseil supĂ©rieur de la magistrature Ă lâeffet de se prononcer sur les faits qualifiĂ©s de manquement aux convenances de leur Ă©tat, Ă lâhonneur, Ă la dĂ©licatesse ou Ă la dignitĂ© » pour avoir organisĂ© une marche de protestation suivie dâun arrĂȘt de travail. Dans une composition irrĂ©guliĂšre laissant supposer une sorte de cooptation, le Conseil supĂ©rieur de la magistrature a sanctionnĂ© ces magistrats, leur niant ainsi et Ă la fois le droit dâĂȘtre jugĂ© par une juridiction impartiale, comme lâexige lâarticle de la Charte africaine des droits de lâhomme et des peuples pourtant ratifiĂ©e par la CĂŽte dâIvoire ; les libertĂ©s de rĂ©union et de manifestation que leur donne lâarticle 11 de la Constitution ; la libertĂ© de pensĂ©e et dâexpression, notamment la libertĂ© dâopinion garanties Ă tous » par lâarticle 9 de la Constitution ; le droit de grĂšve reconnu par lâarticle 17 de la Constitution Ă tous les travailleurs quâils soient du secteur public ou du secteur privĂ© ; lâindĂ©pendance par rapport aux chefs de juridiction lorsquâil sâagit notamment de lâexercice dâune libertĂ© fondamentale et comme juge siĂ©geant au sein dâune Commission fait remarquer que la dĂ©cision du Conseil supĂ©rieur de la magistrature nâaurait pu ĂȘtre dĂ©fĂ©rĂ©e Ă la Commission africaine des droits de lâhomme et des peuples en particulier et/ou portĂ©e Ă la connaissance du Rapporteur spĂ©cial des Nations Unies sur lâindĂ©pendance de la justice. Une autre situation qui sâest produite plus rĂ©cemment illustre encore plus le manque total de considĂ©ration Ă lâĂ©gard de ceux qui sont censĂ©s arbitrer pacifiquement les conflits au sein de la sociĂ©tĂ© ivoirienne, en mĂȘme temps quâelle rĂ©vĂšle au grand jour une sorte dâĂ©tat de lĂ©thargie dans laquelle semble plongĂ©s Ă la fois le corps de la magistrature tout comme le Barreau, sâagissant de la dĂ©fense de leurs propres intĂ©rĂȘts. En effet, le 9 mars 2004, jour retenu par la Chancellerie pour lâinstallation dâun haut magistrat, un certain nombre de personnes dites Patriotes » Ă la tĂȘte desquelles se trouvaient notamment le prĂ©sident Poiri BlĂ© Simplice, magistrat de son Ă©tat, EugĂšne DjuĂ©, prĂ©sident du Mouvement des patriotes et Serge Kuyo, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FESCI ont manifestĂ© devant le Palais de Justice du Plateau Ă Abidjan prĂ©tendant ainsi sâinsurger contre sa nomination. Ă un moment donnĂ©, les manifestants qui entendaient sâopposer Ă la cĂ©rĂ©monie dâinstallation, ont pris dâassaut le Palais de Justice, ont saccagĂ© un certain nombre de bureaux et ont molestĂ© des magistrats qui ont Ă©tĂ© dĂ©pouillĂ©s des biens trouvĂ©s sur eux ou dans leurs bureaux. Selon tous les tĂ©moignages concordants, ces faits se sont dĂ©roulĂ©s sous les yeux bienveillants des forces de lâordre, et en particulier le lieutenant Gnanzou, adjoint au Commissaire du 1er Arrondissement du Plateau. Ă la connaissance de la Commission, le magistrat ayant manifestĂ© avec les Patriotes » et ayant ainsi participĂ© Ă une action de toute Ă©vidence concertĂ©e et tendant Ă entraver le fonctionnement des juridictions, nâa pas Ă©tĂ© traduit devant le Conseil de discipline ; les auteurs de la mise Ă sac du Palais de Justice et des agressions contre les magistrats nâont pas Ă©tĂ© inquiĂ©tĂ©s Ă ce Commission ignore si les policiers prĂ©sents au moment des Ă©vĂ©nements ont Ă©tĂ© sanctionnĂ©s. La Commission fait Ă©galement remarquer que ni les syndicats de magistrats ni les magistrats victimes nâont tentĂ© dâĂ©prouver le systĂšme judiciaire en exerçant leur droit de saisine de lâun des mĂ©canismes internationaux de protection des droits de lâhomme. Cela rĂ©vĂšle le manque de considĂ©ration dans laquelle est tenue la magistrature en CĂŽte dâIvoire, mais Ă©galement la frilositĂ© des magistrats Ă entamer des poursuites judiciaires dont ils connaissent trĂšs bien les voies et moyens de dĂ©passer lâinertie apparemment ordonnĂ©e du Parquet soumis Ă la hiĂ©rarchie. La Commission constate en outre que la plainte introduite par les magistrats victimes, et qui fait lâobjet dâune information ouverte au 7e cabinet dâinstruction du Plateau, demeure encore lettre morte. Lâinertie de la justice pour des agressions dont sont victimes certains de ses membres, et Ă travers eux non seulement lâinstitution, mais Ă©galement la RĂ©publique tout entiĂšre, fait douter de la possibilitĂ© de lâexistence mĂȘme dâun Ătat de droit dans le court et le moyen terme dans ce pays, hĂ©las suffisamment meurtri. Il appartenait donc en premier lieu aux Magistrats ivoiriens et Ă tous les acteurs de la vie judiciaire dâagir afin de rĂ©tablir, en la reconquĂ©rant tant soit peu, la confiance dâabord des Ivoiriens. Les opĂ©rateurs Ă©conomiques et la communautĂ© internationale apprĂ©cieront ensuite et certainement une telle action susceptible de favoriser grandement la rĂ©conciliation nationale et, partant, la paix en CĂŽte dâIvoire et par voie de consĂ©quence, le redĂ©marrage de la vie Ă©conomique afin que ce pays retrouve la prospĂ©ritĂ©. La Commission a Ă©galement constatĂ© lâĂ©tat dĂ©plorable des conditions de vie et de travail des magistrats ivoiriens trĂšs mal payĂ©s et tout aussi mal outillĂ©s, cependant que dâautres services de lâĂtat bĂ©nĂ©ficient des toutes derniĂšres inventions technologiques. La Commission a recueilli des informations faisant Ă©tat de corruption au sein de la Magistrature, tout comme du Barreau, ce qui ternit encore davantage lâimage dĂ©jĂ dĂ©sastreuse de la Justice ivoirienne. La Commission prĂ©cise que tous les acteurs politiques sont parfaitement conscients de cette situation, mais aucun dâentre eux ne semble avoir fait Ă©tat du moindre plan pour y remĂ©dier. Ă cet Ă©gard, la Commission se doit aussi dâattirer lâattention de tout un chacun sur lâĂ©tat dangereux que prĂ©sente lâunivers carcĂ©ral ivoirien. Pour lâavoir visitĂ©e, la Commission signale quâĂ la Maison dâarrĂȘt et de correction dâAbidjan MACA aucune de lâensemble des rĂšgles minima pour le traitement des dĂ©tenus nâest pratiquement respectĂ©e. Mais pire encore, la situation qui y prĂ©vaut constitue pour les dĂ©tenus un danger permanent pour leur vie. En effet, elle est surpeuplĂ©e et compte jusquâĂ 7 000 sept mille dĂ©tenus pour une capacitĂ© Ă lâorigine de 1 500 mille cinq cents personnes. Les dĂ©tenus sont privĂ©s dâeau la plupart du temps et ne reçoivent en tout et pour tout quâune seule ration quotidienne de riz, dâatchĂ©kĂ© le dimanche, de la taille dâune tasse de thĂ©. Il arrive parfois que cette quantitĂ© ne parvienne mĂȘme pas aux plus faibles qui sont dĂ©tenus dans les Ă©tages les plus Ă©levĂ©s. Au surplus, la distribution tout comme la cuisine sont gĂ©rĂ©es par des dĂ©tenus qui Ă©tablissent leur loi de sorte que sâimpose irrĂ©sistiblement celle de la lutte pour la survie. Les dĂ©tenus ont thĂ©oriquement la possibilitĂ© de se faire apporter de la nourriture de lâextĂ©rieur, mais doivent Ă chaque fois payer un montant total de 500 cinq cents francs CFA aux gardiens. Ce racket des gardiens est parfaitement connu des autoritĂ©s, mais personne nâose intervenir. Par ailleurs, cette situation Ă la fois de sous-alimentation et de racket, oblige les dĂ©tenus Ă se faire apporter des denrĂ©es alimentaires en quantitĂ© suffisante pour une certaine pĂ©riode, et Ă cuire leurs repas Ă lâintĂ©rieur des cellules sur des rĂ©chauds Ă©lectriques lĂ oĂč lâĂ©lectricitĂ© est fournie sur des tables en bois, dans des conditions qui prĂ©sentent un risque majeur dâincendie, susceptible de causer des dĂ©gĂąts humains et matĂ©riels considĂ©rables, aisĂ©ment imaginables et prĂ©visibles, compte tenu de la surpopulation carcĂ©rale et de la multiplicitĂ© des barreaux Ă chaque Ă©tage. Au surplus, pour les besoins de la cuisine et donc Ă lâintĂ©rieur mĂȘme des cellules, les dĂ©tenus font librement usage de couteaux, de fourchettes, de cuillĂšres et autres ustensiles pouvant servir dâarmes, le risque se prĂ©sentant Ă chaque rixe entre dĂ©tenus. De telles conditions entraĂźnent rĂ©guliĂšrement des Ă©pidĂ©mies comme par exemple la tuberculose ou le bĂ©ribĂ©ri. Depuis cette Ă©poque, MSF apporte du riz deux fois par semaine sous forme de pĂąte mĂ©langĂ©e avec la ration ordinaire. MSF a apportĂ© Ă©galement des mĂ©dicaments Ă hauteur de 100 % des besoins jusquâen 2003, aujourdâhui Ă 95 % et est prĂ©sent avec une Ă©quipe de mĂ©decins et dâinfirmiers composĂ©e tant dâexpatriĂ©s que dâIvoiriens. Aussi mince soit-il, un effort particulier a Ă©tĂ© consenti par lâadministration ivoirienne qui a affectĂ© une Ă©quipe mĂ©dicale composĂ©e entre autres de deux mĂ©decins, six infirmiers, une sage femme, un aide soignant, un pharmacien et un technicien de laboratoire. Le personnel mĂ©dical dans son ensemble est insuffisant pour faire face Ă toutes sortes de maladies qui entraĂźnent immanquablement la malnutrition et la promiscuitĂ© et le peu de moyens dont dispose MSF pour assurer lâhygiĂšne. Au surplus, les rĂ©fĂ©rences chirurgicales sont prises en charge par MSF et avec de grosses difficultĂ©s, car sur les trois Centres hospitaliers universitaires dâAbidjan, seul celui de Cocody peut accepter et peut accueillir des urgences au bloc opĂ©ratoire. En outre, MSF doit acheter les mĂ©dicaments en ville car lâhĂŽpital ne les fournit pas et parfois se charger des soins. Le personnel, parfaitement considĂ©rĂ© comme compĂ©tent par les spĂ©cialistes, nâest pas en cause, les hĂŽpitaux nâayant plus les moyens de fonctionner correctement et de faire face aux urgences en cette pĂ©riode de crise profonde. Les dĂ©tenus prĂ©sentant des cas de pathologie psychiatrique ne disposent dâaucune prise en charge. Compte tenu tant de la situation carcĂ©rale sus rĂ©sumĂ©e et de lâextrĂȘme lenteur de la justice dans le traitement de la plupart des dossiers, les cas de pathologie psychiatrique ont tendance Ă augmenter, aggravant ainsi les risques et lâĂ©tat dangereux qui prĂ©valent dans cette prison. Selon des tĂ©moignages concordants et dignes de foi recueillis par la Commission, la situation des autres prisons est encore plus dĂ©sastreuse car elles ne bĂ©nĂ©ficient dâaucune aide extĂ©rieure. Lâadministration pĂ©nitentiaire ne dissimule pas cette carence ainsi que bien dâautres difficultĂ©s et reconnaĂźt quâelle nâest pas en mesure de respecter les engagements tant nationaux quâinternationaux de lâĂtat du fait de la crise aiguĂ« dans laquelle la guerre civile a plongĂ© les finances de lâĂtat. Cela prend une rĂ©sonance particuliĂšre lorsquâil est question de droits de la personne humaine et des impĂ©ratifs en matiĂšre de nourriture, dâhygiĂšne et de soins et que ce service public, symbole de lâautoritĂ© de lâĂtat, au mĂȘme titre que la Justice et la DĂ©fense nationale, ne peut rĂ©pondre aux exigences de sa mission en faisant valoir une contrainte des finances publiques insuffisantes pour justifier » sic dâaussi graves violations des droits de lâhomme. Aux aspects matĂ©riels sâajoute un facteur gĂ©nĂ©rateur de bien des difficultĂ©s supplĂ©mentaires tenant Ă lâĂ©loignement de la MACA des lieux judiciaires laquelle explique, pour partie, le taux Ă©levĂ© de surpeuplement et des durĂ©es de dĂ©tention prĂ©ventive excessives. Lâurgence Ă apporter des solutions Ă ces problĂšmes sâimpose. Il y a aussi une particuliĂšre urgence Ă rĂ©tablir lâinstitution judiciaire Ă travers tout le pays. Lâadministration de la justice est inexistante dans les parties contrĂŽlĂ©es par les Forces Nouvelles. Rien nâa Ă©tĂ© entrepris, Ă lâexception de quelques tentatives de maintenir ça et lĂ un semblant dâadministration comme notamment celle de Dosso Mazi, ancien directeur de prison Ă la retraite qui a repris du service Ă titre bĂ©nĂ©vole Ă la prison de BouakĂ© dont il assure une trĂšs bonne tenue. La Commission doit Ă©galement signaler Ă titre dâexemple lâaccroissement Ă BouakĂ©, du nombre de commissariats qui est passĂ© de trois Ă dix en trĂšs peu de temps en raison de lâaccroissement des actes de banditisme. Ces trĂšs modestes tentatives ne sauraient en aucun cas masquer la rĂ©alitĂ© constatĂ©e par la Commission et qui rĂ©sulte de ce que les rebelles nâont pas par exemple tentĂ© de prĂ©server les biens publics, tout comme les propriĂ©tĂ©s privĂ©es saccagĂ©es ; celles-ci sont pillĂ©es et dĂ©truites sous leurs yeux, donnant aujourdâhui un spectacle de dĂ©solation. Lâabsence mĂȘme dâun semblant de justice dans la partie Nord de la CĂŽte dâIvoire est aggravĂ©e par le fait que la population civile est rĂ©guliĂšrement terrorisĂ©e par les rĂšglements de comptes parfois sauvages comme par exemple lâĂ©gorgement de Kass auxquels se livrent souvent ces derniers temps certains rebelles dans les rues des villes quâils occupent sans quâil y ait lâintervention dâune quelconque autoritĂ©. La Commission a Ă©galement eu la preuve que la quasi-totalitĂ© des biens volĂ©s en CĂŽte dâIvoire a Ă©tĂ© recelĂ©e et vendue au grand jour dans les pays voisins comme le Burkina Faso et le Mali. Elle est surprise que la justice de ces Ătats ne soit pas intervenue pour arrĂȘter et sanctionner les dĂ©linquants et les obliger Ă restituer les biens Ă leurs lĂ©gitimes propriĂ©taires en CĂŽte dâIvoire. Si les autoritĂ©s de ces Ătats voisins avaient, dĂšs le dĂ©part, commencĂ© Ă sĂ©vir, de tels actes ne se seraient pas dĂ©veloppĂ©s au point de devenir une activitĂ© commerciale lucrative. Le moins que lâon puisse dire est que, dans le domaine de lâadministration de la Justice, les Ătats voisins de la CĂŽte dâIvoire ne se sont pas du tout montrĂ©s solidaires, ni rĂ©ellement soucieux de maintenir des relations amicales dans le but de prĂ©server la paix, alors que lâarticle 23 de la Charte Africaine des Droits de lâHomme et des Peuples les y invite. Comme certains criminels et dĂ©linquants se trouvent encore sur leurs territoires et sont identifiables, tous les Ătats voisins devraient entamer Ă leur encontre des poursuites judiciaires qui, si elles sont de toute Ă©vidence insuffisantes pour indemniser les victimes, cependant un tournant dĂ©cisif dans lâhistoire des relations de voisinage souvent tumultueuses en Afrique. Une telle attitude serait le prĂ©lude Ă une collaboration des Polices judiciaires et des Justices. Cette collaboration constituerait une des meilleures garanties contre toute activitĂ© subversive et, partant, un solide gage pour le maintien de la paix entre les Ătats comme entre leurs populations. Violations du droit international humanitaireModifier La CĂŽte dâivoire, en tant que Ătat nouvellement indĂ©pendant, a succĂ©dĂ© aux Conventions de GenĂšve par sa dĂ©claration de succession du 28 dĂ©cembre 1961. Le 20 septembre 1989, elle a ratifiĂ© les deux protocoles additionnels aux Conventions de GenĂšve. AprĂšs analyse et Ă©valuation des faits, la Commission a pu constater de nombreuses atteintes graves aux lois et coutumes de la guerre en CĂŽte dâIvoire suite aux Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002. Les