Sivotre candidature est retenue, aprĂšs enquĂȘte de moralitĂ© et visite mĂ©dicale, vous bĂ©nĂ©ficiez d’une formation de trois mois. Ce dispositif vous permet au bout d’une annĂ©e, de passer GardienDe La Paix - Brigade De Protection De La Famille, Direction De La SĂ©curitĂ© De ProximitĂ© De L'agglomĂ©ration Parisienne (DSPAP) Bonjour, Oui, le fait que l'enquĂȘte de Lecadet de la RĂ©publique, bĂ©nĂ©ficie d’un dispositif intĂ©grant la formation Ă  l’emploi d’adjoint de sĂ©curitĂ© (ADS) et d’une prĂ©paration Ă  un concours spĂ©cifique de gardien de la paix. Ce programme se dĂ©roule sur une annĂ©e scolaire (septembre Ă  aoĂ»t) en alternance entre un lycĂ©e professionnel, structure de formation et un Lecentre de formation ne peut prĂ©juger ni du rĂ©sultat de l'enquĂȘte de moralitĂ© menĂ©e par les services de l'État ni de l'aptitude des candidats qui est Ă©valuĂ©e par un mĂ©decin agréé par l'Institution. Objectifs de la formation . Une fois reçu au concours le/la laurĂ©at(e) sera nommĂ© Ă©lĂšve gardien de la paix dans un Ă©tablissement de formation de la police nationale. Le candidat Lecadet de la RĂ©publique, bĂ©nĂ©ficie d’un dispositif intĂ©grant la formation Ă  l’emploi d’adjoint de sĂ©curitĂ© et d’une prĂ©paration Ă  un concours spĂ©cifique de gardien de la paix. Ce programme se dĂ©roule sur une annĂ©e scolaire (septembre Ă  aoĂ»t) en alternance entre lycĂ©e professionnel, structure de formation et services de KMw87b. SociĂ©tĂ© La police des polices a placĂ© en garde Ă  vue un gardien de la paix en poste Ă  Bondy soupçonnĂ© de renseigner un rĂ©seau de trafiquants de drogue. Un gardien de la paix en poste Ă  Bondy a Ă©tĂ© interpellĂ© par la police des polices pour offre, cession et dĂ©tention de stupĂ©fiants. © AFP/FRED TANNEAU Les bƓufs-carottes parisiens ont dĂ©boulĂ© ce mardi matin au commissariat de Bondy Seine-Saint-Denis dans le cadre d'une enquĂȘte prĂ©liminaire ouverte par le parquet de Bobigny. Selon nos informations, le gardien de la paix a Ă©tĂ© interpellĂ© pour offre, cession et dĂ©tention de stupĂ©fiants. Il aurait sympathisĂ© avec une complice du rĂ©seau de trafiquants qui l'aurait ensuite sĂ©duit. À sa demande, le fonctionnaire est soupçonnĂ© d'avoir consultĂ© des fichiers de police, notamment celui concernant les immatriculations. Le policier est soupçonnĂ© sur la base de dĂ©clarations anonymes. Alors que sa garde Ă  vue se poursuit, des sources proches de l'enquĂȘte indiquent que les Ă©lĂ©ments en possession de l'IGPN n'ont pas permis Ă  ce stade d'Ă©tayer les accusations. Il devrait ĂȘtre remis en libertĂ© sans ĂȘtre dĂ©fĂ©rĂ© ni a fortiori mis en examen. Ce n'est pas la premiĂšre fois qu'un fonctionnaire de police est mis en cause pour une infraction liĂ©e au trafic de stupĂ©fiants. En 2013, une policiĂšre de Seine-Saint-Denis avait Ă©tĂ© relevĂ©e de ses fonctions pour avoir renseignĂ© son petit ami dealer sur les filatures dont il faisait l'objet. Elle identifiait les vĂ©hicules censĂ©s le suivre. Je m'abonne Tous les contenus du Point en illimitĂ© Vous lisez actuellement Trafic de drogue un policier interpellĂ© en Seine-Saint-Denis 1 Commentaire Commenter Vous ne pouvez plus rĂ©agir aux articles suite Ă  la soumission de contributions ne rĂ©pondant pas Ă  la charte de modĂ©ration du Point. Login or register free and only takes a few minutes to participate in this question. You will also have access to many other tools and opportunities designed for those who have language-related jobs or are passionate about them. Participation is free and the site has a strict confidentiality policy. [1] == Commission d’enquĂȘte internationale sur les allĂ©gations de violations des droits de l’homme en CĂŽte d’IvoireModifier ÉlĂ©ment de la liste Ă  pucesÉlĂ©ment de la liste numĂ©rotĂ©eGrand texteTexte en exposant == Rapport de la Commission d’enquĂȘte internationale sur les allĂ©gations de violations des droits de l’homme en CĂŽte d’Ivoire 25 mai 2004 Commission d’enquĂȘte internationale sur les allĂ©gations de violations des droits de l’homme en CĂŽte d’Ivoire Rapport sur la situation des droits de l’homme en RĂ©publique de CĂŽte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002 jusqu’au 15 octobre 2004 conformĂ©ment aux dispositions de l’annexe VI de l’Accord de Linas-Marcoussis et Ă  la DĂ©claration du prĂ©sident du Conseil de SĂ©curitĂ© du 25 mai 2004 PRST/2004/17 IntroductionModifier Le prĂ©sent rapport a Ă©tĂ© Ă©tabli conformĂ©ment aux dispositions du document intitulĂ© Termes de rĂ©fĂ©rence ». La mĂ©thodologie qui a prĂ©sidĂ© Ă  cet effet est exposĂ©e au chapitre III. ConformĂ©ment Ă  son mandat, la Commission a procĂ©dĂ© Ă  des investigations approfondies aussi bien sur l’ensemble du territoire de la CĂŽte d’Ivoire que dans les pays limitrophes. La Commission a cru bon d’agir ainsi, afin d’ĂȘtre mieux Ă  mĂȘme de s’approcher des prĂ©occupations qui animent tant les Ivoiriens que la communautĂ© internationale, et qui tendent Ă  connaĂźtre la vĂ©ritĂ© dans la mesure du possible sur les Ă©vĂ©nements qui se sont dĂ©roulĂ©s en CĂŽte d’Ivoire Ă  partir du 19 septembre 2002 en vertu de la compĂ©tence ratione temporis du mandat de la Commission. Cette dĂ©marche s’explique en outre par le souci de la Commission de mettre Ă  la disposition des instances internationales compĂ©tentes, politiques mais surtout judiciaires Ă©ventuelles, un instrument susceptible de permettre de se faire une opinion claire quant Ă  la participation de certaines personnes ou groupes de personnes Ă  la perpĂ©tration des actes que la Commission a considĂ©rĂ©s comme Ă©tant constitutifs de violations graves des droits de l’homme, du droit international humanitaire ou ceux relatifs aux crimes contre l’humanitĂ©. Un tel document pourrait ainsi servir de base aux incriminations et aux poursuites Ă©ventuelles devant la justice internationale. En effet, pour les raisons exposĂ©es dans le rapport, la Commission estime que l’appareil judiciaire ivoirien n’est pas, Ă  l’heure actuelle, en mesure de fonctionner de façon adĂ©quate, impartiale et en toute indĂ©pendance. Le rapport se compose de 12 chapitres Introduction I ; Objectifs de la mission II ; MĂ©thodologie III ; Contexte gĂ©ographique, sociopolitique et Ă©conomique des Ă©vĂ©nements survenus en CĂŽte d’Ivoire IV ; Violations des droits de l’homme V ; Administration de la justice VI ; Violations du droit international humanitaire VII ; Implications des pays limitrophes et autres dans la crise ivoirienne VIII ; ResponsabilitĂ©s IX ; Actions menĂ©es par la Commission X ; Conclusions XI ; Recommandations XIICes chapitres sont suivis de deux types d’annexes. Les premiĂšres se composent de documents de rĂ©fĂ©rence gĂ©nĂ©rale dont tout lecteur du rapport pourrait prendre connaissance; les secondes sont constituĂ©es de documents confidentiels non accessibles au public il s’agit d’une part de la liste des tĂ©moins entendus et d’autre part de celle des personnes que la Commission a considĂ©rĂ©es comme ayant commis les plus graves violations des droits de l’homme, du droit international humanitaire ou des crimes contre l’humanitĂ©. GenĂšse de la CommissionModifier A la suite des Ă©vĂ©nements qui ont eu lieu en CĂŽte d’Ivoire le 19 septembre 2002, les acteurs politiques ivoiriens se sont rĂ©unis Ă  Marcoussis sous les auspices de la France et de l’Organisation des Nations Unies, de l’Union africaine, de la CommunautĂ© Ă©conomique des États d’Afrique de l’Ouest et de l’Organisation internationale de la francophonie. C’est Ă  cette occasion qu’ils ont invitĂ© la communautĂ© internationale Ă  instituer une Commission d’enquĂȘte. En effet, l’annexe VI point 2 de l’Accord de Linas-Marcoussis dispose le gouvernement de rĂ©conciliation nationale demandera la crĂ©ation d’une Commission internationale qui diligentera des enquĂȘtes et Ă©tablira les faits sur toute l’étendue du territoire national afin de recenser les cas de violation graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire depuis le 19 septembre 2002 ». La requĂȘte d’instituer une telle Commission a Ă©tĂ© rĂ©itĂ©rĂ©e par le prĂ©sident de la RĂ©publique de CĂŽte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, dans plusieurs correspondances envoyĂ©es au SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU. Mandat, durĂ©e et activitĂ©s de la CommissionModifier Le mandat de la Commission est spĂ©cifiĂ© dans le dispositif du paragraphe 3 de l’annexe VI des Accords de Linas-Marcoussis ainsi que dans les Termes de rĂ©fĂ©rence » Ă©laborĂ©s par le Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme. Le premier volet du mandat de la Commission est mentionnĂ© au point 3 de l’annexe VI des Accords de Linas-Marcoussis. Il dispose que sur le rapport de la Commission internationale d’enquĂȘte, le gouvernement de rĂ©conciliation nationale dĂ©terminera ce qui doit ĂȘtre portĂ©s devant la justice pour faire cesser l’impunitĂ© ». Le mandat confĂ©rĂ© Ă  la Commission est explicitĂ© dans les Termes de rĂ©fĂ©rence » en son paragraphe 2. Selon cette disposition, la Commission aura pour missions a. d’enquĂȘter sur les allĂ©gations de violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises sur tout le territoire de la CĂŽte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002. b. d’établir les faits et les circonstances de la perpĂ©tration de ces violations et dans la mesure du possible, d’identifier leurs auteurs. c. d’élargir les enquĂȘtes sur les allĂ©gations de ces violations Ă  des pays voisins en cas de Ă  la durĂ©e de sa mission, il est prĂ©vu au point 1 des Termes de rĂ©fĂ©rence » Ă©voquĂ©s ci-dessus, que la Commission rĂ©alisera ses activitĂ©s dans une durĂ©e de trois mois ». Afin de mener Ă  bien ses activitĂ©s, la Commission a eu la possibilitĂ© de se dĂ©ployer effectivement sur l’ensemble du territoire de la CĂŽte d’Ivoire y compris dans la partie qui se trouve sous le contrĂŽle des Forces Nouvelles. La Commission s’est aussi rendue dans quelques pays voisins de la CĂŽte d’Ivoire au cours des deux mois passĂ©s sur le terrain. Il s’agit du Burkina Faso, du Mali, du Ghana et du Liberia. Le choix de ces pays a Ă©tĂ© justifiĂ© par la prĂ©sence d’Ivoiriens qui ont fui les zones de combat dans leur pays et ont naturellement cherchĂ© refuge Ă  l’étranger. Par ailleurs, ce choix s’explique par la prĂ©sence dans ces pays des natifs fuyant aussi les zones de combats ou cherchant Ă  se soustraire d’exactions de toutes sortes dont ils Ă©taient victimes en CĂŽte d’Ivoire. Faute de temps, la GuinĂ©e n’a pas pu ĂȘtre visitĂ©e. Les rĂ©percussions de la crise ivoirienne sur les pays voisins ont aussi dĂ©terminĂ© le choix des États visitĂ©s. Toutefois, le dĂ©placement d’Accra a Ă©tĂ© souhaitĂ© par le prĂ©sident de la RĂ©publique de ce pays, en sa qualitĂ© de prĂ©sident en exercice de la CommunautĂ© Ă©conomique et de dĂ©veloppement des États d’Afrique de l’Ouest CEDEAO et eu Ă©gard au rĂŽle majeur que cette organisation sous-rĂ©gionale a jouĂ© dans la rĂ©solution des crises qui secouent l’Afrique de l’Ouest. Composition de la CommissionModifier Selon les dispositions II des Termes de rĂ©fĂ©rence », la Commission sera composĂ©e de cinq experts indĂ©pendants de haute qualification et moralitĂ©, disposant d’une expertise reconnue dans le domaine des droits de l’homme et du droit international humanitaire et, de prĂ©fĂ©rence d’une connaissance approfondie de la rĂ©gion et de ses problĂšmes. L’exigence de reprĂ©sentation Ă©quilibrĂ©e des sexes sera dĂ»ment prise en compte ». ConformĂ©ment Ă  la disposition I, 1 des Termes de rĂ©fĂ©rence », le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a nommĂ© en qualitĂ© de membres de la Commission les personnalitĂ©s ci-aprĂšs Madame Fatimata Mbaye Mauritanie, avocate ; Madame Radhia Nasraoui Tunisie, avocate ; Monsieur GĂ©rard Balanda Mikuin Leliel RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo professeur d’UniversitĂ© et avocat ; Monsieur Almiro Rodrigues Portugal, ancien juge au Tribunal pĂ©nal international pour l’ex-Yougolavie ; Monsieur Aref Mohamed Aref Djibouti, 14 juillet 2004, Ă  GenĂšve, la Commission a Ă©lu son prĂ©sident et un vice-prĂ©sident, respectivement le Professeur GĂ©rard Balanda et Madame Radhia Nasraoui. Elle a Ă©galement examinĂ© et adoptĂ© son rĂšglement intĂ©rieur. Objectifs de la missionModifier Contribuer Ă  la recherche de la vĂ©ritĂ©Modifier Les enquĂȘtes telles que spĂ©cifiĂ©es dans la partie du prĂ©sent rapport consacrĂ©e Ă  la mĂ©thodologie devraient, de l’avis de la Commission et, conformĂ©ment aux vƓux maintes fois rĂ©pĂ©tĂ©s devant elle par les Ivoiriens, contribuer Ă  la recherche de la vĂ©ritĂ© quant aux Ă©vĂ©nements qui se sont produits en CĂŽte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002 jusqu’à la date du dĂ©pĂŽt du rapport de la Commission le 15 octobre 2004. Constituer un instrument de travail utileModifier La Commission a tenu Ă  faire un document utile de peur de voir le prĂ©sent rapport passer pour une pure analyse et donc avoir simplement un caractĂšre descriptif. En effet, conformĂ©ment au dispositif 3 de l’annexe VI de l’Accord de Linas-Marcoussis sur le rapport de la Commission, le gouvernement de rĂ©conciliation nationale dĂ©terminera ce qui doit ĂȘtre portĂ© devant la justice pour faire cesser l’impunitĂ© ». Une telle utilitĂ© suppose comme le souligne le paragraphe 2 b des Termes de rĂ©fĂ©rence » non seulement d’établir les faits et les circonstances de leur perpĂ©tration, mais, dans la mesure du possible, d’en identifier les auteurs ». C’est donc Ă  dessein que la Commission s’est employĂ©e Ă  mener ses enquĂȘtes de façon trĂšs approfondie auprĂšs des personnes qui ont occupĂ© une place centrale dans les Ă©vĂ©nements tombant dans le champ de son mandat. De mĂȘme, la Commission a tenu Ă  vĂ©rifier systĂ©matiquement le contenu de certains tĂ©moignages importants susceptibles de permettre la mise en cause ou Ă  disculper la responsabilitĂ© de certaines personnalitĂ©s sur qui pesaient des rumeurs quant Ă  leur participation directe ou indirecte, individuelle ou collective dans les assassinats ou des actes de torture, de viol ou d’autres formes de violations graves des droits de l’homme, du droit international humanitaire et des crimes contre l’humanitĂ©. La Commission a ainsi jugĂ© nĂ©cessaire de donner un tel Ă©clairage dans un chapitre intitulĂ© et consacrĂ© Ă  la responsabilitĂ©. Une telle tĂąche combien dĂ©licate a cependant Ă©tĂ© menĂ©e dans le seul souci de vĂ©ritĂ©. La mĂȘme quĂȘte de dĂ©couverte de la vĂ©ritĂ© a abouti Ă  la dĂ©couverte de nouveaux sites d’exactions ou d’inhumation collective. Cela a notamment conduit la Commission Ă  proposer d’établir une distinction entre les charniers et les lieux d’exĂ©cutions sommaires et extra judiciaires. En effet, dans le vocabulaire courant, le vocable charnier prĂȘte Ă  confusion. Pour la Commission, il y a lieu de distinguer entre charniers et d’autres lieux qui contiendraient des restes des ĂȘtres humains. À cet effet, la Commission qualifie de charniers uniquement des lieux oĂč des exĂ©cutions sommaires ou extra judiciaires ont Ă©tĂ© perpĂ©trĂ©es et oĂč des ĂȘtres humains ont Ă©tĂ© collectivement ensevelis. L’expression fosses communes est, dans le cadre du prĂ©sent rapport, rĂ©servĂ©e aux lieux d’inhumation collective des corps ou des restes humains. De tels enterrements ont en effet Ă©tĂ© pratiquĂ©s par des autoritĂ©s publiques ou par des organismes humanitaires tels que les agents du CICR, de la Croix Rouge Nationale ou par ceux du Croissant Rouge pour des raisons d’hygiĂšne ou afin d’éviter la propagation des Ă©pidĂ©mies. La mĂȘme prĂ©occupation d’approfondir la collecte des donnĂ©es a amenĂ© la Commission Ă  visiter les hĂŽpitaux, les morgues et les cimetiĂšres, Ă  se doter de photos ou Ă  rechercher des preuves Ă©crites, sonores ou audio-visuelles. Cela est reflĂ©tĂ© dans la mĂ©thodologie qui a Ă©tĂ© suivie par la Commission. Contribuer aux efforts de rĂšglement de la crise ivoirienne, au retour de la paix et Ă  la rĂ©unification du paysModifier C’est en disant et recherchant la vĂ©ritĂ© que le travail de la Commission pourra seulement apporter sa modeste contribution parmi les efforts visant au rĂšglement de la crise ivoirienne et plus singuliĂšrement au retour rapide de la paix et Ă  la rĂ©unification du pays. Mettre fin Ă  l’impunitĂ© et Ă  l’irresponsabilitĂ©Modifier De tels objectifs de la mission de la Commission peuvent Ă  long terme, contribuer Ă  mettre progressivement fin Ă  l’impunitĂ© et Ă  l’irresponsabilitĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©es qui caractĂ©risent la CĂŽte d’Ivoire depuis les violences dont ce pays a Ă©tĂ© le long terme Ă©galement, ces objectifs pourraient constituer des ingrĂ©dients indispensables Ă  la restauration de l’État de droit en CĂŽte d’Ivoire. Tout État de droit a parmi ses piliers majeurs l’administration de la justice. C’est donc Ă  juste titre que les parties signataires des accords de Linas-Marcoussis ont dĂ©clarĂ© au paragraphe 3 de la disposition VI de l’annexe audit Accord que grĂące au rapport de la Commission internationale d’enquĂȘte, le gouvernement de rĂ©conciliation nationale dĂ©terminera ce qui doit ĂȘtre portĂ© devant la justice pour faire cesser l’impunitĂ©. C’est aussi Ă  bon droit que les signataires de l’Accord de Marcoussis ont unanimement dĂ©clarĂ© condamner particuliĂšrement les actions des escadrons de la mort et de leurs commanditaires ainsi que les auteurs d’exĂ©cutions sommaires sur l’ensemble du territoire et que les auteurs et complices de ces activitĂ©s devront ĂȘtre traduits devant la justice pĂ©nale internationale ». MĂ©thodologieModifier La Commission a commencĂ© ses travaux le 12 juillet 2004 Ă  GenĂšve et a Ă©laborĂ© son rĂšglement intĂ©rieur comme il se doit ĂȘtre en pareille situation le 14 juillet 2004. Sources documentairesModifier Au cours des rĂ©unions organisĂ©es par le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme les 12, 13 et 14 juillet 2004, la Commission a eu des sessions d’information notamment sur la situation politique en CĂŽte d’Ivoire et les aspects sĂ©curitaires. Avant son dĂ©part en CĂŽte d’Ivoire, la Commission a rencontrĂ© des membres du corps diplomatique accrĂ©ditĂ©s en CĂŽte d’Ivoire ainsi que des reprĂ©sentants des ONGs. Elle a obtenu une documentation du Haut Commissariat sur la crise en CĂŽte d’Ivoire notamment les rapports d’autres commissions d’enquĂȘte envoyĂ©es dans ce pays. Sur le terrain et dans les pays limitrophes, la Commission a obtenu un nombre important de documents des MinistĂšres, des organisations nationales et internationales, des organisations humanitaires, des partis politiques, des tĂ©moins et victimes. Il s’agit de documents Ă©crits, de photos, de cassettes sonores et audiovisuelles. La Commission tient Ă  signaler, cependant, qu’une grande partie de la documentation dont elle dispose lui a Ă©tĂ© remise les derniers jours et mĂȘme au moment oĂč elle s’apprĂȘtait Ă  quitter la CĂŽte d’Ivoire. Collecte des informations par voie de tĂ©moignagesModifier Le 15 juillet 2004, la Commission s’est rendue en CĂŽte d’Ivoire oĂč elle a passĂ© deux mois. Durant cette pĂ©riode, elle a entendu des centaines de tĂ©moins et de victimes de violations des droits de l’homme ou du droit international humanitaire. Elle a Ă©galement recueilli des tĂ©moignages indirects de parents, amis ou voisins qui ont assistĂ© Ă  des violations ou en ont eu connaissance. En plus des tĂ©moignages individuels, la Commission a eu des tĂ©moignages collectifs de membres d’associations et de rĂ©seaux dont les activitĂ©s sont en rapport avec son mandat. Visite des sites et lieuxModifier Afin d’accomplir sa mission, la Commission ne se s’est pas contentĂ©e des tĂ©moignages. Elle s’est rendue pratiquement dans tous les lieux et sites qui lui ont Ă©tĂ© signalĂ©s notamment les charniers, les fosses communes, les lieux d’exĂ©cutions sommaires et les cimetiĂšres, plus particuliĂšrement dans les rĂ©gions du Nord, de l’Ouest et du Centre Ouest. La Commission a pu dĂ©couvrir de nouveaux charniers essentiellement Ă  Man, Ă  Korhogo, Ă  BouakĂ©, Ă  Toulepleu, Ă  Blolequin, Ă  Bangolo, Ă  Vavoua et Ă  Yamoussoukro. Elle a Ă©tĂ© assistĂ©e au cours de ces visites par la Police civile des Nations Unies CIVPOL. La Commission regrette cependant de n’avoir pas visitĂ© les sites Ă  Monoko-Zohi, PĂ©lĂ©zi et Zouan-Hounien pour des raisons indĂ©pendantes Ă  sa volontĂ©. Elle a toutefois obtenu de nombreux tĂ©moignages et documents sur les Ă©vĂšnements qui s’y sont produits. La Commission a Ă©galement visitĂ© des hĂŽpitaux afin de recueillir des tĂ©moignages de victimes de violations ou de s’entretenir avec des mĂ©decins et des autres membres du personnel hospitalier. La Commission a visitĂ© plusieurs morgues aussi bien Ă  Abidjan que dans les autres villes de la CĂŽte d’Ivoire. Elle a pu de la sorte obtenir et vĂ©rifier des informations relatives Ă  des assassinats ou des tueries des personnes dont les dĂ©pouilles se trouvaient Ă  ces endroits. La visite des prisons et lieux de dĂ©tention a permis Ă  la Commission de s’entretenir sans tĂ©moin avec des prisonniers et des dĂ©tenus et de connaĂźtre ainsi les conditions de vie dans ces cette fin, la Commission s’est notamment rendue Ă  la MACA Maison d’arrĂȘt et de correction d’Abidjan, MAMA Maison d’arrĂȘt militaire d’Abidjan, et les lieux de dĂ©tention de la Direction de surveillance du territoire DST et de la police judiciaire Ă  Abidjan. Au Nord, elle a visitĂ© notamment les prisons de BouakĂ©, de Man, de Korhogo, de Boundiali, et d’OdiĂ©nnĂ©. Il en est de mĂȘme des autres lieux de dĂ©tention. À Ouagadougou, la Commission a eu l’occasion de visiter la prison centrale et de s’entretenir sans tĂ©moin avec un dĂ©tenu dont la situation avait Ă©tĂ© portĂ©e Ă  sa connaissance. La Commission a eu l’occasion de visiter des camps militaires, de gendarmerie et de police. Elle a pu obtenir des informations et des tĂ©moignages sur les Ă©vĂšnements importants qui s’y sont dĂ©roulĂ©s. En raison de l’importance de la question des rĂ©fugiĂ©s et des dĂ©placĂ©s de guerre, de leur nombre et des problĂšmes qu’ils posent, la Commission s’est rendue Ă©galement dans ces camps et a pu recueillir des tĂ©moignages qui lui ont permis de se rendre compte des conditions de vie dans ces lieux. Le mandat de la Commission a Ă©galement nĂ©cessitĂ© le dĂ©placement dans certains pays limitrophes, le Burkina-Faso, le Mali, le LibĂ©ria et le Ghana. Le sĂ©jour dans ces pays a durĂ© dix jours et a permis Ă  la Commission de vĂ©rifier l’implication de certains de ces pays dans la crise en CĂŽte d’Ivoire, de recueillir des tĂ©moignages de victimes, de rĂ©fugiĂ©s, et de visiter certains lieux. Elle a pu ainsi vĂ©rifier des informations sur des allĂ©gations de violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire. Les institutions rencontrĂ©es en CĂŽte d’Ivoire et dans les pays limitrophesModifier La Commission a rencontrĂ© les institutions dont la nature ou l’activitĂ© est en rapport avec son mandat. Il s’agit des institutions officielles, d’autres institutions et organisations et de la sociĂ©tĂ© civile. Toutes ces institutions, par leur engagement et observations, ont fourni Ă  la Commission beaucoup d’informations, documentation et tĂ©moignages. En CĂŽte d’IvoireModifier Les institutions officiellesModifier La Commission a Ă©tĂ© reçue Ă  deux reprises par le prĂ©sident Laurent Gbagbo. Elle a Ă©galement Ă©tĂ© reçue par le Premier ministre et a eu des sĂ©ances de travail avec les ministres dont les services sont en rapport avec son mandat. Il s’agit notamment du ministre des Affaires Ă©trangĂšres, de la DĂ©fense, de la Justice, de la SĂ©curitĂ© interne, de l’Administration territoriale et de la RĂ©conciliation nationale. La Commission s’est Ă©galement entretenue avec le prĂ©sident du Parlement et celui du Conseil Ă©conomique et social. Avant son dĂ©part de la CĂŽte d’Ivoire, elle a eu un entretien avec la PremiĂšre Dame, Simone Gbagbo. D’autres institutions et organisationsModifier La Commission a rencontrĂ©, Ă  Abidjan plus d’une fois, les reprĂ©sentants des Forces Nouvelles FAFN et leur comitĂ© directeur conduit par le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Forces Nouvelles Guillaume Soro. En outre, des responsables civils et militaires des Forces nouvelles ont Ă©tĂ© rencontrĂ©s Ă  Man, Korhogo, BouakĂ©, Boundiali, OdiĂ©nnĂ© et Ferkessedougou. La Commission a Ă©tĂ© reçue par les partis politiques suivants avec lesquels elle a eu des Ă©changes de vue sur les questions relatives Ă  son mandat Union pour la dĂ©mocratie et la paix en CĂŽte d’Ivoire UDPCI ; Parti dĂ©mocratique de CĂŽte d’Ivoire PDCI ; Rassemblement des rĂ©publicains RDR ; Front populaire ivoirien FPI ; Parti ivoirien des travailleurs PIT ; Mouvement des forces de l’avenir MFA et Parti communiste rĂ©volutionnaire de CĂŽte d’Ivoire PCRCI.Des rĂ©unions ont Ă©tĂ© Ă©galement organisĂ©es avec les rois traditionnels, les notables et les chefs coutumiers d’une part par respect aux traditions africaines et d’autre part afin de faciliter le travail de la Commission auprĂšs des populations dĂ©pendant de ces autoritĂ©s. De plus, la Commission s’est entretenue avec les reprĂ©sentants des confessions religieuses. Les reprĂ©sentants du systĂšme des Nations Unies et notamment le ReprĂ©sentant spĂ©cial du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies en CĂŽte d’Ivoire et au LibĂ©ria ont reçu la Commission, lui ont fourni informations et documentations utiles. De mĂȘme, les agences humanitaires ont collaborĂ© avec la Commission en sensibilisant les tĂ©moins Ă  se prĂ©senter devant elle. La Commission a estimĂ© utile d’avoir des entretiens avec les Forces de la Licorne et les observateurs militaires de l’ONU compte tenu de leur prĂ©sence sur le terrain depuis une pĂ©riode relativement longue. Elle les a rencontrĂ© plus d’une fois et dans les rĂ©gions oĂč ces forces sont dĂ©ployĂ©es. La sociĂ©tĂ© civileModifier La Commission a rencontrĂ© les reprĂ©sentants des organisations et associations de la sociĂ©tĂ© civile ; il en a notamment Ă©tĂ© ainsi pour Association pour la dĂ©fense des droits de l’homme ADDH ; Mouvement ivoirien des droits de l’domme MIDH ; Action pour la protection des droits de l’homme APDH ; FĂ©dĂ©ration de l’organisation de la sociĂ©tĂ© civile pour la paix ; RĂ©seau des intellectuels ivoiriens ; Coalition de la sociĂ©tĂ© civile pour la paix et le dĂ©veloppement en CĂŽte d’Ivoire ; Coordination des mouvements des Ivoiriens du Nord de la CĂŽte d’Ivoire COMIN-CI ; FĂ©dĂ©ration nationale des victimes de la guerre en CĂŽte d’Ivoire ; Association des Maliens de CĂŽte d’Ivoire ; Association des BurkinabĂ©s en CĂŽte d’Ivoire ; Collectif des victimes des 25 et 26 Mars 2004 ; ComitĂ© des victimes de guerre de BouakĂ© ; Conseil d’action humanitaire musulman en CĂŽte d’Ivoire CAHMCI ; Conseil national Islamique ; Association des imans COSIM ; Forum religieux supĂ©rieur ; Forum religieux ; Forum national sur la dette et la pauvretĂ© ; Groupe d’études et de recherches sur la dĂ©mocratie et le dĂ©veloppement GERDDES-CI ; West African Network for Peace Building section ivoirienne WANEP-CI ; Union des patriotes pour la libĂ©ration totale de la CĂŽte d’Ivoire ; RĂ©seau ivoirien des organisations fĂ©minines ; Vision et action des femmes africaines contre la guerre VAFAG ; Organisation des femmes actives de CĂŽte d’Ivoire OFACI ; Femmes net CI ; Promotion et santĂ© de la femme PROSAF ; RĂ©seau des femmes ministres et parlementaires REFAMP-CI ; FĂ©dĂ©ration des femmes entrepreneurs ; Organisation des femmes d’Eburnie pour la paix FEFEDES-CI/OFEP ; Alliance de la jeunesse ; FĂ©dĂ©ration estudiantine et scolaire de CĂŽte d’Ivoire FESCI et Association gĂ©nĂ©rale des Ă©lĂšves et Ă©tudiants de CĂŽte d’Ivoire AGEECI.Dans les pays limitrophesModifier Au Burkina-Faso, au Mali et au LibĂ©ria, la Commission a eu des sĂ©ances de travail avec les instances gouvernementales. Au Burkina-Faso et au Mali, elle a rencontrĂ©, particuliĂšrement des rĂ©fugiĂ©s, des victimes de guerre en CĂŽte d’Ivoire et leurs reprĂ©sentants. Dans les pays limitrophes, la Commission a Ă©galement rencontrĂ© des reprĂ©sentants du systĂšme des Nations Unies, des agences humanitaires ainsi que ceux de la sociĂ©tĂ© civile. Par contre, le voyage de la Commission au Ghana, programmĂ© Ă  la demande du prĂ©sident John Kuefor et en raison du rĂŽle jouĂ© par ce pays dans la rĂ©solution de la crise en CĂŽte d’Ivoire et dans la sous-rĂ©gion a Ă©tĂ© inutile. En effet, le prĂ©sident Kuefor et plusieurs de ses ministres Ă©taient absents Ă  la date prĂ©vue. Quant aux reprĂ©sentants du systĂšme onusien, ils Ă©taient en congĂ© hebdomadaire ! CoopĂ©ration avec la CommissionModifier La Commission a bĂ©nĂ©ficiĂ© de la coopĂ©ration des diffĂ©rentes parties en CĂŽte d’Ivoire malgrĂ© les difficultĂ©s rencontrĂ©es. Le prĂ©sident Gbagbo a signĂ© un document invitant toutes les autoritĂ©s, les institutions et administrations publiques Ă  fournir Ă  la Commission toute la documentation nĂ©cessaire et de lui permettre d’accĂ©der Ă  tous les lieux sans restriction. Il a mis en place un comitĂ© de liaison pour collaborer avec la Commission. Celle-ci a eu plusieurs rĂ©unions avec ce comitĂ©. Dans la rĂ©gion du Nord, les Forces Nouvelles ont Ă©galement dĂ©livrĂ© Ă  la Commission un document demandant Ă  toutes les parties de lui permettre de circuler librement et d’accomplir sa mission dans de bonnes conditions. À cet effet, la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision des Forces Nouvelles Ă  BouakĂ© a diffusĂ© un communiquĂ© appelant les populations Ă  tĂ©moigner devant la Commission des violations des droits de l’homme et du droit humanitaire international, quelque soit les responsables de ces violations ! DifficultĂ©s rencontrĂ©esModifier Au cours de sa mission, la Commission a Ă©prouvĂ© des difficultĂ©s qu’elle estime nĂ©cessaire de mentionner dans le prĂ©sent rapport. Contour du mandat et gestion du tempsModifier La Commission n’a pas eu pleine information sur les contours de son