violations les plus significatives sont les exĂ©cutions des membres des forces armĂ©es ne prenant pas part aux hostilitĂ©s, les bombardements aĂ©riens contre des populations civiles, les Ă©vĂ©nements de Korhogo du 20 et 21 juin 2004, les rĂ©fugiĂ©s et personnes dĂ©placĂ©es, les atteintes Ă la vie du personnel humanitaire, les pillages et destructions des biens de caractĂšre civil. ExĂ©cutions des membres des forces armĂ©es ayant dĂ©posĂ© les armesModifier Selon lâarticle 3 commun aux Conventions de GenĂšve, les personnes qui ne participent pas directement aux hostilitĂ©s, y compris les membres des forces armĂ©es qui ont dĂ©posĂ© les armes et les personnes qui ont Ă©tĂ© mises hors de combat par maladie, blessure, dĂ©tention, ou pour toute autre cause, seront, en toutes circonstances, traitĂ©es avec humanitĂ©, sans aucune distinction de caractĂšre dĂ©favorable basĂ©e sur la race, la couleur, la religion ou la croyance, le sexe, la naissance ou la fortune, ou tout autre critĂšre analogue. Les exĂ©cutions des membres des forces armĂ©es ayant dĂ©posĂ© les armes constitueraient dĂšs lors des cas de violations des dispositions des conventions susmentionnĂ©es. Massacre des gendarmes dĂ©tenus Ă la prison du 3e bataillon dâinfanterie de BouakĂ©Modifier Au cours dâune sĂ©rie dâincidents survenus Ă la prison du 3e bataillon dâinfanterie de BouakĂ© en octobre 2002, quatre vingt dix personnes parmi lesquelles quarante huit gendarmes et trente sept membres de leurs familles ainsi que sept autres civils dĂ©tenus ont Ă©tĂ© massacrĂ©s par les forces rebelles. DâaprĂšs les tĂ©moignages recueillis par la Commission auprĂšs des gendarmes rescapĂ©s, lâĂ©tat-major de la 3e LĂ©gion de la gendarmerie de BouakĂ© a Ă©tĂ© attaquĂ© par les rebelles du MPCI le 20 septembre 2002, provoquant un blessĂ© grave de chaque cĂŽtĂ©. Un drapeau blanc a par la suite Ă©tĂ© hissĂ© sur les casernes et, durant les jours suivants, une certaine cohabitation pacifique a Ă©tĂ© observĂ©e entre les gendarmes et les rebelles du MPCI. Le Vendredi 4 octobre 2002, la ville de BouakĂ© a connu une panne dâĂ©lectricitĂ© et les rebelles craignant une infiltration des soldats loyalistes venant dâAbidjan ont mis fin Ă la trĂȘve avec les gendarmes de BouakĂ©. Le dimanche 6 octobre 2002, aprĂšs des combats avec des renforts loyalistes, les rebelles se sont rendus Ă la caserne de la 3e LĂ©gion de gendarmerie vers 13h00 afin de faire des vĂ©rifications. Suite Ă cette opĂ©ration, environ cent trente et une personnes parmi lesquelles soixante trois gendarmes et soixante et un enfants ou dâautres membres de leurs familles ainsi que sept autres personnes civiles ont Ă©tĂ© contraints sous la menace des armes des rebelles, de se rendre Ă pied au 3e bataillon dâinfanterie de BouakĂ©. Le mĂȘme jour vers 17 heures 30, un groupe de chasseurs traditionnels Dozos, alliĂ©s Ă la rĂ©bellion est arrivĂ© dans la prison et le plus ĂągĂ© qui semblait ĂȘtre leur chef a demandĂ© Ă un dĂ©tenu gendarme du nom de Dali Djachi dâapprocher et lui ont dĂ©livrĂ© le message suivant tu diras Ă tes camarades, vous ĂȘtes tous considĂ©rĂ©s morts, mais ce qui va se passer câest pendant la nuit ». Selon le tĂ©moignage des rescapĂ©s, vers 19 heures 30, un groupe de chasseurs Dozos est arrivĂ© Ă lâintĂ©rieur de la prison. Celui qui semblait ĂȘtre leur chef Ă©tait armĂ© de Kalachnikov ; il a tenu des propos agressifs contre les dĂ©tenus puis a ouvert le feu sur les dĂ©tenus. La premiĂšre rafale est allĂ©e Ă droite de la petite cour oĂč Ă©taient entassĂ©s des dĂ©tenus assis. Une autre rafale a Ă©tĂ© tirĂ©e Ă gauche de la cour vers une porte mĂ©tallique bloquĂ©e. De nombreux dĂ©tenus qui Ă©taient assis et dâautres couchĂ©s par terre ont Ă©tĂ© atteints par les tirs. Le commandant de la 3e LĂ©gion de gendarmerie se trouvait parmi les morts ainsi que trois autres gendarmes. Vers 20 heures, un deuxiĂšme groupe de Dozos armĂ©s ont pĂ©nĂ©trĂ© de nouveau Ă lâintĂ©rieur ; ils ont continuĂ© Ă tirer sur les dĂ©tenus y compris cette fois-ci les enfants des gendarmes qui, dâaprĂšs les tĂ©moignages recueillis par la Commission, criaient nous ne sommes pas gendarmes, ne nous tuez pas ». Vers 22 heures, le troisiĂšme groupe de Dozos que les rescapĂ©s ont dĂ©crit comme Ă©tant le plus meurtrier est venu Ă la prison et lâun dâentre eux a donnĂ© lâordre de tuer tout le monde. Lâun des Dozos a commencĂ© Ă tirer sur les dĂ©tenus cette fois-ci de maniĂšre soutenue, en se dĂ©plaçant sur les cadavres afin de retrouver ceux qui se cachaient et leur tirer dessus. Lors de sa descente sur le terrain, les membres de la Commission ont pu visiter la prison du 3e bataillon dâinfanterie de BouakĂ© et constater la prĂ©sence dâimpactes de balles sur les murs intĂ©rieurs de la prison, les portes mĂ©talliques des cellules ainsi que les murs intĂ©rieurs des cellules. De nombreux recoupements ont Ă©galement pu se faire Ă cette occasion, renforçant ainsi la crĂ©dibilitĂ© des tĂ©moignages faits par des rescapĂ©s devant la Commission. Le mardi 8 octobre 2002 vers 15 heures, les rebelles ont fait venir une voiture de marque KIA grand modĂšle, pour charger les corps des gendarmes et des membres de leurs familles. Les corps ont Ă©tĂ© conduits au cimetiĂšre du quartier Dar-Es-Salaam et ensevelis dans des fosses communes. Les gendarmes ayant servi Ă creuser les fosses communes ont regagnĂ© la prison aprĂšs le chargement. De nombreux rescapĂ©s ont affirmĂ© devant la Commission que le mercredi 9 octobre 2002, les rebelles ont dĂ©signĂ© un certain nombre de dĂ©tenus gendarmes pour aller enterrer les corps de quatre de leurs camarades dĂ©cĂ©dĂ©s suite Ă leurs blessures. DâaprĂšs des tĂ©moignages crĂ©dibles recueillis par la Commission, les gendarmes qui avaient Ă©tĂ© dĂ©signĂ©s pour creuser les fosses ne sont pas revenus et auraient Ă©tĂ© abattus sur les lieux de lâenterrement. Le 9 octobre 2002 vers 16 heures, sur ordre du rĂ©gisseur de la prison, les dĂ©tenus sont tous sortis et une fois dehors, les dĂ©tenus gendarmes ont Ă©tĂ© sĂ©parĂ©s des autres dĂ©tenus membres des FANCI. Les gendarmes et leurs enfants ont reçu lâordre de monter dans les voitures bĂąchĂ©es qui Ă©taient alignĂ©es dehors. Une fois installĂ©s dans les vĂ©hicules, ils ont Ă©tĂ© conduits en direction de Dougouba-Dar-es-Salaam, en allant vers le corridor nord. Les deux premiĂšres voitures bĂąchĂ©es sont arrivĂ©es au cimetiĂšre de Dar-es-Salam et les occupants ont Ă©tĂ© ordonnĂ©s de descendre de la voiture. En constatant la prĂ©sence des fossoyeurs et de nombreux rebelles fortement armĂ©s sur les lieux, ils ont compris que le moment de leur mort Ă©tait arrivĂ©. DâaprĂšs des tĂ©moignages concordants recueillis par la Commission, une Mercedes noire serait alors arrivĂ©e en toute vitesse sur les lieux et lâoccupant, que les tĂ©moins nâont pas pu identifier, a intimĂ© lâordre aux rebelles dâarrĂȘter et de ramener tous les dĂ©tenus au camp sur ordre du colonel. Câest du retour de cimetiĂšre que les dĂ©tenus ont eu droit Ă une nourriture dĂ©cente pour la premiĂšre fois. Le 23 octobre 2002, les tĂ©moins rescapĂ©s affirment avoir reçu pour la premiĂšre fois la visite des dĂ©lĂ©guĂ©s du CICR qui ont procĂ©dĂ© Ă leur enregistrement [20]. Cette dĂ©lĂ©gation leur a ensuite rendu une sĂ©rie de visites respectivement le 23 octobre 2002, le 5 novembre 2002, le 3 dĂ©cembre 2002 et le 5 dĂ©cembre 2002. DâaprĂšs des tĂ©moignages concordants, le 14 novembre 2002, les rebelles ont extrait deux dĂ©tenus gendarmes, lâadjudant Vlei Dehe Paul et le marĂ©chal de Logis chef Koue Bi Zanli, et les ont exĂ©cutĂ©. AprĂšs cet incident, les gendarmes rescapĂ©s Ă©taient au nombre de treize dans la prison du 3e bataillon dâinfanterie de BouakĂ©. DâaprĂšs les tĂ©moignages recueillis par la Commission, vers le 20 novembre 2002, les rebelles ont commencĂ© Ă exiger une rançon de FCFA pour la libĂ©ration des dĂ©tenus faute de quoi ils devaient ĂȘtre tuĂ©s. Les familles des dĂ©tenus Ă©taient contactĂ©es par tĂ©lĂ©phone et les menaces dâexĂ©cution des dĂ©tenus Ă©taient profĂ©rĂ©es aux membres de leurs familles en cas de non paiement dâune rançon. Câest pendant cette phase de libĂ©ration sous caution que, le 15 dĂ©cembre 2002, les rescapĂ©s ont reçu la visite dâune dĂ©lĂ©gation dâAmnesty International, qui a recueilli leurs tĂ©moignages. Le dernier dĂ©tenu a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© le 18 janvier 2003 et le rapport dâAmnesty International a Ă©tĂ© publiĂ© par le numĂ©ro 11491 du journal FraternitĂ© Matin, du 27 fĂ©vrier 2003 [21]. ExĂ©cutions des corps habillĂ©s » ne participant pas aux hostilitĂ©s dans dâautres localitĂ©s sous contrĂŽle des rebellesModifier La Commission a reçu des tĂ©moignages concordants sur les exĂ©cutions sommaires des membres des forces de lâordre dans diffĂ©rentes localitĂ©s tombĂ©es sous le contrĂŽle des rebelles. Dans de nombreux cas, il sâagissait dâune vĂ©ritable chasse aux policiers, gendarmes, militaires et agents des eaux et forĂȘt, avec la complicitĂ© de certains Ă©lĂ©ments de la population qui indiquaient aux rebelles les domiciles des victimes. Ces derniers, le plus souvent, face Ă lâavancĂ©e des rebelles ont prĂ©fĂ©rĂ© se dĂ©barrasser de leurs uniformes et dĂ©poser les armes. MalgrĂ© le fait quâils ne prenaient pas part aux hostilitĂ©s, ils ont continuĂ© Ă ĂȘtre recherchĂ©s et abattus par les rebelles. Le 19 septembre 2002, le colonel Yode Sery de la gendarmerie nationale a Ă©tĂ© abattu par les assaillants sur lâautoroute nord, en face de la station Shell, alors quâil ne participait pas aux hostilitĂ©s. Dâautres officiers supĂ©rieurs, comme les lieutenants-colonels Dagrou Loula Joachim chef de corps de la batterie sol air de BouakĂ© et Dali OblĂ© commandant de la compagnie territoriale de Korhogo, ont Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©s par les rebelles. La Commission a obtenu des informations crĂ©dibles sur neuf cas dâexĂ©cution de policiers par des Ă©lĂ©ments appartenant Ă la rĂ©bellion. Il sâagit notamment du sergent chef Kouassi Jean Marie et de son Ă©pouse, le sergent stagiaire Konan NâGoran Edwige, tous deux abattus Ă hauteur de lâĂ©cole de gendarmerie Ă Abidjan, le 19 septembre 2002, alors quâils se rendaient Ă lâĂ©cole nationale de police. Le sergent chef Kouadio Kan, abattu le 24 septembre 2002, aprĂšs avoir Ă©tĂ© dĂ©noncĂ© aux rebelles dans la ville de BouakĂ©. Le sergent de police Lago Manakale, enlevĂ© Ă son domicile Ă BouakĂ©, suite aux Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002 puis, abattu et abandonnĂ© sur la voie publique. Le sergent chef Kimou Abbe a Ă©tĂ© Ă©galement exĂ©cutĂ© le 13 octobre 2002 par les rebelles au cours de la prise de Daloa. Quatre autres policiers, le commissaire de police Kone Mehiri Evariste, lâofficier de police Kena Bi Tra, des sergents de police Koffi Boitenin et Sep Kinire, ont tous froidement Ă©tĂ© abattus par des assaillants le 8 mars 2003 Ă DuĂ©kouĂ©. Atteintes Ă la dignitĂ© et autres traitements humiliants et dĂ©gradantsModifier Les rescapĂ©s des massacres de gendarmes ont Ă©galement fait Ă©tat dâatteintes graves Ă leur dignitĂ© et de traitements humiliants, subi pendant leur dĂ©tention Ă la prison du 3e bataillon dâinfanterie de BouakĂ©. Le dimanche 6 octobre 2002, dĂšs leur arrivĂ©e Ă la prison, ils ont Ă©tĂ© contraints de se dĂ©shabiller avant dâentrer dans leur cellule. Une fois Ă lâintĂ©rieur de la prison, les dĂ©tenus ont fait lâobjet de propos injurieux tenus Ă leur Ă©gard par les rebelles responsables de la prison. Des responsables de la prison ont en outre rappelĂ© lâhistoire du charnier de Yopougon, le complot du cheval blanc du gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ et lâaffaire de la Mercedes noire aux gendarmes dĂ©tenus. Ils ont demandĂ© Ă un gendarme originaire du nord qui se trouvait parmi les dĂ©tenus pourquoi il faisait Ă©quipe avec ces boussmani de gendarmes ». LâintĂ©ressĂ© lui a rĂ©pondu quâil Ă©tait gendarme comme les autres. Cette rĂ©ponse aurait choquĂ© le rebelle qui donna un coup de pied au bas ventre du gendarme. Les gendarmes ont Ă©galement Ă©tĂ© exposĂ©s Ă la curiositĂ© publique et ont reçu des insultes de la foule. DâaprĂšs des tĂ©moignages concordants tout au long de leur parcours de la caserne Ă la prison, les gendarmes et leurs familles ont Ă©tĂ© lapidĂ©s par une foule hostile. Bombardements aĂ©riens des populations civilesModifier DâaprĂšs le droit international humanitaire, la population civile et les personnes civiles jouissent dâune protection gĂ©nĂ©rale contre les dangers rĂ©sultants dâopĂ©rations militaires. Ni les populations civiles ni les personnes civiles ne doivent ĂȘtre lâobjet dâattaques. Les attaques sans discrimination qui ne sont pas dirigĂ©s contre les objectifs militaires sont interdites. Les porteurs dâarmes qui avaient lâobligation de respecter les principes fondamentaux du droit international humanitaire au cours du conflit ivoirien nâont pas toujours fait la distinction entre la population civile et ceux qui prenaient directement part aux hostilitĂ©s. La Commission a en effet reçu de nombreux tĂ©moignages concordants ainsi que deux preuves matĂ©rielles confirmant des attaques des populations civiles dans lâOuest, le Centre du pays et les quartiers environnants dâAbidjan. Ces bombardements ont Ă©tĂ© menĂ©s par des hĂ©licoptĂšres pilotĂ©s par des mercenaires Ă©trangers et agissant pour le compte des forces gouvernementales. Les tĂ©moins ont pu confirmer que les personnes civiles victimes de ces attaques ne participaient pas aux hostilitĂ©s et ne se livraient Ă aucune activitĂ© Ă caractĂšre militaire. La Commission a enregistrĂ© de nombreux incidents dâattaques dâhĂ©licoptĂšres sur les populations civiles dont les plus significatives sont les suivantes Le mercredi 27 novembre 2002 dans lâaprĂšs-midi, un hĂ©licoptĂšre Mi-24 a bombardĂ© lâaxe Vaoua-Diafla â PĂ©lĂ©zi et Vaoua. Les tĂ©moins ont rendu compte de quarante morts civils sur le marchĂ© de Vaoua et de la destruction de la mairie et de la gendarmerie de Vavoua par attaque des Mi-24. Le Vendredi 6 dĂ©cembre 2002, un Mi-24 a lancĂ©e une attaque sur Zanzra. Un civil aurait Ă©tĂ© tuĂ©. Le 9 dĂ©cembre 2002, des observateurs internationaux ont pu constater quâĂ Zanzra une Ă©cole a Ă©tĂ© la cible de lâattaque du Mi-24 au canon et roquettes. Plusieurs impacts de roquettes ont Ă©tĂ© observĂ©s. Le lundi 23 dĂ©cembre 2002, attaque dâun Mig-24 sur le village de PĂ©lĂ©zi. Le bilan est de un mort civil et deux blessĂ©s. Le mardi 31 dĂ©cembre 2002, deux Mi-24 ont bombardĂ© le village de Menakro prĂšs de BĂ©oumi. De nombreux tĂ©moins, qui se sont rendus sur les lieux, ont confirmĂ© lâattaque de Mi-24, qui aurait fait au moins onze morts civils dont des femmes et de nombreux blessĂ©s non dĂ©comptĂ©s. Un habitant, tĂ©moin direct des tirs des Mi-24 sur le village, a dĂ©crit ce quâil a vu les dessins sur les Mi-24 dents de requin, les pilotes blancs et les tirs qui auraient Ă©tĂ© effectuĂ©s sur le village impacts de petit calibre constatĂ©s. Sept maisons ont Ă©tĂ© touchĂ©es dans le village. Le dimanche 6 avril 2003, des tĂ©moins ont signalĂ© une attaque entre 14 heures et 15 heures 30, au sud de DananĂ© le long de la Cavally sur la frontiĂšre libĂ©rienne. Le 9 avril 2003, le ComitĂ© de suivi des accords de Marcoussis sâest rendu Ă DananĂ©, suite Ă lâattaque des Mi-24. Si aucune trace de frappes aĂ©riennes nâa Ă©tĂ© constatĂ©e dans la ville, deux zones situĂ©es sur la route Ă une dizaine de kilomĂštres au sud de DananĂ© portent cependant la trace de tirs de roquettes et plusieurs morts et blessĂ©s graves parmi les civils ont Ă©tĂ© constatĂ©s. Des tĂ©moins ont confirmĂ© lâattaque dâhĂ©licoptĂšres du jeudi 10 avril 2003, en deux phases un tir de roquettes puis un tir au canon. Les tirs auraient fait deux morts et sept blessĂ©s civils. Dans la matinĂ©e du lundi 14 avril 2003, de nombreux tĂ©moins ont observĂ© des frappes de deux Mi-24 entre Zouan-Hounien et Bin-HouyĂ©. La ville de Zouan-Hounien a Ă©tĂ© touchĂ©e, en particulier la mission catholique et le Centre de santĂ© anti-ulcĂšre de Buruli. Il nây aurait pas de victimes parmi les enfants et les personnels soignants. Les seules victimes seraient des musulmans qui se seraient rĂ©fugiĂ©s dans le centre lors de lâattaque. Il y aurait trois morts et dix blessĂ©s parmi eux. Le mardi 15 avril 2003, de nombreux tĂ©moins ont signalĂ© lâattaque des Mi-24 dans la ville de DananĂ© et de Mahapleu. Un minibus de couleur blanche transportant une vingtaine de blessĂ©s a Ă©tĂ© touchĂ© par les bombardements. La Commission a pu voir une cassette vidĂ©o filmĂ©e juste aprĂšs ces Ă©vĂ©nements et constatĂ© la prĂ©sence dâimpacts de projectiles visiblement tirĂ©s Ă partir du ciel. Le bilan serait de vingt et un morts Ă DananĂ© et de cinq morts et quarante blessĂ©s, Ă Mahapleu, tous civils. DâaprĂšs des sources hospitaliĂšres, une cinquantaine de personnes civiles ont Ă©tĂ© atrocement blessĂ©es Ă la suite dâattaques hĂ©liportĂ©es contre les villes de DananĂ© et Maheupleu. La Commission a pu visionner sur la mĂȘme cassette vidĂ©o lâimage dâun bĂ©bĂ© Ă lâhĂŽpital de DananĂ© dont les deux jambes ont Ă©tĂ© amputĂ©es suite Ă cette attaque. Le mercredi 16 avril 2003 une attaque dâhĂ©licoptĂšres sur Vavoua a Ă©tĂ© observĂ©e par de nombreux tĂ©moins. Le marchĂ© de Vavoua a Ă©tĂ© bombardĂ© par deux Mi-24. Des tĂ©moins qui se sont rendus sur les lieux ont pu observer six morts sur le marchĂ© quatre femmes, un homme et un enfant et trois autres morts dans dâautres quartiers du village. Une vingtaine de blessĂ©s tous des civils ont Ă©galement Ă©tĂ© signalĂ©s. Neuf impacts de roquettes ont Ă©tĂ© Ă©vĂ©nements de Korhogo des 20 et 21 juin 2004Modifier Le dimanche 20 juin 2004, de 19h jusquâĂ 22h, des nombreux tirs ont Ă©tĂ© entendus dans la ville de Korhogo. Le camp de la Compagnie territoriale de Korhogo CTK, oĂč est installĂ©e lâunitĂ© dite la Fansara 110, a Ă©tĂ© attaquĂ© par les Ă©lĂ©ments de Atta Bibi. Les combats ont opposĂ© les Ă©lĂ©ments de la Fansara 110, commandĂ©s par le commandant de secteur de Korhogo, le caporal-chef Kouakou Martin FofiĂ© proche de Soro Guillaume, Ă ceux commandĂ©s par le sergent Atta Bibi proche de Ibrahim Coulibaly, dit IB, chef commando blindĂ© de Korhogo. Le lundi 21 juin 2004 vers midi, la Fansara 110 a repris le contrĂŽle de la ville de Korhogo. Dans lâaprĂšs midi du 21 juin et du 22 juin 2004, il y eut des tirs dans toute la ville, mais de moindre intensitĂ© par rapport aux jours prĂ©cĂ©dents. Le mercredi 23 juin 2004, des tirs sporadiques et surtout localisĂ©s au tour du mont Korhogo ont encore Ă©tĂ© entendus. Il en fut de mĂȘme le jeudi 24 juin. Mais le 23 juin, les forces de lâOpĂ©ration Licorne la Licorne ont reçu des informations sur lâexistence, en ville et autour du Mont Korhogo, des corps de personnes qui semblaient avoir Ă©tĂ© abattues. Le vendredi 25 juin 2004, la Licorne qui est toujours restĂ©e dans son camp pendant lâĂ©volution des combats, est sortie et allĂ©e Ă la morgue oĂč ces Ă©lĂ©ments ont vu 130 corps, habillĂ©s en uniforme des Forces armĂ©es des forces nouvelles FAFN et aussi les corps de quatre civils. Dans la nuit du samedi 26 juin 2004, la Licorne a trouvĂ©, au carrefour Kacine/Foche situĂ© prĂšs de lâhĂŽtel Chicata, le cadavre dâune personne qui venait Ă peine dâĂȘtre exĂ©cutĂ©e. Au petit matin du 26 juin 2004, aprĂšs une patrouille, la Licorne a trouvĂ©, au Mont Korhogo, un autre cadavre dâune personne qui avait Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©e. Le 26 juin 2004, les forces de la Licorne ont dĂ©couvert lâexistence dâun charnier situĂ© derriĂšre la carriĂšre de Korhogo sur la route de Boundialy. Les images de ce charnier laissent apparaĂźtre des dizaines de corps nus entassĂ©s dans une ravine formĂ©e par lâĂ©coulement des eaux pluviales. La plupart des corps retrouvĂ©s Ă©tait ceux dâhommes adultes, enterrĂ©s nus, prĂ©sentant des blessures dues Ă des armes Ă feu. Dâautres charniers ont Ă©galement Ă©tĂ© signalĂ©s dans la ville de Korhogo ou dans ses environs, notamment dans la CTK. Mais jusquâĂ prĂ©sent, ces informations nâont pas Ă©tĂ© confirmĂ©es. Le 30 juin 2004, lâONUCI a dĂ©cidĂ© dâenvoyer une mission dâenquĂȘte Ă Korhogo. Au cours de ses travaux, la mission a procĂ©dĂ© Ă lâexhumation de corps sur trois sites distincts et a Ă©galement trouvĂ© deux autres corps au pied du mont Korhogo. Au total quatre-vingt dix neuf corps ont pu ĂȘtre exhumĂ©s et individualisĂ©s par le mĂ©decin lĂ©giste. DâaprĂšs le rapport de cette mission, les premiĂšres constations permettent de tirer trois conclusions La presque totalitĂ© des corps dĂ©couverts sont ceux dâhommes adultes Ă lâexception de trois personnes dont les sexes et Ăąges nâont pas pu ĂȘtre Ă©tablis par le mĂ©decin lĂ©giste ; La grande majoritĂ© des corps dĂ©couverts Ă©taient nus Ă lâexception des vingt-quatre corps dĂ©couverts sur le troisiĂšme site ; La majoritĂ© des corps dĂ©couverts ne sont pas morts dâune mort violente causĂ©e par des armes Ă feu. Trente et un corps prĂ©sentaient des blessures dues Ă des armes Ă feu. Deux corps prĂ©sentaient des blessures dues Ă des objets contondants alors que les soixante six autres corps ne prĂ©sentaient aucune blessure rapport de la mission de lâONUCI conclu Ă©galement que les premiĂšres allĂ©gations qui tendaient Ă dĂ©clarer que les victimes ont Ă©tĂ© tuĂ©es au cours des combats ne peuvent pas ĂȘtre justifiĂ©es. En effet, la plupart des victimes ont Ă©tĂ© enterrĂ©es nues et leurs corps ne portent aucune trace de balles. Des tĂ©moins ont Ă©galement prĂ©cisĂ© Ă la mission dâenquĂȘte que les combattants ne sont pas enterrĂ©s en groupe mais dans des tombes individuelles. Les vingt quatre corps dĂ©couverts dans la tombe du cimetiĂšre municipal prĂ©sentent des blessures par balles au niveau de la tĂȘte, du thorax et des pieds. Les deux corps trouvĂ©s au pied du mont Korhogo ont les mains attachĂ©s au dos ce qui semble confirmer les caractĂ©ristiques dâune exĂ©cution sommaire. Selon de nombreux tĂ©moignages reçus par la mission dâenquĂȘte, Ă la suite des combats, de nombreuses personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es illĂ©galement et dĂ©tenues dans des conditions tout Ă fait inhumaines et dĂ©gradantes, notamment dans des containeurs. Certains dĂ©tenus Ă©taient sortis par les rebelles pour ĂȘtre exĂ©cutĂ©s. Une soixantaine de personnes dĂ©tenues, suite aux Ă©vĂ©nements des 20 et 21 juin 2004, sont mortes par suffocation dans un containeur placĂ© au soleil. Les cadavres des dĂ©tenus dĂ©cĂ©dĂ©s pouvaient, dâaprĂšs certains tĂ©moins, rester plusieurs jours Ă lâintĂ©rieur du containeur avant dâĂȘtre Ă©vacuĂ©s. Cette situation a causĂ© lâinfection des membres infĂ©rieurs des autres personnes dĂ©tenues qui prĂ©sentaient des plaies. Le 6 juillet 2004, la Licorne sâest rendue Ă la prison et y a trouvĂ© quatre blessĂ©s. Elle les a amenĂ©s Ă son hĂŽpital pour les faire soigner. Le 7 juillet, le mĂ©decin de la Licorne est allĂ© Ă la CTK pour soigner les prisonniers blessĂ©s qui sây trouvaient. Un prisonnier blessĂ© Ă©tait lĂ depuis quinze jours sans soins. Aussi, elle lâa fait sortir et lâa amenĂ© Ă son hĂŽpital. Comme consĂ©quence de ces combats, il y a eu au moins 231 deux cents trente et un morts comptĂ©s dans la morgue et charniers, de plusieurs blessĂ©s et personnes disparues dont le nombre est encore inconnu. Les rĂ©fugiĂ©s et personnes dĂ©placĂ©esModifier Le conflit armĂ© en CĂŽte dâivoire a provoquĂ© des dĂ©placements de nombreux civils qui ont Ă©tĂ© forcĂ©s ou contraints Ă fuir ou Ă quitter leur foyer ou lieu de rĂ©sidence habituelle en raison notamment des violations graves des droits de lâhomme et du droit international humanitaire. Le 27 septembre 2002, Ă Abidjan, le CICR a dĂ©nombrĂ© plus de deux mille sans-abris qui se regroupaient la nuit dans lâenceinte des Ă©glises, dans des cours privĂ©es ou des maisons en construction [22]. Les violences intercommunautaires dans lâOuest de la CĂŽte dâivoire ont Ă©galement provoquĂ© le dĂ©placement de plusieurs milliers de paysans burkinabĂ©, maliens et allogĂšnes. Quelques quatre mille dĂ©placĂ©s ont trouvĂ© refuge Ă la mission catholique de DuĂ©kouĂ© [23]. Les combats Ă lâouest de la CĂŽte dâIvoire ont entraĂźnĂ© un dĂ©placement de nombreux enfants libĂ©riens rĂ©fugiĂ©s non accompagnĂ©s qui avaient Ă©tĂ© enregistrĂ© par le CICR avant la crise. ParallĂšlement de nombreux Ivoiriens, qui pour la plupart Ă©taient des personnes originaires du sud de la CĂŽte dâIvoire travaillant dans le nord du pays, ont trouvĂ© refuge dans la rĂ©gion du Mali et du Burkina Faso, proche de la CĂŽte dâIvoire, notamment Ă Sikasso et Ă PĂŽ. Atteintes Ă la vie des personnels humanitairesModifier Quatre volontaires de la Croix-Rouge de la CĂŽte dâIvoire, membres du comitĂ© local de Toulepleu et portĂ©s disparus depuis le 12 janvier 2003, ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s morts. Selon des tĂ©moignages, ils avaient Ă©tĂ© enlevĂ©s dans lâexercice de leurs fonctions par des hommes armĂ©s [24]. La protection du personnel humanitaire est une exigence fondamentale du droit international humanitaire. Le personnel sanitaire apportant le secours aux victimes doit ĂȘtre respectĂ© et protĂ©gĂ©. Les actions de secours telles que prĂ©vues par les Conventions de GenĂšve ne peuvent se dĂ©rouler que si la sĂ©curitĂ© du personnel humanitaire est garantie, ce qui est arrivĂ© au moins dans la zone de lâouest de la CĂŽte dâIvoire. Pillages et destruction des biens de caractĂšre civilModifier Le pillage et la destruction des biens constituent lâun des traits les plus marquant de la crise ivoirienne. Les tĂ©moignages recueillis ainsi que les constats faits au cours des descentes sur le terrain ont confirmĂ© le caractĂšre systĂ©matique et gĂ©nĂ©ralisĂ© des pillages et des destructions de biens, depuis le dĂ©but des Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002. Les agents de lâĂtat et membres des forces de lâordre qui Ă©taient en service dans des zones attaquĂ©es et tombĂ©es sous contrĂŽle de la rĂ©bellion ont dĂ» abandonner leurs biens y compris maisons, voitures et motos. Ceux-ci ont Ă©tĂ© par la suite pillĂ©s par les rebelles. La Commission a pu notamment constater que les domiciles des personnalitĂ©s qui ont Ă©tĂ© attaquĂ©es dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, comme le gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ, le ministre dâĂtat Boga Doudou, le ministre dâĂtat MoĂŻse Lida Kouassi et Alassane Dramane Ouatarra, ont Ă©tĂ© ensuite pillĂ©s et tous les bien emportĂ©s. De mĂȘme que les rĂ©sidences des personnalitĂ©s comme Laurent Dona Fologo, prĂ©sident du Conseil Ă©conomique et social, Emile Constant Bombet, ex-ministre de lâintĂ©rieur, Mamadou Ben Soumahoro, dĂ©putĂ© de Bako. La conquĂȘte des localitĂ©s par les rebelles a souvent Ă©tĂ© suivie de destructions de biens et de bĂątiments publics et privĂ©s. Des bureaux de lâadministration, notamment prĂ©fectorale et pĂ©nitentiaire ont Ă©tĂ© saccagĂ©s et de nombreux documents administratifs ont Ă©tĂ© dĂ©truits. On peut Ă©galement citer les attaques contre des institutions telles que la Banque centrale des Ătats de lâAfrique de lâouest BCEAO, lâexploitation des mines dâor du centre ouest et de lâouest du pays, lâexploitation de bois, du cafĂ© et du cacao. Dans des villes comme DananĂ©, Man, Bangolo, Toulepleu et Tabou, de nombreux tĂ©moignages ont fait Ă©tat de pillage systĂ©matique de biens appartenant aussi bien Ă des particuliers quâĂ lâĂtat ou aux entreprises. De nombreuses maisons ont Ă©tĂ© pillĂ©es, des rĂ©serves de cĂ©rĂ©ales incendiĂ©es et des attaques rĂ©pĂ©tĂ©es ont pratiquement paralysĂ©s lâactivitĂ© agricole. Les cantines scolaires de DananĂ© ont Ă©tĂ© pillĂ©es. Ă Sahibili, village situĂ© Ă une dizaine de kilomĂštres de Toulepleu, la quasi-totalitĂ© des maisons en dur ont Ă©tĂ© endommagĂ©es, les habitations en matĂ©riaux locaux incendiĂ©es ou dĂ©truites. LâĂ©cole du village a Ă©tĂ© sĂ©rieusement endommagĂ©e, les documents et dossiers des Ă©lĂšves emportĂ©s. Le centre de santĂ© a Ă©tĂ© dĂ©truit et les matĂ©riaux emportĂ©s. Les hydrauliques villageoises ont Ă©tĂ© saccagĂ©es et des cadavres jetĂ©s dans certains puits dont lâusage Ă©tait vital pour les populations. Le rĂ©seau Ă©lectrique du village a Ă©galement Ă©tĂ© dĂ©truit et les compteurs emportĂ©s. Enfin, une bonne partie de la rĂ©gion de lâOuest a Ă©tĂ© coupĂ©e du monde du fait de la destruction de leurs infrastructures tĂ©lĂ©phoniques, de radio et de tĂ©lĂ©vision. Le 23 septembre 2002 Ă AdjamĂ©, un quartier dâAbidjan, les forces de lâordre ont incendiĂ© un marchĂ© oĂč des piĂšces de rechange de vĂ©hicule Ă©taient vendus. Dans cette perspective, treize quartiers prĂ©caires abritant des populations pauvres ont Ă©tĂ© dĂ©truits Ă Abidjan. Des milliers de personnes majoritairement des Ă©trangers et de pauvres Ivoiriens se sont retrouvĂ©s sans abris et dans une situation humanitaire prĂ©occupante. Destruction des biens culturels et des lieux de cultesModifier La Commission a reçu des tĂ©moignages faisant Ă©tat dâacte dâhostilitĂ© dirigĂ© contre des lieux sacrĂ©s qui ont Ă©tĂ© profanĂ©s et oĂč des masques objets sacrĂ©s de la rĂ©gion ont Ă©tĂ© brĂ»lĂ©s et des sites dâinitiation lâOuest du pays, la Commission a recueilli de nombreux tĂ©moignages de pillages et dâattaques contre les Ă©glises notamment le Centre BĂ©thanie et les couvents de Sainte Marie et Sainte ThĂ©rĂšse. Des musulmans ont vu certains de leurs lieux de culte saccagĂ©s ou incendiĂ©s mosquĂ©es, Coran, tapis et de nombreux ouvrages [25]. Implications des pays limitrophes et autres dans la crise ivoirienneModifier Des enquĂȘtes menĂ©es tant en CĂŽte dâIvoire quâau cours de dĂ©placements de la Commission dans les pays limitrophes Ă ce pays ont rĂ©vĂ©lĂ© six types