mandat. Elle aurait souhaitĂ© passer plus de temps Ă  GenĂšve avant de se rendre en CĂŽte d’Ivoire pour se prĂ©parer Ă  mieux apprĂ©hender la situation du pays concernĂ© par l’enquĂȘte. Ni sa mission, ni le temps qui lui a Ă©tĂ© accordĂ© sur le terrain et pour la rĂ©daction de son rapport n’ont Ă©tĂ© dĂ©finis de maniĂšre prĂ©cise. Cela a beaucoup perturbĂ© son travail. Exigences de confidentialitĂ© et protection des tĂ©moinsModifier Au cours de sa mission aussi bien en CĂŽte d’Ivoire au Nord et au Sud que dans les pays limitrophes, la Commission a constatĂ© Ă  quel point certains tĂ©moins Ă©taient terrorisĂ©s. Ils n’osaient pas la contacter par crainte de reprĂ©sailles de toutes les parties. À Abidjan, certains tĂ©moins ont exprimĂ© clairement leur refus de se prĂ©senter dans les locaux de la Banque Mondiale oĂč siĂ©geait la Commission ou dans la rĂ©sidence Sainte-Anne oĂč elle s’est installĂ©e les premiers temps. La prĂ©sence constante de personnes inconnues » Ă  ces endroits dĂ©courageait certains tĂ©moins. Cela a poussĂ© la Commission Ă  dĂ©mĂ©nager dans un lieu susceptible de mieux garantir l’anonymat et la protection des tĂ©moins. D’autres tĂ©moins se sont prĂ©sentĂ©s mais hĂ©sitaient Ă  parler en toute libertĂ© craignant des reprĂ©sailles du cĂŽtĂ© du gouvernement pour certains et du cĂŽtĂ© des Forces Nouvelles pour d’autres. Consciente de ce problĂšme, la Commission a toujours insistĂ© au dĂ©but de toutes les rĂ©unions et contacts que son travail se base sur la confidentialitĂ© et que les noms ne peuvent ĂȘtre divulguĂ©s ni d’ailleurs les donnĂ©es susceptibles de permettre Ă  en identifier la source. RĂšgles de sĂ©curitĂ©Modifier Les rĂšgles de sĂ©curitĂ© imposĂ©es Ă  la Commission ne concordaient pas avec la nature de ses activitĂ©s consistant essentiellement Ă  mener des enquĂȘtes. Bien que nĂ©cessaire, le respect des dites rĂšgles a parfois bloquĂ© le travail de la Commission dont les membres ne pouvaient se dĂ©placer discrĂštement pour contacter les tĂ©moins spĂ©cialement ceux qui avaient peur de se prĂ©senter. En effet, les rĂšgles de sĂ©curitĂ© en vigueur sont en contradiction avec la discrĂ©tion exigĂ©e par l’activitĂ© d’enquĂȘte et surtout avec le principe selon lequel la protection des tĂ©moins commence bien avant leur tĂ©moignage. Cette position de la Commission a Ă©tĂ© corroborĂ©e par le fait qu’aprĂšs son dĂ©part et plus prĂ©cisĂ©ment le lundi 4 octobre 2004, quatre personnes travaillant comme gardiens chez Alassane Dramane Ouattara dont certains ont tĂ©moignĂ© dans les locaux de la Banque Mondiale ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s et torturĂ©s. Trois d’entre eux ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s alors que le quatriĂšme Bandolo Jean Marc, a Ă©tĂ© tuĂ© par les agents de sĂ©curitĂ© qui l’ont jetĂ© dans la lagune alors qu’il Ă©tait trĂšs affaibli, selon les survivants. Un autre tĂ©moin avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă  Abidjan au moment oĂč la Commission Ă©tait encore dans le pays. Il a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© suite Ă  l’intervention de la Commission. La Commission estime ainsi qu’il y a lieu d’adapter les rĂšgles de sĂ©curitĂ© en vigueur au travail d’enquĂȘte. Dissimulation de la vĂ©ritĂ©Modifier L’intention de dissimuler certains faits ou certaines preuves a Ă©tĂ© claire chez certaines parties aussi bien dans le Sud que dans le Nord, ce qui n’a pas facilitĂ© la tĂąche de la Commission. Certains tĂ©moins sont venus devant la Commission donner des informations dans l’espoir d’obtenir en contre partie une protection leur permettant de quitter le pays. Contexte gĂ©ographique, socio-politique et Ă©conomiqueModifier Au niveau sous-rĂ©gionalModifier Depuis plus de 20 ans, la sous-rĂ©gion ouest africaine connaĂźt une sĂ©rie de coups d’État militaires qui ont eu des consĂ©quences nĂ©fastes sur les populations civiles et sur la gestion des affaires gouvernementales de certains pays tant sur le contexte politique qu’économique et social. Contexte politiqueModifier L’analyse du contexte politique gĂ©nĂ©ral de l’Afrique de l’Ouest rĂ©vĂšle un tableau gĂ©opolitique assez troublant et dramatique. Cette situation chaotique trouve en grande partie ses causes dans les difficultĂ©s et les rĂ©ticences des gouvernants d’accepter les principes du partage du pouvoir et de la dĂ©mocratie. En effet, l’accession Ă  l’indĂ©pendance de la plupart des pays africains en 1960 avait favorisĂ© la mise en place de gouvernements mimĂ©s sur le modĂšle français de la Ve RĂ©publique sans toutefois intĂ©grer le principe de la sĂ©paration des pouvoirs. Cela a eu pour consĂ©quence des revendications syndicales et politiques qui se sont souvent soldĂ©es dans la rĂ©pression et la prise du pouvoir par les juntes militaires dans plus de 13 pays sur les 16 pays ouest africains qui constituent aujourd’hui la CEDEAO. De tout temps, la sous-rĂ©gion a eu la tradition d’accueillir des opposants politiques exilĂ©s dans les pays voisins, tels que la CĂŽte d’Ivoire, le SĂ©nĂ©gal et autres, pour Ă©chapper Ă  la rĂ©pression et Ă  la persĂ©cution dans leur pays. La stabilitĂ© et la prospĂ©ritĂ© de ces pays avaient attirĂ© nombre d’immigrĂ©s intellectuels mais aussi des analphabĂštes Ă  la recherche d’un gagne pain. Ces flux migratoires n’ont souvent pas Ă©tĂ© sans heurts, surtout au moment des crises Ă©conomiques des annĂ©es 80. A partir des annĂ©es 90, les revendications pour l’ouverture Ă  la dĂ©mocratie et au multipartisme se firent de plus en plus sentir. Cela a rendu la sous-rĂ©gion plus fragile, de sorte que certains experts gĂ©opoliticiens considĂ©rĂšrent l’Afrique de l’Ouest comme une vĂ©ritable poudriĂšre suite aux conflits armĂ©s en Sierra Leone, au LibĂ©ria, en GuinĂ©e Bissau et Ă  la succession des coups d’États Ă  l’exception de la CĂŽte d’Ivoire de l’époque et du SĂ©nĂ©gal. La menace d’une Ă©ventuelle implosion sous-rĂ©gionale a amenĂ© le prĂ©sident François Mitterrand Ă  inviter les chefs d’États africains francophones au sommet de la Baule en 1990. Les consĂ©quences sont notamment le fait de chercher Ă  endiguer la contestation de plus en plus violente des opposants et faire admettre aux pouvoirs en place de lĂącher du lest en instaurant un processus dĂ©mocratique et un multipartisme en Afrique. Ce consensus politique est intervenu dans un environnement socio-Ă©conomique dĂ©jĂ  minĂ© par le recours au systĂšme clanique et tribaliste. Ces conflits, dont les tenants et les aboutissants ne seront pas approfondis dans ce rapport ont eu des consĂ©quences fĂącheuses dans certains pays limitrophes comme la CĂŽte d’Ivoire, la GuinĂ©e Conakry, le Ghana. L’affluence de populations dĂ©placĂ©es et rĂ©fugiĂ©es qui se sont installĂ©es le long des frontiĂšres a permis l’émergence d’une nouvelle classe Ă©conomique et sociale. Modifier La sous-rĂ©gion a beaucoup souffert de la dĂ©gradation des conditions climatiques des annĂ©es 73 qui ont occasionnĂ© l’exode des populations des pays du Sahel et de la savane vers les pays forestiers et cĂŽtiers, notamment la CĂŽte d’Ivoire, pays francophone et limitrophe de plus de cinq pays dont les Ă©conomies Ă©taient mises Ă  rude Ă©preuve par les conflits. La permĂ©abilitĂ© des frontiĂšres a accentuĂ© ce flux des populations en quĂȘte de quiĂ©tude et de bien-ĂȘtre vers les pays les plus prospĂšres. Il en a rĂ©sultĂ© des situations de chocs Ă©conomiques et sociales auxquelles ni les États ni les populations n’étaient prĂ©parĂ©s. La production des cultures vivriĂšres et industrielles ainsi que l’exploitation des matiĂšres premiĂšres cacao, cafĂ©, coton, arachides, bois, or, diamant, pĂ©trole, etc. sont le premier motif de la ruĂ©e de plus des 2/3 des forces ouvriĂšres de la rĂ©gion vers les zones cĂŽtiĂšres et forestiĂšres. En revanche, les plans d’ajustement structurel du FMI et de la Banque Mondiale, les crises Ă©conomiques et les inflations des annĂ©es 80 ont amenĂ© certains États et gouvernements Ouest-Africains Ă  entreprendre des politiques de limitation de la circulation des populations et des biens, avec des mesures d’expulsion d’une grande partie de cette main-d’Ɠuvre ouest-africaine vers d’autres contrĂ©es plus lointaines Congo, Gabon, ex ZaĂŻre, Angola, etc. et des mesures de fermeture et de privatisation de sociĂ©tĂ©s. Pour faire face Ă  cette situation, les États d’Afrique de l’Ouest ont créé le 15 mai 1975 la CEDEAO CommunautĂ© Ă©conomique des États d’Afrique de l’Ouest. Cette communautĂ© Ă©conomique comptait initialement 16 pays [1]. L’objectif de cette organisation consiste Ă  promouvoir la coopĂ©ration et l’intĂ©gration avec, en filigrane, une politique Ă©conomique commune pouvant assurer la croissance Ă©conomique, l’amĂ©lioration du niveau de vie des populations et la promotion des relations entre les États membres. L’insĂ©curitĂ© et les conflits armĂ©s ont amenĂ© les États membres de la CEDEAO Ă  prendre plusieurs mesures afin d’échapper Ă  la spirale des conflits internes et des coups d’État et Ă  ratifier un certain nombre de traitĂ©s [2]. La libĂ©ralisation du commerce, mais surtout la porositĂ© des frontiĂšres, renforcĂ©e par la prĂ©sence de part et d’autre de celles-ci des mĂȘmes groupes ethniques, voire de mĂȘmes familles sĂ©parĂ©s par la colonisation avec des frontiĂšres artificielles issues des indĂ©pendances a favorisĂ© la crĂ©ation de pactes socioculturels entre les habitants de ces pays. Les conflits ont attirĂ© toute sorte d’acteurs et ont permis l’éclosion d’une nouvelle Ă©conomie telle la commercialisation frauduleuse des matiĂšres premiĂšres et le trafic des armes dans la sous-rĂ©gion. Les combattants et les opposants politiques africains ont de tout temps bĂ©nĂ©ficiĂ© de la protection des pays limitrophes en tant que rĂ©fugiĂ©s ou exilĂ©s politiques. C’est ainsi que la CĂŽte d’Ivoire a Ă©tĂ© pendant fort longtemps une terre d’asile pour les ressortissants Ouest-africains sans distinction aucune. Au niveau ivoirienModifier SituĂ©e sur la cĂŽte Ouest de l’Afrique, dans la partie Nord du Golfe de GuinĂ©e, la CĂŽte d’Ivoire couvre une superficie de 322 500 km2. La CĂŽte d’Ivoire est organisĂ©e administrativement en 18 rĂ©gions et 50 dĂ©partements. Elle partage ses frontiĂšres avec le Ghana Ă  l’Est, le LibĂ©ria et la GuinĂ©e Ă  l’Ouest, le Mali et le Burkina Faso au Nord. Le pays est divisĂ© en zone forestiĂšre au Sud et zone de haute savane au Nord. Il compte une population de plus de 15, 9 millions avec un taux de croissance de 3, 3 % par an dont 26 % d’étrangers selon le rĂ©sultat du recensement de 1998. La CĂŽte d’Ivoire est un pays multiconfessionnel le Nord est majoritairement musulman et le Sud chrĂ©tien et animiste. Il est composĂ© d’une soixantaine d’ethnies regroupĂ©es dont les plus connues sont * les SĂ©noufo, Dioula et MalinkĂ© ; les Gouro, BaoulĂ© et Mangoro ; les Yacoubas, Dan, BĂ©tĂ©, GuĂ©rĂ©, Wobe, Krou et Dida ; les EbriĂ©, Adiokrou, Apollonien et Abbey et les AttiĂ©, les juridiqueModifier La Constitution Ivoirienne du 23 juillet 2000, reconnaĂźt aux individus les droits et libertĂ©s qu’ils exercent sous le contrĂŽle de l’autoritĂ© judiciaire, sur laquelle repose la responsabilitĂ© de sauvegarder la libertĂ© individuelle et d’assurer le respect des droits fondamentaux dans les conditions prĂ©vues par la loi. Le prĂ©sident de la RĂ©publique a l’initiative des lois d’amnistie concurremment avec l’AssemblĂ©e nationale et dispose du droit de grĂące. En outre, le pays dispose d’un corps juridique normatif capable d’offrir Ă  la sociĂ©tĂ© un minimum de protection et les garanties propres Ă  un État de droit mais en rĂ©alitĂ© les textes ne sont pas souvent appliquĂ©s, comme il est exposĂ© Ă  la section sur l’adminstration de la justice. De plus, la CĂŽte d’Ivoire a ratifiĂ© plusieurs instruments internationaux [3] en matiĂšre de droits de l’homme, y compris les normes internationales du travail. Ensemble normatif dont la prééminence hiĂ©rarchique sur le droit interne est Ă©galement consacrĂ© par la Constitution, dont l’art. 87 prĂ©voit que Les TraitĂ©s ou Accords rĂ©guliĂšrement ratifiĂ©s ont, dĂšs leur publication, une autoritĂ© supĂ©rieure Ă  celle des lois, sous rĂ©serve, pour chaque TraitĂ© ou Accord, de son application par l’autre partie. » De plus, le prĂ©ambule de la Constitution actuellement en vigueur proclame l’adhĂ©sion aux droits et libertĂ©s tels que dĂ©finis dans la DĂ©claration universelle des Droits de l’Homme de 1948 et dans la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples de 1981. La Constitution en vigueur consacre Ă©galement les droits et libertĂ©s fondamentales, portant sur les droits civils, politiques, Ă©conomiques, sociaux et culturels. L’État s’engage Ă  prendre des mesures lĂ©gislatives ou rĂ©glementaires pour en assurer l’application effective. Par ailleurs, la lĂ©gislation en vigueur reconnaĂźt le droit Ă  toute personne victime de violation de ses droits de recourir Ă  la justice. L’état de fonctionnement de la justice Ivoirienne est reflĂ©tĂ© dans le chapitre consacrĂ© Ă  l’administration de la justice. Cependant, les violations graves des droits de l’homme demeurent une constante en CĂŽte d’Ivoire et ce, malgrĂ© l’appareil normatif et institutionnel dont elle s’est dotĂ©e dans le but d’assurer la protection et la promotion de ces droits. De plus, depuis le dĂ©clenchement de la crise, en septembre 2002, les violations de droits de l’homme n’ont pas cessĂ© de croĂźtre dans l’ensemble du territoire. L’impunitĂ© existe et constitue un encouragement aux auteurs de ces violations. En application des dispositions de l’Accord de Linas-Marcoussis, la loi – NÂș 2004-302, du 3 mai 2004 — portant crĂ©ation d’une Commission des droits de l’homme a Ă©tĂ© promulguĂ©e. Par ailleurs, une loi portant amnistie a Ă©galement Ă©tĂ© adoptĂ©e au dĂ©but aoĂ»t. En outre, plusieurs projets de loi adoptĂ©s par le gouvernement en janvier 2004 sont soumis Ă  l’examen actuellement de l’AssemblĂ©e Nationale. Il s’agit des lois portant sur la crĂ©ation, l’organisation, les attributions et le fonctionnement de la Commission nationale de supervision de l’identification CNSI ; l’obtention et la forme de la carte nationale d’identitĂ© ; la modification du dĂ©cret portant crĂ©ation de l’Office national d’identification ONI ; la nomination du prĂ©sident de la Commission nationale de supervision d’identification ; la nomination du SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Commission nationale de supervision de l’identification. L’AssemblĂ©e Nationale examine Ă©galement un arrĂȘtĂ© portant crĂ©ation de la Commission interministĂ©rielle de mĂ©dias et son SecrĂ©tariat technique. Contexte politiqueModifier À l’instar des autres pays de l’ensemble Ouest-africain, la CĂŽte d’Ivoire a vĂ©cu sous le monopartisme [4] depuis son accession Ă  l’indĂ©pendance en 1960 et un pouvoir centralisĂ© entre les mains du prĂ©sident FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny jusqu’à la disparition de celui-ci en 1993. Le rĂšgne de HouphouĂ«t-Boigny ne s’est pas toujours fait sans heurt avec certains membres de la classe politique qui sont entrĂ©s dans l’opposition, dont l’actuel prĂ©sident Laurent Gbagbo qui, Ă  plusieurs reprises, a Ă©tĂ© en prison pour ses revendications et prises de positions politiques. Dans les annĂ©es 90 il y eut l’émergence d’une opposition organisĂ©e et d’une sociĂ©tĂ© civile trĂšs active. En 1993, une querelle de succession au pouvoir Ă©clata au sein du Parti dĂ©mocratique de la CĂŽte d’Ivoire PDCI entre Henri Konan BĂ©diĂ©, alors prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale et Alassane Dramane Ouattara, Premier ministre d’alors de HouphouĂ«t-Boigny. Loin de mettre un terme Ă  leur diffĂ©rend, l’investiture de BĂ©diĂ© comme prĂ©sident de la RĂ©publique consacra plutĂŽt une rupture entre les deux hommes. Le Rassemblement dĂ©mocratique rĂ©publicain RDR est créé par Djeni Kobina [5] avec l’appui de Alassane Dramane Ouattara, qui actuellement est le leader du RDR. Chacun des deux adversaires politiques chercha Ă  Ă©vincer son rival. BĂ©diĂ© inventa le premier, le concept de l’IvoiritĂ© dont il se servit contre Alassane Dramane Ouattara. Ce dernier s’alliera la sympathie des populations du Nord en majoritĂ© musulmane. Ce fĂ»t le point de dĂ©part de l’avĂšnement de ce que d’aucuns appellent le nationalisme Ă  l’ivoirienne ». Selon les tĂ©moignages reçus et les entretiens que la Commission a eus avec certaines personnalitĂ©s, cette question de nationalitĂ© liĂ©e Ă  l’IvoiritĂ©, que d’aucuns qualifient Ă  tort de faux problĂšme », a non seulement nui Ă  l’unitĂ© et Ă  la solidaritĂ© nationales mais aussi reflĂšte une revendication liĂ©e Ă  l’accĂšs au pouvoir politique, aux aspects Ă©conomiques, Ă  la culture et Ă  l’immigration. Aux Ă©lections prĂ©sidentielles d’octobre 1995, le FPI et le RDR, unis au sein du Front RĂ©publicain », procĂšdent Ă  un boycott actif » ; Henri Konan BĂ©diĂ© est alors Ă©lu sur fond de contestation de l’opposition alimentĂ©e par la violation des libertĂ©s fondamentales et les scandales financiers, ayant comme consĂ©quence la perte de la crĂ©dibilitĂ© internationale de la CĂŽte d’Ivoire. À la fin de son premier mandat, le prĂ©sident BĂ©diĂ© est renversĂ© par un coup d’État le 24 dĂ©cembre 99 par le Robert GueĂŻ, alors colonel de son Ă©tat et chef de l’état-major. Le 27 dĂ©cembre 99, le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ suspendit la constitution et instaura un comitĂ© national de salut public composĂ© d’officiers et de sous-officiers des diffĂ©rents corps de l’armĂ©e. Il forma un premier gouvernement de transition composĂ© de principaux partis politiques ayant pour objectifs d’assurer la sĂ©curitĂ© des personnes et des biens, restaurer l’autoritĂ© de l’État et crĂ©er les conditions nĂ©cessaires Ă  l’instauration d’une dĂ©mocratie, en vue de l’organisation d’élections libres et transparentes permettant le retour Ă  une vie constitutionnelle normale ». TrĂšs vite, la transition sera minĂ©e par un laisser-aller et l’arbitraire de certains Ă©lĂ©ments des forces armĂ©es. La contradiction gagna l’intĂ©rieur du CNSP ComitĂ© national de salut public et le crĂ©dit du gouvernement militaire s’effrita sur un fond de rĂ©pression et de violences arrestations, torture, exĂ©cutions, disparitions, etc.. Devant cette nouvelle situation, le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ opĂ©ra un remaniement ministĂ©riel le 18 mai 2000, et le RDR qui faisait partie de cette transition quitta le gouvernement en gelant sa participation au sein des Commissions de la transition [6]. Ce dĂ©part ne changea rien dans le calendrier rĂ©fĂ©rendaire du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ malgrĂ© les contestations, les campagnes rĂ©fĂ©rendaires sur la nouvelle constitution se focalisĂšrent sur les conditions d’éligibilitĂ© Ă  la magistrature suprĂȘme. Le projet de constitution, bien que trĂšs hautement contestĂ©, fut adoptĂ© le 24 juillet 2000 Ă  la majoritĂ© de 86 % des voix [7]. Cette constitution entra en vigueur le 1er aoĂ»t 2000. En octobre 2000, la Cour suprĂȘme saisie de la candidature aux prĂ©sidentielles par 19 partis politiques en rejeta 14 dont celle d’Alassane Dramane Ouattara, candidat du RDR en dĂ©clarant celui-ci non Ă©ligible au motif qu’il ne remplissait pas tous les critĂšres de la nationalitĂ©. Le PDCI parti du prĂ©sident BĂ©diĂ© dĂ©savoua publiquement la dĂ©cision de la Cour suprĂȘme et le RDR demanda un boycott passif » des Ă©lections prĂ©sidentielles. L’exclusion du PDCI et du RDR du scrutin Ă©branla sĂ©rieusement l’unitĂ© nationale, mais aussi souleva la dĂ©sapprobation de la communautĂ© internationale tant africaine OUA que les Nations Unies. AprĂšs les Ă©lections mouvementĂ©es du 22 octobre 2000, chacun des deux principaux candidats Robert GueĂŻ et Laurent Gbagbo se dĂ©clarant vainqueur, des Ă©meutes Ă©clatĂšrent. Les partisans de Gbagbo et tous ceux qui Ă©taient contre le rĂ©gime militaire s’opposĂšrent aux partisans de Robert GueĂŻ. AprĂšs la fuite du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ dans son village natal, des divergences apparurent entre les manifestants. Certains clamĂšrent que le processus Ă©lectoral Ă©tait viciĂ© et qu’il fallait le reprendre, tandis que pour d’autres, il fallait tout simplement consacrer la victoire de Laurent Gbagbo. Le premier groupe Ă©tant pour la plupart composĂ© de militants et sympathisants du RDR et donc d’Alassane Dramane Ouattara dont la candidature avait Ă©tĂ© rejetĂ©e, a Ă©tĂ© combattu par les partisans de Laurent Gbagbo. Ces affrontements causĂšrent des centaines de morts, des disparitions et toute une autre sĂ©rie de violations de droits de l’homme. En dĂ©cembre 2000, la candidature d’Alassane Dramane Ouattara est Ă  nouveau invalidĂ©e par la Cour suprĂȘme pour nationalitĂ© douteuse ». Ses partisans organisĂšrent des manifestations qui sont rĂ©primĂ©es par les forces de sĂ©curitĂ©s aidĂ©es par les partisans du rĂ©gime. Une sĂ©rie de violations graves des droits de l’homme s’en suivit [8]. C’est dans cette atmosphĂšre crispĂ©e que Laurent Gbagbo arriva au pouvoir. DĂšs son investiture, son premier souci fut d’organiser un forum pour la rĂ©conciliation nationale en octobre et dĂ©cembre 2001, mais les rĂ©sultats furent diversement interprĂ©tĂ©s par les Ivoiriens. En dĂ©pit de la mise en place d’un gouvernement d’ouverture », une rĂ©bellion armĂ©e Ă©clata le 19 septembre 2002 simultanĂ©ment dans les principales villes du pays, Abidjan, BouakĂ©, Korhogo et Man. Cette rĂ©bellion eut pour consĂ©quences des assassinats politiques, de nouvelles disparitions et la division du pays en deux zones le Nord contrĂŽlĂ© par les rebelles ; le Sud et le Sud-Est par le gouvernement. De nouvelles violations massives des droits de l’homme et du droit international humanitaire dĂ©cembre 2003 et janvier, mars, avril, juin et juillet 2004 sont constatĂ©es par tous les observateurs ; elles sont reflĂ©tĂ©es dans le chapitre V du rapport.. Compte tenu de leur importance sur la situation politique du pays et de leurs consĂ©quences au regard des droits de l’homme, la Commission a jugĂ© opportun de donner dans ce contexte un Ă©clairage particulier des Ă©vĂšnements des 18 et 19 septembre 2002 et leur qualification. EvĂ©nements des 18 et 19 septembre 2002Modifier Le 18 septembre 2002, le prĂ©sident de la RĂ©publique se trouvait en visite officielle en Italie. Le ministre d’État et ministre de l’IntĂ©rieur et de la DĂ©centralisation d’alors, Emile Boga Doudou est rentrĂ© Ă  Abidjan, vers 18h30, venu de Paris. Ayant appris qu’une attaque Ă©tait imminente, il a fait prendre quelques mesures conservatoires Ă  la suite d’une sĂ©ance de travail organisĂ©e d’urgence. Vers 3h00 du matin, des coups de feu ont Ă©tĂ© entendus un peu partout dans la ville d’Abidjan. Vers 3h20, des coups de feu ont Ă©tĂ© tirĂ©s au domicile du ministre de la dĂ©fense d’alors, Lida Kouassi. Les assaillants ont pris son Ă©pouse et ses enfants en otage et les ont amenĂ© vers le camp Agban, pendant que le ministre est restĂ© cachĂ© chez lui. Le domicile de Lida Kouassi a Ă©tĂ© attaquĂ© par une personne dont l’identitĂ© a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e Ă  la Commission. Des tĂ©moins ont aussi reconnu, parmi les attaquants du camp Agban, d’autres personnes, dont l’identitĂ© a Ă©tĂ© aussi rĂ©vĂ©lĂ©e Ă  la Commission. Aux environs de 4h du matin, la rĂ©sidence de Boga Doudou a Ă©tĂ© attaquĂ©e aux Deux Plateaux Ă  Abidjan. Le ministre Boga Doudou a essayĂ© de s’échapper par la cour d’un voisin, mais les attaquants l’y ont trouvĂ© et l’ont abattu par trois balles de type projectiles de fusils d’assaut. Un peu plus tard, le camp Agban et l’école de la Gendarmerie ainsi que le camp de la Brigade anti-Ă©meute BAE ont Ă©tĂ© attaquĂ©s et aprĂšs de durs combats, ces unitĂ©s ont pu repousser les agresseurs. Comme consĂ©quence, il y a eu beaucoup de morts parmi les civils et les militaires. Vers 7h10, un dĂ©tachement a rĂ©cupĂ©rĂ© le corps inanimĂ© de Boga Doudou pour l’amener Ă  la prĂ©sidence, oĂč Lida Kouassi avait pris la situation en mains et avait commencĂ© Ă  organiser l’armĂ©e pour passer Ă  l’attaque, le prĂ©sident Ă©tant en Italie et le Premier ministre introuvable. Vers 9h00, le Vicaire gĂ©nĂ©ral de l’archevĂȘchĂ© a appelĂ© Lida Kouassi pour dire que des militaires portant des bĂ©rets rouges, Ă©taient venus Ă  la cathĂ©drale et voulaient y entrer sous le prĂ©texte qu’il cachait le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ et qu’il ne voulait pas que les militaires violent l’espace de la cathĂ©drale. C’est dans cette ambiance et peu aprĂšs que Lida Kouassi a appris que le corps de GueĂŻ avait Ă©tĂ© retrouvĂ© prĂšs de la Polyclinique Pisam. Le 19 septembre 2002, dans l’aprĂšs midi, Lida Kouassi a fait quelques tours des casernes des policiers pour leur apporter soutien et rĂ©confort moral. Vers 19h30, Lida Kouassi apprend que sa femme avait Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e. Il apprend aussi la mort de Boga Doudou par le biais du commandant de la BEA Ă  qui il a donnĂ© l’ordre de dĂ©placer le corps jusqu’à la rĂ©sidence du prĂ©sident de la RĂ©publique. Par la suite, deux autres ministres les auraient rejoints Ă  la rĂ©sidence du prĂ©sident de la RĂ©publique. C’est en prĂ©sence de ces ministres que le corps de Boga Doudou serait arrivĂ©. Ils auraient pu voir que son visage Ă©tait intact mais tout son thorax Ă©tait criblĂ© de balles. Vingt minutes plus tard, Lida Kouassi aurait appris la mort du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ par l’intermĂ©diaire d’un groupe de soldats. Il Ă©tait environ 9h30 ou 9h45 du matin, alors que Lida Kouassi se trouvait en compagnie de journalistes. Ces derniers, en compagnie du groupe de soldats, seraient allĂ©s voir le corps du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ et auraient confirmĂ© sa mort ainsi que celle de son aide de camp et de ses deux gardes du corps. C’est dans la journĂ©e que Lida Kouassi aurait appris la mort de Rose GueĂŻ qui serait survenue suite Ă  une balle logĂ©e dans la tĂȘte et aussi la mort de Fabien Coulibaly. Vers 8h00, l’Ambassadeur d’Allemagne aurait appelĂ© Lida Kouassi pour annoncer qu’Alassane Dramane Ouattara, son Ă©pouse et d’autres personnes, avaient trouvĂ© refuge chez lui et qu’il n’avait pas les moyens de les protĂ©ger et qu’il craignait pour leur vie. Lida Kouassi a fait son premier discours Ă  la nation le 19 septembre 2002 vers 10h00. Au moment oĂč il dĂ©crivait les faits il y avait encore des combats. De mĂȘme, l’ancien prĂ©sident BĂ©diĂ© aurait Ă©galement appelĂ© Lida Kouassi pour lui indiquer qu’il se cacherait Ă  la rĂ©sidence de l’Ambassadeur de Belgique. Le prĂ©sident Laurent Gbagbo aurait tĂ©lĂ©phonĂ© vers 16h00 pour annoncer qu’il Ă©tait Ă  l’aĂ©roport de Rome et qu’il voulait rentrer au pays. Lida Kouassi lui aurait conseillĂ© d’attendre, car la ville d’Abidjan n’était pas encore totalement sĂ©curisĂ©e. Lida Kouassi aurait pris des mesures pour sĂ©curiser la piste jusqu’à l’arrivĂ©e du prĂ©sident de la RĂ©publique, le 20 septembre 2002 vers 20 00 h. Qualification des Ă©vĂ©nements des 18 et 19 septembre 2002Modifier Le matin du 19 septembre 2002, une des questions de Lida Kouassi, et qui Ă  ce jour est encore celle de communautĂ© ivoirienne, Ă©tait de savoir si le gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ serait l’auteur du coup d’État. À cet effet, il a reçu des informations contradictoires selon lesquelles le gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ serait dans la forĂȘt de Banko, prĂȘt Ă  lancer une offensive avec un groupe de rebelles ; d’autres le situaient Ă  sa rĂ©sidence et, enfin, le vicaire de la cathĂ©drale a appelĂ© Lida Kouassi pour lui dire qu’il y avait des militaires qui voulaient fouiller la cathĂ©drale Ă  la recherche du gĂ©nĂ©ral Commission a une idĂ©e prĂ©cise sur la nature de ces Ă©vĂ©nements qu’elle qualifie de tentative de coup d’État ». À cet effet, elle fonde son opinion sur le fait que les Ă©vĂ©nements susvisĂ©s se soient produits simultanĂ©ment le mĂȘme jour, presque au mĂȘme moment Ă  des endroits diffĂ©rents et Ă©loignĂ©s, Abidjan, BouakĂ©, Man et Korhogo, prouvant ainsi l’existence d’une organisation mĂ©ticuleusement prĂ©parĂ©e et bien coordonnĂ©e. Des tĂ©moignages dignes de foi ont Ă©tabli que le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ n’avait pas les moyens pour mener une telle entreprise Ă©tant donnĂ© que peu de temps avant les Ă©vĂ©nements susvisĂ©s, il se trouvait retranchĂ© depuis longtemps dans son village Ă  Ngouesso. Et pour vivre, il a sollicitĂ© une aide financiĂšre d’un de ses intimes. Par ailleurs et selon d’autres tĂ©moignages, en se rendant seul Ă  la cathĂ©drale d’Abidjan comme il l’a fait pour y trouver refuge, le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ n’avait aucune force militaire derriĂšre lui. La Commission a appris que quelques jours aprĂšs la mort du gĂ©nĂ©ral, certains membres de sa famille proche auraient Ă©tĂ© contraints Ă  venir lire Ă  la tĂ©lĂ©vision ivoirienne un communiquĂ© rĂ©digĂ© Ă  l’avance et dans lequel il leur Ă©tait demandĂ© de reconnaĂźtre la responsabilitĂ© du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ dans les Ă©vĂ©nements et de dĂ©savouer le MPIGO, un autre mouvement rebelle qui venait de naĂźtre. La Commission a recueilli de nombreux tĂ©moignages confirmant ce genre de harcĂšlement des membres des familles des personnalitĂ©s qui n’avaient pas la faveur du rĂ©gime. La Commission a Ă©cartĂ© l’hypothĂšse du soulĂšvement des mutins suite au mĂ©contentement des Zinzins et des BahoufouĂ©s ». Cette rĂ©volte ne pouvait pas, Ă  partir d’Abidjan, embraser tout le pays quand bien mĂȘme les tenants de cette thĂšse allĂšguent l’utilisation des moyens de communication modernes. Les insurgĂ©s n’étaient pas aussi nombreux et ne disposaient pas des moyens pour planifier et coordonner l’opĂ©ration. Reste l’hypothĂšse du rĂšglement de compte entre les caciques du pouvoir. Cette hypothĂšse n’est pas soutenable car l’antagonisme et la