dâimplications majeures directes ou indirectes de pays Ă©trangers dans la crise ivoirienne. Il sâagit du trafic dâarmes ; de lâusage de leurs territoires comme base de dĂ©part dâactivitĂ©s subversives ou de base de repli ; de la mĂ©connaissance du droit Ă la paix et Ă la sĂ©curitĂ© ; du recel de biens volĂ©s en CĂŽte dâIvoire ; de lâĂ©mergence dâune Ă©conomie de guerre et dâactivitĂ©s de trafic dâarmesModifier Comme on le sait, le processus de dĂ©sarmement des groupes armĂ©s qui sont en conflit depuis deux ans en CĂŽte dâIvoire divisĂ©e en deux zones, ne dĂ©butera quâĂ partir du 15 octobre 2004 conformĂ©ment Ă lâarticle 9 de lâaccord dâAccra III. Le texte de cet accord est ainsi libellĂ© les parties se sont engagĂ©es Ă commencer le DĂ©sarmement, DĂ©mobilisation, RĂ©intĂ©gration DDR au plus tard le 15 du mois dâoctobre 2004. Le processus sera conduit sur la base dâun calendrier spĂ©cifique en conformitĂ© avec les dispositions pertinentes de lâAccord de Linas-Marcoussis et les dĂ©cisions adoptĂ©es Ă cet effet Ă Grand Bassam et Ă Yamoussoukro. Le processus de DDR concernera tous les groupes paramilitaires et de milices. Il a Ă©galement Ă©tĂ© convenu de la restructuration des forces de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ© conformĂ©ment Ă la feuille de route Ă©laborĂ©e et validĂ©e Ă Grand Bassam. » Il rĂ©sulte de ce qui prĂ©cĂšde que jusquâĂ lâheure actuelle, les groupes armĂ©s, y compris les diffĂ©rentes milices et les forces parallĂšles qui pourraient en relever, sont toujours en possession de leurs armes respectives. Cette situation est de nature Ă perdurer mĂȘme aprĂšs la fin de la pĂ©riode officielle du dĂ©sarmement. La porositĂ© des frontiĂšres qui caractĂ©rise les pays dâAfrique fait que le contrĂŽle des frontiĂšres est malaisĂ©. Il est un fait indĂ©niable que dans les pays en guerre ou ceux qui connaissent une instabilitĂ© politique, le commerce dâarmes est trĂšs frĂ©quent et florissant, compte tenu de bĂ©nĂ©fices quâil est susceptible de procurer. Au surplus, dans la phase de dĂ©sarmement et celle de dĂ©mobilisation, les sommes proposĂ©es en vue dâinciter ceux qui dĂ©tiennent des armes Ă les dĂ©poser, constituent une sorte de marchĂ© ; cela fait que ceux qui dĂ©posent des armes sont tentĂ©s de sâarmer de nouveau afin de prĂ©tendre percevoir de nouveau dâautres sommes. Cela a Ă©tĂ© constatĂ© dans des pays voisins oĂč la phase du dĂ©sarmement est en cours dans un pays seulement au lieu de lâĂȘtre simultanĂ©ment dans tous les Ătats de la sous-rĂ©gion. Un tel phĂ©nomĂšne peut aussi ĂȘtre engendrĂ© si le montant proposĂ© en vue dâinciter les porteurs dâarmes Ă les dĂ©poser, est supĂ©rieur dâun cĂŽtĂ© seulement. En CĂŽte dâIvoire, le trafic dâarmes existe Ă partir de lâextĂ©rieur, mais le circuit de leur acheminement nâa pu ĂȘtre clairement dĂ©celĂ©. Cela exige des recherches plus approfondies, outre le fait du caractĂšre secret de tout ce qui est illicite, les relations dâaffaires se faisant souvent en pareil cas par personnes interposĂ©es. Cependant, des sources crĂ©dibles ont signalĂ© Ă la Commission que les marchands dâarmements passeraient par la Libye, le Niger, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali, le LibĂ©ria et la GuinĂ©e, en dĂ©pit de dĂ©nĂ©gations officielles des gouvernements de ces pays. Il a Ă©tĂ© constatĂ© en CĂŽte dâIvoire, Ă lâinstar de nombreux autres pays qui ont connu une pĂ©riode de confrontation armĂ©e [26], que le trafic dâarmes entraĂźne bien souvent une augmentation du taux de criminalitĂ©. Tel est actuellement le cas dans les grandes villes de la CĂŽte dâIvoire. Ă son tour, le banditisme donne gĂ©nĂ©ralement naissance Ă un climat dâinsĂ©curitĂ©. Base arriĂšre et soutien aux rebelles et au gouvernementModifier Dans le rapport dâenquĂȘte de la Commission internationale qui a prĂ©cĂ©dĂ© la prĂ©sente, il est question de soupçons ou de sĂ©rieuses suspicions sur lâimplication de pays Ă©trangers. Lâaide serait apportĂ©e ainsi soit directement et de façon active, soit passivement et de façon indirecte. Ă ce sujet, la Commission a reçu des tĂ©moignages prĂ©cis de soutien actif que certains pays voisins Ă la CĂŽte dâIvoire apportent au groupe des anciens rebelles ivoiriens. Des noms des officiers chargĂ©s de lâencadrement ainsi que des lieux oĂč se trouvent des camps dâentraĂźnement des rebelles ivoiriens ont Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©s Ă la Commission. En application de dispositions du traitĂ© portant crĂ©ation et intĂ©gration des pays de lâUEMOA â Union Ă©conomique et monĂ©taire des Ătats de lâouest africain â et celles de la CEDEAO â CommunautĂ© Ă©conomique et de dĂ©veloppement des Ătats dâAfrique de lâOuest â garantissant notamment la libre circulation des personnes et des biens, des rebelles ivoiriens peuvent circuler en toute libertĂ© dans ces pays. Un groupe de rebelles ivoiriens avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© et traduit devant la justice au Mali, du chef dâavoir passĂ© la frontiĂšre en Ă©tant porteur dâarmes. Cette situation crĂ©e souvent des tensions entre les autoritĂ©s de deux pays, compte tenu de lâincomprĂ©hension qui en rĂ©sulte et de la confusion quant Ă la nature dâactivitĂ©s qualifiĂ©es souvent de subversives dâun cĂŽtĂ© que les rebelles ivoiriens mĂšnent sur le territoire dâĂtats voisins. Si tous les paramĂštres du soutien extĂ©rieur qui serait apportĂ© aux rebelles ivoiriens pourrait encore se discuter nonobstant les Ă©lĂ©ments de preuve auxquels la Commission a abouti, lâaide dont les parties en conflit en CĂŽte dâIvoire bĂ©nĂ©ficient pour lâengagement des mercenaires, notamment LibĂ©riens et Sierra LĂ©onais, Ă cĂŽtĂ© de leurs combattants respectifs, ne fait en revanche lâobjet dâaucun doute. Du cĂŽtĂ© de lâarmĂ©e rĂ©guliĂšre on a en effet remarquĂ© la prĂ©sence de mercenaires notamment libĂ©riens, angolais, sud-africains et français, tandis que chez les anciens rebelles, on a identifiĂ© des LibĂ©riens notamment Ă Guiglo, Yamoussoukro et Ă DuĂ©kouĂ©. Quant aux sources de financement des Ă©quipements militaires, des tĂ©moins ont rapportĂ© Ă la Commission quâau dĂ©but de la rĂ©bellion, lâon a vu des paiements faits bien souvent au comptant et des armements Ă lâĂ©tat neuf. Dâautres rĂ©vĂ©lations faites par certains responsables des rebelles eux-mĂȘmes prĂ©cisaient lâorigine et la hauteur de certaines aides financiĂšres dont ils bĂ©nĂ©ficiĂšrent. Une des personnes qui avait pourtant Ă©tĂ© citĂ©e au cours dâun rassemblement public, entendue sur ce fait par la Commission, a dĂ©clarĂ© ne rien savoir de ce qui lui Ă©tait imputĂ©. Lâon sait Ă©galement que les agences de la BCEAO Banque Centrale des Ătats dâAfrique de lâOuest ont Ă©tĂ© mises Ă sac Ă BouakĂ©, Ă Man et Ă Korhogo et quâune bonne partie des sommes ainsi obtenues aurait servi Ă lâachat des armes tandis quâune autre aurait Ă©tĂ© placĂ©e dans des pays voisins. Du cĂŽtĂ© de lâarmĂ©e rĂ©guliĂšre, lâon sait aussi que des Ă©quipements militaires dont notamment des hĂ©licoptĂšres dâorigine soviĂ©tique ont Ă©tĂ© acquis par lâintermĂ©diaire de lâambassade de la CĂŽte dâIvoire auprĂšs du Kremlin. Le nom de la personne qui a nĂ©gociĂ© ces contrats est aussi connu de la Commission. Droit Ă la paix et Ă la sĂ©curitĂ©Modifier Le respect du droit Ă la paix et la sĂ©curitĂ© des peuples constitue un des fondements majeurs de la coexistence pacifique entre les peuples et les Ătats. Câest dâailleurs la raison pour laquelle les chefs dâĂtat africains ont tenu Ă insĂ©rer dans la Charte Africaine des droits de lâhomme et des peuples lâarticle 23 dont lâalinĂ©a 1er stipule Les peuples ont droit Ă la paix et Ă la sĂ©curitĂ© tant sur le plan national que sur le plan international. Le principe de solidaritĂ© et de relations amicales affirmĂ© implicitement par la Charte des Organisations des Nations Unies et rĂ©affirmĂ© par celle de lâOrganisation de lâunitĂ© africaine [27] doit prĂ©sider aux rapports entre les Ătats. » La Commission est au regret de constater que les pays voisins de la CĂŽte dâIvoire nâont pas veillĂ© au respect du principe de solidaritĂ© et de relations amicales seul susceptible de prĂ©server la paix et la sĂ©curitĂ© non seulement de cet Ătat, mais Ă©galement de ses voisins. En effet, la Commission a recueilli des tĂ©moignages prĂ©cis et concordants dont il rĂ©sulte notamment que des groupes armĂ©s se sont entraĂźnĂ©s dans des Ătats voisins avant de procĂ©der Ă la tentative du coup dâĂ©tat du 19 septembre 2002. En dâautres termes, ces personnes ont utilisĂ© les territoires de ces pays comme base de dĂ©part des activitĂ©s subversives dirigĂ©es contre la CĂŽte dâIvoire. Les Ătats ayant autorisĂ© de telles activitĂ©s subversives ont ainsi mĂ©connu les dispositions de lâalinĂ©a 2 de lâarticle 23 susmentionnĂ© qui stipule "Dans le but de renforcer la paix, la solidaritĂ© et les relations amicales, les Ătats parties Ă la prĂ©sente Charte sâengagent Ă interdire Quâune personne jouissant du droit dâasile aux termes de lâarticle 12 de la prĂ©sente Charte entreprenne une activitĂ© subversive dirigĂ©e contre son pays dâorigine ou contre tout autre pays, partie Ă la prĂ©sente Charte; Que leurs territoires soient utilisĂ©s comme base de dĂ©part dâactivitĂ©s subversives ou terroristes dirigĂ©es contre le peuple de tout autre Ătat, partie Ă la prĂ©sente Charte." que des mercenaires armĂ©s en provenance de certains Ătats voisins ont participĂ© au conflit ivoirien, dâun cĂŽtĂ© comme de lâautre au vu et au su de leurs Ătats dâorigine, lesquels nâont pas agi conformĂ©ment aux engagements quâils avaient souscrits en signant aussi bien la Charte des Nations Unies que la Charte Africaine des Droits de lâHomme et des Peuples ; que des fonds trĂšs importants ont Ă©tĂ© utilisĂ©s par les rebelles avant et dĂšs les premiĂšres heures de la tentative avortĂ©e de coup dâĂtat du 19 septembre 2002. Or, aucun des dirigeants de la rĂ©bellion nâest suffisamment fortunĂ© pour pouvoir la financer. Ces fonds ont bien dĂ» provenir de lâextĂ©rieur, puisque tout aussi bien lâargent provenant de vols commis dans les banques susmentionnĂ©es Ă©tait insignifiant eu Ă©gard aux besoins engendrĂ©s par la tentative de coup de force ; que certains Ătats voisins et autres, ont Ă©galement fourni de lâarmement, aussi bien au gouvernement quâaux rebelles. Ces Ătats fournisseurs connaissaient parfaitement la situation de guerre civile qui prĂ©valait en CĂŽte dâ ces participations directes ou indirectes au conflit ivoirien constituent autant dâatteintes au droit Ă la paix et Ă la sĂ©curitĂ© des Ivoiriens comme Ă celle de leur Ătat. De la mĂȘme maniĂšre, ces actes sont manifestement inamicaux et sont donc contraires aux principes de solidaritĂ© et dâamitiĂ© qui doivent prĂ©sider aux relations internationales. La communautĂ© internationale doit de toute urgence trouver une solution adĂ©quate pour veiller Ă ce que de tels actes ne puissent se rĂ©pĂ©ter, dâautant que des dispositions aussi pertinentes que celles de lâarticle 23 prĂ©citĂ© de la Charte africaine ont Ă©tĂ© insuffisantes pour la prĂ©server. Ă dĂ©faut, un risque de conflagration sous-rĂ©gionale est Ă prĂ©voir avec les consĂ©quences les plus dĂ©sastreuses sur le plan humanitaire. Recel de biens volĂ©s en CĂŽte dâIvoireModifier Il est un fait constant et indĂ©niable que la prospĂ©ritĂ© quâavait connue la CĂŽte dâIvoire a pu aussi bĂ©nĂ©ficier Ă tous les autres pays de la sous-rĂ©gion. De mĂȘme, depuis le dĂ©clenchement de la crise en CĂŽte dâIvoire, des biens tels que des voitures, des marchandises et dâautres produits fabriquĂ©s dans ce pays circulent dans les pays voisins. Câest le cas, du cafĂ© et mĂȘme du cacao dont certains pays limitrophes tel le Burkina Faso en seraient devenus exportateurs. Des produits volĂ©s en CĂŽte dâIvoire achalandent des magasins et des boutiques des commerçants dans les pays limitrophes. Cela est intimement liĂ© au point qui est exposĂ© ci-aprĂšs au sujet de lâĂ©mergence dâune Ă©conomie de guerre. Ămergence dâune Ă©conomie de guerreModifier Comme il est dit ci-haut, la guerre en CĂŽte dâIvoire et ses consĂ©quences dĂ©sastreuses sur le plan Ă©conomique ont favorisĂ© des trafics de toute nature au profit des pays limitrophes. Ainsi, la fermeture du port dâAbidjan et la suspension du trafic ferroviaire entre cette ville et dâautres centres urbains, notamment ceux du Mali, ont permis au transport routier de prendre de lâessor en direction et au profit du port maritime de LomĂ©. La dĂ©couverte de champs pĂ©trolifĂšres importants en CĂŽte dâIvoire et la situation dâinstabilitĂ© qui y rĂšgne depuis bientĂŽt cinq ans sont considĂ©rĂ©s comme des ingrĂ©dients qui risquent dâen assurer la prolongation, tant le dĂ©sordre et le climat dĂ©lĂ©tĂšre qui rĂ©sultent de tout cela profitent grandement Ă certains milieux. Cela constitue un trĂšs grand danger pour lâavenir de la CĂŽte dâIvoire et compromet les chances de sortie de crise si une expression forte de volontĂ© collective nâest pas exprimĂ©e pour mettre rapidement fin Ă cette crise. Sur le plan strictement ivoirien, on dĂ©plore la mauvaise gestion, la gabegie financiĂšre et les dĂ©tournements de fonds publics. On peut citer le cas de ce qui sâest passĂ© dans la filiĂšre du cacao oĂč des fonctionnaires du FDPEC qui gĂ©raient des fonds importants dont une partie sâest volatilisĂ©e. De mĂȘme, la CAA jadis la vache Ă lait des dirigeants successifs de la CĂŽte dâIvoire, a Ă©tĂ© transformĂ©e en BNI Banque nationale dâinvestissement en dĂ©pit de son lourd passif qui devait en entraĂźner la dissolution. Ă la suite dâaccords quelque peu tĂ©nĂ©breux avec certains partenaires Ă©trangers [28], son sauvetage sâest effectuĂ© grĂące Ă une telle opĂ©ration de transformation. Parmi les dangers des consĂ©quences de lâĂ©conomie de guerre, on pourrait mentionner la baisse du prix du cacao ivoirien consĂ©cutive Ă la crise. Des hommes dâaffaires Ă©trangers ont profitĂ© de cette aubaine pour racheter pratiquement la totalitĂ© du cacao de la CĂŽte dâIvoire quâils Ă©coulent Ă lâextĂ©rieur Ă un prix beaucoup plus Ă©levĂ© et quâils veulent contrĂŽler en le maintenant longtemps Ă un haut niveau Ă cause de la raretĂ© créée par la suite de la baisse de la production en CĂŽte dâIvoire. Sous prĂ©texte de veiller Ă la sĂ©curitĂ©, la police tout autant que la gendarmerie et lâarmĂ©e ont multipliĂ© les barrages, non seulement Ă lâintĂ©rieur des villes comme Abidjan, mais Ă©galement le long des routes vitales pour lâĂ©conomie du pays ainsi que celle des Ătats voisins. Ă chaque barrage, les contrĂŽles constituent autant dâoccasions de rackets Ă ciel ouvert et connus de toutes les autoritĂ©s du pays. Le produit de ces rackets constitue des ressources bien plus importantes que les traitements mensuels, de sorte que leurs bĂ©nĂ©ficiaires ne semblent pas prĂȘts Ă en voir tarir la source. Dans les zones contrĂŽlĂ©es par les rebelles, les mĂȘmes barrages