rivalitĂ© supposĂ©s entre lesdits caciques n’auraient fait qu’une seule victime, le ministre Boga Doudou, et tentĂ© de liquider Lida Kouassi, Alassane Dramane Ouattara et d’autres personnalitĂ©s politiques de milieux divers. Cela dĂ©montrerait que le problĂšme ne serait pas aussi gĂ©nĂ©ralisĂ© pour constituer un drame politique devant dĂ©boucher sur l’écroulement du rĂ©gime en faveur d’un camp. La question de la responsabilitĂ© des auteurs de la tentative de ce putsch est examinĂ©e dans le chapitre consacrĂ© Ă  cette matiĂšre. ArrĂȘt des hostilitĂ©s et nĂ©gociations des accordsModifier Les diffĂ©rents Ă©vĂ©nements importants que la CĂŽte d’Ivoire a connu depuis les journĂ©es critiques et sanglantes des 18 et 19 septembre 2002 et tous les autres qui sont signalĂ©s au chapitre V du prĂ©sent rapport et lesquels sont caractĂ©risĂ©s par des actes de violence, de tortures, de tueries, de meurtres et des assassinats, etc. constituent des violations des droits de l’homme ou du droit international humanitaire voire des crimes contre l’humanitĂ©. De tels actes n’ont pas laissĂ© la communautĂ© internationale indiffĂ©rente car ce sont les populations innocentes qui en ont le plus souffert. C’est ainsi que plusieurs initiatives ont Ă©tĂ© prises en vue de mettre un terme aux hostilitĂ©s. C’est dans ce contexte gĂ©nĂ©ral de la nĂ©cessitĂ© de retour Ă  la paix en CĂŽte d’Ivoire qu’il faudrait replacer les diffĂ©rentes nĂ©gociations entre les principaux acteurs politiques aux cĂŽtĂ©s des belligĂ©rants. Les chefs d’État africains comme europĂ©ens, les responsables des organisations internationales telles l’Organisation des Nations Unies, l’Union Africaine, la CEDEAO, l’Union EuropĂ©enne ou l’Organisation internationale de la francophonie se sont aussi mobilisĂ©s au chevet du grand malade qu’est la CĂŽte d’Ivoire. C’est ainsi qu’eurent lieu les accords successifs de LomĂ©, de Linas-Marcoussis et ceux d’Accra, dont le troisiĂšme Ă©pisode s’est dĂ©roulĂ© le 29 juillet 2004. Afin de rendre effectif l’arrĂȘt des hostilitĂ©s, il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© d’établir entre les belligĂ©rants une zone tampon dite de confiance » qui divise actuellement la CĂŽte d’Ivoire en deux parties. Le long de cette ligne qui passe Ă  la hauteur de BouakĂ© en traversant tout le pays pour atteindre Man, Toulepleu et DananĂ© vers le Nord, se trouvent des positions des contingents des Forces de la Licorne et ceux placĂ©s sous l’autoritĂ© de l’OpĂ©ration des Nations Unies en CĂŽte d’Ivoire ONUCI. Les nĂ©gociations qui ont conduit Ă  la conclusion de l’accord d’Accra III diffĂšrent de la plupart de celles qui ont Ă©tĂ© menĂ©es auparavant par le fait de compter principalement parmi les initiateurs, des chefs d’État africains de la sous-rĂ©gion et d’Afrique centrale. L’accord d’Accra III a rĂ©affirmĂ© la substance de l’Accord de Linas-Marcoussis dont l’application s’était quelque peu essoufflĂ©e Ă  cause de divergences quant Ă  l’interprĂ©tation de certaines dispositions de l’accord signĂ© Ă  Paris sous les auspices du gouvernement français. Une des dispositions de l’accord d’Accra III prĂ©voit le dĂ©sarmement des forces des parties belligĂ©rantes. La date de dĂ©marrage de cette opĂ©ration a Ă©tĂ© fixĂ©e au 15 octobre 2004. DĂ©sarmementModifier Comme dit ci-avant, le dĂ©sarmement des forces des parties belligĂ©rantes ivoiriennes est un des acquis importants de l’accord d’Accra III. Malheureusement, peu aprĂšs la signature dudit accord, des sons divergents ont d’ores et dĂ©jĂ  Ă©tĂ© entendus, principalement en ce qui concerne l’interprĂ©tation de l’article 35 de la Constitution quant Ă  l’utilisation des pouvoirs spĂ©ciaux du prĂ©sident de la RĂ©publique pour modifier un tel texte. Un autre point de la controverse consiste Ă  savoir si le dĂ©sarmement est inconditionnel ou non. L’autre point controversĂ©e trouve sa source dans la nature des forces devant ĂȘtre dĂ©sarmĂ©es, dĂ©mobilisĂ©es et faire l’objet de rĂ©insertion Ă©ventuelle. De telles opĂ©rations concerneraient-elles aussi les forces dites loyalistes » ou devraient-elles se limiter aux forces des ex-rebelles ? Pour rendre efficient le dĂ©sarmement en CĂŽte d’Ivoire, l’on devrait aussi prendre en compte les dimensions sous-rĂ©gionales des problĂšmes que plusieurs pays voisins Ă  la CĂŽte d’Ivoire connaissent. Ces problĂšmes sont caractĂ©risĂ©s par des guerres dont les sĂ©quelles n’ont pas entiĂšrement disparu. Le trafic d’armes constitue un second dĂ©fi Ă  la rĂ©ussite du processus du dĂ©sarmement qui devrait bientĂŽt commencer en CĂŽte d’Ivoire. En effet, les sommes qui pourraient ĂȘtre proposĂ©es au titre d’incitation Ă  la remise volontaire des armes en possession tant des militaires que des civils, pourraient soit garantir le succĂšs de l’opĂ©ration, soit donner lieu Ă  des spĂ©culations mercantiles. Par ailleurs, le succĂšs du dĂ©sarmement en CĂŽte d’Ivoire est Ă©galement tributaire du niveau de coopĂ©ration et de bonne volontĂ© des pays voisins et autres oĂč des armes circulent ou bien oĂč le soutien aux rebelles ivoiriens n’aurait pas Ă©tĂ© dĂ©finitivement retirĂ©. Les États de la sous-rĂ©gion d’Afrique de l’Ouest devraient en collaboration avec d’autres aussi, s’engager Ă  Ă©radiquer tout ce qui, de prĂšs ou de loin, touche au mercenariat dont les effets nĂ©fastes dĂ©stabilisent l’Afrique et qui retardent considĂ©rablement le dĂ©veloppement des États de ce continent. De la mĂȘme maniĂšre, la communautĂ© internationale devrait veiller au dĂ©sarmement gĂ©nĂ©ralisĂ© et systĂ©matique dans la sous-rĂ©gion et prendre toutes les mesures appropriĂ©es contre les fournisseurs qui en enfreindraient l’embargo. Modifier La CĂŽte d’Ivoire a longtemps Ă©tĂ© le premier pays de l’Afrique de l’Ouest Ă  accueillir des immigrĂ©s venus en majoritĂ© de la sous-rĂ©gion et des autres pays africains, mais aussi de l’Europe particuliĂšrement de la France, des pays maghrĂ©bins Maroc et du Moyen-Orient Liban. Cette forte immigration Ă©tait due d’abord Ă  la colonisation dont la politique s’appuyait massivement sur la main d’Ɠuvre des pays voisins. Cette politique fut reprise et encouragĂ©e par le prĂ©sident HouphouĂ«t-Boigny qui avait en prioritĂ© le souci de soutenir le plus possible une forte croissance Ă©conomique. Cela a donc créé une explosion migratoire de 1965 Ă  1975 avec untaux d’étrangers sur le sol ivoirien de 22 % [9]. La stabilitĂ© de la CĂŽte d’Ivoire et son boom Ă©conomique des annĂ©es 75 ont fait qu’aujourd’hui et selon les estimations du dernier recensement de 1998, ce pays possĂšde l’un des plus forts taux mondiaux d’immigration 26 % rĂ©partie dans le Sud, le Sud-Ouest et le centre —Ouest. Longtemps, ce pays a constituĂ© un creuset de cultures et d’évolution intellectuelle et ceci a eu un impact sur l’environnement politique, Ă©conomique et social ainsi qu’au niveau international. L’économie ivoirienne est toujours essentiellement basĂ©e sur le secteur agricole dont dĂ©pend environ 60 % de la population active et reprĂ©senterait Ă  lui seul quelque 27 % du produit interne brut. Le pays est composĂ© de deux grandes zones agricoles. Le Sud, qui constitue la zone forestiĂšre et oĂč se concentrent principalement les plantations destinĂ©es Ă  l’exportation cacao, cafĂ©, palmier Ă  huile, hĂ©vĂ©a, cocotier, banane, ananas et des cultures vivriĂšres telles que le manioc. Le Nord, constitue une zone de savane et dont l’activitĂ© productive est basĂ©e particuliĂšrement sur les cultures vivriĂšres maĂŻs, riz, mil, sorgho, arachide, ainsi que le coton et le sucre. Suite Ă  l’effondrement des prix des principaux produits d’exportation et le poids de la dette et malgrĂ© la reprise au cours des annĂ©es 90, le pays s’est vu confrontĂ© Ă  des graves problĂšmes en raison de dĂ©rapage dans la gestion des finances publiques, les retards dans l’application des programmes d’ajustement structurel et la rĂ©alisation de dĂ©penses extrabudgĂ©taires. Cette situation a engendrĂ© des conflits avec les institutions de Bretton Woods et l’UE, conduisant finalement Ă  la privation de ressources extĂ©rieures dont l’échĂ©ance arrivait Ă  terme quelques mois Ă  peine avant le conflit. Sous le rĂšgne du prĂ©sident HouphouĂ«t-Boigny, toutes les communautĂ©s, tant ivoiriennes qu’étrangĂšres vivant en CĂŽte d’Ivoire, avaient su garder des relations sociales harmonieuses et paisibles. Toutefois, ce prestige et cette harmonie ont Ă©tĂ© remis en cause par la rĂ©cession Ă©conomique des annĂ©es 1980 et par la disparition du prĂ©sident HouphouĂ«t-Boigny qui avait rĂ©gnĂ© en patriarche. Le clivage social nĂ© de cette situation sera exploitĂ© par les diffĂ©rents protagonistes politiques. DĂ©sormais, le concept de l’IvoiritĂ© introduit par Henri Konan BĂ©diĂ© Ă  son arrivĂ©e au pouvoir trouve son chemin dans tous les dĂ©bats de la nation Ivoirienne. Il est fait usage de distinction entre Ivoiriens de souche et Ivoiriens de circonstance pour soutenir la thĂšse sur la nationalitĂ© et les reformes fonciĂšres. Beaucoup estiment encore que le taux Ă©levĂ© des Ă©trangers » en CĂŽte d’Ivoire est un des facteurs aggravant de la crise Ă©conomique et politique du pays. Cela a créé un malaise social perceptible Ă  premiĂšre vue et un rĂ©veil du sentiment d’hostilitĂ© vis-Ă -vis des Ă©trangers surtout Ă  l’égard de ceux qui vivent en CĂŽte d’Ivoire depuis des dĂ©cennies. D’aprĂšs des informations concordantes, certains Ivoiriens sont considĂ©rĂ©s comme Ă©trangers en raison de leur habillement, de leur parure, de leur religion ou de leur patronymie. Pris Ă  partie dans le conflit ivoirien, les Ă©trangers ont Ă©tĂ© la cible des exactions dans toutes les zones de conflits. L’accession de Laurent Gbagbo au pouvoir a ravivĂ©, malgrĂ© sa volontĂ© d’instaurer un gouvernement d’ouverture, selon les observateurs politiques Ă©trangers et ivoiriens, la question de nationalitĂ© et d’étrangers l’IvoiritĂ©, les dĂ©bats sur la constitution notamment l’article 35, mais surtout sur la question du foncier rural dont les consĂ©quences ont Ă©tĂ© dramatiques dans le Centre-Ouest, Ă  l’Ouest et le Sud-Ouest du pays. Puisant sa source notamment dans l’absence de cadastres et de livres fonciers prĂ©cis et tenus Ă  jour tant au plan national qu’au niveau rĂ©gional, le problĂšme du foncier rural constituera pendant encore longtemps une cause de conflits durables. Avant 1998, les propriĂ©tĂ©s rurales n’étaient pas rĂ©glementĂ©es autrement que par la tradition. Les terres Ă©taient cĂ©dĂ©es selon les rĂšgles coutumiĂšres dominĂ©es par l’oralitĂ©. Cette absence de recours Ă  l’écrit constitue Ă©galement une autre source de contentieux susceptible de dĂ©gĂ©nĂ©rer surtout dans un contexte qui s’y prĂȘte particuliĂšrement. Ainsi, les contestataires politiques et sociaux beaucoup plus avertis s’en sont servi comme instrument politique au dĂ©triment de la population. En effet, cette loi de 1998, en substance, consacre le principe selon lequel seules les personnes ayant la nationalitĂ© Ivoirienne peuvent ĂȘtre propriĂ©taires et acheter des terres du domaine rural, bloquant ainsi la procĂ©dure traditionnelle et coutumiĂšre de transmission Ă  leur descendance d’hĂ©ritage des personnes non ivoiriennes mais propriĂ©taires. La loi du 23 dĂ©cembre 1998, relative au domaine du foncier rural a encore compliquĂ© davantage une situation qui l’était dĂ©jĂ  suffisamment. En effet, cette nouvelle loi stipule en son alinĂ©a 1er que seuls l’État, les collectivitĂ©s publiques et les personnes physiques ivoiriennes sont admis Ă  en ĂȘtre propriĂ©taires. Il en rĂ©sulte que, s’il n’y a pas de problĂšme particulier en ce qui concerne les nationaux ivoiriens, il n’en est pas de mĂȘme en ce qui concerne les Ă©trangers selon qu’ils ont acquis ou non la propriĂ©tĂ© avant la loi du 23 dĂ©cembre 1998. Pour les Ă©trangers ayant acquis un droit de propriĂ©tĂ© avant la loi du 23 dĂ©cembre 1998, dans la mesure oĂč cette loi ne rĂ©troagit pas leur droit de propriĂ©tĂ© leur est acquis. NĂ©anmoins ils ne pourront en aucun cas cĂ©der ces droits au profit d’un autre Ă©tranger, fut-il leur propre enfant. Ce dernier dispose d’un dĂ©lai de trois ans pour cĂ©der Ă  son tour cette propriĂ©tĂ©, soit Ă  l’État, soit Ă  une collectivitĂ© publique, soit Ă  une personne physique ivoirienne article 26 de la loi. Une telle situation crĂ©e des frustrations contribuant Ă  exacerber les tensions. AprĂšs la loi du 23 dĂ©cembre 1998, les Ă©trangers ne peuvent certes plus acquĂ©rir un droit de propriĂ©tĂ© sur le domaine foncier rural, mais peuvent toujours ĂȘtre locataire. NĂ©anmoins, cette situation peut ĂȘtre prĂ©caire s’il s’agit d’une terre du domaine coutumier non immatriculĂ© dans le dĂ©lai de trois ans Ă  compter du certificat foncier ou mĂȘme sans certificat foncier exigĂ© Ă  l’article 4 de la loi fonciĂšre du 23 dĂ©cembre 1998. Comme on peut le voir, cette nouvelle loi donne une importance encore plus cruciale Ă  la question de la nationalitĂ© ivoirienne revendiquĂ©e par un trĂšs grand nombre de personnes, cependant que d’autres la leur contestent. Par ailleurs, un recensement de toutes les terres rurales et l’établissement d’un cadastre national complet et Ă  jour ainsi qu’un livre foncier tant au niveau national qu’à celui des collectivitĂ©s locales paraissent indispensables et urgents. Enfin, et sans que cette Ă©numĂ©ration ne soit exhaustive, l’absence de police et d’organes judiciaires pour arbitrer les conflits dans la plupart des rĂ©gions rurales, constitue Ă©galement une des causes de l’emploi de la violence en cas d’échec des conciliations coutumiĂšres. Aussi, dans les diffĂ©rentes nĂ©gociations faites dans l’espoir de trouver une issue Ă  cette crise profonde entre les Ivoiriens, les questions constitutionnelles, de nationalitĂ© et fonciĂšre, constituent la toile de fond de tout apaisement du conflit. Avenir Ă©conomique de la CĂŽte d’Ivoire dĂ©couverte de nouvelles richessesModifier Outre le cacao et le cafĂ©, dont la CĂŽte d’Ivoire est respectivement le 1er et le 10e producteur mondial, produits desquels dĂ©pend plus du tiers de la population ivoirienne, le pays est aussi l’un des principaux producteurs de coton en Afrique subsaharienne. Cependant, l’activitĂ© extractive, en particulier du pĂ©trole, du gaz, des diamants et de l’or, occupe une place importante de l’économie. Il en va de mĂȘme pour l’industrie agroalimentaire et la transformation des matiĂšres premiĂšres cafĂ©, cacao, blĂ©, fruits, olĂ©agineux, l’industrie textile et celle du caoutchouc, ainsi que d’autres industries plastique, emballage, chimie, pharmacie, tabac, bois, des matĂ©riaux de construction et le tourisme. La crise dĂ©butĂ©e en septembre 2002 a portĂ© un sĂ©rieux revers Ă  l’économie ivoirienne. En effet, Ă  l’exception de la production de pĂ©trole brut et de gaz, le conflit a provoquĂ© un vĂ©ritable choc sur pratiquement l’ensemble des secteurs et notamment l’agriculture d’exportation. La production du cacao et du cafĂ© a souffert du dĂ©placement de la population des zones de production, tandis qu’au nord, l’économie cotonniĂšre, Ă©galement perturbĂ©e par ces mouvements forcĂ©s de population, s’est trouvĂ©e confrontĂ©e Ă  des difficultĂ©s d’écoulement vers les usines et les ports d’exportation au sud. Pour ce qui est d’autres activitĂ©s, telle que la production des diamants, selon certaines sources elle serait l’objet d’un dĂ©tournement vers des zones frontaliĂšres, alors que l’extraction aurifĂšre se trouve rĂ©duite aux gisements dans la rĂ©gion sous contrĂŽle gouvernemental. En fait, les petites et moyennes entreprises, comme celles de grande capacitĂ©, sont essoufflĂ©es. L’ensemble des activitĂ©s tourne au ralenti et certaines se sont arrĂȘtĂ©es, alors qu’une bonne partie des produits ne peut pas ĂȘtre Ă©vacuĂ© ou il est parfois volĂ©. Cette situation est aggravĂ©e par la pratique systĂ©matique de barrages et du racket aussi bien au sud que au nord, dont l’impact financier se chiffrerait quotidiennement, selon diverses sources, Ă  plusieurs millions de Fcfa. Une grande partie de la population, notamment au nord et Ă  l’ouest, qui disposait d’électricitĂ© n’en dispose plus ou rarement. Il en est de mĂȘme pour le rĂ©seau tĂ©lĂ©phonique, les structures mĂ©dicales, Ă©ducatives, judiciaires, bancaires et autres. Le dĂ©labrement Ă©conomique s’est traduit par une dĂ©tĂ©rioration aussi sensible au sud du pays oĂč, malgrĂ© un certain dynamisme, la population se trouve de plus en plus confrontĂ©e Ă  la pĂ©nurie, le chĂŽmage, l’absence de protection sociale et de soins. La population rurale qui reprĂ©sente plus de la moitiĂ© de la population ivoirienne se trouve confrontĂ©e Ă  une paupĂ©risation plus que progressive, tandis que le secteur urbain, environ 43 %, voit sa proportion de chĂŽmeurs et autres sans emploi croĂźtre progressivement. Certains estiment le taux de chĂŽmage du pays au delĂ  de 30 %, mais dans certains rĂ©gions il serait encore bien plus Ă©levĂ©. La Commission a reçu des tĂ©moignages faisant Ă©tat d’élĂ©ments qui peuvent faire croire Ă  un certain optimisme quant Ă  l’avenir Ă©conomique de la CĂŽte d’Ivoire. Il serait notamment question de dĂ©couvertes de puits de pĂ©trole [10] et que la rĂ©serve serait proche de celle du KoweĂŻt et qu’ainsi, la CĂŽte d’Ivoire pourrait devenir le deuxiĂšme producteur africain de pĂ©trole aprĂšs le Nigeria. Au surplus, il serait question, toujours selon ces tĂ©moignages, du pĂ©trole vert », lequel serait trĂšs prisĂ©. À cĂŽtĂ© du pĂ©trole, on aurait Ă©galement dĂ©couvert, selon des tĂ©moignages, du gaz entre San Pedro et Sassandra, la rĂ©serve en permettrait l’exploitation pendant un siĂšcle. D’autres ressources existeraient aussi tel l’or, les diamants outre des mĂ©taux qui sont actuellement utilisĂ©s dans la fabrication de satellites. Selon cette source, la guerre en CĂŽte d’Ivoire serait liĂ©e Ă  cet Ă©tat de choses et aurait pour but, soit d’empĂȘcher, ou tout au moins, certains groupes Ă  profiter de l’exploitation de ces nouvelles richesses ivoiriennes, soit entretenir le dĂ©sordre dans le pays, car un tel contexte favorise l’exploitation sans contrĂŽle des produits existants. Violations des droits de l’hommeModifier Dans le prĂ©sent rapport, la Commission a jugĂ© bon de faire reflĂ©ter seulement les violations les plus graves des droits de l’homme, du droit international humanitaire et des crimes contre l’humanitĂ© qui ont Ă©tĂ© constatĂ©es. Les droits civils et politiquesModifier Droit Ă  la vieModifier ExĂ©cutions sommaires des personnalitĂ©s politiques et militairesModifier ExĂ©cution du gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ, de son Ă©pouse et de sa garde rapprochĂ©eDes tĂ©moignages concordants Ă©tablissent que dans la journĂ©e du 18 septembre 2002, un mouvement suspect a Ă©tĂ© observĂ© dans le camps militaire de Akouedo Ă  Abidjan comme si quelque chose se prĂ©parait. Un tĂ©moin a dĂ©clarĂ© Ă  la Commission que ces prĂ©paratifs concernaient Robert GueĂŻ qui allait connaĂźtre des problĂšmes dans les heures qui allaient suivre. D’autres tĂ©moins ont indiquĂ© Ă  la Commission le nom du conducteur ainsi que l’identitĂ© du char ComoĂ© », le mĂȘme qu’on retrouvera chez Alassane Ouattara et Adama Tongara Maire d’Abobo la nuit du 18 au 19 septembre 2002. Le 19 septembre 2002 vers 3 heures du matin, lorsque les premiĂšres attaques ont Ă©tĂ© lancĂ©es sur la ville d’Abidjan, le personnel de maison qui Ă©tait en service ce jour a contactĂ© le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ pour l’informer des tirs. Vers 4 heures 30 du matin, le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ est descendu de sa chambre en compagnie de son Ă©pouse et a demandĂ© Ă  son chauffeur d’apprĂȘter la voiture, une Toyota Camry. Selon des tĂ©moins, le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ Ă©tait habillĂ© d’un survĂȘtement jogging de couleur blanche et de babouches. Le gĂ©nĂ©ral a ensuite dit Ă  son chauffeur que comme on ne sait pas qui tire et sur qui on tire, cela ne valait pas la peine de sortir. Les tirs se rapprochant de plus en plus du portail de la maison, le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ et son personnel se sont rĂ©fugiĂ©s au garage. Le gĂ©nĂ©ral a ensuite envoyĂ© son gardien chercher une Ă©chelle Ă  l’aide de laquelle son Ă©pouse et lui ont escaladĂ© le mur de clĂŽture de la rĂ©sidence. Une fois descendus, ils se sont cachĂ©s derriĂšre la clĂŽture. Ils y sont restĂ©s jusqu’aux environs de 6 heures du matin puis le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ a demandĂ© Ă  son Ă©pouse de retourner Ă  la maison. RestĂ© seul dans sa cachette, il a appelĂ© sa femme vers 9 heures du matin pour lui dire qu’il Ă©tait en train de se rendre Ă  la cathĂ©drale et qu’il fallait qu’elle avertisse les gens de la cathĂ©drale afin qu’on puisse lui ouvrir le portail. Selon des sources concordantes, Robert GueĂŻ s’est effectivement rendu Ă  la CathĂ©drale d’Abidjan situĂ©e non loin de sa rĂ©sidence en vue d’y trouver refuge. Il a Ă©tĂ© accueilli par un membre du clergĂ© dont la haute hiĂ©rarchie de l’église catholique en CĂŽte d’Ivoire a refusĂ© de rĂ©vĂ©ler l’identitĂ© Ă  la Commission. Ce membre du clergĂ© a informĂ© ses supĂ©rieurs de la prĂ©sence de Robert GueĂŻ Ă  la CathĂ©drale. Le ministre d’État, ministre de la dĂ©fense et de la protection civile, MoĂŻse Lida Kouassi, qui Ă©tait en charge de la gestion de la crise du 19 septembre 2002 jusqu’au retour de Rome du chef de l’État, a reconnu devant la Commission avoir reçu un coup de fil de la CathĂ©drale. Il s’agissait selon lui d’une personne, dont il ignore le nom, se prĂ©sentant comme le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’archevĂȘchĂ© qui l’a appelĂ© dans la matinĂ©e du 19 septembre il ne se souvient pas de l’heure exacte, pour l’informer qu’un groupe de militaires s’était rendu devant la cathĂ©drale et, exigeaient d’entrer afin de rechercher le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ. Le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’archevĂȘchĂ© a demandĂ© Ă  Lida Kouassi d’ordonner aux militaires de quitter les lieux et de ne pas violer les locaux de la cathĂ©drale. Le ministre d’État chargĂ© de la dĂ©fense a affirmĂ© devant la Commission avoir ensuite appelĂ© le colonel major Kasarate pour lui demander d’intervenir. Lida Kouassi a dĂ©clarĂ© devant la Commission avoir appris la mort du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ le 19 septembre 2002 vers 9 heures 30 ou 9 heures 45, par l’intermĂ©diaire d’un groupe de soldats. Ces derniers ainsi que des journalistes qui Ă©taient avec lui, parmi lesquels Paul Dokui, se sont rendus sur les lieux et ont contactĂ© Lida Kouassi pour confirmer la mort du gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ. Le ministre d’État a fait son premier discours Ă  la nation le 19 septembre 2002 vers 10 heures du matin dans lequel il affirmait que le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ Ă©tait l’instigateur de la tentative de coup d’État et qu’il avait Ă©tĂ© tuĂ© au cours des combats. De nombreux tĂ©moins qui ont Ă©tĂ© avec le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ juste avant le jour de sa mort, ou qui connaissaient son emploi du temps les semaines prĂ©cĂ©dant les Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002, ont rĂ©futĂ© la thĂšse officielle de l’implication du gĂ©nĂ©ral dans l’organisation du coup d’État. D’aprĂšs des tĂ©moignages concordants, le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ Ă©tait occupĂ© Ă  rĂ©organiser son parti politique et prĂ©parait notamment les Ă©lections des bureaux des femmes de l’UDPCI. Il comptait ensuite quitter Abidjan pour retourner dans son village. À la vue des images du corps du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ qui ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es sur les Ă©crans de la tĂ©lĂ©vision ivoirienne le 19 septembre 2002, l’observateur a difficilement l’impression qu’il commandait des opĂ©rations militaires. Des tĂ©moins qui ont Ă©galement regardĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision ce jour lĂ  ont dĂ©clarĂ© avoir remarquĂ© que les souliers que le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ portait Ă©taient diffĂ©rents des babouches qu’il avait lorsqu’il a quittĂ© la maison pour aller trouver refuge Ă  la cathĂ©drale. Le survĂȘtement Ă©tait Ă©galement diffĂ©rent car celui qu’il portait en sortant de la rĂ©sidence avait des manches longues contrairement Ă  ce qu’il avait sur lui Ă  la tĂ©lĂ©vision. Le 19 septembre 2002 vers midi, l’aide de camp du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ, Fabien Coulibaly avait Ă©tĂ© informĂ© par un de ses Ă©lĂ©ments de la prĂ©sence d’un char et d’une voiture 4X4 devant le domicile du gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ et en avait fait part Ă  l’un de ses cousins au tĂ©lĂ©phone. Le char Ă©tait positionnĂ© devant le portail d’entrĂ©e. Deux hommes en treillis militaires seraient sortis du char et auraient commencĂ© Ă  tirer vers la rĂ©sidence du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ. Ils ont ensuite demandĂ© Ă  ceux qui se trouvaient de s’y rendre. Le capitaine Fabien Coulibaly, l’aide de camp du gĂ©nĂ©ral GueĂŻ, et les autres gardes se sont rendus sans rĂ©sistance en obtempĂ©rant Ă  l’ordre de l’équipe du commando » identifiĂ©e comme Ă©tant des gendarmes dont certains appartenaient Ă  la garde prĂ©sidentielle. Selon un tĂ©moin, Fabien Coulibaly avait en effet confiance en l’officier qui leur avait intimĂ© cet ordre car il le connaissait. Mais aprĂšs s’ĂȘtre rendu, Fabien Coulibaly et ses compagnons ont Ă©tĂ© emmenĂ©s et tuĂ©s. Des tĂ©moignages concordants font Ă©tat de violences commises sur madame GueĂŻ ainsi que sur une autre femme qui se trouvait Ă  la rĂ©sidence au moment de l’attaque. Madame GueĂŻ aurait ensuite Ă©tĂ© abattue par l’un des militaires qui se seraient livrĂ©s Ă  des scĂšnes de pillage de la rĂ©sidence de Robert GueĂŻ, emportant tous les objets de valeur. L’un des Ă©lĂ©ments ayant pris part Ă  cette opĂ©ration a utilisĂ© la voiture de madame GueĂŻ, une Toyota Camry, pendant prĂšs de deux ans, sans plaque d’immatriculation, aprĂšs l’avoir repeinte en bleu alors qu’elle Ă©tait grise Ă  l’époque oĂč elle Ă©tait entre les mains de Madame GueĂŻ. La Commission a eu l’occasion de voir les dĂ©pouilles de Robert GueĂŻ et de son Ă©pouse Rose GueĂŻ qui se trouvent encore Ă  la morgue de Treichville, Ă  Abidjan. Elle a pu constater que Robert GueĂŻ et sa femme portaient de traces des balles dont les dĂ©tails sont consignĂ©s dans le rapport d’autopsie du mĂ©decin lĂ©giste qui a assistĂ© la Commission. Rose et Robert GueĂŻ ont Ă©tĂ© abattus de balles notamment tirĂ©es Ă  la tĂȘte et logĂ©es dans leur corps Ă  partir d’une position qui indiquerait que les deux victimes se trouveraient par terre ou accroupies. Le mĂ©decin lĂ©giste qui a accompagnĂ© la Commission lors de cette visite Ă  la morgue, a confirmĂ© cette version. ExĂ©cution du ministre d’État Emile Boga DoudouDans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, aux environs de 4h00 du matin, des individus se dĂ©plaçant Ă  bord d’un taxi-compteur et d’une Peugeot 505, ont attaquĂ© la rĂ©sidence de Boga Doudou, alors ministre d’État, ministre de l’IntĂ©rieur et de la DĂ©centralisation, situĂ©e au quartier Deux Plateaux, Ă  Abidjan. Le ministre Boga Doudou a essayĂ© de s’échapper en escaladant le mur de sa rĂ©sidence pour se rendre dans la cour de son voisin KantĂ© Koly, oĂč il a Ă©tĂ© retrouvĂ© et abattu par les assaillants. Selon les conclusions du rapport d’autopsie du mĂ©decin lĂ©giste, le ministre Boga Doudou a Ă©tĂ© atteint par trois balles de type projectiles de fusils d’assaut une balle dans le dos, au niveau du thorax droit, une balle tirĂ©e dans la tĂȘte sous la tempe droite et une balle tirĂ©e Ă  la face postĂ©rieure du coude droit ». Il a Ă©tĂ© Ă©galement touchĂ© par des rĂ©sidus mĂ©talliques d’une dĂ©flagration dont l’onde de choc a provoquĂ© des plaies hĂ©morragiques du bassin et de la colonne lombaire ». Dans la cour de la villa du voisin oĂč le ministre Boga Doudou a Ă©tĂ© abattu, la police judiciaire a dĂ©couvert, au bord de la piscine, une mare de sang. Lors d’une descente sur les lieux du crime, la Commission a pu observer trois impacts de balle sur le tronc d’un rĂŽnier et plusieurs autres au sol oĂč le corps Ă©tait tombĂ©. Les agents de la police judiciaire ont trouvĂ© sur place des douilles de munitions de fusil automatique Kalachnikov AK47. Des impacts de balles et d’obus ont Ă©tĂ© vĂ©rifiĂ©s par la Commission Ă  divers endroits, notamment Ă  l’intĂ©rieur et l’extĂ©rieur guĂ©rite, fenĂȘtres, portes murs, vĂ©hicules attestant la violence de l’attaque et la puissance des armes utilisĂ©es. Les agresseurs du ministre Boga Doudou n’ont pas encore Ă©tĂ© identifiĂ©s avec certitude. NĂ©anmoins, il y a quelques indices selon lesquels, un Ă©lĂ©ment de la rĂ©bellion, dont le nom a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© Ă  la Commission, commandait le groupe qui a attaquĂ© le domicile de Boga Doudou. AprĂšs l’échec de l’attaque sur Abidjan, les rebelles se sont repliĂ©s sur BouakĂ©, dans le centre du pays. L’un d’eux aurait Ă©tĂ© apprĂ©hendĂ© Ă  Yamoussoukro par les forces loyalistes et des effets personnels du ministre Boga Doudou auraient Ă©tĂ© dĂ©couverts sur lui. Il est apparu Ă  la Commission que le ministre Boga Doudou avait beaucoup d’ennemis tant Ă  l’intĂ©rieur du rĂ©gime que dans l’opposition politique et dans l’armĂ©e. Le projet de rĂ©forme de la police lui avait valu beaucoup d’ennemis. Selon un tĂ©moin, un jour au cours d’une rĂ©union Ă  l’école de police, des policiers lui ont jetĂ© du gaz lacrymogĂšne Ă  la face. La rĂ©forme de l’identification lui a valu l’animositĂ© des groupes d’opposition. Mais des tĂ©moignages concordants ont montrĂ© qu’il avait Ă©galement beaucoup d’amis notamment au sein du RDR et pensait qu’il fallait se mettre au dessus des contingences politiques. D’aprĂšs les tĂ©moignages reçus par la Commission, les assaillants connaissaient bien les habitudes et comportements du ministre Boga Doudou Ă  son domicile pour avoir tirĂ© la roquette sur son bureau et ciblĂ© sa garde robe Ă  partir de son balcon. Ils ont Ă©galement tirĂ© sur sa chaise, sur la photo de mariage visant son front ainsi que sur le costume qu’il portait la veille. Les assaillants ont tirĂ© sur les vĂ©hicules de fonction tout en prĂ©servant les voitures personnelles du ministre. EvĂ©nements survenus les 18 — 19 septembre 2002 Ă  BouakĂ© et dans la rĂ©gion du NordModifier La tentative du coup d’État du 19 septembre 2002 a principalement visĂ© les villes d’Abidjan, de BouakĂ© et de Korhogo, attaques qui ont Ă©tĂ© menĂ©es presque simultanĂ©ment et vraisemblablement prĂ©mĂ©ditĂ©es. Lors de la prise de BouakĂ©, les rebelles ont arrĂȘtĂ© une centaine des gendarmes qu’ils ont dĂ©tenus Ă  la caserne de la 3e lĂ©gion de gendarmerie. Quelques jours plus tard et plus prĂ©cisĂ©ment le 6 octobre 2002, 131 personnes parmi lesquelles 61 gendarmes, 61 enfants ou neveux desdits gendarmes, ainsi que sept autres personnes civiles ont Ă©tĂ© froidement exĂ©cutĂ©es alors qu’elles Ă©taient dĂ©sarmĂ©es et enfermĂ©es dans des cellules. La Commission a constatĂ© de visu les impacts de balles encore visibles sur les murs Ă  l’intĂ©rieur des cellules. De mĂȘme, la Commission a pu avoir une idĂ©e prĂ©cise de l’endroit oĂč se trouve la fosse commune oĂč sont enterrĂ©es ces personnes, victimes d’une exĂ©cution extrajudiciaire et sommaire. Au surplus, les auteurs de ces exactions sont parfaitement identifiables. Les rebelles se sont Ă©galement livrĂ©s Ă  d’autres exĂ©cutions sommaires dans d’autres camps de l’armĂ©e, comme par exemple au bataillon de l’artillerie sol-sol BASS oĂč les rebelles ont abattu le Colonel Loula Ă  son domicile de plusieurs balles tirĂ©es dans le dos, alors qu’il Ă©tait dĂ©sarmĂ©. Par la suite, les soldats loyalistes reprennent la ville de BouakĂ© et une partie de la population hostile aux rebelles s’est mise Ă  procĂ©der Ă  des exĂ©cutions sommaires avec la complicitĂ© souvent passive, parfois active des forces loyalistes. Les corps des personnes ainsi sommairement exĂ©cutĂ©es Ă©taient brĂ»lĂ©s puis exposĂ©s dans les rues. Mais lorsque le 8 octobre les rebelles reprennent la ville de BouakĂ©, le mĂȘme type d’exĂ©cutions sommaires a Ă©tĂ© appliquĂ© tant sur les forces loyalistes que sur la population civile ayant manifestĂ© son soutien. Le nombre de morts au cours de ces journĂ©es est restĂ© extrĂȘmement difficile Ă  quantifier et on ne pourra parvenir Ă  un chiffre approximatif qu’aprĂšs la fouille de tous les charniers de BouakĂ©. À la suite de l’attaque sur BouakĂ©, les rebelles ont ouvert la prison et libĂ©rĂ© tous les dĂ©tenus. Vingt cinq d’entre eux ont dĂ©cidĂ© de quitter la ville et se sont dirigĂ©es vers le Nord ; arrivĂ©s Ă  Diabo, ils cherchent Ă  manger et Ă  boire. Craignant que les anciens dĂ©tenus ne se livrent Ă  des pillages, les habitants de la sous-prĂ©fecture de Diabo les apprĂ©hendent et les conduisent devant le chef de canton de Bro, KouamĂ© YĂ©man LĂ©onard, aujourd’hui ĂągĂ© de 84 ans. À la demande de tous les notables convoquĂ©s Ă  cet effet, le chef de canton a confiĂ© les anciens dĂ©tenus Ă  un groupe de jeunes dirigĂ©s par un certain Didier Kouadjo Koffi dont le pĂšre est sergent dans la Police, afin de les accompagner pour les mettre sur le chemin de la route goudronnĂ©e menant vers le nord. ArrivĂ©s au niveau du village d’Adiekro, le groupe de jeunes a massacrĂ© les anciens dĂ©tenus dont seuls quatre ont pu s’échapper. La Commission a localisĂ© trĂšs prĂ©cisĂ©ment le charnier et versĂ© au dossier le procĂšs verbal du mĂ©decin lĂ©giste et du Commissaire de police CIVPOL ayant procĂ©dĂ© aux opĂ©rations techniques. Au dĂ©but du mois de novembre, les rebelles se trouvant Ă  BouakĂ© ont dĂ©barquĂ© au village SĂ©mien qu’ils ont encerclĂ© puis ont commencĂ© Ă  tirer en visant particuliĂšrement les jeunes. Cette descente des rebelles sur le village de SĂ©mien a eu pour consĂ©quences 35 civils tuĂ©s ; Des maisons pillĂ©s et incendiĂ©es et Le cacao dans les plantations pour partie brĂ»lĂ© et pour l’autre mois plus tard, l’armĂ©e gouvernementale a procĂ©dĂ© aux bombardements dans la localitĂ© de Minankro. La Commission a fait procĂ©der Ă  des prises photographiques de l’environnement menant au site des ossements humains. Ces lieux sont situĂ©s prĂšs du quai du bac et ont Ă©tĂ© la cible de l’attaque aĂ©rienne lors des Ă©vĂ©nements du 31 dĂ©cembre 2002. La Commission a Ă©galement fait prĂ©lever des restes de projectiles employĂ©s pour l’attaque et qui pourront servir dans le cadre d’une procĂ©dure judiciaire. Le lieu, objet de l’attaque aĂ©rienne, est situĂ© en bordure d’eau dans la localitĂ© de Menakro et l’attaque a visĂ© un bateau de type traversier, une sorte de bac. La Commission signale Ă©galement que la plupart des maisons dĂ©sertĂ©es par leurs habitants et propriĂ©taires, ont Ă©tĂ© pillĂ©es puis saccagĂ©es massivement, donnant ainsi l’impression de dĂ©solation. Le produit de ces pillages a Ă©tĂ© vendu dans les pays voisins, et en particulier au Mali dans un lieu dĂ©nommĂ© Merci CĂŽte d’Ivoire Autres assassinats politiquesModifier La Commission a recueilli de nombreux tĂ©moignages faisant Ă©tat des assassinats ciblĂ©s de personnes enlevĂ©es le plus souvent Ă  leurs domiciles Ă  Abidjan, suite aux Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002. Le 20 septembre 2002, Aboubacar Dosso, aide de camp de Alassane Dramane Ouatarra, a Ă©tĂ© abattu Ă  Abidjan, par des individus non identifiĂ©s en tenues militaires. Le 11 octobre 2002, le nommĂ© Adama CissĂ©, responsable RDR de M’bahiakro, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© par des gendarmes et serait dĂ©cĂ©dĂ© le jour suivant de suite de blessures subies pendant sa dĂ©tention. Vendredi 18 octobre 2002, vers 14h40, Coulibaly Lanzeni et Coulibaly Seydou, deux membres de la famille du SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du RDR, Amadou Gon Coulibaly, ont Ă©tĂ© abattus au cimetiĂšre de Williamsville par des membres des forces de l’ordre. Les victimes assistaient aux obsĂšques d’une tante de la famille Coulibaly lorsque des individus habillĂ©s en treillis sont arrivĂ©s. Dans la ville de Daloa, le reprĂ©sentant du consul du Mali, TourĂ© Bakary, a Ă©tĂ© enlevĂ© par des militaires et retrouvĂ© mort dans un marĂ©cage Ă  Labia, le 25 octobre 2002. Vers la fin du mois d’octobre 2002, le colonel Ouatara Oyenan a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© car soupçonnĂ© de soutenir la rĂ©bellion. Le 2 novembre 2002 vers 14h30, TĂ©hĂ© Emile, prĂ©sident du Mouvement Populaire IndĂ©pendant, un parti politique proche du RDR, a Ă©tĂ© enlevĂ© de son domicile par des individus habillĂ©s en treillis militaires et fortement armĂ©s. Son corps a Ă©tĂ© retrouvĂ© criblĂ© de balles sur l’autoroute du nord, Ă  la hauteur de Banco. Le 6 novembre 2002, quelques jours aprĂšs l’annonce de la dĂ©fection de Louis Dacoury-Tabley du parti au pouvoir, le Front Populaire Ivoirien FPI, pour rejoindre les rangs du Mouvement Patriotique de CĂŽte d’Ivoire MPCI, son frĂšre, le docteur Dacoury-Tabley Benoit, a Ă©tĂ© enlevĂ© dans sa clinique situĂ©e aux Deux Plateaux Ă  Abidjan par des hommes en tenue militaire et retrouvĂ© mort sur la route de la MACA. Le lundi 9 dĂ©cembre 2002, Coulibaly Souleymane, 2e vice-prĂ©sident, et DiomandĂ© Soualiho, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Jeunesse de l’union pour la dĂ©mocratie et pour la paix ont Ă©tĂ© enlevĂ©s par des individus armĂ©s au sortir d’une rĂ©union au siĂšge de leur parti politique situĂ© sur le Plateau Ă  Abidjan. Le vendredi 13 dĂ©cembre 2002, les deux responsables politiques ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s morts dans la zone entre Agou et AdzopĂ©. Le 2 fĂ©vrier 2003, vers 21 heures 45, des individus en treillis militaires roulant dans deux voitures, une 4X4 et une BMW seraient arrivĂ©s au domicile de Camara Yerefin situĂ© Ă  Yopougon Sideci. La victime, un artiste populaire connu sous l’appellation de H », a Ă©tĂ© enlevĂ©e et abattue. Le mercredi 23 juin 2004, Dodo Habib, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Jeunesse communiste de CĂŽte d’Ivoire JCOCI, a Ă©tĂ© enlevĂ© au domicile de monsieur Ekissi Achi, leader du Parti communiste rĂ©volutionnaire de CĂŽte d’Ivoire, situĂ© Ă  Yopougon Kotibet, et assassinĂ© par des prĂ©sumĂ©s membres de la FĂ©dĂ©ration Estudiantine de CĂŽte d’Ivoire FESCI. Cette liste de cas d’exĂ©cution sommaires d’individus pour des raisons politiques est loin d’ĂȘtre exhaustive et est simplement donnĂ©e Ă  titre d’illustration. Au total, le Mouvement ivoirien des droits de l’homme a pu documenter environ trois cents assassinats suite aux Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002. Charniers et massacresModifier La Commission a Ă©galement pu constater l’existence d’exĂ©cutions de masse ayant souvent dĂ©bouchĂ© sur la constitution de charniers. La cartographie des charniers et massacres en CĂŽte d’ivoire suite aux Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002 voir annexe montre que les principaux sites de charniers ont Ă©tĂ© identifiĂ©s dans des localitĂ©s comme Toulepleu, DananĂ©, Man, Bangolo, Monoko-Zohi, Daloa, Abidjan, BouakĂ©, Korhogo et OdiĂ©nnĂ©. Dans la pĂ©riode du 6 au 9 octobre 2002, un charnier constituĂ© des deux fosses a Ă©tĂ© signalĂ© dans le cimetiĂšre communal de Dar-es-Salam Ă  BouakĂ©. Des tĂ©moins crĂ©dibles ont affirmĂ© devant la Commission que ce charnier contiendrait environ quatre vingt dix corps parmi lesquelles quarante huit gendarmes et trente sept membres de leurs familles ainsi que sept autres civils dĂ©tenus qui ont Ă©tĂ© abattus par les forces rebelles au cours d’une sĂ©rie d’incidents survenus Ă  la prison du 3e bataillon d’infanterie de BouakĂ© en octobre 2002. Selon un tĂ©moin rencontrĂ© Ă  BouakĂ©, vers 18 heures dans la pĂ©riode du 6 au 9 octobre 2002, quatre voitures sont arrivĂ©es au cimetiĂšre communal de Dar-es-Salam pour dĂ©poser des corps. J’étais avec un ami en bordure de la route qui mĂšne Ă  ce cimetiĂšre. Au passage du convoi, il y avait une trĂšs forte odeur de cadavre. J’ai regardĂ© deux fois vers le convoi, et j’ai vu qu’il y avait des corps entassĂ©s dans les camions sur plusieurs niveaux. Il y avait des corps nus et d’autres habillĂ©s. J’estime qu’il y avait une cinquantaine de cadavres par camion. Au cimetiĂšre, il y avait deux fosses dĂ©jĂ  creusĂ©es d’environ 15m2 chacune. Elles se trouvent Ă  environ 60 m de la maison du gardien. L’odeur y Ă©tait trĂšs forte. Les corps Ă©taient en dĂ©composition. » Vers le 5 dĂ©cembre 2002, un charnier a Ă©tĂ© dĂ©couvert Ă  Monoko-Zohi, dans le secteur de Dania, au sud de PĂ©lĂ©zi. Il Ă©tait composĂ© d’un monticule de terre d’un mĂštre de hauteur pour un diamĂštre compris entre cinq et dix mĂštres ainsi que deux puits contenant tous trois des restes humains. Selon des tĂ©moins, les victimes seraient au nombre de 120 environ et seraient des travailleurs immigrĂ©s en service dans les plantations de cafĂ© et de cacao de la rĂ©gion. Ils auraient Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©s par les FANCI lors de l’offensive sur Dania entre les 26 et 28 novembre 2002. Des hommes armĂ©s habillĂ©s en treillis militaires et transportĂ©s dans des camions avec des plaques d’immatriculation du gouvernement ivoirien sont arrivĂ©s dans le village et ont commencĂ© Ă  tirer en l’air. Ils se sont rendus dans le quartier des Ă©trangers oĂč vivaient non seulement des BurkinabĂ©, Maliens, GuinĂ©ens et NigĂ©rians, mais aussi des Ivoiriens originaires d’autres rĂ©gions. D’aprĂšs des tĂ©moins, les militaires sont arrivĂ©s avec une liste de noms et auraient accusĂ© les villageois de soutenir la rĂ©bellion. Dans un reportage de la BBC, un tĂ©moin affirme que les soldats tuaient certaines victimes lĂ  oĂč ils les trouvaient et en rassemblaient d’autres pour les exĂ©cuter ensemble
certains avaient la gorge tranchĂ©e. » [11] Dans la nuit du 6 au 7 mars 2003, au cours d’une brĂšve reprise de la ville de Bangolo par les LibĂ©riens du LIMA, combattants auprĂšs des forces gouvernementales, des populations civiles ne participant pas aux hostilitĂ©s ont Ă©tĂ© massivement exĂ©cutĂ©es. Des tĂ©moins prĂ©sents sur les lieux avancent le chiffre de 200 morts qui n’a pu ĂȘtre vĂ©rifiĂ©. La Commission a reçu une cassette vidĂ©o montrant un trĂšs grand nombre de cadavres principalement civils, y compris des femmes et des enfants, jonchant les rues et les piĂšces des maisons. Plus de 60 dĂ©pouilles ont Ă©tĂ© observĂ©es pendant la courte visite des observateurs internationaux effectuĂ©e sur les lieux le 7 mars 2003. Il est donc Ă  craindre que beaucoup plus de cadavres soient Ă  dĂ©nombrer. Le quartier qui semblait le plus visĂ© serait le quartier majoritairement peuplĂ© par des populations originaires du nord de l’ethnie Dioula. Dans cette zone, femmes, hommes et enfants ont tous Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©s dans leurs maisons. Plusieurs morts avaient les mains attachĂ©es dans le dos. Plusieurs femmes nues auraient Ă©tĂ© violĂ©es puis Ă©gorgĂ©es. Les cadavres d’hommes Ă©taient dĂ©culottĂ©s Ă  des fins d’humiliation. Le 5 octobre 2003, Ă  la sortie nord de DuĂ©kouĂ©, en direction de Man, un charnier Ă  ciel ouvert a Ă©tĂ© dĂ©couvert. Le site est situĂ© en bordure immĂ©diate de la route, sur le cotĂ© droit, au pied d’un petit pont enjambant un ruisseau. D’aprĂšs des tĂ©moins, il s’agissait d’un tas de cadavres humains, en Ă©tat de dĂ©composition avancĂ©e. Les squelettes sont disloquĂ©s, il Ă©tait possible de compter au moins huit crĂąnes dont cinq dans l’eau Ă  la verticale du pont. Le nombre de corps serait de onze. Des morceaux de vĂȘtements Ă©taient encore visibles. Selon des tĂ©moins, ce site est connu depuis, au moins, avril 2003. Suite aux reprĂ©sailles et opĂ©rations de ratissage menĂ©es aprĂšs les combats de la nuit du dimanche 20 juin au lundi 21 juin 2004, Ă  Korhogo, entre deux factions de la rĂ©bellion, trois charniers ont Ă©tĂ© dĂ©couverts le samedi 26 juin 2004. Le site le plus important a Ă©tĂ© localisĂ© Ă  l’ouest de la carriĂšre de Korhogo. L’ONUCI a Ă©tĂ© informĂ©e de la dĂ©couverte de ce charnier et une mission d’enquĂȘte a Ă©tĂ© dĂ©pĂȘchĂ©e sur place ; elle a constatĂ© que les corps des victimes Ă©taient toujours en place mais enterrĂ©s au fond du ravin. Les outils ayant servi Ă  creuser la fosse dont trois pelles portant l’inscription corve GIS » ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s cachĂ©s dans le buisson [12]. Avec l’accord des Forces armĂ©es des forces nouvelles, l’exhumation des corps a Ă©tĂ© faite Ă  partir du 5 juillet 2004 et au total, 99 cadavres seulement ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s. Selon le rapport de cette mission d’enquĂȘte de l’ONUCI, les premiĂšres constations permettent de tirer trois conclusions La presque totalitĂ© des corps dĂ©couverts sont ceux d’hommes adultes ; La grande majoritĂ© des corps dĂ©couverts Ă©taient nus ; La majoritĂ© des corps dĂ©couverts ne sont pas morts d’une mort violente causĂ©e par des armes Ă  feu. Trente et un corps prĂ©sentaient des blessures dues Ă  des armes Ă  feu. Deux corps prĂ©sentaient des blessures dues Ă  des objets contondants alors que les soixante six autres corps ne prĂ©sentaient aucune blessure charniers ont Ă©galement Ă©tĂ© signalĂ©s dans la ville de Korhogo ou dans ses environs, notamment dans la Compagnie territoriale de Korhogo CTK. Mais jusqu’à prĂ©sent, ces informations n’ont pas Ă©tĂ© confirmĂ©es. La Commission a reçu des tĂ©moignages concordants sur des dĂ©couvertes de corps dans un Ă©tat de dĂ©composition avancĂ©e rendant difficile toute identification et d’éventuelles enquĂȘtes sur les circonstances de la mort. Dans de nombreux cas, ce sont des squelettes qui sont dĂ©couverts dans la brousse ou au bord de la route. La Commission juge nĂ©cessaire de rendre compte de ces situations car mĂȘme si tous les cas sont loin d’ĂȘtre Ă©lucidĂ©s, ils rendent nĂ©anmoins compte de la gravitĂ© des atteintes au droit Ă  la vie. Les dĂ©couvertes macabres dans les localitĂ©s suivantes ont Ă©tĂ© signalĂ©es Ă  la Commission voir carte des dĂ©couvertes macabres en annexe le 23 juin 2003, Ă  Yaopleu, entre 10 heures et 18 heures, sept cadavres en dĂ©composition avancĂ©e dont la mort remonterait Ă  plus d’un mois, ont Ă©tĂ© dĂ©couverts sur l’axe principal entre DananĂ© et Zouan-Hounien ; le 23 juin 2003, Ă  Zouan-Hounien, deux cadavres ont Ă©tĂ© dĂ©couverts dans un puits et le 4 juillet 2003, un autre corps a Ă©tĂ© dĂ©couvert dans un autre puits ; le 13 juillet 2004, Ă  BouakĂ©, Ă  la sortie ouest de BouakĂ© sur la route de Diablo, un cadavre de sexe masculin, criblĂ© de balles et la tĂȘte explosĂ©e, rendant impossible toute identification, a Ă©tĂ© dĂ©couvert. Des coups de feu ont Ă©tĂ© entendus par la population dans la nuit de vendredi Ă  samedi provenant de cet forcĂ©es et enlĂšvementsModifier Tant les forces loyalistes comme les rebelles ont Ă©tĂ© les auteurs des enlĂšvements, mĂȘme si le nombre des victimes est difficile Ă  prĂ©ciser. Depuis les Ă©vĂ©nements de septembre 2002, les disparitions forcĂ©es comme les enlĂšvements Ă©taient une pratique courante de tous les belligĂ©rants de la crise en CĂŽte d’Ivoire. La Commission a reçu de nombreux tĂ©moignages, de mĂȘme que les parents des victimes qui imputent la responsabilitĂ© de ces crimes enlĂšvements et disparitions forcĂ©es aux Escadrons de la mort ». Bien que l’existence de ces escadrons soit contestĂ©e notamment par ceux Ă  qui leur paternitĂ© est attribuĂ©e, de nombreux tĂ©moignages et des sources concordantes ont portĂ© Ă  la connaissance de la Commission l’existence en CĂŽte d’Ivoire des groupes de militaires, de la Police, de la gendarmerie ou des civils armĂ©s, souvent en uniforme, qui sont dĂ©signĂ©s pour des missions spĂ©ciales de tuer ou d’enlever des personnes gĂȘnantes pour le rĂ©gime, ou soupçonnĂ©es d’ĂȘtre dangereuses. Ils peuvent agir le jour, mais ils agissent gĂ©nĂ©ralement la nuit, malgrĂ© les barriĂšres et barrages, les contrĂŽles militaires et le couvre-feu. Les Ivoiriens originaires du Nord ou ceux qui sont d’origines burkinabĂ©e ou malienne ont Ă©tĂ© les principales victimes, car ils ont Ă©tĂ© assimilĂ©s aux rebelles. Ces personnes ont longtemps vĂ©cu dans la psychose des enlĂšvements, certains ayant Ă©tĂ© obligĂ©s de s’exiler ou de quitter leurs domiciles. Cela a eu pour consĂ©quence le dĂ©placement massif des populations. C’est ainsi que la Commission a reçu, dans les pays limitrophes, le tĂ©moignage de plusieurs femmes qui ont du quitter la CĂŽte d’Ivoire suite Ă  la disparition de leurs maris. De mĂȘme, plusieurs enlĂšvements des femmes par des forces loyalistes et des combattants rebelles ont aussi Ă©tĂ© signalĂ©s Ă  la Commission. La Commission a constatĂ© l’indiffĂ©rence et la passivitĂ© de diffĂ©rents agents de l’ordre et des services judiciaires face Ă  ce phĂ©nomĂšne. Les seules affaires jusque-lĂ  portĂ©es Ă  la connaissance de la police et du Procureur de la RĂ©publique n’ont pas encore eu de suite, Ă  l’exception de l’affaire concernant le correspondant de RFI, Jean HĂ©lĂšne. Plusieurs autres cas de disparitions forcĂ©es ont Ă©tĂ© portĂ©s Ă  la connaissance de la Commission notamment celui du journaliste Guy AndrĂ© Keiffer, de KonĂ© Mamadou, nordiste assimilĂ© aux rebelles et dont on a jamais retrouvĂ© le corps. La Commission a aussi appris la disparition de Koumoin KouamĂ© Bakary, vice-prĂ©sident du Conseil gĂ©nĂ©ral et adjoint au maire de Prikro, ainsi que celle de son frĂšre Brahima Ouattara, le 20 novembre 2002, Ă  Bassawa. Par ailleurs, la majoritĂ© des partis politiques d’opposition ont soumis Ă  la Commission, des listes de leurs membres et militants portĂ©s disparus et dont ils attribuent l’enlĂšvement aux milices et forces parallĂšles liĂ©es au rĂ©gime. Droit Ă  l’intĂ©gritĂ© physiqueModifier La CĂŽte d’Ivoire est partie Ă  la DĂ©claration Universelle des Droits de l’Homme du 10 dĂ©cembre 1948. Non seulement cet instrument juridique exprime la volontĂ© des États signataires mais aussi leur engagement de prĂ©venir de commettre les actes de barbarie. La Commission a eu connaissance des violations graves des droits de l’homme, notamment des exĂ©cutions sommaires, dĂ©tentions arbitraires, des tortures, des traitement cruels inhumains et dĂ©gradants, des arrestations arbitraires et rafles, des intimidations et persĂ©cutions. DĂ©tentions et arrestations arbitrairesModifier La majoritĂ© des personnes trouvĂ©es dans les lieux de dĂ©tention visitĂ©s par la Commission ignoraient le motif de leur incarcĂ©ration. Certains ont Ă©tĂ© emprisonnĂ©s pour avoir Ă©tĂ© soupçonnĂ©s d’ĂȘtre espion des rebelles ou d’avoir soutenu les assaillants ; d’autres parce que ramassĂ©s lors de diffĂ©rents ratissages et d’autres encore parce qu’ils ont Ă©tĂ© apprĂ©hendĂ©s sans piĂšce d’identitĂ©. Lors de la visite effectuĂ©e le 14 septembre 2004 Ă  la Direction de la surveillance du territoire DST, la Commission a constatĂ© la dĂ©tention d’environ onze personnes accusĂ©es d’appartenir aux rebelles. Certaines de ces personnes sĂ©journeraient Ă  la DST depuis le 10 janvier 2004 alors que, conformĂ©ment Ă  l’article 63 du code de procĂ©dure pĂ©nale ivoirien, le dĂ©lai de la garde Ă  vue est de 48 heures renouvelable sur avis du Procureur de la RĂ©publique ou du juge d’instruction. Ce dĂ©lai de garde Ă  vue peut seulement ĂȘtre portĂ© Ă  un mois en cas d’atteinte Ă  la sĂ»retĂ© de l`État. Les raisons donnĂ©es Ă  la Commission par le directeur gĂ©nĂ©ral de la DST pour justifier cette dĂ©tention Ă©taient que les procĂšs-verbaux ne seraient pas terminĂ©s. Les mĂȘmes abus et manquements ont Ă©galement Ă©tĂ© constatĂ©s dans la zone occupĂ©e par les Forces Nouvelles. L’explication donnĂ©e par les diffĂ©rents responsables rencontrĂ©s serait que les tribunaux ne fonctionnaient plus Ă  cause du dĂ©part des magistrats vers Abidjan. TrĂšs illustratifs de la situation, sont les mots prononcĂ©s par un chef rebelle devant la Commission, lors d’une de ses visites au Nord du pays Il n‎’y a pas de parquet pour l’instant ; nous jouons nous-mĂȘmes le rĂŽle de magistrat. Quand nos Ă©lĂ©ments commettent des erreurs on les prend et on les met en prison. Moi-mĂȘme je les interpelle, je les entends et la sanction est liĂ©e Ă  la faute commise. Parfois je leur donne une deuxiĂšme chance. Ça dĂ©pend
 » La Commission a aussi constatĂ© que dans cette mĂȘme rĂ©gion du pays, certains prisonniers sont dĂ©tenus chez le commandant de zone, le commandant de secteur ou le prĂ©fet de police. Tortures et traitements cruels, inhumains et dĂ©gradantsModifier Des actes de torture sont interdits par de nombreuses conventions internationales relatives aux droits de l’homme, spĂ©cialement l’article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, l’article 2 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dĂ©gradants et l’article 5 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Cependant, plusieurs personnes ont Ă©tĂ© victimes de ces pratiques interdites depuis le dĂ©clenchement de la guerre en septembre 2002 et cela tant du cĂŽtĂ© des rebelles que du cĂŽtĂ© gouvernemental. La Commission a Ă©tĂ© informĂ©e de l’agression dont les reprĂ©sentants des confessions religieuses ont Ă©tĂ© victimes. Un tĂ©moin a dĂ©clarĂ© Ă  la Commission qu’un jour, il a Ă©tĂ© emmenĂ© au camp militaire de la base aĂ©rienne de BouakĂ©, oĂč il a Ă©tĂ© frappĂ© et privĂ© d’eau et de nourriture. Une femme d’origine burkinabĂ©e a signalĂ© qu’elle a Ă©tĂ© bastonnĂ©e par des Ă©lĂ©ments des forces loyalistes qui sont rentrĂ©s chez elle. Elle en a encore des cicatrices. Un homme d’origine burkinabĂ©e a expliquĂ© Ă  la Commission qu’en 2002, lorsqu’il se trouvait chez lui dans un des quartiers de Yopogon, d’Abidjan, des militaires ont forcĂ© la porte de sa maison, l’ont menottĂ© et bastonnĂ©. Ils ont emmenĂ© ses deux enfants qui, au moment du tĂ©moignage, Ă©taient toujours portĂ©s disparus. En outre, ils ont pillĂ© sa maison. Une jeune femme a aussi tĂ©moignĂ© qu’un groupe de femmes dont elle faisait partie a Ă©tĂ© obligĂ© de rester pendant deux semaines dans une cellule d’un camp militaire, avec les corps de ses parents tuĂ©s. Elles ont ensuite Ă©tĂ© forcĂ©es d’enterrer ces corps. La mĂȘme femme a signalĂ© avoir Ă©tĂ© violĂ©e et forcĂ©e Ă  boire de l’urine et du sang. La Commission a appris que lors des Ă©vĂ©nements de Korhogo en juin 2004, les personnes qui avaient Ă©tĂ© enfermĂ©es dans le conteneur de la CTK devaient lĂ©cher leur propre transpiration parce qu’elles n’avaient rien Ă  boire. Une femme a expliquĂ© Ă  la Commission la mort de son mari coupĂ© en petits morceaux par des mercenaires libĂ©riens qui auraient aussi Ă©gorgĂ© toute une famille. Une autoritĂ© a tĂ©moignĂ© Ă  la Commission du cas d’une femme qui a Ă©tĂ© obligĂ©e de cuire et de manger la main de son mari, tuĂ© par des mercenaires libĂ©riens. La Commission a aussi reçu l’information sur un jeune homme qui a Ă©tĂ© obligĂ© d’avoir des rapports avec sa propre mĂšre. Cette derniĂšre a suppliĂ© son fils d’accepter pour avoir la vie sauve. AprĂšs l’acte, la mĂšre a Ă©tĂ© abattue sur le champ et le fils obligĂ© de boire le sang de sa mĂšre. D’autres tĂ©moins ont rapportĂ© que des parents ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, dĂ©shabillĂ©s devant leurs enfants, obligĂ©s de marcher Ă  quatre pattes et de traverser le village tout nus pour ensuite ĂȘtre abattus. D’autres personnes ont tĂ©moignĂ© avoir Ă©tĂ© victimes d’exĂ©cutions simulĂ©es ou des menaces de mort rĂ©itĂ©rĂ©es. La plupart des corps retrouvĂ©s dans des charniers Ă©taient complĂštement nus, d’autres amputĂ©s de certains membres, ce qui laissait croire aux tortures atroces et aux humiliations subies par les victimes avant de mourir. Les cicatrices observĂ©es sur bon nombre des victimes de la torture ainsi que des photos et cassettes vidĂ©o reçues par la Commission tĂ©moignent de l’ampleur et de la pratique gĂ©nĂ©ralisĂ©e de la torture tant du cĂŽtĂ© des rebelles que du cĂŽtĂ© des forces gouvernementales. Droit Ă  la sĂ©curitĂ© de la personneModifier La premiĂšre chose qui frappe en CĂŽte d’Ivoire est le nombre de barrages qu’il y a, mĂȘme Ă  l’intĂ©rieur des quartiers. Cependant, la sĂ©curitĂ© des citoyens ivoiriens n’en est pas plus sauvegardĂ©e, bien que l’article de la loi fondamentale ivoirienne dĂ©clare la personne humaine est sacrĂ©e » et l’article 4 que le domicile est inviolable. Les atteintes ou restrictions ne peuvent y ĂȘtre apportĂ©es que par la loi ». La terreur se lit sur les visages et le comportement de certains Ivoiriens et de certaines communautĂ©s qui ont Ă©tĂ© persĂ©cutĂ©es et continuent encore Ă  l’ĂȘtre dans des quartiers tels Anyama, Abobo, Adjame, Williamsville et Port-BouĂ«t. Les braquages se sont multipliĂ©s et se font en plein jour, depuis septembre 2002. Les prisons ont Ă©tĂ© cassĂ©es, ce qui a permis Ă  beaucoup de dĂ©linquants et criminels de s’échapper et d’opĂ©rer en toute tranquillitĂ© avec quelques Ă©lĂ©ments des forces de sĂ©curitĂ©. Les villages et villes de l’intĂ©rieur ne sont pas en reste. Au sujet des milices, la Commission a recueilli un grand nombre de tĂ©moignages prouvant l’existence des milices en CĂŽte d’Ivoire. Ces milices existent aussi bien Ă  Abidjan que dans les rĂ©gions de l’Ouest et du Centre ; elles ont commis beaucoup d’exactions. Le recrutement des miliciens se fait gĂ©nĂ©ralement dans les milieux des jeunes. La Sorbone », lieu de rencontre, situĂ© au Plateau Ă  Abidjan en serait un. Parmi ces milices, la Commission a eu des informations sur les Jeunes patriotes » dirigĂ©s par Charles BlĂ© GoudĂ© et Serge Kuyo. Ces deux milices opĂ©reraient essentiellement Ă  Abidjan. Selon les tĂ©moignages, les Jeunes patriotes prĂ©pareraient, Ă  Port-BouĂ«t, Ă  Cocody, Ă  Yopougon et dans plusieurs autres quartiers d’Abidjan, appelĂ©s les endroits de la rĂ©sistance », les attaques dirigĂ©s contre leurs cibles. Ils s’entraĂźneraient sous l’autoritĂ© des Ă©lĂ©ments des forces armĂ©es ou de la police. À Abidjan Ă©galement, le lycĂ©e Marie-ThĂ©rĂšse HouphouĂ«t-Boigny a Ă©tĂ© signalĂ© comme un lieu d’hĂ©bergement des milices. Plusieurs opĂ©rations des Jeunes patriotes » ont Ă©tĂ© organisĂ©es Ă  la suite des dĂ©cisions politiques prises par le prĂ©sident Laurent Gbagbo. AprĂšs le discours du 17 mai 2004, ce dernier a annoncĂ© la suspension des ministres dĂ©missionnaires du gouvernement et dĂ©clarĂ© que les rebelles devaient quitter l’hĂŽtel Golf, oĂč ils habitent. Par la suite, les jeunes patriotes de Cocody et les Ă©tudiants de la FESCI ont attaquĂ© le LycĂ©e français. Ils portaient des tee-shirts marquĂ©s du sigle de la FESCI. Ensuite, le mouvement s’est gĂ©nĂ©ralisĂ© et ils ont attaquĂ© les passants essentiellement des Blancs. Ils ont volĂ© des tĂ©lĂ©phones portables, des porte-monnaies et attaquĂ© des voitures. Ils Ă©taient protĂ©gĂ©s par la police qui interdisait le passage aux gens pour leur permettre de manifester en toute tranquillitĂ©. Les manifestations organisĂ©es par les Jeunes patriotes sont en gĂ©nĂ©ral violentes et accompagnĂ©es de pillages. C’était le cas de la manifestation qui a eu lieu le 9 mars 2004 devant le Palais de Justice au Plateau. Selon des tĂ©moignages crĂ©dibles, les Jeunes patriotes ont arrĂȘtĂ©, Ă  Yopougon le 30 aoĂ»t 2004 au soir, un ivoirien ĂągĂ© de 55 ans. Ils Ă©taient des dizaines Ă  crier À mort » ! Ils ont ensuite traĂźnĂ© leur victime jusqu’au poste de police le plus proche oĂč cette personne a Ă©tĂ© dĂ©tenue. La Commission a aussi appris que ces miliciens auraient tuĂ© au cours de la mĂȘme semaine une autre personne, la police ayant refusĂ© de la garder en dĂ©tention. La Commission a recueilli de nombreux tĂ©moignages selon lesquels les communautĂ©s religieuses ou Ă©trangĂšres notamment la communautĂ© musulmane ainsi que toute personne susceptible de gĂȘner le pouvoir sont les cibles des milices. Au moment oĂč la Commission Ă©tait encore en CĂŽte d’Ivoire, les Jeunes patriotes et les Ă©lĂ©ments de la FESCI ont attaquĂ© les voitures des Nations Unies le