produisent les mĂȘmes effets. Cette Ă©conomie de guerre sera difficile Ă combattre si on la laisse durablement entrer dans les mĆurs. Au surplus, elle risque de faire tache dâhuile et de sâĂ©tendre Ă tous les autres services publics comme câest dĂ©jĂ le cas pour le service des douanes. ResponsabilitĂ©sModifier ConsidĂ©rations gĂ©nĂ©rales et fondement de la responsabilitĂ©Modifier La Commission a recueilli des tĂ©moignages et des documents susceptibles dâidentifier les responsables ainsi que les responsabilitĂ©s dans la plupart des violations des droits de lâhomme, du droit international humanitaire et des actes constitutifs de crimes contre lâhumanitĂ© relevĂ©s et relatĂ©s au prĂ©sent rapport. Afin de prĂ©server dâune part la sĂ©curitĂ© des tĂ©moins, voire aussi des auteurs, la Commission a dĂ©cidĂ© de ne pas rendre public leurs noms, tout en remettant, en mĂȘme temps que le prĂ©sent rapport, au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les droits de lâhomme, lâintĂ©gralitĂ© des Ă©lĂ©ments susceptibles pour un Procureur Ă©ventuellement dĂ©signĂ©, dâengager sans dĂ©lai des poursuites pĂ©nales et procĂ©der, sâil le juge nĂ©cessaire, aux arrestations des responsables prĂ©sumĂ©s dĂ©jĂ identifiĂ©s. NĂ©anmoins, la Commission tient Ă prĂ©ciser que toutes les parties impliquĂ©es dans le conflit ivoirien sont responsables, chacune en ce qui la concerne, des violations graves des droits de lâhomme et du droit international humanitaire, relevĂ©es au cours de lâenquĂȘte objet du prĂ©sent rapport. Il appartiendra Ă la Justice qui sera Ă©ventuellement dĂ©signĂ©e Ă cet effet, dâen dĂ©terminer lâĂ©tendue et la gravitĂ©. Comme il a dĂ©jĂ Ă©tĂ© Ă©crit dans la partie introductive du prĂ©sent rapport, les parties signataires de lâAccord de Linas-Marcoussis ont exprimĂ© une volontĂ© trĂšs claire de voir la Commission internationale dâenquĂȘte sur la CĂŽte dâIvoire contribuer par ses activitĂ©s Ă Ă©tablir des responsabilitĂ©s des personnes prĂ©sumĂ©es avoir commis de graves violations des droits de lâhomme, du droit international humanitaire et des crimes contre lâhumanitĂ©. Il en est de mĂȘme des Termes de rĂ©fĂ©rence » relatifs au mandat de la Commission. Il est stipulĂ© au dispositif 3 de lâannexe VI du susdit Accord que sur le rapport de la Commission internationale le gouvernement de rĂ©conciliation nationale dĂ©terminera ce qui doit ĂȘtre portĂ© devant la justice pour faire cesser lâimpunitĂ© ». De mĂȘme, les parties dĂ©clarent condamner particuliĂšrement les commanditaires des actions des escadrons de la mort et les auteurs des exĂ©cutions sommaires sur lâensemble du territoire de la CĂŽte dâIvoire ». Les mĂȘmes parties signataires de lâAccord de Linas-Marcoussis expriment Ă©galement des prĂ©occupations et affirment la nĂ©cessitĂ© dâĂ©tablir des responsabilitĂ©s en vue de dĂ©fĂ©rer les auteurs prĂ©sumĂ©s des actes constitutifs de ces violations graves devant les instances judiciaires. Les Termes de rĂ©fĂ©rence » sont encore plus clairs et prĂ©cis sur la question des responsabilitĂ©s des auteurs de tels actes. En effet, selon le dispositif b du point I relatif au mandat de la Commission, une des missions de cette derniĂšre consiste certes Ă Ă©tablir les faits et les circonstances de leur perpĂ©tration » mais, dans la mesure du possible », la Commission devrait sâemployer Ă identifier les auteurs » des violations, ce qui revient Ă Ă©tablir des responsabilitĂ©s. Consciente de lâobligation qui lui incombe aux termes des dispositions mentionnĂ©es ci-dessus, la Commission sâest engagĂ©e Ă mener des enquĂȘtes approfondies allant parfois jusquâĂ avoisiner le travail dâun procureur. Câest donc notamment Ă cet effet que la Commission a jugĂ© opportun de prĂ©parer et de prĂ©senter comme annexe confidentielle Ă son rapport, une liste nominative de personnes sur qui pĂšsent plus que des prĂ©somptions simples quant Ă leurs responsabilitĂ©s dans la perpĂ©tration de certaines violations des droits de lâhomme, du droit international humanitaire ou Ă la commission de crimes contre lâhumanitĂ©. Les efforts de la Commission en ce qui concerne la quĂȘte dâĂ©tablir des responsabilitĂ©s se sont Ă©galement Ă©tendus au niveau des Ătats. En effet, des enquĂȘtes ont permis de dĂ©celer une implication certaine et trĂšs active de certains gouvernements de pays Ă©trangers ou limitrophes Ă la CĂŽte dâIvoire. Les actes qui traduisent une telle implication sont spĂ©cifiĂ©s au chapitre pertinent du prĂ©sent rapport. Toutefois, la liste des pays mis en cause fait lâobjet de lâannexe confidentielle audit rapport. On peut, Ă titre illustratif, citer le cas du soutien direct Ă certains groupes armĂ©s ivoiriens par la mise Ă leur disposition dâinstructeurs militaires ou de bases dâentraĂźnement. Lâaide indirecte tacite ou volontaire Ă certains groupes a aussi Ă©tĂ© remarquĂ©e. Câest le cas de bases arriĂšres dont peuvent bĂ©nĂ©ficier les membres de tels groupes. Des recherches ont aussi conduit la Commission Ă relever des actes dont les consĂ©quences prĂ©judiciables sont susceptibles de mettre en cause la responsabilitĂ© des autoritĂ©s ivoiriennes, officielles ou de fait. DĂ©jĂ les parties signataires de lâAccord de Linas-Marcoussis avaient envisagĂ© la question de responsabilitĂ© individuelle des auteurs. Cela rĂ©sulte du dispositif 4 de lâannexe VI de lâaccord prĂ©citĂ©. En effet, aux termes de cette disposition, le gouvernement de rĂ©conciliation nationale sâengagera Ă faciliter les opĂ©rations humanitaires en faveur de toutes les victimes du conflit sur lâensemble du territoire national. Sur la base de la Commission nationale des droits de lâhomme il prendra des mesures dâindemnisation et de rĂ©habilitation des victimes ». Aux fins dâindemnisation ou de rĂ©habilitation des victimes, le gouvernement ivoirien devra tout mettre en Ćuvre en vue de chercher Ă faire Ă©tablir non seulement des actes rĂ©prĂ©hensibles constitutifs de violations graves des droits de lâhomme, du droit international humanitaire ou de crimes contre lâhumanitĂ©, mais il devra de toute Ă©vidence aussi chercher Ă identifier les auteurs prĂ©sumĂ©s de tels actes. Parmi de tels actes, certains pourraient ĂȘtre imputables soit aux autoritĂ©s publiques officielles ou de fait soit aux particuliers, personnes physiques ou morales. ResponsabilitĂ©s en ce qui concerne le dĂ©but de la crise en CĂŽte dâIvoireModifier Les origines de la crise en CĂŽte dâIvoire sont reflĂ©tĂ©es Ă suffisance aussi bien dans le rapport [29] que dans les documents de travail y relatifs. On peut ainsi noter que le dĂ©cĂšs en 1993 du prĂ©sident FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny et les difficultĂ©s Ă©conomiques qui ont suivi marquent la fin de la stabilitĂ© Ă©conomique et politique et de la coexistence pacifique entre les communautĂ©s habitant en CĂŽte dâIvoire. Parmi les causes de cette crise il convient de distinguer les causes internes des causes externes. Causes internes du conflitModifier Le dĂ©but de la crise interne a coĂŻncidĂ© avec la mutinerie dont les racines se fondent sur la crise identitaire qui sâĂ©tait fait jour en CĂŽte dâIvoire. Cette crise a Ă©tĂ© exploitĂ©e par des leaders politiques qui dĂ©veloppĂšrent ainsi pour la premiĂšre fois le concept de lâivoiritĂ© pour exclure leurs adversaires de la course au pouvoir. Ce fut lâancien prĂ©sident de lâAssemblĂ©e Nationale, Henri Konan BĂ©diĂ©, devenu prĂ©sident de la RĂ©publique en 1993 qui, le premier, a utilisĂ© le concept dâivoiritĂ©. Sur cette base, plusieurs lois restrictives ont vu le jour, notamment celle permettant seulement aux Ivoiriens de souche » de prendre part aux Ă©lections prĂ©sidentielles. Câest ainsi que lâancien Premier ministre Alassane Dramane Ouatarra fut Ă©cartĂ© des Ă©chĂ©ances Ă©lectorales de 1995 et de 2000. Par ailleurs, une loi fonciĂšre fut dans la foulĂ©e, adoptĂ©e en 1998. La consĂ©quence en a Ă©tĂ© lâexclusion de milliers de paysans spĂ©cialement ceux originaires du Burkina Faso dâaccĂ©der Ă la propriĂ©tĂ© fonciĂšre Ă laquelle ceux dâentre eux qui avaient sĂ©journĂ© trĂšs longtemps en CĂŽte dâIvoire prĂ©tendaient ou croyaient avoir obtenue. En dĂ©cembre 1999, une mutinerie de soldats menĂ©e par le gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ sâempara du pouvoir dont Konan BĂ©diĂ© fut chassĂ© et contraint de vivre en exil. Le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ mit en place un gouvernement dâouverture auquel participĂšrent la plupart des partis politiques. Toutefois, le concept dâivoiritĂ© fut institutionnalisĂ© pour lâĂ©ligibilitĂ© Ă la prĂ©sidence de la RĂ©publique. Tout candidat devait ĂȘtre nĂ© de mĂšre et de pĂšre eux-mĂȘmes ivoiriens. En dĂ©sapprobation de ce qui se faisait ainsi en CĂŽte dâIvoire, la communautĂ© internationale, notamment lâONU et lâex OUA ainsi que lâOrganisation Internationale de la Francophonie OIF sâabstinrent dâenvoyer des observateurs au dĂ©roulement des Ă©lections de 2002. Robert GueĂŻ sâautoproclama vainqueur de ces Ă©lections ce qui dĂ©clencha des manifestations de rue qui ont Ă©tĂ© rĂ©primĂ©es dans la violence. Laurent Gbagbo, leader du Front Populaire Ivoirien FPI, fut en revanche proclamĂ© prĂ©sident de la RĂ©publique par la cour suprĂȘme de justice. Lâexclusion du processus Ă©lectoral dâAlassane Dramane Ouattara, originaire du nord de la CĂŽte dâIvoire avait entraĂźnĂ© de la confusion accentuĂ©e par le climat gĂ©nĂ©ral de tension et de violence politique qui avait rĂ©gnĂ© pendant la pĂ©riode postĂ©lectorale. Câest ainsi notamment que, comme Ouattara Ă©tait de surcroĂźt musulman, une vague de xĂ©nophobie dĂ©ferla et gagna tout le pays, Ă tel enseigne quâun antagonisme prit naissance non seulement entre les populations du nord et celles du sud mais Ă©galement entre musulmans et non musulmans. Câest dans ce nouveau contexte sur fond de tension sociopolitique quâĂ©clata la mutinerie des 700 soldats exclus de lâarmĂ©e communĂ©ment appelĂ©s les Zins Zins et les BahoufouĂ©s ». Cette mutinerie avait pour théùtre Abidjan, BouakĂ© et Korhogo. Elle fut le dĂ©tonateur et le ferment de la rĂ©bellion qui divisera la CĂŽte dâIvoire en deux. Le Sud resta aux mains du gouvernement, le Nord et le Centre passĂšrent sous occupation des rebelles regroupĂ©s Ă lâĂ©poque sous le Mouvement Patriotique de CĂŽte dâIvoire â MPCI. Deux nouveaux groupes rebelles firent leur apparition dans lâouest le 28 novembre 2002. Il sâagit respectivement du mouvement pour la paix et la justice MPJ et du mouvement populaire ivoirien du grand ouest MPIGO. Au dĂ©but du conflit, les soldats mutins exprimĂšrent avant tout des revendications tendant Ă obtenir leur rĂ©intĂ©gration au sein de lâarmĂ©e et lâamĂ©lioration de leur statut. Leur progression dans le nord du pays fit naĂźtre dâautres revendications de nature politique telles que la rĂ©forme de la constitution et de la loi fonciĂšre, la dĂ©mission du prĂ©sident Gbagbo et lâorganisation de nouvelles Ă©lections. Causes externes du conflitModifier Dans cette catĂ©gorie de causes, on peut Ă©pingler les Ă©lĂ©ments ci-aprĂšs qui illustrent cette situation Jadis le pays le plus riche de la sous-rĂ©gion dotĂ© dâune Ă©conomie solide, la CĂŽte dâIvoire avait commencĂ© Ă sombrer dans la crise vers la fin du rĂšgne dâHouphouĂ«t Boigny. Cette dĂ©stabilisation du pays a engendrĂ© la fuite des investissements et la dĂ©localisation de certaines usines vers dâautres pays de la sous-rĂ©gion. La dĂ©couverte de quinze champs pĂ©trolifĂšres en CĂŽte dâIvoire est considĂ©rĂ©e par certains mĂ©dias nationaux [30] et internationaux comme Ă©tant un Ă©lĂ©ment renforçant cette dĂ©stabilisation. Cela constitue en outre un centre dâintĂ©rĂȘt au conflit voire de la main mise sur les ressources Ă©conomiques du pays par les Ătats voisins et par les Occidentaux. Depuis le dĂ©but du conflit, le gouvernement ivoirien nâa pas cessĂ© de soutenir lâexistence dâune ingĂ©rence entre autres du Burkina Faso dans ses affaires intĂ©rieures, notamment par lâaide que ce pays apporterait aux rebelles du MPCI par le trafic dâarmes qui sâest installĂ© effectivement dans la sous-rĂ©gion et tout spĂ©cialement dans les pays proches de zones et plus spĂ©cialement dans les pays proches de zones frontaliĂšres oĂč les combats ont eu lieu. Le gouvernement ivoirien fait Ă©galement grief Ă lâendroit du Burkina Faso de permettre aux rebelles du MPCI de sây entraĂźner et dây trouver des bases arriĂšres de repli. Ă lâencontre des autoritĂ©s libĂ©riennes, la CĂŽte dâIvoire fait valoir leur soutien aux actions des est indĂ©niable Ă lâheure actuelle que les deux parties ivoiriennes en conflit ont eu recours aux service des mercenaires originaires notamment du LibĂ©ria, dâAfrique du Sud, de lâAngola, de la France pour le gouvernement et de ceux en provenance du LibĂ©ria et de la Sierra LĂ©one en ce qui concerne les rebelles du MPCI. Selon des tĂ©moignages, les rebelles libĂ©riens engagĂ©s Ă©taient des opposants au rĂ©gime de Charles Taylor. Leurs unitĂ©s de combat Ă©taient baptisĂ©es Lima » ou Fire ». Il y avait aussi des GhanĂ©ens, des GuinĂ©ens, des BurkinabĂ©s, des Français, des Sud-Africains. La Commission a reçu une liste avec des noms des mercenaires notamment français et sud-africains. En vue de lancer lâoffensive lors de la reprise de Man et DananĂ©, les mercenaires combattant aux cĂŽtĂ©s des forces loyalistes auraient reçu beaucoup dâargent Ă titre de motivation. Pour Blolequin, 15 millions de FCFA ; pour Toulepleu, 15 millions de FCFA ; pour DananĂ©, 30 millions de FCFA. De ce qui prĂ©cĂšde, la Commission est portĂ©e Ă faire endosser les responsabilitĂ©s des consĂ©quences de situations nĂ©es dans le contexte prĂ©cisĂ© ci-dessus sur tous les pĂšres fondateurs du concept de lâivoiritĂ© et sur le gouvernement qui lâa institutionnalisĂ© et a Ă©laborĂ© dâautres lois discriminatoires. Ă lâencontre du pouvoir en place au moment des faitsModifier A la charge des autoritĂ©s publiques officielles ou de fait ivoiriennes au moment des faits, la Commission a Ă©pinglĂ© notamment des violations graves ci-aprĂšs Les assassinats politiques planifiĂ©s spĂ©cialement du gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ, son Ă©pouse, sa garde rapprochĂ©e et de son personnel de maison dans la matinĂ©e du 19 septembre 2002 ; Les bombardements des populations civiles par les hĂ©licoptĂšres dans plusieurs localitĂ©s dont celles de lâOuest du pays et les destructions et dĂ©cĂšs qui en ont rĂ©sultĂ© spĂ©cialement sur les populations civiles. Ces bombardements ont notamment eu lieu Ă Vavoua, PĂ©lĂ©zi, Zouan-Hounien, Marhapleu, DananĂ© et Ă Menakro ; Les meurtres ciblĂ©s commis sur des personnes en raison de leur appartenance ethnique, religieuse, rĂ©gionale ou nationale tels des actes de toute sorte commis notamment Ă lâencontre de Maliens, BurkinabĂ©s et de GuinĂ©ens ; Les tentatives dâassassinat sur la personne dâAlassane Dramane Ouattara et son