2004. Ils ont agi de mĂȘme lors de la publication du Rapport de la Commission qui a enquĂȘtĂ© sur les Ă©vĂšnements des 24 et 25 mars 2004. La Commission tient Ă  signaler Ă©galement que EugĂšne DjuĂ©, l’un des chefs d’une branche des Jeunes patriotes, a en toute impunitĂ© profĂ©rĂ© des menaces de mort Ă  l’égard du reprĂ©sentant spĂ©cial du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies dans une interview publiĂ©e dans la presse Ă  la fin du mois d’aoĂ»t 2004. La FESCI a Ă©tĂ© Ă©galement citĂ©e par de nombreux tĂ©moins comme Ă©tant une milice dangereuse puisque ses Ă©lĂ©ments peuvent tuer impunĂ©ment. Au sujet, la Commission a notamment eu des tĂ©moignages concordants selon lesquels l’étudiant Habib Dodo, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’organisation de la Jeunesse communiste de la CĂŽte d’Ivoire JCOCI a Ă©tĂ© assassinĂ© le 23 juin 2004 par les membres de la FESCI. De mĂȘme, quelques dizaines de membres de la FESCI ont attaquĂ© le domicile de Ekisi Achy, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Parti communiste rĂ©volutionnaire de CĂŽte d’Ivoire PCRCI oĂč rĂ©sidait Habib Dodo. Ils ont brisĂ© fenĂȘtres, armoires, tĂ©lĂ©vision et volĂ© des bijoux et la somme de 1 600 000 FCFA. Ils ont ensuite emmenĂ© Habib Dodo qu’ils avaient dĂ©jĂ  sauvagement agressĂ©. D’aprĂšs les tĂ©moins, ils ont obligĂ© des taxis et minibus Ă  les conduire au campus de Cocody. C’est au siĂšge de la FESCI qu’un interrogatoire a eu lieu Ă  la suite duquel la victime fut torturĂ©e Ă  mort. AprĂšs l’avoir pendu Ă  un arbre, les Ă©lĂ©ments de la FESCI ont mis la dĂ©pouille dans un sac qu’ils ont jetĂ© Ă  cĂŽtĂ© de la clĂŽture de l’universitĂ© de Cocody. À la question posĂ©e par la Commission au sujet de l’enquĂȘte dans l’affaire Habib Dodo, de hauts responsables de la police Ă  Abidjan ont tout simplement rĂ©pondu que la FESCI est accusĂ©e d’avoir tuĂ© Habib Dodo mais qu’il n’y a pas de preuve ! On a mĂȘme appelĂ© les gens Ă  l’occasion d’un point de presse Ă  venir nous donner des informations, des noms ! en vain
 On s’attaque Ă  la FESCI pour attaquer Ă  travers elle le rĂ©gime de Gbagbo ! » a rĂ©pondu l’un des responsables. La raison de cet assassinat n’est autre que le soutien apportĂ© par Habib Dodo Ă  la crĂ©ation d’un nouveau syndicat estudiantin, l’Association gĂ©nĂ©rale des Ă©lĂšves et Ă©tudiants de CĂŽte d’Ivoire AGEECI. Plusieurs autres Ă©tudiants ont Ă©tĂ© victimes de tortures et de violences, ou ils ont Ă©tĂ© expulsĂ©s dĂ©finitivement de la citĂ© universitaire pour les mĂȘmes raisons. La Commission a eu l’occasion de constater les sĂ©quelles de tortures sur l’une des victimes. La FESCI continue de jouir d’une impunitĂ© totale, expliquĂ©e par nombreux tĂ©moins par le soutien dont bĂ©nĂ©ficie cette organisation des plus hautes autoritĂ©s du pays. Les milices font Ă©galement des victimes dans d’autres rĂ©gions du pays. À Yamoussoukro, la Commission a recueilli une documentation et des tĂ©moignages qui prouvent que dans cette rĂ©gion, aussi un grand nombre de gens ont Ă©tĂ© tuĂ©es par la milice. Yamoussoukro est entourĂ©e de cadavres. Pendant six mois on a eu plusieurs inhumations par semaine. Il s’agit de personnes tuĂ©es par balles ! » a dĂ©clarĂ© un tĂ©moin Ă  la Commission. Quelques semaines Ă  peine avant la visite de la Commission dans cette ville, quatorze corps ont Ă©tĂ© dĂ©couverts dans un charnier. Selon des tĂ©moignages concordants, Zambi Antoine AnsĂšlme, dit Scorpion, serait le responsable de ces crimes. Un autre tĂ©moin a dĂ©clarĂ© Ă  la Commission que trĂšs souvent les gens ont vu dans la voiture bachĂ©e de Scorpion » des personnes ligotĂ©es. Plus tard, ils ont trouvĂ© leurs dĂ©pouilles. Zambi Antoine AnsĂšlme a formĂ© Ă  Yamoussoukro une milice qu’il a appelĂ© les Scorpions guetteurs ». Cette milice a semĂ© la terreur dans toute la rĂ©gion. Dans les rĂ©gions de Toulepleu, DuĂ©kouĂ© et les environs, une milice conduite par Maho, 3e dĂ©lĂ©guĂ© au maire Ă  Guiglo, attaque les populations d’origine Ă©trangĂšre et tous ceux qui sont soupçonnĂ©s d’ĂȘtre des opposants au rĂ©gime de Gbagbo. De nombreux tĂ©moins ont affirmĂ© Ă  la Commission que cette milice procĂšde Ă  des assassinats et des tueries la nuit et durant la pĂ©riode du couvre-feu sans que les autoritĂ©s policiĂšres n’interviennent pour les arrĂȘter ou mĂȘme pour les dĂ©courager. Le jour oĂč la Commission a effectuĂ© une visite d’enquĂȘte dans la ville de DuĂ©kouĂ© cette milice a attaquĂ© une famille BurkinabĂ©. Le mari a succombĂ©, l’épouse atteinte par balle au niveau de l’épaule et du bras a pu survivre. La Commission a pu vĂ©rifier l’information en se rendant Ă  l’hĂŽpital oĂč elle a Ă©tĂ© transportĂ©e. A Blolequin, la nuit du 23 au 24 septembre 2003, la mĂȘme milice de Maho, armĂ©e et en tenue de combat, aurait abattu huit ressortissants burkinabĂ©s dans le campement de Abounakro dans le dĂ©partement de Blolequin. Ils auraient Ă©tĂ© ligotĂ©s et attachĂ©s les uns aux autres et mitraillĂ©s. D’autres milices ont pu ĂȘtre identifiĂ©es tels que le Front SĂ©curitĂ© du Centre Ouest FSCO, dirigĂ© par Gnatoa Marc Bertrand, le MJG dirigĂ© par Al Moustapha, la SOAF de Yves Dibopieu, ainsi que les GSP, GGR, UPLICI. Toutes les milices qui opĂšrent en CĂŽte d’Ivoire sont armĂ©es. À Gagnoa la FSCO aurait reçu un armement le 19 mai 2003 aprĂšs l’investiture du commandant Gnatoa Marc-Bertrand et cela devant les autoritĂ©s politiques, administratives et militaires dans cette mĂȘme ville. Ces armes, des Kalachnikov, ont Ă©tĂ© transportĂ©es jusqu’à Gagnoa, le 19 mai 2003 Ă  23 heures, dans un containeur de la SociĂ©tĂ© CIB Compagnie ivoirienne de bois. La Commission souligne d’autre part que tous les tĂ©moignages concordent concernant l’impunitĂ© dont bĂ©nĂ©ficient les milices. LibertĂ© de circulationModifier Selon le constat de la Commission et des tĂ©moignages, la libertĂ© de circulation en CĂŽte d’Ivoire est Ă  apprĂ©hender sous deux angles. En premier lieu, beaucoup de personnes vivant dans la zone sous contrĂŽle des Forces Nouvelles ou en provenance du Mali et du Burkina Faso doivent faire face Ă  des entraves pour se rendre dans la zone sous contrĂŽle gouvernemental. En juin 2004, ce sont plus de 1000 personnes en provenance du Mali et du Burkina Faso, dont certaines Ă©taient de nationalitĂ© ivoirienne, qui se sont vues refuser l’entrĂ©e dans la zone Sud par les Forces ArmĂ©es de CĂŽte d’Ivoire FANCI. AprĂšs avoir stationnĂ©es une semaine dans la zone de confiance en attente d’un Ă©ventuel dĂ©blocage de la situation, ces personnes ont finalement dĂ» repartir d’oĂč elles venaient. La Commission a Ă©tĂ© informĂ©e de la mort de plusieurs personnes en provenance du Nord en raison des sĂ©vices subis Ă  des barrages en zone sud, notamment Ă  Yamoussoukro et Toumodi. En aoĂ»t 2004, un bus de transport public ayant Ă  bord 100 personnes en majoritĂ© ressortissants burkinabĂ©s et maliensa Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© sur l’axe Yamoussokro-Abidjan par les FANCI sur ordre de Philippe Mango. Ces personnes ont Ă©tĂ© retenues Ă  la prĂ©fecture de police de Yamoussoukro pendant cinq jours au moins. Les femmes et les enfants ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s sur l’intervention des notables et les reprĂ©sentants burkinabĂ©s ; les hommes ont Ă©tĂ© acheminĂ©s Ă  Abidjan. En second lieu, l’existence de barrages, tant dans la zone sous contrĂŽle des rebelles que dans la zone contrĂŽlĂ©e par les troupes loyalistes, donne lieu Ă  des extorsions d’argent et des biens. Le nombre de barrages varie en fonction de la situation sĂ©curitaire de la localitĂ© et de l’intĂ©rĂȘt pĂ©cuniaire que ladite localitĂ© reprĂ©sente. Aussi Ă  bon nombre des barrages, les bus sont soumis Ă  un contrĂŽle strict des passagers et de leurs biens, ce qui donne libre court Ă  des abus. LibertĂ© de la presseModifier Les efforts du gouvernement de rĂ©conciliation nationale pour la mise en Ɠuvre du programme de Linas-Marcoussis l’ont conduit Ă  adopter un projet de loi sur le rĂ©gime juridique de la presse qui garantit la libertĂ© de la presse » et supprime les peines privatives de libertĂ© ». Quand bien mĂȘme l’Union nationale des journalistes de CĂŽte d’Ivoire UNJCI a saluĂ© l’adoption de ce texte qui marquera Ă  coup sĂ»r un tournant dĂ©cisif dans l’assainissement de l’environnement Ă©conomique et juridique des entreprises de presse et leur renforcement », la Commission a reçu des tĂ©moignages et obtenu des rapports sur certaines exactions Ă  l’encontre des organes de la presse et des journalistes. C’est surtout pour l’annĂ©e 2003 que le monde ivoirien des mĂ©dias a connu des moments difficiles pour lesquels les faits suivants ont Ă©tĂ© portĂ©s Ă  la connaissance de la Commission Le siĂšge du quotidien Le Patriote » a Ă©tĂ© mis Ă  feu Ă  deux reprises ; Le siĂšge de la radio privĂ©e Nostalgie » a subi le mĂȘme sort ; Les Jeunes Patriotes » ont Ă  plusieurs reprises, dĂ©chirĂ© des publications jugĂ©es hostiles au pouvoir et cassĂ© des kiosques qui vendaient des publications jugĂ©es de l’opposition comme Le Patriote », Le LibĂ©ral », 24 Heures », Le Jour » et Le Nouveau rĂ©veil ». Les livreurs de certains de ces journaux ont Ă©tĂ© plusieurs fois agressĂ©s ; Les Ă©missions des radios Ă©trangĂšres RFI, Africa NumĂ©ro 1 et BBC ont Ă©tĂ© interrompues Ă  deux reprises ; Le siĂšge de Canal Satellites Horizons » a un jour Ă©tĂ© attaquĂ© ; Le journaliste DembĂ©lĂ© Vazoumana du quotidien Tassouman », plus connu sous le pseudonyme de Recteur », a Ă©tĂ© enlevĂ© par des hommes en treillis qui l’ont sĂ©questrĂ© pendant des jours et ont tirĂ© Ă  bout portant sur ses jambes ; Ouattara Nagolourgo Jonas, journaliste photographe au quotidien Notre Voie » a Ă©tĂ© dĂ©pouillĂ© des images qu’il collectait et menacĂ© par les Ă©lĂ©ments des Forces Nouvelles ; Tagro Danielle du journal Le Courrier d’Abidjan » a Ă©tĂ© agressĂ©e par un ministre, pendant qu’elle prenait des images sur l’attaque du Cabinet de ce membre du gouvernement par les Ă©tudiants ; Au cours d’une cĂ©rĂ©monie officielle Ă  Yamoussoukro, Diallo Ibrahim, photographe et Charles Sanga, journaliste, tous deux du quotidien Le Patriote » ainsi que Franck KonatĂ© du journal 24 Heures » ont Ă©tĂ© agressĂ©s dans l’exercice de leur mĂ©tier par des Ă©lĂ©ments de la Garde prĂ©sidentielle ; Au moment de la mise en place du gouvernement de rĂ©conciliation nationale, un climat de rĂšglement de compte s’est installĂ© Ă  la RTI Radio tĂ©lĂ©vision ivoirienne. Cela a conduit au limogeage de certains hauts fonctionnaires et journalistes dont Georges AbokĂ©, directeur gĂ©nĂ©ral de la RTI, Jean-Paul Dahilly, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la RTI, Kpan Victor, rĂ©dacteur en chef de la premiĂšre chaĂźne, Pierre Ignace Tressia, sous-directeur de l’information Ă  la radio, Aka Francis, Directeur de la premiĂšre chaĂźne et NoĂ«l Gagno, sous-directeur de l’information tĂ©lĂ©visĂ©e ; M. Amadou Dagnogo, correspondant de L’Inter, est portĂ© disparu depuis le 28 aoĂ»t 2004 pour avoir rendu compte des dissensions dans les rangs des ex-rebelles ; Certains journalistes ont fait l’objet de menaces et d’autres manƓuvres d’intimidations Ă  cause de leurs Ă©crits ou de leur sympathie politique supposĂ©e. Il s’agit notamment de DĂ©nis Kah Zion du quotidien Le Nouveau RĂ©veil », Pol Dokui de la radiodiffusion ivoirienne ; Fofana MambĂ© du quotidien Soir Info », DĂ©nis KonĂ© du quotidien 24 Heures » et KonĂ© Seydou de Le Patriote ».. Le correspondant de RFI en CĂŽte d’Ivoire, Jean HĂ©lĂšne a Ă©tĂ© assassinĂ© et Guy AndrĂ© Kieffer a Ă©tĂ© portĂ© disparu dans des conditions non encore complĂštement mĂ©dias ont eu une place dĂ©terminante pour la crise ivoirienne. La presse et les tĂ©lĂ©visions nationales et internationales ont jouĂ© un rĂŽle important sur le dĂ©clenchement et dĂ©roulement des violences. La mĂȘme dynamique des clivages interethniques et religieuxpar l’instrumentalisation de l’ivoiritĂ© et de la xĂ©nophobie constitue un danger pour la CĂŽte d’Ivoire. D’une part, il y a les mĂ©dias acquis au pouvoir et, d’autre part, ceux des rebelles. Les unes et les autres publient des articles et des reportages teintĂ©s de xĂ©nophobie et d’intolĂ©rance religieuse. La Commission a constatĂ© que les mĂ©dias locaux ont contribuĂ© Ă  rĂ©pandre des opinions hostiles aux Ă©trangers et aux immigrants ce qui, en plus du litige sur la nationalitĂ©, aurait prĂ©cipitĂ© et alimentĂ© l’explosion de violence meurtriĂšre dans la CĂŽte d’Ivoire. La Commission a reçu en ce sens des nombreux tĂ©moignages des ressortissants Ă©trangers, notamment burkinabĂ©s. Ils ont dĂ©clarĂ© qu’aprĂšs les Ă©vĂšnements du 19 septembre 2002, ils ont Ă©tĂ© agressĂ©s par la population civile et par les forces de l’ordre et de sĂ©curitĂ©. Certains mĂ©dias ont eu aussi leur part de responsabilitĂ© dans le climat d’hostilitĂ© qui s’est dĂ©veloppĂ© en CĂŽte d’Ivoire Ă  l’égard des journalistes, et notamment des correspondants de la presse Ă©trangĂšre, qualifiĂ©e d’ennemie de la CĂŽte d’Ivoire » et de complice de rebelles qui dĂ©truisent le pays ». LibertĂ© d’association et de rĂ©unionModifier Le dĂ©clenchement de la guerre en septembre 2002 a créé un climat d’intolĂ©rance et de suspicion Ă  l’égard des leaders politiques, les dĂ©fenseurs des droits de l’homme, les syndicalistes et les leaders des mouvements Ă©tudiants qui ne s’inscrivaient pas dans l’orthodoxie de la pensĂ©e dominante. Au niveau de la sociĂ©tĂ© civile, ce sont les ONGs des droits de l’homme qui ont payĂ© un lourd tribu, particuliĂšrement le MIDH Mouvement ivoirien des droits de l’homme dont le siĂšge a Ă©tĂ© saccagĂ© et le prĂ©sident vit en exil. AprĂšs avoir dĂ©mĂ©nagĂ©, le nouveau siĂšge a fait l’objet de surveillance des services et agents de sĂ©curitĂ©. Des convocations, harcĂšlements, intimidations et menaces des membres de cette ONG ont conduit certains d’entre eux de vivre longtemps dans la clandestinitĂ© pendant que d’autres ont Ă©tĂ© obligĂ©s de prendre la route de l’exil, tel est le cas de MM Épiphane Zoro et Ibrahim Doumbia respectivement prĂ©sident et vice prĂ©sident. Il a Ă©tĂ© plusieurs fois accusĂ© de soutenir les rebelles. Le dimanche 30 mars 2003, au cours du journal tĂ©lĂ©visĂ© Ă  la RTI de 13H00, un conseiller Ă  la PrĂ©sidence a prĂ©sentĂ© le MIDH comme une organisation qui dĂ©nigre la CĂŽte d’Ivoire ». Cela a donnĂ© carte blanche aux Jeunes patriotes et autres forces parallĂšles dont la mission est de terroriser ceux qui sont dĂ©signĂ©s ou supposĂ©s ĂȘtre contre le pouvoir. En ce qui concerne les militants des partis politiques, qu’il s’agisse des rebelles ou des troupes gouvernementales, l’intolĂ©rance a rivalisĂ© avec la violence pour rĂ©primer tous ceux qui Ă©taient accusĂ©s ou suspectĂ©s d’ĂȘtre du camp adverse, considĂ©rĂ©s comme traĂźtres. Au Nord, comme Ă  l’Ouest, les ex-rebelles ont souvent pris pour cibles des gens qui avaient Ă©tĂ© politiquement actifs comme membres ou proches du FPI ou supposĂ©s tels et le fait d’ĂȘtre originaire du Sud faisait peser sur soi des prĂ©somptions d’espionnage lourdes de consĂ©quences. Des populations entiĂšres ont fuit les exactions des rebelles pour venir grossir Ă  Abidjan la masse des personnes dĂ©placĂ©es. Il en a Ă©tĂ© de mĂȘme pour les ressortissants du Nord communĂ©ment appelĂ©s Dioulas » se trouvant dans la zone sous contrĂŽle gouvernemental, ainsi que des partis politiques d’opposition. Bien que le pluralisme politique soit consacrĂ© dans la Constitution, des tĂ©moignages portĂ©s Ă  la connaissance de la Commission ont rĂ©vĂ©lĂ© des enlĂšvements, des sĂ©questrations, des arrestations, des tracasseries, des tortures et des assassinats, le pillage et la destruction des biens des leaders et des militants du RDR, de l’UDPCI et du PDCI/RDA, certains Ă©tant accusĂ©s d’ĂȘtre Ă  la base de la rĂ©bellion, d’autres de soutenir la rĂ©bellion. LibertĂ© de culte, de conscience et de religionModifier Les reprĂ©sentants des confessions religieuses ont fait part Ă  la Commission que leurs communautĂ©s Ă©taient la cible depuis le dĂ©but de la guerre civile, au Nord comme au Sud. C’est ainsi que les chrĂ©tiens auraient Ă©tĂ© agressĂ©s parce que taxĂ©s d’espions ; au Sud, les musulmans auraient subi le mĂȘme sort et seraient obligĂ©s de vivre repliĂ©s au sein de leur communautĂ©. Des tĂ©moignages ont fait Ă©tat de certaines formes de rĂ©pression, de tueries et d’attaques dans les lieux de culte. Des imams ont Ă©tĂ© assassinĂ©s, notamment Ă  Daloa et Ă  Abidjan. Droit Ă  la nationalitĂ©Modifier L’article 15 de la DĂ©claration Universelle des droits de l’homme de 1948, Ă  laquelle la CĂŽte d’Ivoire a souscrit, stipule que tout individu a droit Ă  une nationalitĂ© » et nul ne peut ĂȘtre arbitrairement privĂ© de sa nationalitĂ© ni du droit de changer de nationalitĂ© ». Par ailleurs, la loi numĂ©ro 61-415 du 14 dĂ©cembre 1961 portant code de nationalitĂ© ivoirienne, modifiĂ©e par la loi numĂ©ro 72-852 du 21 dĂ©cembre 1972 dans ses dispositions gĂ©nĂ©rales dĂ©termine ce qui suit la loi dĂ©termine quels individus ont Ă  leur naissance la nationalitĂ© ivoirienne Ă  titre de nationalitĂ© d’origine. La nationalitĂ© ivoirienne s’acquiert ou se perd aprĂšs la naissance par effet de la loi ou par une dĂ©cision de l’autoritĂ© publique prise dans les conditions fixĂ©es par l’article 1er ». L’article 3 dispose que les dispositions relatives Ă  la nationalitĂ© contenues dans les traitĂ©s ou accords internationaux dĂ»ment ratifiĂ©s et publiĂ©s s’appliquent, mĂȘme si elles sont contraires aux dispositions de la lĂ©gislation ivoirienne ». La Commission a constatĂ© une contradiction qui pourrait exister entre la notion d’ ivoiritĂ© » et les engagements pris par la CĂŽte d’Ivoire. À cet Ă©gard, plusieurs tĂ©moins ont signalĂ© Ă  la Commission qu’aprĂšs des dĂ©marches fastidieuses et coĂ»teuses, des cartes d’identitĂ© auraient Ă©tĂ© refusĂ©es aux descendants des immigrants parfois de deuxiĂšme ou troisiĂšme gĂ©nĂ©ration, crĂ©ant en l’espĂšce des apatrides. La Commission a en outre Ă©tĂ© informĂ©e que dans certains villages, une grande partie de la population, Ă  la place d’une piĂšce d’identitĂ©, aurait reçu des cartes de sĂ©jour, pour des visĂ©es Ă©lectoralistes. La Commission a pris acte de cette question de la nationalitĂ© qui se trouve au cƓur mĂȘme de la crise ivoirienne et Ă  laquelle il faudra trouver une solution pour une paix durable. Droit de prendre part Ă  la direction des affaires publiques de son paysModifier Tous les Ivoiriens n’ont pas les mĂȘmes possibilitĂ©s de prendre part Ă  la direction de leur pays. En effet, au lendemain de la guerre, beaucoup ont perdu leur travail dans les zones occupĂ©es sans pouvoir ĂȘtre rĂ©intĂ©grĂ©s. Des ministres ont Ă©tĂ© obligĂ©s de se replier dans leur village afin d’échapper Ă  des tentatives d’assassinat. La visite de certains MinistĂšres issus du gouvernement de rĂ©conciliation laissent voir sans Ă©quivoque leur exclusion dans la direction du pays. Certains services en pĂątissent. La Constitution ivoirienne consacre le droit de vote. Cependant, il existe des allĂ©gations sur la non dĂ©livrance de la piĂšce d’identitĂ©, piĂšce nĂ©cessaire pour la participation au scrutin. Cela aurait permis d’exclure des Ă©lections de 2000 des citoyens en Ăąge de voter. L’échĂ©ance Ă©lectorale de 2005 fait redouter les observateurs sur le processus Ă©lectoral. Tant que la modification et le projet de loi sur la nationalitĂ© ne seront pas dĂ©finitivement clĂŽturĂ©s, il n’est pas Ă©vident que ce droit puisse s’exercer sans obstruction. Expulsions massives des populationsModifier De septembre 2002 Ă  ce jour, il y a eu des expulsions massives de populations alors que de tels faits sont prohibĂ©s par la DĂ©claration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. Des villages ont Ă©tĂ© dĂ©truits et les populations contraintes de quitter tous leurs biens pour sauver leur vie. Discrimination et exclusionModifier Cette pratique existe malgrĂ© l’adhĂ©sion de la CĂŽte d’Ivoire aux diffĂ©rents textes internationaux et rĂ©gionaux, repris dans leur loi fondamentale et les textes complĂ©mentaires. Les personnes vulnĂ©rablesModifier Droits des enfantsModifier Les enfants et les adolescents sont les premiers victimes de cette crise. De nombreux tĂ©moignages ont fait Ă©tat de cas d’enfants, filles et garçons tuĂ©s dĂ©libĂ©rĂ©ment. En outre, ils ont Ă©tĂ© soumis Ă  des actes de torture et d’autres traitements cruels, inhumains ou dĂ©gradants. La Commission a eu des tĂ©moignages sur les cas d’enfants disparus, recrutĂ©s de force et soumis Ă  des travaux forcĂ©s. Des filles auraient Ă©tĂ© violĂ©es. Ces actes ont Ă©tĂ© constatĂ©s de part et d’autre des parties en conflit. Plusieurs organisations ont soulignĂ© l’accroissement du nombre d’enfants vivant dans la rue dans les principales villes, notamment au sud du pays. Il est certain, que cette situation est une consĂ©quence de l’appauvrissement accĂ©lĂ©rĂ© et de l’accroissement du chĂŽmage en milieu rural et urbain. En outre, il y a un lien Ă©vident de ce phĂ©nomĂšne avec le dĂ©placement forcĂ© subi par de nombreux enfants. Des tĂ©moignages concordants ont montrĂ© l’existence d’un nombre important, d’enfants victimes de dĂ©placement forcĂ© et dont certains seraient sans parents. Plusieurs enfants ont Ă©tĂ© recueillis dans des centres Ă©tablis par des organisations internationales et des ONGs. Quelques uns ont pu ĂȘtre rĂ©intĂ©grĂ©s par la suite dans leurs familles. Un certain nombre est encore abritĂ© dans ces centres en raison de l’impossibilitĂ© de rentrer dans leurs villages ou rĂ©gions d’origine, ou parce qu’on ignore le sort de leurs familles [13] ». De surcroĂźt, d’autres tĂ©moignages ont signalĂ© l’existence de villages d’enfants, notamment prĂšs de DananĂ© et aux alentours de BouakĂ©, oĂč des enfants ĂągĂ©s parfois de 15 ans ou moins font office de chefs de famille, suite Ă  la mort ou la disparition prĂ©sumĂ©e de leurs parents [14] ». L’engagement des enfants dans des activitĂ©s incompatibles avec leur Ăąge reste une question inquiĂ©tante. Outre les informations ci-dessus, la Commission a pris connaissance Ă©galement de la participation d’écoliers Ă  des actes d’ordre politique, telles que des manifestations. Le recrutement des enfants au sens de l’art. 1 de la Convention sur les droits de l’enfant est une des consĂ©quences multiples de la crise. Par sa rĂ©solution 1479 2003, adoptĂ© le 13 mai 2003, le Conseil de SĂ©curitĂ© a engagĂ© toutes les parties ivoiriennes Ă  s’abstenir de recruter ou d’utiliser des mercenaires ou des unitĂ©s militaires Ă©trangĂšres. Il a en outre exigĂ© que, conformĂ©ment Ă  sa rĂ©solution 1460 2003, toutes les parties au conflit qui recrutent ou utilisent des enfants en violation de leurs obligations internationales mettent fin immĂ©diatement Ă  cette pratique. Toutefois, divers interlocuteurs ont attirĂ© l’attention de la Commission sur l’enrĂŽlement des enfants, dont certains en bas Ăąge, et leur participation Ă  des incidents armĂ©s ou dans l’accomplissement de diverses tĂąches. Selon ces sources, des enfants ont Ă©tĂ© enrĂŽlĂ©s de grĂ© ou de force par les deux parties au conflit. Toutefois, pour ce qui est des forces gouvernementales cette pratique semble ĂȘtre liĂ©e Ă  l’engagement de groupes armĂ©s agissant comme des supplĂ©tifs des forces armĂ©es nationales. MalgrĂ© certaines initiatives, notamment Ă  BouakĂ© et Man, permettant l’identification de quelques 60 enfants soldats, divers observateurs civiles et militaires ont signalĂ© la prĂ©sence d’enfants soldats notamment au sein des composantes des Forces Nouvelles. Certains ont attirĂ© l’attention sur le fait qu’au cours des trois derniers mois, des enfants soldats semblent avoir Ă©tĂ© dĂ©placĂ©s vers d’autres rĂ©gions du pays. En effet, un certain nombre de cas portĂ©s Ă  la connaissance de la Commission montrent cette rĂ©alitĂ©. Ainsi, courant 2003, plusieurs enfants soldats se trouvaient enrĂŽlĂ©s au sein de la force LIMA [15], engagĂ©e comme supplĂ©tifs des FANCI, de mĂȘme que du groupe MODEL [16] et des forces rebelles. Entre juin et aoĂ»t 2004, des enfants soldats se trouvaient dans des postes de contrĂŽle Ă  Ferkessedougou, Sinematiali, Monoko-Zohi, Gobazra, Niakaramandougou et BouakĂ©. Certains de ces enfants agiraient vraisemblablement comme des supplĂ©tifs, en accomplissant des taches diverses tels que des achats, de liaison avec d’autres postes. NĂ©anmoins, lorsqu’ils ont Ă©tĂ© aperçus, la plupart d’entre eux portaient des armes, telles que des AK 47. Violences sexuelles faites aux femmesModifier Les plus graves violations des droits de l’homme ont Ă©tĂ© observĂ©es Ă  travers les violences sexuelles faites aux femmes, fruit de la banalisation de la souffrance ainsi que du mĂ©pris de la dignitĂ© de la personne humaine en CĂŽte d’Ivoire. De chaque cĂŽtĂ© des belligĂ©rants, les femmes ont Ă©tĂ© utilisĂ©es pour assouvir des appĂ©tits bestiaux des combattants dont certains Ă©taient sous l’effet des drogues. Les cruautĂ©s et la barbarie auxquelles les femmes ont Ă©tĂ© soumises constituent une preuve que la violence Ă  l’encontre des femmes n’est pas encore perçue comme un crime grave en CĂŽte d’Ivoire. Les violences qui ont Ă©tĂ© portĂ©es Ă  la connaissance de la Commission par des tĂ©moins et quelques rares fois directement par les victimes ont fait mention des viols des femmes de tous Ăąges y compris des mineures de moins de 12 ans, des viols prĂ©cĂ©dĂ©s et/ou accompagnĂ©s de traitements cruels, inhumains et dĂ©gradants, des viols en prĂ©sence du conjoint et/ou des enfants, obligation de commettre l’inceste, harcĂšlement sexuel, attentat Ă  la pudeur, rapt et esclavage sexuel. Le viol des femmes a Ă©tĂ© frĂ©quemment utilisĂ© depuis les Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002 comme arme de guerre contre les populations dans les diffĂ©rentes zones de combats, de dĂ©placements ou de rĂ©sidence. Des centaines de femmes de tout Ăąge ont Ă©tĂ© violĂ©es durant cette pĂ©riode. Ces viols ont eu des consĂ©quences sociales dramatiques. En effet, des femmes et des jeunes filles qui en ont Ă©tĂ© victimes sont repoussĂ©es par leur milieu social, des enfants sont nĂ©s de ces actes et d’autres sont gravement malades VIH/SIDA, MST, trouble mental, etc.. L’identitĂ© de certains auteurs de ces viols, parfois collectifs, a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e Ă  la Commission et leurs noms figurent sur la liste confidentielle en annexe du prĂ©sent rapport. Rappelons que la CĂŽte d’Ivoire est partie Ă  la Convention internationale sur l’élimination de toutes formes de discrimination Ă  l’égard des femmes ratifiĂ©e le 18/12/95 et a aussi adoptĂ© la RĂ©solution 48/104 de l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations Unies contre la violence faite aux femmes. La Commission a reçu le tĂ©moignage d’un homme qui a Ă©tĂ© contraint de violer sa propre fille devant le reste de la famille. Suite Ă  cette scĂšne, la mĂšre est devenue folle. Dans un autre village, une femme enceinte a Ă©tĂ© dĂ©shabillĂ©e en public et a Ă©tĂ© obligĂ©e de simuler l’acte sexuel pendant plusieurs heures. Elle a accouchĂ© d’un mort nĂ© le lendemain. Dans le mĂȘme village, dix femmes ont Ă©tĂ© violĂ©es par une centaine de rebelles. Une jeune fille de 16 ans a Ă©tĂ© violĂ©e par huit personnes qui lui ont par la suite cassĂ© le bassin. Elle ne peut ni s’asseoir, ni marcher. Lors de la courte reprise de Bangolo, des viols collectifs ont Ă©tĂ© commis par les Forces LIMA. Par respect pour les victimes et pour leur Ă©viter des reprĂ©sailles, la liste des victimes et de certains auteurs prĂ©sumĂ©s des viols est repris en annexe confidentielle du rapport. Violations graves des droits Ă©conomiques, sociaux et culturelsModifier Droits Ă©conomiques et sociauxModifier En dĂ©cidant d’inclure les droits Ă©conomiques et sociaux dans son rapport consacrĂ© aux violations graves des droits de l’homme commises sur toute l’étendue du territoire de CĂŽte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002, la Commission est consciente de la controverse de caractĂšre doctrinale entretenue sur la nature et la valeur des droits Ă©conomiques, sociaux et culturels par rapport aux droits civils et politiques. Sans vouloir chercher Ă  prendre position en faveur de l’une de thĂšses en prĂ©sence et d’entrer ainsi au cƓur du dĂ©bat, en traitant dans le prĂ©sent rapport de violations des droits Ă©conomiques, sociaux et culturels, la Commission a simplement voulu souligner le caractĂšre d’indivisibilitĂ© et interdĂ©pendance des droits de l’homme. L’ĂȘtre humain ne peut en effet vivre sans s’épanouir, sans jouir pleinement aussi bien des droits civils et politiques que de ceux de la catĂ©gorie dite de droits Ă©conomiques, sociaux et culturels. La crise multiforme survenue en CĂŽte d’Ivoire a de toute Ă©vidence dĂ©montrĂ© l’interdĂ©pendance et l’indivisibilitĂ© des droits Ă©voquĂ©s plus haut. En effet, cette crise politique au dĂ©part s’est muĂ©e en bien d’autres formes Ă  la suite de la guerre dĂ©clenchĂ©e Ă  partir de la rĂ©bellion qui est aussi un Ă©pisode politique. ConsidĂ©rĂ© ainsi globalement, la crise ivoirienne a eu des fortes consĂ©quences aussi bien sur la jouissance des droits de l’homme que sur les dimensions Ă©conomiques de tous ceux qui vivent en CĂŽte d’Ivoire. La Commission devait donc de prendre en compte et de faire rĂ©fĂ©rence dans son rapport, des violations de droits Ă©conomiques, sociaux et culturels. Au titre de violations graves de droits Ă©conomiques, sociaux et culturels, la Commission a retenu ce qui suit Aggravation du contexte macro-Ă©conomique gĂ©nĂ©ralModifier La guerre qui a sĂ©vi en CĂŽte d’Ivoire a eu des consĂ©quences importantes mais nĂ©gatives sur la jouissance des droits Ă©conomiques, sociaux et culturels. Ces consĂ©quences ont Ă©tĂ© aggravĂ©es par le contexte Ă©conomique gĂ©nĂ©ral correspondant Ă  une pĂ©riode trĂšs critique. Dans les zones oĂč des combats se sont dĂ©roulĂ©s, il en est rĂ©sultĂ© des dĂ©placements forcĂ©s de populations et par voie de consĂ©quence, la jouissance et le respect des droits Ă©conomiques et sociaux ont Ă©tĂ© rendus trĂšs difficiles, voire rĂ©duite Ă  nĂ©ant. Avenir Ă©conomique de la CĂŽte d’Ivoire ; dĂ©couverte de nouvelles richessesModifier La Commission a reçu des tĂ©moignages faisant Ă©tat d’évĂ©nements qui peuvent faire croire Ă  un certain optimisme quant Ă  l’avenir Ă©conomique de la CĂŽte d’Ivoire. Il serait notamment question de dĂ©couvertes de puits de pĂ©trole [17] et que la rĂ©serve serait proche de celle du KoweĂŻt et qu’ainsi, la CĂŽte d’Ivoire pourrait devenir le deuxiĂšme producteur africain de pĂ©trole aprĂšs le Nigeria. Au surplus il serait question, toujours selon ces tĂ©moignages, du pĂ©trole vert », lequel serait trĂšs prisĂ©. À cĂŽtĂ© du pĂ©trole, on aurait Ă©galement dĂ©couvert, selon des tĂ©moignages, du gaz entre San Pedro et Sassandra ; la rĂ©serve en permettrait l’exploitation pendant un siĂšcle. D’autres ressources existeraient aussi tel l’or, les diamants, outre des mĂ©taux qui sont actuellement utilisĂ©s dans la fabrication de satellites. Selon cette source, la guerre en CĂŽte d’Ivoire serait liĂ©e Ă  cet Ă©tat de choses et aurait pour but, soit d’empĂȘcher ou tout au moins, certains groupes Ă  profiter de l’exploitation de ces nouvelles richesses ivoiriennes, soit d’entretenir le dĂ©sordre dans le pays, car un tel contexte favorise l’exploitation sans contrĂŽle des produits existants. Position dominante de certains groupes d’intĂ©rĂȘtModifier Les tĂ©moignages recueillis ont aussi permis de savoir que la loi de 1998 portant code rural et foncier serait liĂ©e Ă  la position dominante que la France ou les intĂ©rĂȘts français occupent en CĂŽte d’Ivoire. Selon ces sources, les Français possĂ©deraient 45 % de la terre et que, curieusement, les siĂšges oĂč se trouve la PrĂ©sidence de la RĂ©publique et l’AssemblĂ©e nationale ivoirienne feraient l’objet d’un bail conclu avec des Français. Ces derniers contrĂŽleraient les secteurs de l’eau et de l’électricitĂ© qui reprĂ©sentent une somme de 10 milliards de CFA par mois. Selon la mĂȘme source, les Français contrĂŽleraient en outre 20 000 entreprises en plus du poids que leur pays exerce sur le Franc CFA. Les Français dĂ©tiendraient 70 % des bĂ©nĂ©fices du commerce ivoirien, ces bĂ©nĂ©fices transitant par la Banque de France. Le tĂ©moin a aussi signalĂ© qu’en vue de la rĂ©alisation de la construction d’un troisiĂšme pont Ă  Abidjan, la dĂ©cision du gouvernement ivoirien de recourir Ă  un appel d’offres international n’a pas plu Ă  certains milieux. Le tĂ©moin dĂ©clare que ces faits expliqueraient le sentiment de haine ou l’animositĂ© que les membres de ces milieux feraient montre Ă  l’égard du prĂ©sident Laurent Gbabgo. Selon ce mĂȘme tĂ©moin, cette haute autoritĂ© serait opposĂ©e au monopole, ce qui expliquerait Ă©galement l’attitude hostile vis-Ă -vis de l’intĂ©ressĂ©. Si donc l’avenir de la CĂŽte d’Ivoire pourrait apparaĂźtre de plus radieux et prometteur, permettant d’espĂ©rer Ă  une grande amĂ©lioration de la situation Ă©conomique gĂ©nĂ©rale dans ce pays, le contexte Ă©conomique et social consĂ©cutif Ă  la crise ivoirienne est de loin dĂ©lĂ©tĂšre et moins reluisant. À cet Ă©gard, la ConfĂ©dĂ©ration des syndicats libres de la CĂŽte d’Ivoire a donnĂ© le tableau ci-aprĂšs quant Ă  la jouissance des droits Ă©conomiques et sociaux Le chiffre des travailleurs qui ont perdu la vie pendant la guerre n’est pas connu ;En ce qui concerne le droit Ă  la santĂ© au dĂ©but, le gouvernement ivoirien prenait en charge un certain nombre des personnes dĂ©placĂ©es, spĂ©cialement les enfants, ces derniers auraient Ă©tĂ© par la suite syndicat recommande cependant que le gouvernement soit appuyĂ© pour mieux venir en aide Ă  cette catĂ©gorie de personnes vulnĂ©rables. Le droit Ă  l’éducation et le travail des enfants les interlocuteurs de la Commission l’ont informĂ©e que la guerre a freinĂ© l’élan du gouvernement qui avait pourtant rĂ©alisĂ© des avancĂ©es dans le domaine de l’éducation en appliquant notamment la gratuitĂ© de la scolaritĂ© de base. Mais la destruction des Ă©coles et la dispersion des enfants, le phĂ©nomĂšne des enfants de la rue notamment mendiants, la prostitution des mineurs, l’enrĂŽlement forcĂ© des enfants, particuliĂšrement Ă  BouakĂ©, l’exploitation des enfants et surtout des filles pour des travaux domestiques, l’utilisation et la soumission des enfants Ă  des tĂąches inadaptĂ©es Ă  leur Ăąge et Ă  leur Ă©tat, etc
 ont davantage fragilisĂ© la situation des enfants, les rendant encore plus vulnĂ©rables. À la suite de la fermeture de l’UniversitĂ© Ă  BouakĂ©, plusieurs Ă©tudiants se sont dispersĂ©s Ă  cause de la guerre et se retrouvent ainsi hors des Ă©tudes. Le syndicat DignitĂ© a dĂ©clarĂ© avoir obtenu de l’OIT un financement pour une campagne de sensibilisation au sein des entreprises sur la nĂ©cessitĂ© du respect du droit de l’enfant. Il s’est avĂ©rĂ©, selon ce syndicat, que ce sont les entreprises privĂ©es, en particulier celles du coton et les mines d’or, qui utilisent le plus la main-d’Ɠuvre infantile. À Abidjan, les enfants seraient beaucoup plus utilisĂ©s dans le secteur informel. L’enquĂȘte rĂ©alisĂ©e par ce syndicat a permis d’établir que la plupart des entreprises utilisant les enfants appartiendraient Ă  des ressortissants BurkinabĂ©s et Maliens. Ce phĂ©nomĂšne serait aussi perceptible dans les plantations de cafĂ© et de cacao, notamment Ă  Guiglo, dans la prĂ©fecture de Blolequin. L’utilisation de la main d’Ɠuvre infantile serait justifiĂ©e », Ă  certains endroits, par le fait que pour beaucoup d’entre eux, le travail leur permettrait de se payer des cours coraniques. Selon cette mĂȘme source, le Bureau international catholique sur l’enfance a effectuĂ© des enquĂȘtes qui auraient rĂ©vĂ©lĂ© que 15 000 enfants maliens travailleraient en CĂŽte d’Ivoire ; que 2 500 enfants seraient occupĂ©s dans un travail dans le cadre familial ;Afin d’élucider la question du travail des enfants, une commission mixte composĂ©e de 16 membres a Ă©tĂ© constituĂ©e entre le Mali et la CĂŽte d’Ivoire pour Ă©valuer l’ampleur du phĂ©nomĂšne. Le syndicat DignitĂ© a signalĂ© notamment qu’il a Ă©tĂ© saisi du cas de deux jeunes filles occupĂ©es dans des tĂąches domestiques et qui, au moment de rĂ©clamer leur salaire, ont Ă©tĂ© accusĂ©es par leur employeur d’avoir volĂ© dans la maison de leur maĂźtre. Destruction, pillage ou fermeture d’entreprisesModifier Plusieurs autres formes des violations des droits Ă©conomiques et sociaux ont Ă©tĂ© constatĂ©es du fait de la destruction et/ou de la fermeture des entreprises Ă  la suite de la guerre. Cela a entraĂźnĂ© un nombre Ă©levĂ© de chĂŽmeurs et de dĂ©placĂ©s. Parmi les personnes dĂ©cĂ©dĂ©es, on a dĂ©plorĂ© la prĂ©sence de nombreux travailleurs et de syndicalistes. Cela a dĂ©capitĂ© le fonctionnement de certaines centrales syndicales, surtout dans le Nord du pays. La guerre a aussi eu pour effet de rendre plus difficile et plus onĂ©reuse l’écoulement des produits vers des centres de consommation ou des marchĂ©s. Cela a en outre Ă©tĂ© accentuĂ© par la division du pays en deux parties et a, par ricochet, rendu plus difficiles les conditions de vie dĂ©jĂ  prĂ©caires des populations. LibertĂ©s syndicalesModifier Aux questions des membres de la Commission si la libertĂ© syndicale Ă©tait effectivement garantie depuis la fin du monopartisme et de ses consĂ©quences logiques Ă  cet Ă©gard, s’il existait une convention collective, quel Ă©tait le rĂŽle de l’inspection du travail, la dĂ©lĂ©gation syndicale a rĂ©pondu par l’affirmative mais a toutefois prĂ©cisĂ© que Tous les droits syndicaux sont garantis et reconnus par le code ivoirien du travail et les conventions pertinentes de l’OIT auxquelles la CĂŽte d’Ivoire est qu’étant consacrĂ©e dans ces textes, la libertĂ© de crĂ©ation de syndicats et le droit de grĂšve sont soumis Ă  certaines restrictions rĂ©glementaires. C’est ainsi que s’agissant par exemple du droit de grĂšve, il est exigĂ© au prĂ©alable de donner un prĂ©avis et d’en indiquer les motifs. Il existe une convention collective adoptĂ©e dans le cadre de la lĂ©gislation de 1964 et 1975. Les inspecteurs du travail existent certes mais sont inefficaces parce que confrontĂ©s au phĂ©nomĂšne de corruption gĂ©nĂ©ralisĂ©e qui a cours en CĂŽte d’Ivoire. Le mouvement syndical ivoirien n’avait pas de problĂšme majeur avec le gouvernement mais plutĂŽt avec le patronat. À titre d’exemple, lorsque fut dĂ©clenchĂ©e en 2004, la grĂšve de l’UFAM-CI par les travailleurs qui rĂ©clamaient la dĂ©mission du chef du personnel qui leur vendait des poulets, des problĂšmes ont surgi au niveau du recouvrement. La police est intervenue pour disperser les travailleurs qui faisaient un sit-in ; 36 travailleurs furent licenciĂ©s. De mĂȘme, lors de la grĂšve Ă  la plantation de la culture de l’hĂ©vĂ©a, les travailleurs rĂ©clamaient une prime alors qu’ils venaient de bĂ©nĂ©ficier d’une augmentation de salaire de 10 %. Le syndicat est intervenu et la revendication a Ă©tĂ© jugĂ©e lĂ©gale et lĂ©gitime. Lors de la grĂšve des greffiers au MinistĂšre de la Justice, toujours pour des revendications salariales, les meneurs ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s. Ils ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s par la suite grĂące Ă  l’intervention du syndicat existe trois grands syndicats en CĂŽte d’Ivoire la ConfĂ©dĂ©ration des syndicats libres de CĂŽte d’Ivoire baptisĂ© DignitĂ© » ; l’Union gĂ©nĂ©rale des travailleurs de CĂŽte d’Ivoire et la FĂ©dĂ©ration des syndicats autonomes de CĂŽte d’ a cependant Ă©tĂ© prĂ©cisĂ© Ă  l’intention des membres de la Commission, qu’avec l’ouverture syndicale ayant coĂŻncidĂ© avec le dĂ©but du multipartisme, certains syndicats se sont alignĂ©s sur les positions politiques concernant des questions d’intĂ©rĂȘt national. La lutte du syndicat DignitĂ© remonte aux annĂ©es 90, plus prĂ©cisĂ©ment avec la grĂšve de 1993 dont fait Ă©tat le rapport du BIT relatif Ă  l’annĂ©e 1994. Il y a eu des morts mais des rĂ©sultats substantiels en ont rĂ©sultĂ© plus jamais en CĂŽte d’Ivoire, des syndicalistes n’ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s depuis cette date pour avoir exercĂ© leur droit de grĂšve ; les prĂ©lĂšvements obligatoires sur les salaires des travailleurs ont aussi Ă©tĂ© supprimĂ©s Ă  partir de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du syndicat DignitĂ© a enfin terminĂ© par des informations sur sa mission dans le Nord de la CĂŽte d’Ivoire et sur un aperçu des acquis du mouvement syndical ivoirien. Exercice des droits Ă©conomiques et sociaux au Nord de la CĂŽte d’IvoireModifier Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a expliquĂ© Ă  la Commission que sans l’autorisation et la protection de la Licorne, sa mission aurait Ă©tĂ© compromise car les rebelles lui auraient refusĂ© l’accĂšs aux entreprises qu’il pouvait visiter ; sur les 8 000 travailleurs que comptait BouakĂ© Ă  l’époque, il n’en resterait que 300 ; selon des tĂ©moins, Ă  ZouĂ©noula, on aurait aperçu des camions immatriculĂ©s au Ghana venus charger du sucre en CĂŽte d’ Ă  ces informations, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a alertĂ© les autoritĂ©s en leur Ă©crivant ainsi qu’à ses homologues des pays voisins. Dans ce contexte, son syndicat a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un financement de la Belgique pour organiser un sĂ©minaire de moralisation et de sensibilisation Ă  Banfoura entre les travailleurs ivoiriens et burkinabĂ©s. Mais il signale regretter que le thĂšme du sĂ©minaire ait Ă©tĂ© modifiĂ© en derniĂšre minute pour ĂȘtre plutĂŽt consacrĂ© au problĂšme foncier en CĂŽte d’Ivoire. Dans la partie nord oĂč se trouvent de grandes plantations et la majeure partie de propriĂ©taires terriens, la guerre a entraĂźnĂ© des destructions Ă©normes ainsi que des pillages. Quelques acquis de la lutte syndicale ivoirienneModifier Sur cette question, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a signalĂ© Ă  l’intention de la Commission ce qui suit, obtenu notamment grĂące Ă  l’action de son organisation le salaire des femmes qui Ă©tait initialement de 5 000 FCFA par mois est actuellement de 26 000 FCFA ; celui des travailleurs de milieux ruraux, qui Ă©tait de 10 000 FCFA est Ă©galement passĂ© Ă  26 000 FCFA ; le SMIG est actuellement Ă  36’607 FCFA et passera Ă  42 000 FCFA au cours de la deuxiĂšme annĂ©e ; certains patrons ne respectent guĂšre l’obligation de payer le SMIG Ă  leur personnel et le MinistĂšre du Travail demeure sans rĂ©action face Ă  cette anomalie ; la protection des travailleurs et les conditions de travail ne sont pas respectĂ©es dans toutes les titre illustratif, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a mentionnĂ© le cas d’un ouvrier atteint d’une infection pulmonaire due Ă  de mauvaises conditions de travail, mais pour lequel le mĂ©decin de l’entreprise aurait recommandĂ© auprĂšs de son collĂšgue d’indiquer que ledit travailleur souffrait plutĂŽt du a aussi Ă©tĂ© Ă©voquĂ© qu’aprĂšs septembre 2002, certains travailleurs avaient perdu leur emploi Ă  cause de leur appartenance tribale, ethnique ou rĂ©gionale. Le cas de femmes d’une entreprise de pĂȘche a aussi Ă©tĂ© signalĂ©. Des femmes auraient Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©es inaptes alors qu’elles prĂ©sentaient des dĂ©formations physiques dues au fait qu’elles Ă©taient obligĂ©es de travailler dans la position debout pendant de nombreuses annĂ©es. Il a aussi Ă©tĂ© fait mention d’une dame qui avait Ă©tĂ© licenciĂ©e pour avoir souhaitĂ© et obtenu de bĂ©nĂ©ficier d’un congĂ© de maternitĂ©. Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a terminĂ© en faisant observer que beaucoup d’anomalies ou d’irrĂ©gularitĂ©s ou de manquements qui sont constatĂ©s dans le monde du travail au mĂ©pris des textes garantissant les conditions et les relations de travail ont lieu Ă  cause de la corruption gĂ©nĂ©ralisĂ©e et Ă  l’impunitĂ© qui sĂ©virait en CĂŽte d’Ivoire. Les droits culturelsModifier Au titre des violations majeures des droits culturels, la Commission tient Ă  stigmatiser la rĂ©tention, dans diffĂ©rentes morgues d’Abidjan des dĂ©pouilles des personnes qui ont trouvĂ© la mort lors des incidents ayant Ă©maillĂ© la rĂ©pression sanglante lors de la marche qui avait Ă©tĂ© organisĂ©e le 24 mars 2004. Pour des raisons qui n’ont pas Ă©tĂ© clairement explicitĂ©es Ă  la Commission, les familles des personnes dĂ©cĂ©dĂ©es qui n’étaient pas en mesure d’honorer les factures de frais de conservation des dĂ©pouilles gardĂ©es dans des morgues, ou des familles des personnes dont l’autopsie avait Ă©tĂ© demandĂ©e par les autoritĂ©s, n’étaient pas autorisĂ©es Ă  prendre les dĂ©pouilles des leurs en vue de l’inhumation. En effet, dans les deux cas de figure, la mise Ă  disposition de toute dĂ©pouille est subordonnĂ©e, selon la lĂ©gislation en vigueur en CĂŽte d’Ivoire, Ă  la dĂ©livrance d’un document dĂ©livrĂ©e uniquement par l’autoritĂ© judiciaire [18]. La Commission considĂšre qu’en l’espĂšce, le droit Ă  une sĂ©pulture digne et descente a Ă©tĂ© violĂ©. En effet, la mort de ces personnes Ă©tant survenue Ă  la suite des actes de violence causĂ©s par les services chargĂ©s du maintien de l’ordre, est donc imputable au gouvernement. Ce dernier est donc responsable de la rĂ©tention des dĂ©pouilles de ces personnes et des frais encourus Ă  cet effet vis-Ă -vis de l’administration des morgues de CĂŽte d’Ivoire. Dans les coutumes et donc, selon la culture de beaucoup de pays africains, le deuil d’une personne ne peut avoir lieu Ă  dĂ©faut d’inhumation du corps de l’intĂ©ressĂ©. En se fondant sur le facteur propre Ă  la culture Ă  certaines traditions africaines et au respect dĂ» aux morts, la Commission a attirĂ© la particuliĂšre attention du prĂ©sident Laurent Gbagbo sur cette situation. Cette autoritĂ© a dĂ©cidĂ© et promis de faire prendre des dispositions nĂ©cessaires en vue de rendre aux familles les dĂ©pouilles des leurs dont la mort est survenue Ă  Abidjan dans le cadre des Ă©vĂ©nements du 24 mars 2004. Au titre de violations des droits culturels, des cas de profanation de sĂ©pultures et d’attaques contre les lieux de culte ont aussi Ă©tĂ© signalĂ©s Ă  la Commission. ADMINISTRATION DE LA JUSTICEModifier Il ne peut y avoir de paix sans justice, ni de justice sans loi, ni de loi digne de ce nom sans un tribunal chargĂ© de dĂ©cider ce qui est juste et lĂ©gal, dans des circonstances donnĂ©es.[19] Traditionnellement attribut de la souverainetĂ© nationale, la justice constitue l’institution qui, par excellence, permet de mesurer le niveau d’existence d’un État de Droit, Ă  un point tel que la gravitĂ© des violations des droits de l’homme est proportionnelle Ă  l’absence de Justice. De mĂȘme, la multiplication des abus de pouvoir non sanctionnĂ©s par la Justice conduit Ă  terme Ă  susciter des rĂ©actions en gĂ©nĂ©ral violentes de la part des victimes. De nombreux tĂ©moignages recueillis par la Commission abondent dans le sens selon lequel la situation qui prĂ©vaut aujourd’hui en CĂŽte d’Ivoire, et en tout cas depuis le 19 septembre 2002, puise ses sources dans les Ă©vĂ©nements et les abus de toute sorte survenus bien antĂ©rieurement Ă  cette pĂ©riode. Actuellement l’observateur peut constater un dĂ©calage Ă©norme entre les textes relatifs Ă  l’administration de la justice et les pratiques judiciaires. En effet, la Constitution ivoirienne du 1er aoĂ»t 2000 consacre la plupart des principes fondamentaux susceptibles de garantir un fonctionnement sain et rĂ©gulier du service public de la Justice. Mais de toute Ă©vidence, durement Ă©prouvĂ©e par les Ă©vĂ©nements, la Justice ivoirienne a Ă©pousĂ© les contours du conflit et ne s’est pas montrĂ©e Ă  la hauteur de la confiance qui pouvait ĂȘtre placĂ©e en elle de sorte que la CĂŽte d’Ivoire manque cruellement d’un organe neutre, impartial et indĂ©pendant, suffisamment efficace pour permettre la rĂ©solution pacifique des conflits. C’est ainsi que, par exemple, tous ceux ayant commis des crimes de sang, qu’ils soient putschistes, soldats gouvernementaux, gendarmes, policiers et autres, n’ont pas vu les poursuites pĂ©nales engagĂ©es Ă  leur encontre ou, pour celles qui ont Ă©tĂ© engagĂ©es, menĂ©es Ă  leur terme. Cela a entraĂźnĂ© immanquablement la frustration des victimes Ă  qui justice n’a pas encore Ă©tĂ© rendue, cependant qu’elles voient tous les jours les auteurs jouir d’une totale impunitĂ©. Dans certains cas aucune enquĂȘte sĂ©rieuse n’a Ă©tĂ© menĂ©e, ni mĂȘme la moindre information ouverte dans d’autres cas. Il en est ainsi par exemple de l’agression dont la CĂŽte d’Ivoire a Ă©tĂ© victime le 19 septembre 2002 ; la tentative d’assassinat de Lida Kouassi, Ă  l’époque ministre de la dĂ©fense, le 19 septembre 2002, au cours de laquelle son domicile a Ă©tĂ© attaquĂ© nuitamment Ă  la roquette ; la tentative d’assassinat d’Alassane Dramane Ouattara, l’assassinat de l’un de ses gardes, ni sur l’incendie criminel de sa propriĂ©tĂ© ; l’assassinat de Boga Doudou, Ă  l’époque ministre de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, dont le domicile a Ă©tĂ© du reste saccagĂ© postĂ©rieurement aux Ă©vĂ©nements, ce qui a eu pour consĂ©quence de faire disparaĂźtre des Ă©lĂ©ments de preuves ; l’assassinat de Robert GueĂŻ et de son Ă©pouse ainsi que des personnes militaires comme civiles chargĂ©es de sa garde d’autant que les voitures privĂ©es du couple GueĂŻ, volĂ©es le 19 septembre 2002, circuleraient au grand jour Ă  Abidjan ; les attaques meurtriĂšres menĂ©es par les assaillants contre un certain nombre de casernes de l’ArmĂ©e, la Gendarmerie et en particulier son Ă©cole ainsi que la Police ; les exĂ©cutions sommaires qui s’en sont suivies partout dans Abidjan et les communes environnantes et qui se sont poursuivies jusqu’à cette annĂ©e ; l’assassinat de l’Imam Samassi, le 23 juin 2004, par quatre individus armĂ©s qui se seraient enfuis Ă  bord de son vĂ©hicule ; l’assassinat Ă  BouakĂ© d’un colonel de plusieurs balles dans le dos ; les multiples assassinats de nombreuses autres Justice ivoirienne n’a pas enquĂȘtĂ©, ni encore moins poursuivi les auteurs des massacres des gendarmes dĂ©sarmĂ©s de BouakĂ©, sommairement exĂ©cutĂ©s dans des cellules pour certains et au cimetiĂšre pour d’autres par les forces rebelles ; ni ceux ayant commis les plus hideuses atrocitĂ©s dans tout l’Ouest et le Centre Ouest du pays ; tout comme elle n’a pas procĂ©dĂ© Ă  la moindre arrestation Ă  la suite des nombreuses et graves exactions commises sur les populations civiles la poursuite, l’arrestation et le jugement des auteurs prĂ©sumĂ©s de crimes constituent un devoir impĂ©rieux pour l’État et partant pour ceux, comme le Parquet et le SiĂšge lorsqu’il est saisi Ă  qui la Loi en a confiĂ© la tache. RecommandĂ©s par le Conseil Economique et Social dans sa rĂ©solution 1989/65 en date du 24 mai 1989, les Principes relatifs Ă  la prĂ©vention efficace des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et aux moyens d’enquĂȘter efficacement sur ces exĂ©cutions, Ă©noncent notamment au titre de la PrĂ©vention,Modifier 1. Les exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires seront interdites par la lĂ©gislation nationale et les gouvernements feront en sorte que de telles exĂ©cutions soient considĂ©rĂ©es comme des dĂ©lits punissables en vertu de leur droit pĂ©nal et frappĂ©es de peines appropriĂ©es tenant compte de la gravitĂ© du dĂ©lit. Des circonstances exceptionnelles, notamment l’état de guerre ou la menace de guerre, l’instabilitĂ© politique Ă  l’intĂ©rieur du pays, ou toute autre situation d’urgence publique, ne pourront ĂȘtre invoquĂ©es comme justification de ces exĂ©cutions. De telles exĂ©cutions ne devront pas avoir lieu, quelles que soient les circonstances, notamment en cas de conflit armĂ© interne, par suite de l’emploi excessif ou illĂ©gal de la force par un agent de l’État ou toute autre personne agissant Ă  titre officiel ou sur l’instigation ou avec le consentement explicite ou tacite d’une telle personne, et dans les situations oĂč il y a dĂ©cĂšs pendant la dĂ©tention prĂ©ventive. Cette interdiction l’emportera sur les dĂ©crets publiĂ©s par l’exĂ©cutif ». 2. Afin d’empĂȘcher les exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires, les pouvoirs publics exerceront un contrĂŽle rigoureux, notamment en veillant strictement au respect de la voie hiĂ©rarchique, sur tous les fonctionnaires responsables de l’arrestation, de la dĂ©tention provisoire et de l’emprisonnement, ainsi que sur tous les fonctionnaires autorisĂ©s par la loi Ă  employer la force et Ă  utiliser les armes Ă  feu ». au titre des EnquĂȘtes,Modifier 9. Une enquĂȘte approfondie et impartiale sera promptement ouverte dans tous les cas oĂč l’on soupçonnera des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires, y compris ceux oĂč des plaintes dĂ©posĂ©es par la famille ou des informations dignes de foi donneront Ă  penser qu’il s’agit d’un dĂ©cĂšs non naturel dans les circonstances donnĂ©es. Il existera Ă  cette fin des procĂ©dures et des services officiels d’enquĂȘte dans les pays. L’enquĂȘte aura pour objet de dĂ©terminer la cause, les circonstances et le jour et l’heure du dĂ©cĂšs, le responsable et toute pratique pouvant avoir entraĂźnĂ© le dĂ©cĂšs, ainsi que tout ensemble de faits se rĂ©pĂ©tant systĂ©matiquement
 ». 15. Les plaignants, les tĂ©moins, les personnes chargĂ©es de l’enquĂȘte et leurs familles jouiront d’une protection contre les violences, les menaces de violences ou toute autre forme d’intimidation. Les personnes pouvant ĂȘtre impliquĂ©es dans des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires seront Ă©cartĂ©es de toute fonction leur permettant d’exercer une autoritĂ©, directe ou indirecte, sur les plaignants, les tĂ©moins et leurs familles, ainsi que sur les personnes chargĂ©es de l’enquĂȘte ». 16. Les familles des dĂ©funts et leurs reprĂ©sentants autorisĂ©s seront informĂ©s de toute audience et y auront accĂšs, ainsi qu’à toute information touchant l’enquĂȘte ; ils auront le droit de produire d’autres Ă©lĂ©ments de preuve. La famille du dĂ©funt aura le droit d’exiger qu’un mĂ©decin ou un autre reprĂ©sentant qualifiĂ© assiste Ă  l’autopsie. Lorsque l’identitĂ© du dĂ©funt aura Ă©tĂ© Ă©tablie, un avis de dĂ©cĂšs sera affichĂ© et la famille ou les parents du dĂ©funt seront immĂ©diatement avisĂ©s. La dĂ©pouille mortelle leur sera rendue aprĂšs l’enquĂȘte ». 17. Un rapport Ă©crit sera Ă©tabli dans un dĂ©lai raisonnable sur les mĂ©thodes et les conclusions de l’enquĂȘte. Il sera rendu public immĂ©diatement et comportera une description de l’enquĂȘte et des procĂ©dures et mĂ©thodes utilisĂ©es pour apprĂ©cier les Ă©lĂ©ments de preuve, ainsi que des conclusions et recommandations fondĂ©es sur des constatations et sur la loi applicable
 Les pouvoirs publics devront, dans un dĂ©lai raisonnable, soit rĂ©pondre au rapport de l’enquĂȘte, soit indiquer quelles mesures seront prises pour y donner suite
 ». au titre de la ProcĂ©dure judiciaire,Modifier 18. Les pouvoirs publics veilleront Ă  ce que les personnes dont l’enquĂȘte aura rĂ©vĂ©lĂ© qu’elles ont participĂ© Ă  des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires sur tout territoire tombant sous leur juridiction soient traduites en justice
 » 19. Sans prĂ©judice du principe 3 ci-dessus, l’ordre donnĂ© par un supĂ©rieur hiĂ©rarchique ou une autoritĂ© publique ne peut pas ĂȘtre invoquĂ© pour justifier des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires. Les supĂ©rieurs hiĂ©rarchiques, les fonctionnaires ou autres agents de l’État pourront rĂ©pondre des actes commis par des agents de l’État placĂ©s sous leur autoritĂ© s’ils avaient raisonnablement la possibilitĂ© de prĂ©venir de tels actes. En aucun cas, y compris en Ă©tat de guerre, Ă©tat de siĂšge ou autre Ă©tat d’urgence, une immunitĂ© gĂ©nĂ©rale ne pourra exempter de poursuites toute personne prĂ©sumĂ©e impliquĂ©e dans des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires ». 