Ă©pouse, dâAdama Tongara le maire de la commune dâAbobo et sa famille dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 ; Lâorganisation de milices et les consĂ©quences diverses des exactions de toute sorte commises par des forces parallĂšlesModifier Au cours des auditions des tĂ©moins que la Commission a organisĂ©, des informations prĂ©cises et concordantes ainsi que des documents probants ont Ă©tĂ© fournis quant Ă lâexistence, lâorganisation et lâutilisation des milices ou autres forces parallĂšles. Les lieux dâentraĂźnement de ces milices ont aussi Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©s Ă la Commission. Des sources concordantes ont aussi signalĂ© et les photos figurant au dossier prouvent que ces milices sont armĂ©es. Les noms des principaux dirigeants de ces milices ont Ă©tĂ© portĂ©s Ă la connaissance de la Commission et les photos permettent de les identifier avec prĂ©cision. Il semble que la FĂ©dĂ©ration des Ă©tudiants et scolaires de CĂŽte dâIvoire, en sigle FESCI, dont les principaux dirigeants se trouvent au campus de lâUniversitĂ© de Cocody, constitue une des pĂ©piniĂšres de recrutement et dâactions opĂ©rationnelles dâune partie des milices dont il est question. Des informations de sources dignes de foi ont permis Ă la Commission de savoir que la FESCI aurait de tout temps et spĂ©cialement depuis le pouvoir du prĂ©sident Henri Konan BĂ©diĂ©, pris parti en faveur des groupements politiques. La situation aurait atteint son point culminant sous le prĂ©sident Laurent Gbagbo lorsque lâĂąge limite de participation aux Ă©lections a Ă©tĂ© abaissĂ© Ă 18 ans. Câest donc Ă des fins Ă©lectorales que la FESCI serait utilisĂ©e par le parti Ă la recherche des voix des Ă©lecteurs. Ă la charge des ex-rebellesModifier La responsabilitĂ© des anciens rebelles peut notamment ĂȘtre Ă©tablie en ce qui concerne les Ă©vĂ©nements ou les actes ci-aprĂšs Lâassassinat dâEmile Boga Doudou survenue dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 ; les enquĂȘtes ont rĂ©vĂ©lĂ© que cet acte ne peut ĂȘtre imputĂ© Ă Kante Koly ni Ă Lida Kouassi [31], comme la rumeur lâavait prĂ©sentĂ© ; Les attaques gĂ©nĂ©ralisĂ©es contre les agents de lâĂtat et les reprĂ©sentants des forces de lâordre ; Le massacre des gendarmes, celui des membres de leurs familles et dâautres personnes Ă BouakĂ© ; Le meurtre du Colonel Loula abattu de plusieurs balles tirĂ©es dans le dos Ă son domicile du camp BASS Bataillon dâArtillerie Sol-Sol quâil commandait Ă BouakĂ© ; La mise Ă sac des banques BCEAO Ă BouakĂ© et Ă Korhogo ; La tentative dâassassinat de Lida Kouassi et lâenlĂšvement de sa femme et de ses enfants Ă Abidjan dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 ; Le dĂ©cĂšs des civils et des membres des forces de lâordre survenu par suffocation, Ă la suite de leur enfermement et exposition en plein soleil dans un containeur Ă BouakĂ© et Ă Korhogo ; LâĂ©gorgement puis le dĂ©peçage du corps de Kassoum Bamba dit Kass en plein jour et dans la rue Ă tenu du fait que ces actes ont eu lieu pendant la guerre et Ă lâĂ©gard des populations civiles et des corps habillĂ©s » militaires, gendarmes, policiers, agents des eaux et forĂȘt qui Ă©taient dĂ©sarmĂ©s et ne participaient pas aux hostilitĂ©s, la Commission considĂšre quâil y a eu violation des dispositions du droit international meurtre commis sur la personne des danseuses Adjanou » sommairement exĂ©cutĂ©es Ă BouakĂ©. Lâorganisation des milices et les consĂ©quences diverses des exactions de toute sorte commises par elles, notamment dans lâOuest et le Centre-Ouest de la CĂŽte dâIvoire oĂč des populations de villages entiers ont Ă©tĂ© massacrĂ©es gratuitement et des forces Ă©trangĂšresModifier Des enquĂȘtes ont aussi rĂ©vĂ©lĂ© la responsabilitĂ© des forces Ă©trangĂšres sur certains Ă©vĂ©nements survenus en CĂŽte dâIvoire. On peut citer le cas de trois Ă©tudiants du secondaire de MâBahiakro qui ont Ă©tĂ© griĂšvement blessĂ©s par les membres dâune armĂ©e Ă©trangĂšre opĂ©rant en CĂŽte dâIvoire sous le mandat des Nations Unies. Ces Ă©tudiants ont Ă©tĂ© blessĂ©s dans le cadre dâune marche pacifique de patriotes » organisĂ©e fin novembre 2003 lors de lâoccupation de BouakĂ© par les rebelles. Lors dâune visite Ă ces Ă©tudiants au centre hospitalier de la PISAM dâAbidjan oĂč ils sĂ©journent depuis plus dâun an, la Commission a Ă©tĂ© informĂ©e par les autoritĂ©s que les militaires de cette force internationale de maintien de la paix avaient tirĂ© sans sommation sur la foule des Ă©tudiants manifestants. Ă lâoccasion de cette visite, la Commission a Ă©galement pu se rendre compte de lâampleur des blessures subies par eux et qui font quâencore prĂšs dâune annĂ©e aprĂšs lâĂ©vĂ©nement de MâBahiakro, les trois infortunĂ©s se trouvent toujours Ă lâhĂŽpital pour des soins de kinĂ©sithĂ©rapie. Ils ont ainsi perdu une annĂ©e dâĂ©tude outre le fait quâils se trouvent confrontĂ©s Ă des dĂ©penses auxquelles leurs familles ne peuvent faire face. De plus, les intĂ©ressĂ©s sont obligĂ©s de sĂ©journer Ă Abidjan loin de leurs foyers respectifs. Deux de ces Ă©tudiants sont obligĂ©s de porter des prothĂšses toute leur vie. De mĂȘme, Ă deux reprises, certains Ă©lĂ©ments de cette force Ă©trangĂšre ont participĂ© au vol dâargent perpĂ©trĂ© au siĂšge de la BCEAO qui a Ă©tĂ© mis Ă sac et dont il est question ci-avant. ResponsabilitĂ©s des pays limitrophes et autresModifier Les responsabilitĂ©s des pays limitrophes et autres dĂ©coulent principalement des actes de leur implication dans la crise ivoirienne qui ont Ă©tĂ© relevĂ©s au chapitre pertinent du prĂ©sent rapport. Des principaux actes ci-aprĂšs ont Ă©tĂ© relevĂ©s Ă la charge de ces pays Au niveau du trafic dâarmes, le comportement des gouvernements des pays fournisseurs dâarmes aux parties en conflit en CĂŽte dâIvoire par le commerce clandestin qui sâĂ©tablit en pareil cas devrait ĂȘtre stigmatisĂ©, Ă©tant donnĂ© quâils nuisent par de tels actes Ă la stabilitĂ© et au retour Ă la paix. Cela touche non seulement la CĂŽte dâIvoire mais aussi toute la sous-rĂ©gion dâAfrique de lâOuest. En ce qui concerne les bases arriĂšres et/ou le soutien aux parties en conflit lâaide active ou passive que certains pays limitrophes apportent aux protagonistes ivoiriens qui sont en conflit, influe trĂšs nĂ©gativement sur lâensemble de la situation, aussi bien en CĂŽte dâIvoire que dans toute la auteurs de tels actes qui, en droit international constituent des violations des dispositions de la Charte de lâONU comme celle de lâUA qui garantissent les principes du respect de lâintĂ©gritĂ© territoriale et de la non ingĂ©rence dans les affaires intĂ©rieures dâautres Ătats, devraient en ĂȘtre tenus responsables ainsi que de leurs consĂ©quences prĂ©judiciables. En ce qui concerne le recel des biens volĂ©s en CĂŽte dâIvoire, le droit pĂ©nal des Ătats incrimine les actes de recel de biens dâautrui. Il devrait en ĂȘtre de mĂȘme au niveau des Ătats voisins de la CĂŽte dâIvoire. En ce qui concerne la CĂŽte dâIvoire, les pays limitrophes qui, soit ne dĂ©couragent pas, soit sâabstiennent de sanctionner tous ceux qui participent au commerce illicite des biens souvent volĂ©s ou acquis en violation des lois ou des rĂšglements, devraient eux-mĂȘmes ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des complices. Pour ce qui est de lâĂ©mergence dâune Ă©conomie de guerre, elle fleurit indubitablement Ă lâombre des actes de pillage ou de recels des biens acquis de maniĂšre illicite Ă la suite de trafics de toute sorte de produits ivoiriens et au grand dĂ©triment de lâĂ©conomie de la CĂŽte dâIvoire. En pareil cas, la Commission estime que tous les pays ainsi que toutes les personnes qui participent aux actes de pillages ou de recels des produits ivoiriens, devraient porter une part de responsabilitĂ© car il y a lĂ une activitĂ© illicite et criminelle qui devrait ĂȘtre dĂ©couragĂ©e. Au sujet de lâusage du territoire des Ătats comme base de dĂ©part dâactivitĂ©s subversives, dâattaque ou de repli et le mercenariat, il y a lieu de remarquer que de tels actes, qui ne sont en rĂ©alitĂ© quâune variante dâaide ou de soutien, que certains pays voisins Ă la CĂŽte dâIvoire qui ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© mentionnĂ©s apportent aux protagonistes ivoiriens en conflits. Il y a lĂ des actes qui constituent des violations des principes de la Charte de lâONU qui interdisent lâimmixtion des Ătats dans les affaires intĂ©rieures des autres Ătats et prescrivent lâobligation du respect de lâintĂ©gritĂ© territoriale des Ătats [32]. Quant Ă lâactivitĂ© des mercenaires, elle est interdite en ce qui concerne le recrutement, lâentraĂźnement, lâutilisation et le financement de personnes susceptibles de sây engager. Une telle interdiction dĂ©coule de conventions internationales existant au niveau international et notamment au niveau des Ătats africains [33]. Il en dĂ©coule que les pays limitrophes Ă la CĂŽte dâIvoire ou Ă©trangers qui, dâune façon ou dâune autre, sont impliquĂ©s dans les activitĂ©s prohibĂ©es par ces deux conventions, devraient en ĂȘtre tenus responsables. Les mercenaires, pris isolĂ©ment ou leur organisation, devraient pouvoir ĂȘtre chĂątiĂ©s pour atteinte Ă la sĂ©curitĂ© ; une telle incrimination existe dans la lĂ©gislation de tous les Ătats. De mĂȘme, lâorganisation sous la banniĂšre de laquelle opĂšrent les mercenaires, devrait ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une association de malfaiteurs. Quelques actions de la CommissionModifier Au cours de sa mission sur le terrain, la Commission a rĂ©alisĂ© quatre actions qui mĂ©ritent dâĂȘtre signalĂ©es. Il sâagit de lâobtention par le prĂ©sident Laurent Gbagbo de la dĂ©cision de rendre aux familles les dĂ©pouilles gardĂ©es dans diffĂ©rentes morgues dâAbidjan, lâaccord de remise en libertĂ© de deux dĂ©tenus Ă Korogho, OdiĂ©nĂ© et Ă BouakĂ©, la protection de quelques tĂ©moins sensibles et, enfin, lâassouplissement du nombre de barrages de contrĂŽle routier. Remise aux familles des dĂ©pouillesModifier DĂšs la premiĂšre semaine de son sĂ©jour en CĂŽte dâIvoire, la Commission a appris que de nombreuses familles nâont pu retirer des morgues les dĂ©pouilles de personnes dĂ©cĂ©dĂ©es au cours de la rĂ©pression ayant sanctionnĂ© la marche du 25 mars 2004 interdite par dĂ©cret prĂ©sidentiel, et Ă lâissue de laquelle plusieurs dĂ©cĂšs et autres formes de violence ou de sĂ©vices ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s. Cette situation Ă©tait due au non paiement des factures dâautopsies pratiquĂ©es par lâĂ©quipe de mĂ©decine lĂ©gale dâAbidjan, lâunique qui est du reste opĂ©rationnelle pour lâensemble du pays. Lâabsence de paiement de telles factures par le gouvernement faisait que le Procureur de la RĂ©publique dâAbidjan nâavait pas dĂ©livrĂ© aux familles lâautorisation exigĂ©e en pareil cas pour leur permettre de retirer Ă la morgue les dĂ©pouilles de leurs parents. La Commission a profitĂ© de la premiĂšre visite rendue au prĂ©sident de la RĂ©publique pour Ă©voquer cette question, en tenant compte de lâexistence dâune coutume assez frĂ©quente dans plusieurs pays dâAfrique et selon laquelle, le deuil ne peut ĂȘtre organisĂ© quâaprĂšs lâenterrement dâun dĂ©funt, et tenant compte de la nĂ©cessitĂ© de faire respecter le droit Ă une sĂ©pulture consacrĂ©e par les dispositions de lâarticle 15 du PDESC. SĂ©ance tenante, le chef de lâĂtat a donnĂ© instruction Ă ses proches collaborateurs de liquider les frais de mĂ©decine lĂ©giste et de morgues de la ville dâAbidjan oĂč des dĂ©pouilles de victimes des Ă©vĂ©nements du 24 et 25 mars 2002 Ă©taient retenues. Des actions dans ce sens sont toujours en cours. [34] Remise en libertĂ© de dĂ©tenusModifier Au cours de dĂ©placements de la Commission Ă BouakĂ©, Korhogo et Ă OdiĂ©nĂ©, elle a eu lâoccasion de visiter des prisons et autres lieux de dĂ©tention, oĂč des cas dâirrĂ©gularitĂ©s ont Ă©tĂ© portĂ©s Ă sa connaissance. Ă la maison dâarrĂȘt de BouakĂ© et de Korhogo CTK, la Commission a constatĂ© la prĂ©sence dâun enfant mineur dâĂąge parmi des adultes. Cet enfant se trouvait lĂ depuis plusieurs mois Ă cause du vol dâune moto. Ă la suite de lâintervention des Commissaires tĂ©moins de cette situation, lâenfant fut immĂ©diatement libĂ©rĂ© ; il fut accompagnĂ© par eux auprĂšs de ses parents. Ces deniers nâespĂ©raient plus revoir leur enfant compte tenu des conditions gĂ©nĂ©rales qui rĂ©gnaient dans les prisons Ă lâĂ©poque. Une femme dĂ©tenue sur simple dĂ©nonciation avĂ©rĂ©e inexacte a Ă©galement Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e Ă lâoccasion de la visite de membres de la Commission. Protection de tĂ©moins sensiblesModifier Le point IV des termes de rĂ©fĂ©rence relatif aux activitĂ©s de la Commission prĂ©voit en sa disposition 6 La Commission nâa pas les moyens de garantir la protection des individus et de leurs familles contre les menaces et les vengeances de toute sorte pour avoir coopĂ©rĂ© avec elle. Elle prĂ©voit toutefois toutes les dispositions nĂ©cessaires dans le cadre de son mandat pour sâassurer de leur protection⊠». En application de ces dispositions, la Commission a recommandĂ© la protection de certains tĂ©moins sensibles ; il sâagit soit de ceux dont les dĂ©positions pouvaient facilement en rĂ©vĂ©ler lâidentitĂ©, soit eu Ă©gard au danger que pouvait faire courir sur leur vie le fait de coopĂ©rer avec elle. Action en faveur des orphelins de gendarmes tuĂ©s dans lâexercice de leurs fonctionsModifier Lors de tĂ©moignages, la Commission a Ă©tĂ© saisie de dolĂ©ances des veuves des gendarmes morts aux combats pour dĂ©fendre la patrie. Ces veuves ont notamment fait Ă©tat de difficultĂ©s quâelles Ă©prouvent pour faire face aux frais de soins de santĂ© et de scolaritĂ© de leurs enfants. La Commission a profitĂ© dâune sĂ©ance de travail avec le comitĂ© de liaison mis en place par le gouvernement ivoirien afin de faciliter les relations avec elle pour proposer que les orphelins de gendarmes morts dans ces conditions soient considĂ©rĂ©s comme Ă©tant des pupilles de la nation ». Un tel statut pouvait permettre Ă leur bĂ©nĂ©ficiaire dâaccĂ©der Ă la gratuitĂ© des cours dans certains Ă©tablissements dâenseignement public tel lâĂ©cole militaire ou celle de la gendarmerie ou de la police, en plus de la gratuitĂ© des soins de santĂ©. Cette proposition de la Commission a Ă©tĂ© accueillie trĂšs favorablement. Assouplissement des mesures de contrĂŽleModifier DĂšs le premier soir de leur arrivĂ©e Ă Abidjan, les membres de la Commission ont Ă©tĂ© frappĂ©s par lâexistence du nombre Ă©levĂ© de postes de contrĂŽle de police dont lâeffet Ă©tait double. Dâune part, le ralentissement de la fluiditĂ© du trafic urbain et dâautre part, des rackets quasi publics qui accompagnaient ces contrĂŽles. Les rackets qui sâopĂšrent au dĂ©triment de la population civile et qui constituent ainsi une forme dâentrave Ă la libertĂ© de circulation, sont