20. Les familles et les ayants droit des victimes d’exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires auront droit Ă  recevoir une indemnisation Ă©quitable dans un dĂ©lai raisonnable ». Dans tous les cas de violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire, ces principes qui figurent en bonne place dans le droit positif ivoirien n’ont pas Ă©tĂ© respectĂ©s et/ou intĂ©gralement appliquĂ©s. Par ailleurs l’indĂ©pendance des magistrats pourtant clairement affirmĂ©e Ă  l’article 101 de la Constitution, a Ă©tĂ© singuliĂšrement mise Ă  mal en de nombreuses occasions autres que celles relatives aux Ă©vĂ©nements extrĂȘmement graves ayant secouĂ© la CĂŽte d’Ivoire. Ces occasions ont trait aux activitĂ©s et aux droits des Magistrats. À titre illustratif, la Commission cite le cas du 1er Vice-prĂ©sident du Tribunal de 1re instance d’Abidjan Plateau purement et simplement Ă©cartĂ© de la composition habituelle des chambres Ă  la suite de la dĂ©cision qu’il a prise et tendant Ă  la dĂ©livrance Ă  Alassane Dramane Ouattara d’un certificat de nationalitĂ©. Ensuite et concomitamment, suivant toutes les ordonnances prises par le juge Dietai Marcel, Ă  l’époque oĂč il a exercĂ© la fonction de prĂ©sident du Tribunal de 1re instance d’Abidjan, ce dernier a dĂ©cidĂ© Ă  l’article 3 de son ordonnance du 22 juillet 2002 que la dĂ©livrance d’un certificat de nationalitĂ© ne peut dĂ©sormais ĂȘtre faite qu’à la suite d’une dĂ©lĂ©gation de signature » et par des magistrats nommĂ©ment dĂ©signĂ©s Ă  cet effet. Il a mĂȘme pris soin de prĂ©ciser Ă  l’article 4 de son ordonnance que les certificats de nationalitĂ© des personnalitĂ©s politiques sont dĂ©livrĂ©es sur les instructions Ă©crites du prĂ©sident du Tribunal ». Ensuite, le prĂ©sident du Tribunal s’est créé un domaine rĂ©servĂ© en matiĂšre de dĂ©livrance des certificats de nationalitĂ© aux personnalitĂ©s politiques, alors que traditionnellement, la dĂ©livrance de tous certificats de nationalitĂ©, sans distinction, Ă©tait dĂ©volue Ă  la compĂ©tence du prĂ©sident du Tribunal et des Vice-prĂ©sidents. En Ă©cartant de la composition habituelle du Tribunal la Vice-prĂ©sidente qui a signĂ© le certificat de nationalitĂ© d’Alassane Dramane Ouattara, ce mĂȘme prĂ©sident du Tribunal d’Abidjan a ouvertement sanctionnĂ© ce magistrat en dehors de toute procĂ©dure disciplinaire lĂ©galement prĂ©vue. En ordonnant qu’un acte, somme toute de nature judiciaire, ne ferait l’objet que d’une dĂ©lĂ©gation de signature, et qu’il ne serait dĂ©sormais dĂ©livrĂ© que sur ses instructions Ă©crites, il a rĂ©duit la fonction de juge Ă  celle de simple exĂ©cutant d’un ordre hiĂ©rarchique. À la connaissance de la Commission, ces agissements n’ont pas Ă©tĂ© suivis des rĂ©actions qu’ils mĂ©ritaient de la part de l’ensemble des magistrats, ni mĂȘme d’ailleurs du Barreau ni des organisations de dĂ©fense des droits de l’homme. Rien d’étonnant donc Ă  ce que le mĂȘme prĂ©sident du mĂȘme Tribunal n’entame encore davantage l’indĂ©pendance des juges en Ă©tendant son pouvoir de contrĂŽle Ă  d’autres domaines judiciaires Ă©trangers Ă  la politique politicienne. C’est ainsi qu’il a Ă©crit dans son ordonnance n° 2716/03 Ă  l’Article deuxiĂšme Des permanences seront assurĂ©es en ce qui concerne les rĂ©fĂ©rĂ©s d’heure Ă  heure, les certificats de nationalitĂ©, les actes d’individualitĂ© les procurations spĂ©ciales, les ordonnances sur requĂȘte, les saisies conservatoires de navire, Ă  l’exception des saisies conservatoires article 54 de l’acte uniforme et des injonctions de payer, sous le contrĂŽle du prĂ©sident du Tribunal ou de l’un de ses Vice-prĂ©sidents de la maniĂšre suivante ». Et suivent les noms des juges dĂ©signĂ©s. Ces ordonnances de Dietai Marcel ont probablement contribuĂ© Ă  faire entrer de plain pied la justice ivoirienne dans le dĂ©bat politique sans tenir compte de la primautĂ© du droit et Ă  créé au sein de la Magistrature, un clivage qui Ă©pouse les contours des divisions rĂ©gionales, ethniques et partisanes. Il s’agit apparemment et en tout cas Ă  la connaissance de la Commission, de la premiĂšre fois oĂč il est question de contrĂŽle du prĂ©sident du Tribunal » pour toutes les matiĂšres autres que celle des certificats de nationalitĂ©, de sorte qu’il semble bien que ces autres matiĂšres listĂ©es connaissent donc le mĂȘme rĂ©gime que les certificats de nationalitĂ©. Une autre occasion de manifester et de rĂ©affirmer l’indĂ©pendance et les droits de la magistrature a Ă©tĂ© manquĂ©e par le Conseil SupĂ©rieur de la Magistrature lorsqu’il s’est rĂ©uni en Conseil de discipline pour juger 169 magistrats et 6 auditeurs de justice. Les faits sont simples et incontestĂ©s. Se plaignant de la dĂ©gradation de leurs conditions de vie et de travail et aprĂšs avoir conclu Ă  un Ă©chec dans leurs tentatives de dialogue avec l’exĂ©cutif, 169 magistrats et 6 auditeurs de justice ont organisĂ© une marche de protestation le 5 mars 2002 doublĂ©e d’un arrĂȘt de travail. Le 29 mai 2002, le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des LibertĂ©s Publiques Ă  l’époque, a saisi le Conseil supĂ©rieur de la magistrature Ă  l’effet de se prononcer sur les faits qualifiĂ©s de manquement aux convenances de leur Ă©tat, Ă  l’honneur, Ă  la dĂ©licatesse ou Ă  la dignitĂ© » pour avoir organisĂ© une marche de protestation suivie d’un arrĂȘt de travail. Dans une composition irrĂ©guliĂšre laissant supposer une sorte de cooptation, le Conseil supĂ©rieur de la magistrature a sanctionnĂ© ces magistrats, leur niant ainsi et Ă  la fois le droit d’ĂȘtre jugĂ© par une juridiction impartiale, comme l’exige l’article de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples pourtant ratifiĂ©e par la CĂŽte d’Ivoire ; les libertĂ©s de rĂ©union et de manifestation que leur donne l’article 11 de la Constitution ; la libertĂ© de pensĂ©e et d’expression, notamment la libertĂ© d’opinion garanties Ă  tous » par l’article 9 de la Constitution ; le droit de grĂšve reconnu par l’article 17 de la Constitution Ă  tous les travailleurs qu’ils soient du secteur public ou du secteur privĂ© ; l’indĂ©pendance par rapport aux chefs de juridiction lorsqu’il s’agit notamment de l’exercice d’une libertĂ© fondamentale et comme juge siĂ©geant au sein d’une Commission fait remarquer que la dĂ©cision du Conseil supĂ©rieur de la magistrature n’aurait pu ĂȘtre dĂ©fĂ©rĂ©e Ă  la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples en particulier et/ou portĂ©e Ă  la connaissance du Rapporteur spĂ©cial des Nations Unies sur l’indĂ©pendance de la justice. Une autre situation qui s’est produite plus rĂ©cemment illustre encore plus le manque total de considĂ©ration Ă  l’égard de ceux qui sont censĂ©s arbitrer pacifiquement les conflits au sein de la sociĂ©tĂ© ivoirienne, en mĂȘme temps qu’elle rĂ©vĂšle au grand jour une sorte d’état de lĂ©thargie dans laquelle semble plongĂ©s Ă  la fois le corps de la magistrature tout comme le Barreau, s’agissant de la dĂ©fense de leurs propres intĂ©rĂȘts. En effet, le 9 mars 2004, jour retenu par la Chancellerie pour l’installation d’un haut magistrat, un certain nombre de personnes dites Patriotes » Ă  la tĂȘte desquelles se trouvaient notamment le prĂ©sident Poiri BlĂ© Simplice, magistrat de son Ă©tat, EugĂšne DjuĂ©, prĂ©sident du Mouvement des patriotes et Serge Kuyo, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FESCI ont manifestĂ© devant le Palais de Justice du Plateau Ă  Abidjan prĂ©tendant ainsi s’insurger contre sa nomination. À un moment donnĂ©, les manifestants qui entendaient s’opposer Ă  la cĂ©rĂ©monie d’installation, ont pris d’assaut le Palais de Justice, ont saccagĂ© un certain nombre de bureaux et ont molestĂ© des magistrats qui ont Ă©tĂ© dĂ©pouillĂ©s des biens trouvĂ©s sur eux ou dans leurs bureaux. Selon tous les tĂ©moignages concordants, ces faits se sont dĂ©roulĂ©s sous les yeux bienveillants des forces de l’ordre, et en particulier le lieutenant Gnanzou, adjoint au Commissaire du 1er Arrondissement du Plateau. À la connaissance de la Commission, le magistrat ayant manifestĂ© avec les Patriotes » et ayant ainsi participĂ© Ă  une action de toute Ă©vidence concertĂ©e et tendant Ă  entraver le fonctionnement des juridictions, n’a pas Ă©tĂ© traduit devant le Conseil de discipline ; les auteurs de la mise Ă  sac du Palais de Justice et des agressions contre les magistrats n’ont pas Ă©tĂ© inquiĂ©tĂ©s Ă  ce Commission ignore si les policiers prĂ©sents au moment des Ă©vĂ©nements ont Ă©tĂ© sanctionnĂ©s. La Commission fait Ă©galement remarquer que ni les syndicats de magistrats ni les magistrats victimes n’ont tentĂ© d’éprouver le systĂšme judiciaire en exerçant leur droit de saisine de l’un des mĂ©canismes internationaux de protection des droits de l’homme. Cela rĂ©vĂšle le manque de considĂ©ration dans laquelle est tenue la magistrature en CĂŽte d’Ivoire, mais Ă©galement la frilositĂ© des magistrats Ă  entamer des poursuites judiciaires dont ils connaissent trĂšs bien les voies et moyens de dĂ©passer l’inertie apparemment ordonnĂ©e du Parquet soumis Ă  la hiĂ©rarchie. La Commission constate en outre que la plainte introduite par les magistrats victimes, et qui fait l’objet d’une information ouverte au 7e cabinet d’instruction du Plateau, demeure encore lettre morte. L’inertie de la justice pour des agressions dont sont victimes certains de ses membres, et Ă  travers eux non seulement l’institution, mais Ă©galement la RĂ©publique tout entiĂšre, fait douter de la possibilitĂ© de l’existence mĂȘme d’un État de droit dans le court et le moyen terme dans ce pays, hĂ©las suffisamment meurtri. Il appartenait donc en premier lieu aux Magistrats ivoiriens et Ă  tous les acteurs de la vie judiciaire d’agir afin de rĂ©tablir, en la reconquĂ©rant tant soit peu, la confiance d’abord des Ivoiriens. Les opĂ©rateurs Ă©conomiques et la communautĂ© internationale apprĂ©cieront ensuite et certainement une telle action susceptible de favoriser grandement la rĂ©conciliation nationale et, partant, la paix en CĂŽte d’Ivoire et par voie de consĂ©quence, le redĂ©marrage de la vie Ă©conomique afin que ce pays retrouve la prospĂ©ritĂ©. La Commission a Ă©galement constatĂ© l’état dĂ©plorable des conditions de vie et de travail des magistrats ivoiriens trĂšs mal payĂ©s et tout aussi mal outillĂ©s, cependant que d’autres services de l’État bĂ©nĂ©ficient des toutes derniĂšres inventions technologiques. La Commission a recueilli des informations faisant Ă©tat de corruption au sein de la Magistrature, tout comme du Barreau, ce qui ternit encore davantage l’image dĂ©jĂ  dĂ©sastreuse de la Justice ivoirienne. La Commission prĂ©cise que tous les acteurs politiques sont parfaitement conscients de cette situation, mais aucun d’entre eux ne semble avoir fait Ă©tat du moindre plan pour y remĂ©dier. À cet Ă©gard, la Commission se doit aussi d’attirer l’attention de tout un chacun sur l’état dangereux que prĂ©sente l’univers carcĂ©ral ivoirien. Pour l’avoir visitĂ©e, la Commission signale qu’à la Maison d’arrĂȘt et de correction d’Abidjan MACA aucune de l’ensemble des rĂšgles minima pour le traitement des dĂ©tenus n’est pratiquement respectĂ©e. Mais pire encore, la situation qui y prĂ©vaut constitue pour les dĂ©tenus un danger permanent pour leur vie. En effet, elle est surpeuplĂ©e et compte jusqu’à 7 000 sept mille dĂ©tenus pour une capacitĂ© Ă  l’origine de 1 500 mille cinq cents personnes. Les dĂ©tenus sont privĂ©s d’eau la plupart du temps et ne reçoivent en tout et pour tout qu’une seule ration quotidienne de riz, d’atchĂ©kĂ© le dimanche, de la taille d’une tasse de thĂ©. Il arrive parfois que cette quantitĂ© ne parvienne mĂȘme pas aux plus faibles qui sont dĂ©tenus dans les Ă©tages les plus Ă©levĂ©s. Au surplus, la distribution tout comme la cuisine sont gĂ©rĂ©es par des dĂ©tenus qui Ă©tablissent leur loi de sorte que s’impose irrĂ©sistiblement celle de la lutte pour la survie. Les dĂ©tenus ont thĂ©oriquement la possibilitĂ© de se faire apporter de la nourriture de l’extĂ©rieur, mais doivent Ă  chaque fois payer un montant total de 500 cinq cents francs CFA aux gardiens. Ce racket des gardiens est parfaitement connu des autoritĂ©s, mais personne n’ose intervenir. Par ailleurs, cette situation Ă  la fois de sous-alimentation et de racket, oblige les dĂ©tenus Ă  se faire apporter des denrĂ©es alimentaires en quantitĂ© suffisante pour une certaine pĂ©riode, et Ă  cuire leurs repas Ă  l’intĂ©rieur des cellules sur des rĂ©chauds Ă©lectriques lĂ  oĂč l’électricitĂ© est fournie sur des tables en bois, dans des conditions qui prĂ©sentent un risque majeur d’incendie, susceptible de causer des dĂ©gĂąts humains et matĂ©riels considĂ©rables, aisĂ©ment imaginables et prĂ©visibles, compte tenu de la surpopulation carcĂ©rale et de la multiplicitĂ© des barreaux Ă  chaque Ă©tage. Au surplus, pour les besoins de la cuisine et donc Ă  l’intĂ©rieur mĂȘme des cellules, les dĂ©tenus font librement usage de couteaux, de fourchettes, de cuillĂšres et autres ustensiles pouvant servir d’armes, le risque se prĂ©sentant Ă  chaque rixe entre dĂ©tenus. De telles conditions entraĂźnent rĂ©guliĂšrement des Ă©pidĂ©mies comme par exemple la tuberculose ou le bĂ©ribĂ©ri. Depuis cette Ă©poque, MSF apporte du riz deux fois par semaine sous forme de pĂąte mĂ©langĂ©e avec la ration ordinaire. MSF a apportĂ© Ă©galement des mĂ©dicaments Ă  hauteur de 100 % des besoins jusqu’en 2003, aujourd’hui Ă  95 % et est prĂ©sent avec une Ă©quipe de mĂ©decins et d’infirmiers composĂ©e tant d’expatriĂ©s que d’Ivoiriens. Aussi mince soit-il, un effort particulier a Ă©tĂ© consenti par l’administration ivoirienne qui a affectĂ© une Ă©quipe mĂ©dicale composĂ©e entre autres de deux mĂ©decins, six infirmiers, une sage femme, un aide soignant, un pharmacien et un technicien de laboratoire. Le personnel mĂ©dical dans son ensemble est insuffisant pour faire face Ă  toutes sortes de maladies qui entraĂźnent immanquablement la malnutrition et la promiscuitĂ© et le peu de moyens dont dispose MSF pour assurer l’hygiĂšne. Au surplus, les rĂ©fĂ©rences chirurgicales sont prises en charge par MSF et avec de grosses difficultĂ©s, car sur les trois Centres hospitaliers universitaires d’Abidjan, seul celui de Cocody peut accepter et peut accueillir des urgences au bloc opĂ©ratoire. En outre, MSF doit acheter les mĂ©dicaments en ville car l’hĂŽpital ne les fournit pas et parfois se charger des soins. Le personnel, parfaitement considĂ©rĂ© comme compĂ©tent par les spĂ©cialistes, n’est pas en cause, les hĂŽpitaux n’ayant plus les moyens de fonctionner correctement et de faire face aux urgences en cette pĂ©riode de crise profonde. Les dĂ©tenus prĂ©sentant des cas de pathologie psychiatrique ne disposent d’aucune prise en charge. Compte tenu tant de la situation carcĂ©rale sus rĂ©sumĂ©e et de l’extrĂȘme lenteur de la justice dans le traitement de la plupart des dossiers, les cas de pathologie psychiatrique ont tendance Ă  augmenter, aggravant ainsi les risques et l’état dangereux qui prĂ©valent dans cette prison. Selon des tĂ©moignages concordants et dignes de foi recueillis par la Commission, la situation des autres prisons est encore plus dĂ©sastreuse car elles ne bĂ©nĂ©ficient d’aucune aide extĂ©rieure. L’administration pĂ©nitentiaire ne dissimule pas cette carence ainsi que bien d’autres difficultĂ©s et reconnaĂźt qu’elle n’est pas en mesure de respecter les engagements tant nationaux qu’internationaux de l’État du fait de la crise aiguĂ« dans laquelle la guerre civile a plongĂ© les finances de l’État. Cela prend une rĂ©sonance particuliĂšre lorsqu’il est question de droits de la personne humaine et des impĂ©ratifs en matiĂšre de nourriture, d’hygiĂšne et de soins et que ce service public, symbole de l’autoritĂ© de l’État, au mĂȘme titre que la Justice et la DĂ©fense nationale, ne peut rĂ©pondre aux exigences de sa mission en faisant valoir une contrainte des finances publiques insuffisantes pour justifier » sic d’aussi graves violations des droits de l’homme. Aux aspects matĂ©riels s’ajoute un facteur gĂ©nĂ©rateur de bien des difficultĂ©s supplĂ©mentaires tenant Ă  l’éloignement de la MACA des lieux judiciaires laquelle explique, pour partie, le taux Ă©levĂ© de surpeuplement et des durĂ©es de dĂ©tention prĂ©ventive excessives. L’urgence Ă  apporter des solutions Ă  ces problĂšmes s’impose. Il y a aussi une particuliĂšre urgence Ă  rĂ©tablir l’institution judiciaire Ă  travers tout le pays. L’administration de la justice est inexistante dans les parties contrĂŽlĂ©es par les Forces Nouvelles. Rien n’a Ă©tĂ© entrepris, Ă  l’exception de quelques tentatives de maintenir ça et lĂ  un semblant d’administration comme notamment celle de Dosso Mazi, ancien directeur de prison Ă  la retraite qui a repris du service Ă  titre bĂ©nĂ©vole Ă  la prison de BouakĂ© dont il assure une trĂšs bonne tenue. La Commission doit Ă©galement signaler Ă  titre d’exemple l’accroissement Ă  BouakĂ©, du nombre de commissariats qui est passĂ© de trois Ă  dix en trĂšs peu de temps en raison de l’accroissement des actes de banditisme. Ces trĂšs modestes tentatives ne sauraient en aucun cas masquer la rĂ©alitĂ© constatĂ©e par la Commission et qui rĂ©sulte de ce que les rebelles n’ont pas par exemple tentĂ© de prĂ©server les biens publics, tout comme les propriĂ©tĂ©s privĂ©es saccagĂ©es ; celles-ci sont pillĂ©es et dĂ©truites sous leurs yeux, donnant aujourd’hui un spectacle de dĂ©solation. L’absence mĂȘme d’un semblant de justice dans la partie Nord de la CĂŽte d’Ivoire est aggravĂ©e par le fait que la population civile est rĂ©guliĂšrement terrorisĂ©e par les rĂšglements de comptes parfois sauvages comme par exemple l’égorgement de Kass auxquels se livrent souvent ces derniers temps certains rebelles dans les rues des villes qu’ils occupent sans qu’il y ait l’intervention d’une quelconque autoritĂ©. La Commission a Ă©galement eu la preuve que la quasi-totalitĂ© des biens volĂ©s en CĂŽte d’Ivoire a Ă©tĂ© recelĂ©e et vendue au grand jour dans les pays voisins comme le Burkina Faso et le Mali. Elle est surprise que la justice de ces États ne soit pas intervenue pour arrĂȘter et sanctionner les dĂ©linquants et les obliger Ă  restituer les biens Ă  leurs lĂ©gitimes propriĂ©taires en CĂŽte d’Ivoire. Si les autoritĂ©s de ces États voisins avaient, dĂšs le dĂ©part, commencĂ© Ă  sĂ©vir, de tels actes ne se seraient pas dĂ©veloppĂ©s au point de devenir une activitĂ© commerciale lucrative. Le moins que l’on puisse dire est que, dans le domaine de l’administration de la Justice, les États voisins de la CĂŽte d’Ivoire ne se sont pas du tout montrĂ©s solidaires, ni rĂ©ellement soucieux de maintenir des relations amicales dans le but de prĂ©server la paix, alors que l’article 23 de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples les y invite. Comme certains criminels et dĂ©linquants se trouvent encore sur leurs territoires et sont identifiables, tous les États voisins devraient entamer Ă  leur encontre des poursuites judiciaires qui, si elles sont de toute Ă©vidence insuffisantes pour indemniser les victimes, cependant un tournant dĂ©cisif dans l’histoire des relations de voisinage souvent tumultueuses en Afrique. Une telle attitude serait le prĂ©lude Ă  une collaboration des Polices judiciaires et des Justices. Cette collaboration constituerait une des meilleures garanties contre toute activitĂ© subversive et, partant, un solide gage pour le maintien de la paix entre les États comme entre leurs populations. Violations du droit international humanitaireModifier La CĂŽte d’ivoire, en tant que État nouvellement indĂ©pendant, a succĂ©dĂ© aux Conventions de GenĂšve par sa dĂ©claration de succession du 28 dĂ©cembre 1961. Le 20 septembre 1989, elle a ratifiĂ© les deux protocoles additionnels aux Conventions de GenĂšve. AprĂšs analyse et Ă©valuation des faits, la Commission a pu constater de nombreuses atteintes graves aux lois et coutumes de la guerre en CĂŽte d’Ivoire suite aux Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002. Les violations les plus significatives sont les exĂ©cutions des membres des forces armĂ©es ne prenant pas part aux hostilitĂ©s, les bombardements aĂ©riens contre des populations civiles, les Ă©vĂ©nements de Korhogo du 20 et 21 juin 2004, les rĂ©fugiĂ©s et personnes dĂ©placĂ©es, les atteintes Ă  la vie du personnel humanitaire, les pillages et destructions des biens de caractĂšre civil. ExĂ©cutions des membres des forces armĂ©es ayant dĂ©posĂ© les armesModifier Selon l’article 3 commun aux Conventions de GenĂšve, les personnes qui ne participent pas directement aux hostilitĂ©s, y compris les membres des forces armĂ©es qui ont dĂ©posĂ© les armes et les personnes qui ont Ă©tĂ© mises hors de combat par maladie, blessure, dĂ©tention, ou pour toute autre cause, seront, en toutes circonstances, traitĂ©es avec humanitĂ©, sans aucune distinction de caractĂšre dĂ©favorable basĂ©e sur la race, la couleur, la religion ou la croyance, le sexe, la naissance ou la fortune, ou tout autre critĂšre analogue. Les exĂ©cutions des membres des forces armĂ©es ayant dĂ©posĂ© les armes constitueraient dĂšs lors des cas de violations des dispositions des conventions susmentionnĂ©es. Massacre des gendarmes dĂ©tenus Ă  la prison du 3e bataillon d’infanterie de BouakĂ©Modifier Au cours d’une sĂ©rie d’incidents survenus Ă  la prison du 3e bataillon d’infanterie de BouakĂ© en octobre 2002, quatre vingt dix personnes parmi lesquelles quarante huit gendarmes et trente sept membres de leurs familles ainsi que sept autres civils dĂ©tenus ont Ă©tĂ© massacrĂ©s par les forces rebelles. D’aprĂšs les tĂ©moignages recueillis par la Commission auprĂšs des gendarmes rescapĂ©s, l’état-major de la 3e LĂ©gion de la gendarmerie de BouakĂ© a Ă©tĂ© attaquĂ© par les rebelles du MPCI le 20 septembre 2002, provoquant un blessĂ© grave de chaque cĂŽtĂ©. Un drapeau blanc a par la suite Ă©tĂ© hissĂ© sur les casernes et, durant les jours suivants, une certaine cohabitation pacifique a Ă©tĂ© observĂ©e entre les gendarmes et les rebelles du MPCI. Le Vendredi 4 octobre 2002, la ville de BouakĂ© a connu une panne d’électricitĂ© et les rebelles craignant une infiltration des soldats loyalistes venant d’Abidjan ont mis fin Ă  la trĂȘve avec les gendarmes de BouakĂ©. Le dimanche 6 octobre 2002, aprĂšs des combats avec des renforts loyalistes, les rebelles se sont rendus Ă  la caserne de la 3e LĂ©gion de gendarmerie vers 13h00 afin de faire des vĂ©rifications. Suite Ă  cette opĂ©ration, environ cent trente et une personnes parmi lesquelles soixante trois gendarmes et soixante et un enfants ou d’autres membres de leurs familles ainsi que sept autres personnes civiles ont Ă©tĂ© contraints sous la menace des armes des rebelles, de se rendre Ă  pied au 3e bataillon d’infanterie de BouakĂ©. Le mĂȘme jour vers 17 heures 30, un groupe de chasseurs traditionnels Dozos, alliĂ©s Ă  la rĂ©bellion est arrivĂ© dans la prison et le plus ĂągĂ© qui semblait ĂȘtre leur chef a demandĂ© Ă  un dĂ©tenu gendarme du nom de Dali Djachi d’approcher et lui ont dĂ©livrĂ© le message suivant tu diras Ă  tes camarades, vous ĂȘtes tous considĂ©rĂ©s morts, mais ce qui va se passer c’est pendant la nuit ». Selon le tĂ©moignage des rescapĂ©s, vers 19 heures 30, un groupe de chasseurs Dozos est arrivĂ© Ă  l’intĂ©rieur de la prison. Celui qui semblait ĂȘtre leur chef Ă©tait armĂ© de Kalachnikov ; il a tenu des propos agressifs contre les dĂ©tenus puis a ouvert le feu sur les dĂ©tenus. La premiĂšre rafale est allĂ©e Ă  droite de la petite cour oĂč Ă©taient entassĂ©s des dĂ©tenus assis. Une autre rafale a Ă©tĂ© tirĂ©e Ă  gauche de la cour vers une porte mĂ©tallique bloquĂ©e. De nombreux dĂ©tenus qui Ă©taient assis et d’autres couchĂ©s par terre ont Ă©tĂ© atteints par les tirs. Le commandant de la 3e LĂ©gion de gendarmerie se trouvait parmi les morts ainsi que trois autres gendarmes. Vers 20 heures, un deuxiĂšme groupe de Dozos armĂ©s ont pĂ©nĂ©trĂ© de nouveau Ă  l’intĂ©rieur ; ils ont continuĂ© Ă  tirer sur les dĂ©tenus y compris cette fois-ci les enfants des gendarmes qui, d’aprĂšs les tĂ©moignages recueillis par la Commission, criaient nous ne sommes pas gendarmes, ne nous tuez pas ». Vers 22 heures, le troisiĂšme groupe de Dozos que les rescapĂ©s ont dĂ©crit comme Ă©tant le plus meurtrier est venu Ă  la prison et l’un d’entre eux a donnĂ© l’ordre de tuer tout le monde. L’un des Dozos a commencĂ© Ă  tirer sur les dĂ©tenus cette fois-ci de maniĂšre soutenue, en se dĂ©plaçant sur les cadavres afin de retrouver ceux qui se cachaient et leur tirer dessus. Lors de sa descente sur le terrain, les membres de la Commission ont pu visiter la prison du 3e bataillon d’infanterie de BouakĂ© et constater la prĂ©sence d’impactes de balles sur les murs intĂ©rieurs de la prison, les portes mĂ©talliques des cellules ainsi que les murs intĂ©rieurs des cellules. De nombreux recoupements ont Ă©galement pu se faire Ă  cette occasion, renforçant ainsi la crĂ©dibilitĂ© des tĂ©moignages faits par des rescapĂ©s devant la Commission. Le mardi 8 octobre 2002 vers 15 heures, les rebelles ont fait venir une voiture de marque KIA grand modĂšle, pour charger les corps des gendarmes et des membres de leurs familles. Les corps ont Ă©tĂ© conduits au cimetiĂšre du quartier Dar-Es-Salaam et ensevelis dans des fosses communes. Les gendarmes ayant servi Ă  creuser les fosses communes ont regagnĂ© la prison aprĂšs le chargement. De nombreux rescapĂ©s ont affirmĂ© devant la Commission que le mercredi 9 octobre 2002, les rebelles ont dĂ©signĂ© un certain nombre de dĂ©tenus gendarmes pour aller enterrer les corps de quatre de leurs camarades dĂ©cĂ©dĂ©s suite Ă  leurs blessures. D’aprĂšs des tĂ©moignages crĂ©dibles recueillis par la Commission, les gendarmes qui avaient Ă©tĂ© dĂ©signĂ©s pour creuser les fosses ne sont pas revenus et auraient Ă©tĂ© abattus sur les lieux de l’enterrement. Le 9 octobre 2002 vers 16 heures, sur ordre du rĂ©gisseur de la prison, les dĂ©tenus sont tous sortis et une fois dehors, les dĂ©tenus gendarmes ont Ă©tĂ© sĂ©parĂ©s des autres dĂ©tenus membres des FANCI. Les gendarmes et leurs enfants ont reçu l’ordre de monter dans les voitures bĂąchĂ©es qui Ă©taient alignĂ©es dehors. Une fois installĂ©s dans les vĂ©hicules, ils ont Ă©tĂ© conduits en direction de Dougouba-Dar-es-Salaam, en allant vers le corridor nord. Les deux premiĂšres voitures bĂąchĂ©es sont arrivĂ©es au cimetiĂšre de Dar-es-Salam et les occupants ont Ă©tĂ© ordonnĂ©s de descendre de la voiture. En constatant la prĂ©sence des fossoyeurs et de nombreux rebelles fortement armĂ©s sur les lieux, ils ont compris que le moment de leur mort Ă©tait arrivĂ©. D’aprĂšs des tĂ©moignages concordants recueillis par la Commission, une Mercedes noire serait alors arrivĂ©e en toute vitesse sur les lieux et l’occupant, que les tĂ©moins n’ont pas pu identifier, a intimĂ© l’ordre aux rebelles d’arrĂȘter et de ramener tous les dĂ©tenus au camp sur ordre du colonel. C’est du retour de cimetiĂšre que les dĂ©tenus ont eu droit Ă  une nourriture dĂ©cente pour la premiĂšre fois. Le 23 octobre 2002, les tĂ©moins rescapĂ©s affirment avoir reçu pour la premiĂšre fois la visite des dĂ©lĂ©guĂ©s du CICR qui ont procĂ©dĂ© Ă  leur enregistrement [20]. Cette dĂ©lĂ©gation leur a ensuite rendu une sĂ©rie de visites respectivement le 23 octobre 2002, le 5 novembre 2002, le 3 dĂ©cembre 2002 et le 5 dĂ©cembre 2002. D’aprĂšs des tĂ©moignages concordants, le 14 novembre 2002, les rebelles ont extrait deux dĂ©tenus gendarmes, l’adjudant Vlei Dehe Paul et le marĂ©chal de Logis chef Koue Bi Zanli, et les ont exĂ©cutĂ©. AprĂšs cet incident, les gendarmes rescapĂ©s Ă©taient au nombre de treize dans la prison du 3e bataillon d’infanterie de BouakĂ©. D’aprĂšs les tĂ©moignages recueillis par la Commission, vers le 20 novembre 2002, les rebelles ont commencĂ© Ă  exiger une rançon de FCFA pour la libĂ©ration des dĂ©tenus faute de quoi ils devaient ĂȘtre tuĂ©s. Les familles des dĂ©tenus Ă©taient contactĂ©es par tĂ©lĂ©phone et les menaces d’exĂ©cution des dĂ©tenus Ă©taient profĂ©rĂ©es aux membres de leurs familles en cas de non paiement d’une rançon. C’est pendant cette phase de libĂ©ration sous caution que, le 15 dĂ©cembre 2002, les rescapĂ©s ont reçu la visite d’une dĂ©lĂ©gation d’Amnesty International, qui a recueilli leurs tĂ©moignages. Le dernier dĂ©tenu a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© le 18 janvier 2003 et le rapport d’Amnesty International a Ă©tĂ© publiĂ© par le numĂ©ro 11491 du journal FraternitĂ© Matin, du 27 fĂ©vrier 2003 [21]. ExĂ©cutions des corps habillĂ©s » ne participant pas aux hostilitĂ©s dans d’autres localitĂ©s sous contrĂŽle des rebellesModifier La Commission a reçu des tĂ©moignages concordants sur les exĂ©cutions sommaires des membres des forces de l’ordre dans diffĂ©rentes localitĂ©s tombĂ©es sous le contrĂŽle des rebelles. Dans de nombreux cas, il s’agissait d’une vĂ©ritable chasse aux policiers, gendarmes, militaires et agents des eaux et forĂȘt, avec la complicitĂ© de certains Ă©lĂ©ments de la population qui indiquaient aux rebelles les domiciles des victimes. Ces derniers, le plus souvent, face Ă  l’avancĂ©e des rebelles ont prĂ©fĂ©rĂ© se dĂ©barrasser de leurs uniformes et dĂ©poser les armes. MalgrĂ© le fait qu’ils ne prenaient pas part aux hostilitĂ©s, ils ont continuĂ© Ă  ĂȘtre recherchĂ©s et abattus par les rebelles. Le 19 septembre 2002, le colonel Yode Sery de la gendarmerie nationale a Ă©tĂ© abattu par les assaillants sur l’autoroute nord, en face de la station Shell, alors qu’il ne participait pas aux hostilitĂ©s. D’autres officiers supĂ©rieurs, comme les lieutenants-colonels Dagrou Loula Joachim chef de corps de la batterie sol air de BouakĂ© et Dali OblĂ© commandant de la compagnie territoriale de Korhogo, ont Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©s par les rebelles. La Commission a obtenu des informations crĂ©dibles sur neuf cas d’exĂ©cution de policiers par des Ă©lĂ©ments appartenant Ă  la rĂ©bellion. Il s’agit notamment du sergent chef Kouassi Jean Marie et de son Ă©pouse, le sergent stagiaire Konan N’Goran Edwige, tous deux abattus Ă  hauteur de l’école de gendarmerie Ă  Abidjan, le 19 septembre 2002, alors qu’ils se rendaient Ă  l’école nationale de police. Le sergent chef Kouadio Kan, abattu le 24 septembre 2002, aprĂšs avoir Ă©tĂ© dĂ©noncĂ© aux rebelles dans la ville de BouakĂ©. Le sergent de police Lago Manakale, enlevĂ© Ă  son domicile Ă  BouakĂ©, suite aux Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002 puis, abattu et abandonnĂ© sur la voie publique. Le sergent chef Kimou Abbe a Ă©tĂ© Ă©galement exĂ©cutĂ© le 13 octobre 2002 par les rebelles au cours de la prise de Daloa. Quatre autres policiers, le commissaire de police Kone Mehiri Evariste, l’officier de police Kena Bi Tra, des sergents de police Koffi Boitenin et Sep Kinire, ont tous froidement Ă©tĂ© abattus par des assaillants le 8 mars 2003 Ă  DuĂ©kouĂ©. Atteintes Ă  la dignitĂ© et autres traitements humiliants et dĂ©gradantsModifier Les rescapĂ©s des massacres de gendarmes ont Ă©galement fait Ă©tat d’atteintes graves Ă  leur dignitĂ© et de traitements humiliants, subi pendant leur dĂ©tention Ă  la prison du 3e bataillon d’infanterie de BouakĂ©. Le dimanche 6 octobre 2002, dĂšs leur arrivĂ©e Ă  la prison, ils ont Ă©tĂ© contraints de se dĂ©shabiller avant d’entrer dans leur cellule. Une fois Ă  l’intĂ©rieur de la prison, les dĂ©tenus ont fait l’objet de propos injurieux tenus Ă  leur Ă©gard par les rebelles responsables de la prison. Des responsables de la prison ont en outre rappelĂ© l’histoire du charnier de Yopougon, le complot du cheval blanc du gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ et l’affaire de la Mercedes noire aux gendarmes dĂ©tenus. Ils ont demandĂ© Ă  un gendarme originaire du nord qui se trouvait parmi les dĂ©tenus pourquoi il faisait Ă©quipe avec ces boussmani de gendarmes ». L’intĂ©ressĂ© lui a rĂ©pondu qu’il Ă©tait gendarme comme les autres. Cette rĂ©ponse aurait choquĂ© le rebelle qui donna un coup de pied au bas ventre du gendarme. Les gendarmes ont Ă©galement Ă©tĂ© exposĂ©s Ă  la curiositĂ© publique et ont reçu des insultes de la foule. D’aprĂšs des tĂ©moignages concordants tout au long de leur parcours de la caserne Ă  la prison, les gendarmes et leurs familles ont Ă©tĂ© lapidĂ©s par une foule hostile. Bombardements aĂ©riens des populations civilesModifier D’aprĂšs le droit international humanitaire, la population civile et les personnes civiles jouissent d’une protection gĂ©nĂ©rale contre les dangers rĂ©sultants d’opĂ©rations militaires. Ni les populations civiles ni les personnes civiles ne doivent ĂȘtre l’objet d’attaques. Les attaques sans discrimination qui ne sont pas dirigĂ©s contre les objectifs militaires sont interdites. Les porteurs d’armes qui avaient l’obligation de respecter les principes fondamentaux du droit international humanitaire au cours du conflit ivoirien n’ont pas toujours fait la distinction entre la population civile et ceux qui prenaient directement part aux hostilitĂ©s. La Commission a en effet reçu de nombreux tĂ©moignages concordants ainsi que deux preuves matĂ©rielles confirmant des attaques des populations civiles dans l’Ouest, le Centre du pays et les quartiers environnants d’Abidjan. Ces bombardements ont Ă©tĂ© menĂ©s par des hĂ©licoptĂšres pilotĂ©s par des mercenaires Ă©trangers et agissant pour le compte des forces gouvernementales. Les tĂ©moins ont pu confirmer que les personnes civiles victimes de ces attaques ne participaient pas aux hostilitĂ©s et ne se livraient Ă  aucune activitĂ© Ă  caractĂšre militaire. La Commission a enregistrĂ© de nombreux incidents d’attaques d’hĂ©licoptĂšres sur les populations civiles dont les plus significatives sont les suivantes Le mercredi 27 novembre 2002 dans l’aprĂšs-midi, un hĂ©licoptĂšre Mi-24 a bombardĂ© l’axe Vaoua-Diafla — PĂ©lĂ©zi et Vaoua. Les tĂ©moins ont rendu compte de quarante morts civils sur le marchĂ© de Vaoua et de la destruction de la mairie et de la gendarmerie de Vavoua par attaque des Mi-24. Le Vendredi 6 dĂ©cembre 2002, un Mi-24 a lancĂ©e une attaque sur Zanzra. Un civil aurait