accentuĂ©s Ă cause de la modicitĂ© des soldes, spĂ©cialement des militaires et des membres de la police. [35] Il semble que les agents nouvellement recrutĂ©s au sein de la police perçoivent une solde mensuelle de 180 000 FCFA qui est versĂ©e en deux tranches de 90 000 CFA chacune. Une telle situation durera aussi longtemps que des mesures tendant Ă lâamĂ©lioration de la solde de cette catĂ©gorie de personnel ne seront pas prises. Cette forme de corruption quasi officielle tolĂ©rĂ©e par les autoritĂ©s publiques a de bonne heure Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©e par la Commission auprĂšs du ministre dâĂtat chargĂ© de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure. Cette autoritĂ© a rĂ©agi immĂ©diatement Ă cette observation et a fait assouplir le nombre de postes de contrĂŽle routier de la police du moins dans la ville dâAbidjan. Au surplus, le MinistĂšre de la SĂ©curitĂ© intĂ©rieure Ă©tudie sĂ©rieusement les voies et moyens de combattre cette corruption, tout en prĂ©servant les impĂ©ratifs de sĂ©curitĂ©. En attendant il a ordonnĂ© par circulaire Ă tous ses collaborateurs de veiller Ă responsabiliser les dirigeants de la police de chaque arrondissement pour bannir les barrages intempestifs. La Commission a Ă©tĂ© heureuse de constater que la Direction gĂ©nĂ©rale de la Police veille au grain et elle souhaite que ce genre de rĂ©action perdure au-delĂ du dĂ©part de la Commission. ConclusionsModifier Les enquĂȘtes que la Commission a menĂ©es aussi bien sur lâensemble du territoire de la CĂŽte dâIvoire quâau cours de ses dĂ©placements dans les Ătats limitrophes Ă ce pays, ont permis de constater de nombreuses violations des droits de lâhomme, du droit international humanitaire ainsi que des actes constitutifs de crimes contre lâhumanitĂ© ; Ces violations ont eu pour ferment le contexte gĂ©nĂ©ral créé Ă la suite de la situation politique qui a prĂ©valu en CĂŽte dâIvoire aprĂšs la mort du prĂ©sident FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny en 1993 ; Il y a lieu dâajouter Ă ce contexte gĂ©nĂ©ral les difficultĂ©s Ă©conomiques qui ont secouĂ© la CĂŽte dâIvoire juste aprĂšs et leurs rĂ©percussions au niveau des pays de la sous-rĂ©gion dâAfrique de lâOuest ; Sont aussi la cause des violations constatĂ©es, les Ă©vĂ©nements consĂ©cutifs Ă lâimplosion du pays survenue Ă partir de la situation créée Ă travers la CĂŽte dâIvoire dans les journĂ©es fatidiques des 18 et 19 septembre 2002 qui dĂ©terminent le point de dĂ©part du mandat de la Commission ; En ce qui concerne les diffĂ©rentes violations, la Commission a seulement retenu, et Ă titre dâexemple, les violations considĂ©rĂ©es comme les plus graves. Par cette expression, la Commission entend attacher de lâimportance quant Ă la nature ou Ă lâampleur de certains actes qui ont Ă©tĂ© commis. La Commission signale Ă cet Ă©gard que les diffĂ©rentes catĂ©gories de telles violations ne devraient notamment pas tomber sous le champ dâapplication des actes susceptibles dâĂȘtre amnistiĂ©s comme du reste le prĂ©voit la loi portant amnistie en CĂŽte dâIvoire ; Les enquĂȘtes de la Commission ont Ă©tĂ© faites suivant la mĂ©thodologie dĂ©crite au chapitre III du rapport. Les actes constitutifs de graves violations ont Ă©tĂ© constatĂ©s dans le domaine des droits de lâhomme, dans celui du droit international humanitaire et au regard de crimes contre lâhumanitĂ© ; La Commission a retenu de nombreuses violations des droits de lâhomme stricto sensu » et dans leur dimension Ă©conomique sociale et culturelle. Toutefois, elle a jugĂ© bon dâindiquer seulement dans le rapport, celles considĂ©rĂ©es comme Ă©tant les plus graves ; Au titre de violations des droits de lâhomme stricto sensu », les investigations et les tĂ©moignages ont permis de constater des massacres spĂ©cialement ceux perpĂ©trĂ©s dans lâOuest et le Centre, des cas de disparitions, des assassinats politiques, des actes de torture, des actes de rĂ©pressions brutales et dâagression ; Des exĂ©cutions sommaires et extrajudiciaires, tel le cas des danseuses dâAdjanou » survenu Ă BouakĂ©, ont aussi Ă©tĂ© constatĂ©es. Cela explique la dĂ©couverte de nouveaux charniers faite par la Commission ; Des violences sexuelles faites aux femmes ont Ă©tĂ© signalĂ©es ainsi que de nombreuses violations des droits de lâenfant. Les enfants ont en effet Ă©tĂ© utilisĂ©s par les belligĂ©rants, certains parmi eux ont Ă©tĂ© enrĂŽlĂ©s de force ; Des femmes ont aussi Ă©tĂ© contraintes dâeffectuer des travaux contre leur grĂ© lors de leur capture par les belligĂ©rants ; Des cas de dĂ©tentions et dâarrestations arbitraires ont Ă©galement Ă©tĂ© relevĂ©s ; La Commission confirme lâexistence des milices dans les deux camps et de nombreux tĂ©moignages ont fait Ă©tat de leur utilisation dans des opĂ©rations qui sont Ă la base des violations graves des droits de lâhomme ; Le mauvais Ă©tat de fonctionnement de la justice, au Sud, est largement prĂ©sentĂ© dans le rapport ; au Nord, elle est inexistante ; Des entraves Ă la libertĂ© dâexpression et dâopinion, Ă celle dâassociation, de rĂ©union, de culte et de conscience sont aussi reflĂ©tĂ©es dans le rapport ; Des cas dâentraves Ă la participation des personnes Ă la direction des affaires publiques du pays ont aussi Ă©tĂ© enregistrĂ©s spĂ©cialement lors du processus Ă©lectoral de 2002. Il en dĂ©coule que lâexercice du droit de vote nâa pas Ă©tĂ© conforme aux standards internationaux. Ceci a fait que la communautĂ© internationale avait refusĂ© de superviser ces Ă©lections ; Des actes de discrimination ou dâexclusion ainsi que des expulsions massives des populations Ă©trangĂšres sont aussi signalĂ©s dans le rapport ; Le rapport fait Ă©galement Ă©tat de nombreuses violations graves des droits Ă©conomiques, sociaux et culturels. De telles violations sont consĂ©cutives Ă lâaggravation de la situation Ă©conomique qui a prĂ©valu en CĂŽte dâIvoire spĂ©cialement Ă la suite des actes de belligĂ©rance et au climat de xĂ©nophobie entretenu par certains opĂ©rateurs politiques. Ainsi, des entreprises ont dĂ» fermer mettant des travailleurs au chĂŽmage. Les combats ont aussi obligĂ© les Ă©tudiants et les Ă©lĂšves Ă cesser dâĂ©tudier ; situation qui persiste jusquâĂ lâheure actuelle ; Des documents fournis Ă la Commission ont aussi rĂ©vĂ©lĂ© le contrĂŽle des affaires par la position dominante quâoccupent certains intĂ©rĂȘts Ă©trangers en CĂŽte dâIvoire ; Les droits syndicaux des travailleurs ont aussi Ă©tĂ© mĂ©connus de nombreuses fois ; La jouissance des droits Ă©conomiques et sociaux connaĂźt un stade plus critique au Nord du pays Ă cause de la guerre et de lâattitude des nouveaux chefs ; Quelques acquis de la lutte syndicale ivoirienne sont signalĂ©s dans le rapport. La Commission a Ă©pinglĂ© des aspects importants de violation des droits culturels. Il sâagit de la rĂ©tention aux morgues de certaines villes des dĂ©pouilles des personnes dĂ©cĂ©dĂ©es lors de la marche des 25 et 26 mars 2004 ; une sanglante rĂ©pression disproportionnĂ©e en a rĂ©sultĂ©. Le dĂ©faut de paiement des factures du mĂ©decin lĂ©giste justifierait ce dĂ©ni du droit Ă la sĂ©pulture ; Des cas de profanation de cimetiĂšres et des lieux de culte ont aussi Ă©tĂ© constatĂ©s ; Quant aux violations du droit international humanitaire et de crimes contre lâhumanitĂ©, le rapport signale en particulier des cas survenus Ă lâoccasion de combats spĂ©cialement au Nord, au Centre et Ă lâOuest du pays ; La Commission a pu Ă©tablir aussi des infractions graves aux Conventions de GenĂšve du 12 aoĂ»t 1949, spĂ©cialement des actes survenus Ă la suite dâattaques menĂ©es par hĂ©licoptĂšre contre des populations civiles dans les localitĂ©s de Vavoua, PĂ©lĂ©zi, Menakro, DananĂ©, Mahapleu, Zouan-Hounien et Bin-HouyĂ©, Monoko-Zohi, les exĂ©cutions de quatre vingt-dix gendarmes, des membres de leurs familles et dâautres personnes dĂ©tenues Ă BouakĂ© en octobre 2002 et les massacres liĂ©s aux Ă©vĂ©nements des 20 et 21 juin 2004 Ă Korhogo ; La Commission tient Ă mentionner Ă lâhonneur des parties belligĂ©rantes en ce qui concerne le respect du droit international humanitaire, que pendant toute la pĂ©riode des hostilitĂ©s, il nây a jamais eu de coupure volontaire dâeau et dâĂ©lectricitĂ©. Cette attitude positive est essentiellement due aux enseignements du droit international humanitaire dispensĂ©s par la dĂ©lĂ©gation du CICR en CĂŽte dâIvoire. Les dirigeants de cette organisation venaient en effet dâinitier Ă cet enseignement les responsables des forces armĂ©es de la CĂŽte dâIvoire dont les principaux membres se sont retrouvĂ©s par la suite dans des camps adverses ; La Commission a relevĂ© un certain nombre de crimes particuliĂšrement graves comme des meurtres, tortures, viols et autres actes inhumains, ayant Ă©tĂ© commis dans le cadre dâune attaque gĂ©nĂ©ralisĂ©e ou systĂ©matique lancĂ©e contre des populations civiles dans des localitĂ©s comme Toulepleu, Monoko-Zohi, Daloa, Bangolo, Blolequin, Man, BouakĂ©, Korhogo et Abidjan. Ces actes de par leur gravitĂ© sont constitutifs aux yeux de la Commission de crimes contre lâhumanitĂ© au sens de lâarticle 7 du Statut de Rome de la Cour PĂ©nale Internationale ; Des investigations de la Commission ont permis dâidentifier certains auteurs prĂ©sumĂ©s de violations qui ont Ă©tĂ© portĂ©es Ă la connaissance de la Commission. Elle a relevĂ© de nombreux tĂ©moignages selon lesquels bon nombre dâexactions ont Ă©tĂ© commises par des personnes armĂ©es et habillĂ©es en treillis durant le couvre feu Ă Abidjan, DuĂ©kouĂ©, Toulepleu et Guiglo, notamment sans que les forces de lâordre nâaient interpellĂ© qui que ce soit. La liste des personnes prĂ©sumĂ©es avoir commis des violations graves des droits de lâhomme, du droit international humanitaire et des crimes contre lâhumanitĂ© se trouve en annexe confidentielle au prĂ©sent rapport ; La Commission a pu tirer des consĂ©quences quant Ă lâimputabilitĂ© de certains actes ou ceux de certains Ă©vĂ©nements importants. Il en est ainsi notamment en ce qui concerne la responsabilitĂ© du gouvernement et des rebelles sur les Ă©vĂšnements antĂ©rieurs Ă la crise ivoirienne ; Dâautres responsabilitĂ©s se sont Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ©es Ă la charge dâune force internationale opĂ©rant actuellement en CĂŽte dâIvoire sous le mandat de lâONUCI ; La Commission a aussi attirĂ© lâattention sur lâimplication des pays voisins Ă la CĂŽte dâIvoire ou autres et donc leur responsabilitĂ© quant Ă certains actes tels, lâencouragement aux actes de recel de biens ivoiriens, au commerce illicite, Ă lâĂ©conomie de guerre qui sâinstalle progressivement dans certains pays, au soutien actif ou passif que les gouvernements de certains pays limitrophes Ă la CĂŽte dâIvoire auraient accordĂ© aux anciens rebelles ivoiriens ; La Commission retient la responsabilitĂ© de chacun des mercenaires et leur impute les actes rĂ©prĂ©hensibles quâils ont commis en CĂŽte dâIvoire et dont ils devront un jour rĂ©pondre ; La CĂŽte dâIvoire a dĂ©posĂ© Ă la Cour PĂ©nale Internationale CPI le 1er octobre 2003, une dĂ©claration de reconnaissance de la compĂ©tence de cette Cour pour identifier, poursuivre et juger les auteurs et complices des actes commis sur le territoire ivoirien depuis les Ă©vĂšnements du 19 septembre 2002 ». Cette dĂ©claration a Ă©tĂ© effectuĂ©e conformĂ©ment Ă lâarticle 12 du statut de la CPI. NĂ©anmoins, cette dĂ©claration vise des faits commis antĂ©rieurement Ă son dĂ©pĂŽt. Câest ainsi que, pour Ă©viter toute manĆuvre tendant Ă Ă©luder la compĂ©tence de la cour et en raison du caractĂšre sous-rĂ©gional voire mĂȘme international du conflit ivoirien, la Commission conclut Ă la nĂ©cessitĂ© de la saisine de la CPI par le Conseil de sĂ©curitĂ© dans le cadre des dispositions du chapitre VII de la Charte de lâONU ; Compte tenu de lâimportance et des implications du problĂšme foncier et rural en CĂŽte dâIvoire et de conflits qui en rĂ©sultent et dont les consĂ©quences se font sentir quant Ă la jouissance des droits de lâhomme, la Commission estime que ces conflits ne peuvent, en aucun cas, ĂȘtre rĂ©glĂ©s de façon satisfaisante, harmonieuse et impartiale en lâĂ©tat actuel de faiblesses constatĂ©es dans le fonctionnement de lâappareil judiciaire ivoirien ; Eu Ă©gard au grave danger que fait peser la circulation facile et lâutilisation des armes ainsi que leur impact nĂ©gatif sur les efforts dĂ©ployĂ©s par la communautĂ© internationale pour aboutir rapidement Ă la paix en CĂŽte dâIvoire, la Commission estime que le dĂ©sarmement des belligĂ©rants devrait se faire sans condition aucune ; La Commission clĂŽt le chapitre consacrĂ© aux conclusions majeures auxquelles elle est parvenue dans son rapport en formulant des recommandations Eu Ă©gard aux conclusions auxquelles est parvenue la Commission, elle formule les recommandations majeures suivantes Aux acteurs IvoiriensModifier Ćuvrer en vue dâun retour rapide Ă la paix et Ă la rĂ©unification du pays et faire en sorte que les reprĂ©sentants de toutes les parties signataires des accords de paix en CĂŽte dâIvoire soient tous, sans exclusion, autorisĂ©s, sâils le dĂ©sirent, Ă concourir Ă toutes les Ă©lections ; RĂ©gler la question de la nationalitĂ©, ainsi que les conditions dâĂ©lectorat et dâĂ©ligibilitĂ© en tenant compte des rĂ©alitĂ©s dĂ©mographiques propres Ă la CĂŽte dâIvoire notamment le fait dâavoir le taux le plus Ă©levĂ© dâĂ©trangers par rapport aux autres pays du continent africain ; Faire faire un cadastre et un registre foncier ruraux et, Ă cet effet, eu Ă©gard Ă la complexitĂ© et lâexacerbation rĂ©sultant des traditions ethniques parfois divergentes, nommer un organe indĂ©pendant pour le faire, ainsi quâun autre pour trancher et arbitrer les litiges fonciers pendant une pĂ©riode transitoire ; DĂ©signer trĂšs rapidement une commission indĂ©pendante et impartiale pour identifier les victimes et Ćuvrer pour que ces derniĂšres ou leurs ayant droits reçoivent une indemnisation Ă©quitable dans un dĂ©lai raisonnable ; Renoncer au recours et Ă lâusage de la force comme moyen de rĂšglement de conflit ou dâaccession au pouvoir et privilĂ©gier le dialogue et la tolĂ©rance en toute circonstance ; Mettre en place une armĂ©e nationale rĂ©publicaine et dâautres services de sĂ©curitĂ© de mĂȘme nature ; ProcĂ©der au dĂ©sarmement complet et sans condition de toutes les forces parallĂšles engagĂ©es ou non dans les combats ou dans les services de sĂ©curitĂ©, de la police, de la gendarmerie et de lâarmĂ©e ; ProcĂ©der en outre, avec toutes les mesures dâaccompagnement que cela suppose, Ă la dĂ©mobilisation des enfants soldats et au renvoi sans dĂ©lai dans leur pays respectif, de tous ceux qui auraient Ă©tĂ© engagĂ©s et auraient servi comme mercenaires. SĂ©vir contre ces personnes conformĂ©ment aux dispositions des instruments nationaux et internationaux pertinents ; Appliquer en toute bonne foi et dans leur esprit, tous les accords signĂ©s en vue de parvenir Ă la paix et Ă la rĂ©conciliation nationale. Il sâagit en particulier des accords de Linas-Marcoussis et dâAccra III ; ProcĂ©der sans dĂ©lai ni condition au dĂ©sarmement, Ă la dĂ©mobilisation et Ă la rĂ©intĂ©gration des combattants conformĂ©ment aux dispositions pertinentes des accords signĂ©s entre les parties ivoiriennes en prĂ©sence de la communautĂ© internationale ; Restaurer la lĂ©galitĂ© rĂ©publicaine ainsi que lâautoritĂ© de lâĂtat sur toute lâĂ©tendue du territoire ivoirien ; RĂ©tablir sur toute lâĂ©tendue du territoire ivoirien lâensemble des services publics et en particulier les services de santĂ©, dâĂ©ducation, de justice et de maintien de lâordre, sans oublier ceux dâapprovisionnement en eau et en Ă©nergie Ă©lectrique ; ConformĂ©ment Ă la rĂ©solution 1989/65 du Conseil Ă©conomique et social en date du 24 mai 1989, ouvrir promptement et mener rapidement Ă leur terme, des enquĂȘtes approfondies et impartiales dans tous les cas oĂč auront Ă©tĂ© ou seront soupçonnĂ©s des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires, y compris ceux oĂč des plaintes dĂ©posĂ©es par les familles ou des informations dignes de foi donneront Ă penser quâil sâagit dâun dĂ©cĂšs non naturel dans les circonstances donnĂ©es. LâenquĂȘte devra avoir pour objet de dĂ©terminer la cause, les circonstances et le jour et lâheure du dĂ©cĂšs ainsi que la dĂ©signation du responsable prĂ©sumĂ©. Toute enquĂȘte ouverte suite Ă un dĂ©cĂšs devra comporter une autopsie adĂ©quate, le rassemblement et lâanalyse de toutes les preuves physiques ou Ă©crites et lâaudition des tĂ©moins. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, tous les services concourant Ă lâenquĂȘte devront rigoureusement appliquer les principes relatifs Ă la prĂ©vention efficace des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires et aux moyens dâenquĂȘter efficacement sur ces exĂ©cutions ; Ăcarter de lâexercice de toute fonction officielle leur permettant dâexercer une autoritĂ© sur les plaignants, les tĂ©moins et leurs familles ainsi que sur les personnes chargĂ©es de lâenquĂȘte, les personnes pouvant ĂȘtre impliquĂ©es dans des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires, et en gĂ©nĂ©ral dans toute violation graves des droits de lâhomme ainsi que du droit international humanitaire. Il en sera de mĂȘme en ce qui concerne les supĂ©rieurs hiĂ©rarchiques, les fonctionnaires ou autres agents de lâĂtat pouvant rĂ©pondre des actes commis par des agents de lâĂtat placĂ©s sous leur autoritĂ© sâils avaient raisonnablement la possibilitĂ© de prĂ©venir de tels actes ; Traduire en justice ou extrader, Ă la demande dâune Ă©ventuelle juridiction pĂ©nale internationale, les personnes dont lâenquĂȘte aura conclu quâelles ont participĂ© Ă des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires, et en gĂ©nĂ©ral Ă toute violation grave des droits de lâhomme, du droit international humanitaire et des crimes contre lâhumanitĂ© sur tout le territoire ivoirien ; Prendre les mesures nĂ©cessaires pour que les femmes victimes de violences sexuelles bĂ©nĂ©ficient de soutien et des soins mĂ©dicaux et psychologiques appropriĂ©s ; ProtĂ©ger les plaignants, les tĂ©moins, les personnes chargĂ©es de lâenquĂȘte et leurs familles contre les violences, les menaces de violences ou toute forme dâintimidation ; Informer de toute audience, les victimes, leurs familles et leurs reprĂ©sentants autorisĂ©s ; leur garantir lâaccĂšs Ă cette audience ainsi quâĂ toute information relative Ă lâenquĂȘte ; Appliquer la lĂ©gislation nationale et les instruments internationaux interdisant les exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires, et en gĂ©nĂ©ral toutes les violations des droits de lâhomme et du droit international humanitaire ; Renforcer la formation des magistrats et garantir leur indĂ©pendance, leur impartialitĂ© et leur intĂ©gritĂ© dans lâexercice de leurs fonctions ; Veiller Ă lâapplication effective de la lĂ©gislation proscrivant la xĂ©nophobie, la haine raciale et toute forme de discrimination. Ratifier tous les instruments internationaux relatifs Ă la promotion, la dĂ©fense et la protection des droits de lâhomme et du droit international humanitaire. Il en est de mĂȘme du TraitĂ© de Rome portant crĂ©ation de la CPI ; RĂ©former lâinstitution judiciaire en veillant au strict respect, notamment des instruments internationaux dĂ©jĂ ratifiĂ©s ; Ătablir chaque annĂ©e un inventaire des biens des personnes exerçant une activitĂ© publique, y compris les magistrats ; Inclure dans le cursus scolaire et universitaire, en le rendant obligatoire, lâenseignement des droits de lâhomme et du droit international humanitaire ; Assurer une formation au respect des droits de lâhomme et du droit international humanitaire Ă toutes les personnes chargĂ©es dâun service public y compris les forces de lâordre et lâarmĂ©e ; Veiller Ă ce que les pouvoirs publics et les officiers de police connaissent et respectent les principes de base sur le recours Ă la force et lâutilisation des armes Ă feu par les responsables de lâapplication des lois, tels quâadoptĂ©s par le 8e CongrĂšs des Nations Unies du 7 septembre 1990 pour la prĂ©vention du crime et le traitement des Ătats voisins de la CĂŽte dâIvoireModifier Respecter strictement et conformĂ©ment Ă la Charte des Nations Unies, le principe de la non-ingĂ©rence dans les affaires intĂ©rieures dâautres Ătats ainsi que celui de lâintĂ©gritĂ© territoriale et de la souverainetĂ© nationale ; Respecter les principes de bon voisinage et lâengagement de rĂšglement pacifique des diffĂ©rends ; Intensifier et poursuivre la coopĂ©ration en vue du dĂ©veloppement et du bien-ĂȘtre des populations respectives, sur la base dâĂ©galitĂ©, de fraternitĂ© et de comprĂ©hension mutuelle ; ProcĂ©der sans dĂ©lai Ă la poursuite et Ă lâarrestation de toute personne qui se serait livrĂ©e Ă des crimes ou des dĂ©lits en CĂŽte dâIvoire en le signalant au reprĂ©sentant diplomatique de cet Ătat afin de permettre, le cas Ă©chĂ©ant, Ă la Justice, de demander leur extradition ; Poursuivre et traduire en justice sans dĂ©lai, les auteurs de vols et de recels de biens frauduleusement soustraits en provenance de la CĂŽte dâIvoire pour ensuite en assurer la restitution Ă leur lĂ©gitime propriĂ©taire et veiller Ă lâindemnisation des victimes ; Interdire Ă toute personne Ă©trangĂšre, conformĂ©ment aux dispositions de lâarticle 23 de la Charte africaine des droits de lâhomme et des peuples, dâentreprendre une activitĂ© subversive dirigĂ©e contre son pays dâorigine ou contre tout autre pays partie Ă ladite charte. Veiller Ă ce quâaucun territoire ne soit utilisĂ© comme base de dĂ©part dâactivitĂ©s subversives ou terroristes dirigĂ©es contre un autre Ătat partie Ă ladite lâUnion AfricaineModifier Peser de tout son poids en vue dâun rĂšglement rapide de la crise ivoirienne en raison de ses rĂ©percussions nĂ©gatives dans la sous-rĂ©gion et, Ă cet effet, user de tous les moyens Ă sa disposition et recourir Ă la tradition africaine en matiĂšre de rĂ©solution des conflits ; Veiller au respect par les Ătats africains des dispositions de la Charte africaine des droits de lâhomme et des peuples, et en particulier de son article 23 ; Inviter les Ătats africains Ă conclure des conventions relatives aux victimes atteintes dans leur intĂ©gritĂ© physique ou mentale, dâune souffrance morale, dâune perte matĂ©rielle ou dâune atteinte grave Ă leurs droits fondamentaux, qui reprĂ©sentent des violations des normes internationalement reconnues en matiĂšre des droits de lâhomme et du droit international humanitaire ; Rappeler aux Ătats africains la nĂ©cessitĂ© de rĂ©examiner pĂ©riodiquement leur lĂ©gislation et les pratiques en vigueur pour les adapter au besoin, Ă lâĂ©volution des situations, adopter et appliquer, si nĂ©cessaire, des textes lĂ©gislatifs afin de proscrire tout acte constituant un abus grave du pouvoir politique ou Ă©conomique. Encourager les politiques et les mĂ©canismes de prĂ©vention de ces actes, et prĂ©voir des droits et des recours appropriĂ©s pour les victimes desdits actes et en garantir lâexercice ; Inviter les Ătats africains qui nâont pas encore ratifiĂ© le Protocole crĂ©ant la Cour africaine des droits de lâhomme et des Peuples Ă le faire sans dĂ©lai. Publier la liste des Ătats africains nâayant pas encore ratifiĂ© ce la communautĂ© internationale en gĂ©nĂ©ral et Ă lâOrganisation des Nations Unies en particulierModifier Organiser et prĂ©voir un mĂ©canisme prĂ©cis et rapide dâalerte pour dĂ©noncer toute violation grave des droits de lâhomme et du droit international humanitaire afin dâĂ©viter aux citoyens de recourir Ă la rĂ©volte comme moyen suprĂȘme de rĂ©sistance Ă la tyrannie ou Ă lâoppression ; Assurer aux parties ivoiriennes participant Ă toute nĂ©gociation les concernant, un soutien juridique appropriĂ© afin dâĂ©viter des interprĂ©tations contradictoires des actes issus de ces nĂ©gociations ; Apporter au gouvernement de rĂ©conciliation nationale tout lâappui nĂ©cessaire en vue de la reconstruction du pays et lâorganisation dâĂ©lections dĂ©mocratiques, libres et transparentes ; Maintenir en CĂŽte dâIvoire la Mission de maintien de la paix aussi longtemps que la situation lâexigera et couvrir tout le territoire des officiers des droits de lâhomme chargĂ©s dâobserver la situation des droits de lâhomme dans tout le pays ; Au Conseil de SĂ©curitĂ© des Nations Unies de saisir, en application du chapitre 7 de la Charte, le Procureur prĂšs la Cour pĂ©nale internationale afin de poursuivre les auteurs prĂ©sumĂ©s des violations les plus graves des droits de lâhomme, du droit international humanitaire et des crimes contre lâhumanitĂ© relevant de la compĂ©tence de cette Cour et commis en CĂŽte dâIvoire ; Ćuvrer, en collaboration avec les autoritĂ©s ivoiriennes, Ă la recherche des disparus et favoriser la rĂ©unification des familles dispersĂ©es par le fait de la guerre.[1] 15 Ătats actuellement. [2] Le traitĂ© de la CEDEAO signĂ© le 24 juillet 93 ; le protocole relatif au mĂ©canisme de prĂ©vention, de gestion, de rĂšglement des conflits, de maintien de la paix et de la sĂ©curitĂ© signĂ© Ă LomĂ© le 10 dĂ©cembre 1999 et le protocole additionnel, A/SP1/12/01 sur la DĂ©mocratie et la Bonne Gouvernance signĂ© Ă Dakar le 21 dĂ©cembre 2001. [3] Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dĂ©gradants de 1984 CAT, la Charte africaine des droits de lâhomme et des peuples de 1981 ; Pacte international droits civils et politiques ICCPR, et le Pacte international de droits Ă©conomiques, sociaux et culturels de 1966 ; Convention de GenĂšve de 1949 ; Convention sur lâĂ©limination de toutes les formes de discrimination Ă lâĂ©gard des femmes de 1979 CEDAW ; Convention relative aux droits de lâenfant de 1989. Convention internationale sur lâĂ©limination de toutes les formes de discrimination raciale CERD. [4] PDCI créé par FĂ©lix HouphouĂ«tâ Boigny, 1er prĂ©sident de la CĂŽte dâIvoire. [5] Djeni a Ă©tĂ© avec le prĂ©sident Gbagbo un des opposants politiques du temps de prĂ©sident HouphouĂ«tâBoigny. [6] Au moment oĂč la Commission consultative constitutionnelle et Ă©lectorale Ă©tait chargĂ©e de lâĂ©laboration du projet de constitution et de la loi Ă©lectorale et la Commission chargĂ©e du dĂ©coupage des circonscriptions pour les Ă©lections lĂ©gislatives nâavait pas commencĂ© son travail. [7] cf. Le rapport des Commissions dâenquĂȘte prĂ©cĂ©dentes. [8] Rapports de mission des Commissions dâenquĂȘte prĂ©cĂ©dentes sur la CĂŽte dâIvoire de 2000, 2002, 2003 et 2004 [9] Ce taux concernait toutes les nationalitĂ©s Ă©trangĂšres confondues [10] Qui, selon ces tĂ©moignages, se situeraient dans la rĂ©gion de San Pedro [11] Voir Joan Baxter, Eyewitness Ivory Coast mass grave », British Broadcasting Corporation, 9 dĂ©cembre 2002. CitĂ© Ă©galement par Human Rights Watch Prise entre deux guerres ; violences contre des civils dans lâouest de la CĂŽte dâivoire » aoĂ»t 2003 [12] GIS est le nom donnĂ© Ă une section des Forces armĂ©es des forces nouvelles et qui signifie groupe dâintervention spĂ©ciale. [13] TĂ©moignage reçu Ă Man [14] TĂ©moignages Ă Abidjan, Man, Guiglo et Toulepleu [15] Les diverses sources consultĂ©s coĂŻncident Ă dire que le groupe LIMA, composĂ© majoritairement par des membres de lâethnie guĂ©rĂ© et dont la plus part seraient dâorigine libĂ©riens, fait partie des supplĂ©tifs engagĂ©s par les FANCI Forces armĂ©es nationales de CĂŽte dâIvoire. Selon ces sources, elle avait au dĂ©but de mars 2003 dans ses rangs des femmes, des enfants et des adolescents, et poursuivait vraisemblablement lâenrĂŽlement de jeunes dans ses rangs. Force LIMA est un groupe de supplĂ©tifs libĂ©riens engagĂ© par les FANCI. Ce seraient des GuĂ©rĂ© ou de la branche libĂ©rienne Krhan. [16] Groupe constituĂ© et liĂ© aux rebelles. [17] Qui, selon ces tĂ©moignages, se situeraient dans la rĂ©gion de San Pedro [18] En lâoccurrence, le Procureur de la RĂ©publique. Ce document est qualifiĂ© au nom de la loi » [19] Benjamin Ferencz, Procureur du Tribunal de Nuremberg [20] Cette visite a Ă©tĂ© confirmĂ©e dans le communiquĂ© de presse du CICR relatif Ă la situation en CĂŽte dâivoire du 31 octobre 2002. [21] Voir Amnesty International CĂŽte dâIvoire une suite de crimes impunis, du massacre des gendarmes Ă BouakĂ© aux charniers de Daloa, de Monoko-Zohi et de Man, Londres, 27 fĂ©vrier 2003 [22] Voir le communiquĂ© de presse du CICR relatif Ă la situation en CĂŽte dâivoire du 27 septembre 2002 [23] Voir le communiquĂ© de presse du CICR relatif Ă la situation en CĂŽte dâivoire du 17 octobre 2002 [24] Voir le communiquĂ© de presse du CICR relatif Ă la situation en CĂŽte dâivoire du 19 mars 2003 [25] Voir Situation des musulmans, conseil national islamique, centre dâĂ©tude dâinformation et de documentation P. 17 [26] Comme au LibĂ©ria ou en Sierra Leone [27] Devenue depuis juillet 2002, lâUnion Africaine [28] Et dont la Commission a eu connaissance [29] Voir contexte politique et social aussi bien au niveau de la CĂŽte dâIvoire quâĂ celui de la sous-rĂ©gion [30] Document de travail soumis Ă la mission dâenquĂȘte en CĂŽte dâIvoire en 2002. Page 3 [31] Voir le chapitre des violations des droits de lâhomme et spĂ©cialement la section relative aux assassinats politiques cas Boga Doudou et Robert GueĂŻ notamment [32] Articles 2 & 7 de la Charte de lâONU [33] Convention Internationale et Convention Africaine sur les activitĂ©s des mercenaires [34] Voir notamment la lettre 695/RPCI-1/KN/2004 du 29 septembre 2004 adressĂ©e au prĂ©sident de la Commission par la Mission permanente de la CĂŽte dâIvoire Ă GenĂšve voir annexeâŠ.. [35] En CĂŽte dâIvoire, le statut de la Gendarmerie avait sensiblement Ă©tĂ© amĂ©liorĂ© sous le dĂ©funt Boga Doudou, alors ministre de lâIntĂ©rieur. â UN MONDE NOUVEAU
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