Ă©tĂ© tuĂ©. Le 9 dĂ©cembre 2002, des observateurs internationaux ont pu constater qu’à Zanzra une Ă©cole a Ă©tĂ© la cible de l’attaque du Mi-24 au canon et roquettes. Plusieurs impacts de roquettes ont Ă©tĂ© observĂ©s. Le lundi 23 dĂ©cembre 2002, attaque d’un Mig-24 sur le village de PĂ©lĂ©zi. Le bilan est de un mort civil et deux blessĂ©s. Le mardi 31 dĂ©cembre 2002, deux Mi-24 ont bombardĂ© le village de Menakro prĂšs de BĂ©oumi. De nombreux tĂ©moins, qui se sont rendus sur les lieux, ont confirmĂ© l’attaque de Mi-24, qui aurait fait au moins onze morts civils dont des femmes et de nombreux blessĂ©s non dĂ©comptĂ©s. Un habitant, tĂ©moin direct des tirs des Mi-24 sur le village, a dĂ©crit ce qu’il a vu les dessins sur les Mi-24 dents de requin, les pilotes blancs et les tirs qui auraient Ă©tĂ© effectuĂ©s sur le village impacts de petit calibre constatĂ©s. Sept maisons ont Ă©tĂ© touchĂ©es dans le village. Le dimanche 6 avril 2003, des tĂ©moins ont signalĂ© une attaque entre 14 heures et 15 heures 30, au sud de DananĂ© le long de la Cavally sur la frontiĂšre libĂ©rienne. Le 9 avril 2003, le ComitĂ© de suivi des accords de Marcoussis s’est rendu Ă  DananĂ©, suite Ă  l’attaque des Mi-24. Si aucune trace de frappes aĂ©riennes n’a Ă©tĂ© constatĂ©e dans la ville, deux zones situĂ©es sur la route Ă  une dizaine de kilomĂštres au sud de DananĂ© portent cependant la trace de tirs de roquettes et plusieurs morts et blessĂ©s graves parmi les civils ont Ă©tĂ© constatĂ©s. Des tĂ©moins ont confirmĂ© l’attaque d’hĂ©licoptĂšres du jeudi 10 avril 2003, en deux phases un tir de roquettes puis un tir au canon. Les tirs auraient fait deux morts et sept blessĂ©s civils. Dans la matinĂ©e du lundi 14 avril 2003, de nombreux tĂ©moins ont observĂ© des frappes de deux Mi-24 entre Zouan-Hounien et Bin-HouyĂ©. La ville de Zouan-Hounien a Ă©tĂ© touchĂ©e, en particulier la mission catholique et le Centre de santĂ© anti-ulcĂšre de Buruli. Il n’y aurait pas de victimes parmi les enfants et les personnels soignants. Les seules victimes seraient des musulmans qui se seraient rĂ©fugiĂ©s dans le centre lors de l’attaque. Il y aurait trois morts et dix blessĂ©s parmi eux. Le mardi 15 avril 2003, de nombreux tĂ©moins ont signalĂ© l’attaque des Mi-24 dans la ville de DananĂ© et de Mahapleu. Un minibus de couleur blanche transportant une vingtaine de blessĂ©s a Ă©tĂ© touchĂ© par les bombardements. La Commission a pu voir une cassette vidĂ©o filmĂ©e juste aprĂšs ces Ă©vĂ©nements et constatĂ© la prĂ©sence d’impacts de projectiles visiblement tirĂ©s Ă  partir du ciel. Le bilan serait de vingt et un morts Ă  DananĂ© et de cinq morts et quarante blessĂ©s, Ă  Mahapleu, tous civils. D’aprĂšs des sources hospitaliĂšres, une cinquantaine de personnes civiles ont Ă©tĂ© atrocement blessĂ©es Ă  la suite d’attaques hĂ©liportĂ©es contre les villes de DananĂ© et Maheupleu. La Commission a pu visionner sur la mĂȘme cassette vidĂ©o l’image d’un bĂ©bĂ© Ă  l’hĂŽpital de DananĂ© dont les deux jambes ont Ă©tĂ© amputĂ©es suite Ă  cette attaque. Le mercredi 16 avril 2003 une attaque d’hĂ©licoptĂšres sur Vavoua a Ă©tĂ© observĂ©e par de nombreux tĂ©moins. Le marchĂ© de Vavoua a Ă©tĂ© bombardĂ© par deux Mi-24. Des tĂ©moins qui se sont rendus sur les lieux ont pu observer six morts sur le marchĂ© quatre femmes, un homme et un enfant et trois autres morts dans d’autres quartiers du village. Une vingtaine de blessĂ©s tous des civils ont Ă©galement Ă©tĂ© signalĂ©s. Neuf impacts de roquettes ont Ă©tĂ© Ă©vĂ©nements de Korhogo des 20 et 21 juin 2004Modifier Le dimanche 20 juin 2004, de 19h jusqu’à 22h, des nombreux tirs ont Ă©tĂ© entendus dans la ville de Korhogo. Le camp de la Compagnie territoriale de Korhogo CTK, oĂč est installĂ©e l’unitĂ© dite la Fansara 110, a Ă©tĂ© attaquĂ© par les Ă©lĂ©ments de Atta Bibi. Les combats ont opposĂ© les Ă©lĂ©ments de la Fansara 110, commandĂ©s par le commandant de secteur de Korhogo, le caporal-chef Kouakou Martin FofiĂ© proche de Soro Guillaume, Ă  ceux commandĂ©s par le sergent Atta Bibi proche de Ibrahim Coulibaly, dit IB, chef commando blindĂ© de Korhogo. Le lundi 21 juin 2004 vers midi, la Fansara 110 a repris le contrĂŽle de la ville de Korhogo. Dans l’aprĂšs midi du 21 juin et du 22 juin 2004, il y eut des tirs dans toute la ville, mais de moindre intensitĂ© par rapport aux jours prĂ©cĂ©dents. Le mercredi 23 juin 2004, des tirs sporadiques et surtout localisĂ©s au tour du mont Korhogo ont encore Ă©tĂ© entendus. Il en fut de mĂȘme le jeudi 24 juin. Mais le 23 juin, les forces de l’OpĂ©ration Licorne la Licorne ont reçu des informations sur l’existence, en ville et autour du Mont Korhogo, des corps de personnes qui semblaient avoir Ă©tĂ© abattues. Le vendredi 25 juin 2004, la Licorne qui est toujours restĂ©e dans son camp pendant l’évolution des combats, est sortie et allĂ©e Ă  la morgue oĂč ces Ă©lĂ©ments ont vu 130 corps, habillĂ©s en uniforme des Forces armĂ©es des forces nouvelles FAFN et aussi les corps de quatre civils. Dans la nuit du samedi 26 juin 2004, la Licorne a trouvĂ©, au carrefour Kacine/Foche situĂ© prĂšs de l’hĂŽtel Chicata, le cadavre d’une personne qui venait Ă  peine d’ĂȘtre exĂ©cutĂ©e. Au petit matin du 26 juin 2004, aprĂšs une patrouille, la Licorne a trouvĂ©, au Mont Korhogo, un autre cadavre d’une personne qui avait Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©e. Le 26 juin 2004, les forces de la Licorne ont dĂ©couvert l’existence d’un charnier situĂ© derriĂšre la carriĂšre de Korhogo sur la route de Boundialy. Les images de ce charnier laissent apparaĂźtre des dizaines de corps nus entassĂ©s dans une ravine formĂ©e par l’écoulement des eaux pluviales. La plupart des corps retrouvĂ©s Ă©tait ceux d’hommes adultes, enterrĂ©s nus, prĂ©sentant des blessures dues Ă  des armes Ă  feu. D’autres charniers ont Ă©galement Ă©tĂ© signalĂ©s dans la ville de Korhogo ou dans ses environs, notamment dans la CTK. Mais jusqu’à prĂ©sent, ces informations n’ont pas Ă©tĂ© confirmĂ©es. Le 30 juin 2004, l’ONUCI a dĂ©cidĂ© d’envoyer une mission d’enquĂȘte Ă  Korhogo. Au cours de ses travaux, la mission a procĂ©dĂ© Ă  l’exhumation de corps sur trois sites distincts et a Ă©galement trouvĂ© deux autres corps au pied du mont Korhogo. Au total quatre-vingt dix neuf corps ont pu ĂȘtre exhumĂ©s et individualisĂ©s par le mĂ©decin lĂ©giste. D’aprĂšs le rapport de cette mission, les premiĂšres constations permettent de tirer trois conclusions La presque totalitĂ© des corps dĂ©couverts sont ceux d’hommes adultes Ă  l’exception de trois personnes dont les sexes et Ăąges n’ont pas pu ĂȘtre Ă©tablis par le mĂ©decin lĂ©giste ; La grande majoritĂ© des corps dĂ©couverts Ă©taient nus Ă  l’exception des vingt-quatre corps dĂ©couverts sur le troisiĂšme site ; La majoritĂ© des corps dĂ©couverts ne sont pas morts d’une mort violente causĂ©e par des armes Ă  feu. Trente et un corps prĂ©sentaient des blessures dues Ă  des armes Ă  feu. Deux corps prĂ©sentaient des blessures dues Ă  des objets contondants alors que les soixante six autres corps ne prĂ©sentaient aucune blessure rapport de la mission de l’ONUCI conclu Ă©galement que les premiĂšres allĂ©gations qui tendaient Ă  dĂ©clarer que les victimes ont Ă©tĂ© tuĂ©es au cours des combats ne peuvent pas ĂȘtre justifiĂ©es. En effet, la plupart des victimes ont Ă©tĂ© enterrĂ©es nues et leurs corps ne portent aucune trace de balles. Des tĂ©moins ont Ă©galement prĂ©cisĂ© Ă  la mission d’enquĂȘte que les combattants ne sont pas enterrĂ©s en groupe mais dans des tombes individuelles. Les vingt quatre corps dĂ©couverts dans la tombe du cimetiĂšre municipal prĂ©sentent des blessures par balles au niveau de la tĂȘte, du thorax et des pieds. Les deux corps trouvĂ©s au pied du mont Korhogo ont les mains attachĂ©s au dos ce qui semble confirmer les caractĂ©ristiques d’une exĂ©cution sommaire. Selon de nombreux tĂ©moignages reçus par la mission d’enquĂȘte, Ă  la suite des combats, de nombreuses personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es illĂ©galement et dĂ©tenues dans des conditions tout Ă  fait inhumaines et dĂ©gradantes, notamment dans des containeurs. Certains dĂ©tenus Ă©taient sortis par les rebelles pour ĂȘtre exĂ©cutĂ©s. Une soixantaine de personnes dĂ©tenues, suite aux Ă©vĂ©nements des 20 et 21 juin 2004, sont mortes par suffocation dans un containeur placĂ© au soleil. Les cadavres des dĂ©tenus dĂ©cĂ©dĂ©s pouvaient, d’aprĂšs certains tĂ©moins, rester plusieurs jours Ă  l’intĂ©rieur du containeur avant d’ĂȘtre Ă©vacuĂ©s. Cette situation a causĂ© l’infection des membres infĂ©rieurs des autres personnes dĂ©tenues qui prĂ©sentaient des plaies. Le 6 juillet 2004, la Licorne s’est rendue Ă  la prison et y a trouvĂ© quatre blessĂ©s. Elle les a amenĂ©s Ă  son hĂŽpital pour les faire soigner. Le 7 juillet, le mĂ©decin de la Licorne est allĂ© Ă  la CTK pour soigner les prisonniers blessĂ©s qui s’y trouvaient. Un prisonnier blessĂ© Ă©tait lĂ  depuis quinze jours sans soins. Aussi, elle l’a fait sortir et l’a amenĂ© Ă  son hĂŽpital. Comme consĂ©quence de ces combats, il y a eu au moins 231 deux cents trente et un morts comptĂ©s dans la morgue et charniers, de plusieurs blessĂ©s et personnes disparues dont le nombre est encore inconnu. Les rĂ©fugiĂ©s et personnes dĂ©placĂ©esModifier Le conflit armĂ© en CĂŽte d’ivoire a provoquĂ© des dĂ©placements de nombreux civils qui ont Ă©tĂ© forcĂ©s ou contraints Ă  fuir ou Ă  quitter leur foyer ou lieu de rĂ©sidence habituelle en raison notamment des violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire. Le 27 septembre 2002, Ă  Abidjan, le CICR a dĂ©nombrĂ© plus de deux mille sans-abris qui se regroupaient la nuit dans l’enceinte des Ă©glises, dans des cours privĂ©es ou des maisons en construction [22]. Les violences intercommunautaires dans l’Ouest de la CĂŽte d’ivoire ont Ă©galement provoquĂ© le dĂ©placement de plusieurs milliers de paysans burkinabĂ©, maliens et allogĂšnes. Quelques quatre mille dĂ©placĂ©s ont trouvĂ© refuge Ă  la mission catholique de DuĂ©kouĂ© [23]. Les combats Ă  l’ouest de la CĂŽte d’Ivoire ont entraĂźnĂ© un dĂ©placement de nombreux enfants libĂ©riens rĂ©fugiĂ©s non accompagnĂ©s qui avaient Ă©tĂ© enregistrĂ© par le CICR avant la crise. ParallĂšlement de nombreux Ivoiriens, qui pour la plupart Ă©taient des personnes originaires du sud de la CĂŽte d’Ivoire travaillant dans le nord du pays, ont trouvĂ© refuge dans la rĂ©gion du Mali et du Burkina Faso, proche de la CĂŽte d’Ivoire, notamment Ă  Sikasso et Ă  PĂŽ. Atteintes Ă  la vie des personnels humanitairesModifier Quatre volontaires de la Croix-Rouge de la CĂŽte d’Ivoire, membres du comitĂ© local de Toulepleu et portĂ©s disparus depuis le 12 janvier 2003, ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s morts. Selon des tĂ©moignages, ils avaient Ă©tĂ© enlevĂ©s dans l’exercice de leurs fonctions par des hommes armĂ©s [24]. La protection du personnel humanitaire est une exigence fondamentale du droit international humanitaire. Le personnel sanitaire apportant le secours aux victimes doit ĂȘtre respectĂ© et protĂ©gĂ©. Les actions de secours telles que prĂ©vues par les Conventions de GenĂšve ne peuvent se dĂ©rouler que si la sĂ©curitĂ© du personnel humanitaire est garantie, ce qui est arrivĂ© au moins dans la zone de l’ouest de la CĂŽte d’Ivoire. Pillages et destruction des biens de caractĂšre civilModifier Le pillage et la destruction des biens constituent l’un des traits les plus marquant de la crise ivoirienne. Les tĂ©moignages recueillis ainsi que les constats faits au cours des descentes sur le terrain ont confirmĂ© le caractĂšre systĂ©matique et gĂ©nĂ©ralisĂ© des pillages et des destructions de biens, depuis le dĂ©but des Ă©vĂ©nements du 19 septembre 2002. Les agents de l’État et membres des forces de l’ordre qui Ă©taient en service dans des zones attaquĂ©es et tombĂ©es sous contrĂŽle de la rĂ©bellion ont dĂ» abandonner leurs biens y compris maisons, voitures et motos. Ceux-ci ont Ă©tĂ© par la suite pillĂ©s par les rebelles. La Commission a pu notamment constater que les domiciles des personnalitĂ©s qui ont Ă©tĂ© attaquĂ©es dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, comme le gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ, le ministre d’État Boga Doudou, le ministre d’État MoĂŻse Lida Kouassi et Alassane Dramane Ouatarra, ont Ă©tĂ© ensuite pillĂ©s et tous les bien emportĂ©s. De mĂȘme que les rĂ©sidences des personnalitĂ©s comme Laurent Dona Fologo, prĂ©sident du Conseil Ă©conomique et social, Emile Constant Bombet, ex-ministre de l’intĂ©rieur, Mamadou Ben Soumahoro, dĂ©putĂ© de Bako. La conquĂȘte des localitĂ©s par les rebelles a souvent Ă©tĂ© suivie de destructions de biens et de bĂątiments publics et privĂ©s. Des bureaux de l’administration, notamment prĂ©fectorale et pĂ©nitentiaire ont Ă©tĂ© saccagĂ©s et de nombreux documents administratifs ont Ă©tĂ© dĂ©truits. On peut Ă©galement citer les attaques contre des institutions telles que la Banque centrale des États de l’Afrique de l’ouest BCEAO, l’exploitation des mines d’or du centre ouest et de l’ouest du pays, l’exploitation de bois, du cafĂ© et du cacao. Dans des villes comme DananĂ©, Man, Bangolo, Toulepleu et Tabou, de nombreux tĂ©moignages ont fait Ă©tat de pillage systĂ©matique de biens appartenant aussi bien Ă  des particuliers qu’à l’État ou aux entreprises. De nombreuses maisons ont Ă©tĂ© pillĂ©es, des rĂ©serves de cĂ©rĂ©ales incendiĂ©es et des attaques rĂ©pĂ©tĂ©es ont pratiquement paralysĂ©s l’activitĂ© agricole. Les cantines scolaires de DananĂ© ont Ă©tĂ© pillĂ©es. À Sahibili, village situĂ© Ă  une dizaine de kilomĂštres de Toulepleu, la quasi-totalitĂ© des maisons en dur ont Ă©tĂ© endommagĂ©es, les habitations en matĂ©riaux locaux incendiĂ©es ou dĂ©truites. L’école du village a Ă©tĂ© sĂ©rieusement endommagĂ©e, les documents et dossiers des Ă©lĂšves emportĂ©s. Le centre de santĂ© a Ă©tĂ© dĂ©truit et les matĂ©riaux emportĂ©s. Les hydrauliques villageoises ont Ă©tĂ© saccagĂ©es et des cadavres jetĂ©s dans certains puits dont l’usage Ă©tait vital pour les populations. Le rĂ©seau Ă©lectrique du village a Ă©galement Ă©tĂ© dĂ©truit et les compteurs emportĂ©s. Enfin, une bonne partie de la rĂ©gion de l’Ouest a Ă©tĂ© coupĂ©e du monde du fait de la destruction de leurs infrastructures tĂ©lĂ©phoniques, de radio et de tĂ©lĂ©vision. Le 23 septembre 2002 Ă  AdjamĂ©, un quartier d’Abidjan, les forces de l’ordre ont incendiĂ© un marchĂ© oĂč des piĂšces de rechange de vĂ©hicule Ă©taient vendus. Dans cette perspective, treize quartiers prĂ©caires abritant des populations pauvres ont Ă©tĂ© dĂ©truits Ă  Abidjan. Des milliers de personnes majoritairement des Ă©trangers et de pauvres Ivoiriens se sont retrouvĂ©s sans abris et dans une situation humanitaire prĂ©occupante. Destruction des biens culturels et des lieux de cultesModifier La Commission a reçu des tĂ©moignages faisant Ă©tat d’acte d’hostilitĂ© dirigĂ© contre des lieux sacrĂ©s qui ont Ă©tĂ© profanĂ©s et oĂč des masques objets sacrĂ©s de la rĂ©gion ont Ă©tĂ© brĂ»lĂ©s et des sites d’initiation l’Ouest du pays, la Commission a recueilli de nombreux tĂ©moignages de pillages et d’attaques contre les Ă©glises notamment le Centre BĂ©thanie et les couvents de Sainte Marie et Sainte ThĂ©rĂšse. Des musulmans ont vu certains de leurs lieux de culte saccagĂ©s ou incendiĂ©s mosquĂ©es, Coran, tapis et de nombreux ouvrages [25]. Implications des pays limitrophes et autres dans la crise ivoirienneModifier Des enquĂȘtes menĂ©es tant en CĂŽte d’Ivoire qu’au cours de dĂ©placements de la Commission dans les pays limitrophes Ă  ce pays ont rĂ©vĂ©lĂ© six types d’implications majeures directes ou indirectes de pays Ă©trangers dans la crise ivoirienne. Il s’agit du trafic d’armes ; de l’usage de leurs territoires comme base de dĂ©part d’activitĂ©s subversives ou de base de repli ; de la mĂ©connaissance du droit Ă  la paix et Ă  la sĂ©curitĂ© ; du recel de biens volĂ©s en CĂŽte d’Ivoire ; de l’émergence d’une Ă©conomie de guerre et d’activitĂ©s de trafic d’armesModifier Comme on le sait, le processus de dĂ©sarmement des groupes armĂ©s qui sont en conflit depuis deux ans en CĂŽte d’Ivoire divisĂ©e en deux zones, ne dĂ©butera qu’à partir du 15 octobre 2004 conformĂ©ment Ă  l’article 9 de l’accord d’Accra III. Le texte de cet accord est ainsi libellĂ© les parties se sont engagĂ©es Ă  commencer le DĂ©sarmement, DĂ©mobilisation, RĂ©intĂ©gration DDR au plus tard le 15 du mois d’octobre 2004. Le processus sera conduit sur la base d’un calendrier spĂ©cifique en conformitĂ© avec les dispositions pertinentes de l’Accord de Linas-Marcoussis et les dĂ©cisions adoptĂ©es Ă  cet effet Ă  Grand Bassam et Ă  Yamoussoukro. Le processus de DDR concernera tous les groupes paramilitaires et de milices. Il a Ă©galement Ă©tĂ© convenu de la restructuration des forces de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ© conformĂ©ment Ă  la feuille de route Ă©laborĂ©e et validĂ©e Ă  Grand Bassam. » Il rĂ©sulte de ce qui prĂ©cĂšde que jusqu’à l’heure actuelle, les groupes armĂ©s, y compris les diffĂ©rentes milices et les forces parallĂšles qui pourraient en relever, sont toujours en possession de leurs armes respectives. Cette situation est de nature Ă  perdurer mĂȘme aprĂšs la fin de la pĂ©riode officielle du dĂ©sarmement. La porositĂ© des frontiĂšres qui caractĂ©rise les pays d’Afrique fait que le contrĂŽle des frontiĂšres est malaisĂ©. Il est un fait indĂ©niable que dans les pays en guerre ou ceux qui connaissent une instabilitĂ© politique, le commerce d’armes est trĂšs frĂ©quent et florissant, compte tenu de bĂ©nĂ©fices qu’il est susceptible de procurer. Au surplus, dans la phase de dĂ©sarmement et celle de dĂ©mobilisation, les sommes proposĂ©es en vue d’inciter ceux qui dĂ©tiennent des armes Ă  les dĂ©poser, constituent une sorte de marchĂ© ; cela fait que ceux qui dĂ©posent des armes sont tentĂ©s de s’armer de nouveau afin de prĂ©tendre percevoir de nouveau d’autres sommes. Cela a Ă©tĂ© constatĂ© dans des pays voisins oĂč la phase du dĂ©sarmement est en cours dans un pays seulement au lieu de l’ĂȘtre simultanĂ©ment dans tous les États de la sous-rĂ©gion. Un tel phĂ©nomĂšne peut aussi ĂȘtre engendrĂ© si le montant proposĂ© en vue d’inciter les porteurs d’armes Ă  les dĂ©poser, est supĂ©rieur d’un cĂŽtĂ© seulement. En CĂŽte d’Ivoire, le trafic d’armes existe Ă  partir de l’extĂ©rieur, mais le circuit de leur acheminement n’a pu ĂȘtre clairement dĂ©celĂ©. Cela exige des recherches plus approfondies, outre le fait du caractĂšre secret de tout ce qui est illicite, les relations d’affaires se faisant souvent en pareil cas par personnes interposĂ©es. Cependant, des sources crĂ©dibles ont signalĂ© Ă  la Commission que les marchands d’armements passeraient par la Libye, le Niger, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali, le LibĂ©ria et la GuinĂ©e, en dĂ©pit de dĂ©nĂ©gations officielles des gouvernements de ces pays. Il a Ă©tĂ© constatĂ© en CĂŽte d’Ivoire, Ă  l’instar de nombreux autres pays qui ont connu une pĂ©riode de confrontation armĂ©e [26], que le trafic d’armes entraĂźne bien souvent une augmentation du taux de criminalitĂ©. Tel est actuellement le cas dans les grandes villes de la CĂŽte d’Ivoire. À son tour, le banditisme donne gĂ©nĂ©ralement naissance Ă  un climat d’insĂ©curitĂ©. Base arriĂšre et soutien aux rebelles et au gouvernementModifier Dans le rapport d’enquĂȘte de la Commission internationale qui a prĂ©cĂ©dĂ© la prĂ©sente, il est question de soupçons ou de sĂ©rieuses suspicions sur l’implication de pays Ă©trangers. L’aide serait apportĂ©e ainsi soit directement et de façon active, soit passivement et de façon indirecte. À ce sujet, la Commission a reçu des tĂ©moignages prĂ©cis de soutien actif que certains pays voisins Ă  la CĂŽte d’Ivoire apportent au groupe des anciens rebelles ivoiriens. Des noms des officiers chargĂ©s de l’encadrement ainsi que des lieux oĂč se trouvent des camps d’entraĂźnement des rebelles ivoiriens ont Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©s Ă  la Commission. En application de dispositions du traitĂ© portant crĂ©ation et intĂ©gration des pays de l’UEMOA — Union Ă©conomique et monĂ©taire des États de l’ouest africain — et celles de la CEDEAO — CommunautĂ© Ă©conomique et de dĂ©veloppement des États d’Afrique de l’Ouest — garantissant notamment la libre circulation des personnes et des biens, des rebelles ivoiriens peuvent circuler en toute libertĂ© dans ces pays. Un groupe de rebelles ivoiriens avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© et traduit devant la justice au Mali, du chef d’avoir passĂ© la frontiĂšre en Ă©tant porteur d’armes. Cette situation crĂ©e souvent des tensions entre les autoritĂ©s de deux pays, compte tenu de l’incomprĂ©hension qui en rĂ©sulte et de la confusion quant Ă  la nature d’activitĂ©s qualifiĂ©es souvent de subversives d’un cĂŽtĂ© que les rebelles ivoiriens mĂšnent sur le territoire d’États voisins. Si tous les paramĂštres du soutien extĂ©rieur qui serait apportĂ© aux rebelles ivoiriens pourrait encore se discuter nonobstant les Ă©lĂ©ments de preuve auxquels la Commission a abouti, l’aide dont les parties en conflit en CĂŽte d’Ivoire bĂ©nĂ©ficient pour l’engagement des mercenaires, notamment LibĂ©riens et Sierra LĂ©onais, Ă  cĂŽtĂ© de leurs combattants respectifs, ne fait en revanche l’objet d’aucun doute. Du cĂŽtĂ© de l’armĂ©e rĂ©guliĂšre on a en effet remarquĂ© la prĂ©sence de mercenaires notamment libĂ©riens, angolais, sud-africains et français, tandis que chez les anciens rebelles, on a identifiĂ© des LibĂ©riens notamment Ă  Guiglo, Yamoussoukro et Ă  DuĂ©kouĂ©. Quant aux sources de financement des Ă©quipements militaires, des tĂ©moins ont rapportĂ© Ă  la Commission qu’au dĂ©but de la rĂ©bellion, l’on a vu des paiements faits bien souvent au comptant et des armements Ă  l’état neuf. D’autres rĂ©vĂ©lations faites par certains responsables des rebelles eux-mĂȘmes prĂ©cisaient l’origine et la hauteur de certaines aides financiĂšres dont ils bĂ©nĂ©ficiĂšrent. Une des personnes qui avait pourtant Ă©tĂ© citĂ©e au cours d’un rassemblement public, entendue sur ce fait par la Commission, a dĂ©clarĂ© ne rien savoir de ce qui lui Ă©tait imputĂ©. L’on sait Ă©galement que les agences de la BCEAO Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest ont Ă©tĂ© mises Ă  sac Ă  BouakĂ©, Ă  Man et Ă  Korhogo et qu’une bonne partie des sommes ainsi obtenues aurait servi Ă  l’achat des armes tandis qu’une autre aurait Ă©tĂ© placĂ©e dans des pays voisins. Du cĂŽtĂ© de l’armĂ©e rĂ©guliĂšre, l’on sait aussi que des Ă©quipements militaires dont notamment des hĂ©licoptĂšres d’origine soviĂ©tique ont Ă©tĂ© acquis par l’intermĂ©diaire de l’ambassade de la CĂŽte d’Ivoire auprĂšs du Kremlin. Le nom de la personne qui a nĂ©gociĂ© ces contrats est aussi connu de la Commission. Droit Ă  la paix et Ă  la sĂ©curitĂ©Modifier Le respect du droit Ă  la paix et la sĂ©curitĂ© des peuples constitue un des fondements majeurs de la coexistence pacifique entre les peuples et les États. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les chefs d’État africains ont tenu Ă  insĂ©rer dans la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples l’article 23 dont l’alinĂ©a 1er stipule Les peuples ont droit Ă  la paix et Ă  la sĂ©curitĂ© tant sur le plan national que sur le plan international. Le principe de solidaritĂ© et de relations amicales affirmĂ© implicitement par la Charte des Organisations des Nations Unies et rĂ©affirmĂ© par celle de l’Organisation de l’unitĂ© africaine [27] doit prĂ©sider aux rapports entre les États. » La Commission est au regret de constater que les pays voisins de la CĂŽte d’Ivoire n’ont pas veillĂ© au respect du principe de solidaritĂ© et de relations amicales seul susceptible de prĂ©server la paix et la sĂ©curitĂ© non seulement de cet État, mais Ă©galement de ses voisins. En effet, la Commission a recueilli des tĂ©moignages prĂ©cis et concordants dont il rĂ©sulte notamment que des groupes armĂ©s se sont entraĂźnĂ©s dans des États voisins avant de procĂ©der Ă  la tentative du coup d’état du 19 septembre 2002. En d’autres termes, ces personnes ont utilisĂ© les territoires de ces pays comme base de dĂ©part des activitĂ©s subversives dirigĂ©es contre la CĂŽte d’Ivoire. Les États ayant autorisĂ© de telles activitĂ©s subversives ont ainsi mĂ©connu les dispositions de l’alinĂ©a 2 de l’article 23 susmentionnĂ© qui stipule "Dans le but de renforcer la paix, la solidaritĂ© et les relations amicales, les États parties Ă  la prĂ©sente Charte s’engagent Ă  interdire Qu’une personne jouissant du droit d’asile aux termes de l’article 12 de la prĂ©sente Charte entreprenne une activitĂ© subversive dirigĂ©e contre son pays d’origine ou contre tout autre pays, partie Ă  la prĂ©sente Charte; Que leurs territoires soient utilisĂ©s comme base de dĂ©part d’activitĂ©s subversives ou terroristes dirigĂ©es contre le peuple de tout autre État, partie Ă  la prĂ©sente Charte." que des mercenaires armĂ©s en provenance de certains États voisins ont participĂ© au conflit ivoirien, d’un cĂŽtĂ© comme de l’autre au vu et au su de leurs États d’origine, lesquels n’ont pas agi conformĂ©ment aux engagements qu’ils avaient souscrits en signant aussi bien la Charte des Nations Unies que la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ; que des fonds trĂšs importants ont Ă©tĂ© utilisĂ©s par les rebelles avant et dĂšs les premiĂšres heures de la tentative avortĂ©e de coup d’État du 19 septembre 2002. Or, aucun des dirigeants de la rĂ©bellion n’est suffisamment fortunĂ© pour pouvoir la financer. Ces fonds ont bien dĂ» provenir de l’extĂ©rieur, puisque tout aussi bien l’argent provenant de vols commis dans les banques susmentionnĂ©es Ă©tait insignifiant eu Ă©gard aux besoins engendrĂ©s par la tentative de coup de force ; que certains États voisins et autres, ont Ă©galement fourni de l’armement, aussi bien au gouvernement qu’aux rebelles. Ces États fournisseurs connaissaient parfaitement la situation de guerre civile qui prĂ©valait en CĂŽte d’ ces participations directes ou indirectes au conflit ivoirien constituent autant d’atteintes au droit Ă  la paix et Ă  la sĂ©curitĂ© des Ivoiriens comme Ă  celle de leur État. De la mĂȘme maniĂšre, ces actes sont manifestement inamicaux et sont donc contraires aux principes de solidaritĂ© et d’amitiĂ© qui doivent prĂ©sider aux relations internationales. La communautĂ© internationale doit de toute urgence trouver une solution adĂ©quate pour veiller Ă  ce que de tels actes ne puissent se rĂ©pĂ©ter, d’autant que des dispositions aussi pertinentes que celles de l’article 23 prĂ©citĂ© de la Charte africaine ont Ă©tĂ© insuffisantes pour la prĂ©server. À dĂ©faut, un risque de conflagration sous-rĂ©gionale est Ă  prĂ©voir avec les consĂ©quences les plus dĂ©sastreuses sur le plan humanitaire. Recel de biens volĂ©s en CĂŽte d’IvoireModifier Il est un fait constant et indĂ©niable que la prospĂ©ritĂ© qu’avait connue la CĂŽte d’Ivoire a pu aussi bĂ©nĂ©ficier Ă  tous les autres pays de la sous-rĂ©gion. De mĂȘme, depuis le dĂ©clenchement de la crise en CĂŽte d’Ivoire, des biens tels que des voitures, des marchandises et d’autres produits fabriquĂ©s dans ce pays circulent dans les pays voisins. C’est le cas, du cafĂ© et mĂȘme du cacao dont certains pays limitrophes tel le Burkina Faso en seraient devenus exportateurs. Des produits volĂ©s en CĂŽte d’Ivoire achalandent des magasins et des boutiques des commerçants dans les pays limitrophes. Cela est intimement liĂ© au point qui est exposĂ© ci-aprĂšs au sujet de l’émergence d’une Ă©conomie de guerre. Émergence d’une Ă©conomie de guerreModifier Comme il est dit ci-haut, la guerre en CĂŽte d’Ivoire et ses consĂ©quences dĂ©sastreuses sur le plan Ă©conomique ont favorisĂ© des trafics de toute nature au profit des pays limitrophes. Ainsi, la fermeture du port d’Abidjan et la suspension du trafic ferroviaire entre cette ville et d’autres centres urbains, notamment ceux du Mali, ont permis au transport routier de prendre de l’essor en direction et au profit du port maritime de LomĂ©. La dĂ©couverte de champs pĂ©trolifĂšres importants en CĂŽte d’Ivoire et la situation d’instabilitĂ© qui y rĂšgne depuis bientĂŽt cinq ans sont considĂ©rĂ©s comme des ingrĂ©dients qui risquent d’en assurer la prolongation, tant le dĂ©sordre et le climat dĂ©lĂ©tĂšre qui rĂ©sultent de tout cela profitent grandement Ă  certains milieux. Cela constitue un trĂšs grand danger pour l’avenir de la CĂŽte d’Ivoire et compromet les chances de sortie de crise si une expression forte de volontĂ© collective n’est pas exprimĂ©e pour mettre rapidement fin Ă  cette crise. Sur le plan strictement ivoirien, on dĂ©plore la mauvaise gestion, la gabegie financiĂšre et les dĂ©tournements de fonds publics. On peut citer le cas de ce qui s’est passĂ© dans la filiĂšre du cacao oĂč des fonctionnaires du FDPEC qui gĂ©raient des fonds importants dont une partie s’est volatilisĂ©e. De mĂȘme, la CAA jadis la vache Ă  lait des dirigeants successifs de la CĂŽte d’Ivoire, a Ă©tĂ© transformĂ©e en BNI Banque nationale d’investissement en dĂ©pit de son lourd passif qui devait en entraĂźner la dissolution. À la suite d’accords quelque peu tĂ©nĂ©breux avec certains partenaires Ă©trangers [28], son sauvetage s’est effectuĂ© grĂące Ă  une telle opĂ©ration de transformation. Parmi les dangers des consĂ©quences de l’économie de guerre, on pourrait mentionner la baisse du prix du cacao ivoirien consĂ©cutive Ă  la crise. Des hommes d’affaires Ă©trangers ont profitĂ© de cette aubaine pour racheter pratiquement la totalitĂ© du cacao de la CĂŽte d’Ivoire qu’ils Ă©coulent Ă  l’extĂ©rieur Ă  un prix beaucoup plus Ă©levĂ© et qu’ils veulent contrĂŽler en le maintenant longtemps Ă  un haut niveau Ă  cause de la raretĂ© créée par la suite de la baisse de la production en CĂŽte d’Ivoire. Sous prĂ©texte de veiller Ă  la sĂ©curitĂ©, la police tout autant que la gendarmerie et l’armĂ©e ont multipliĂ© les barrages, non seulement Ă  l’intĂ©rieur des villes comme Abidjan, mais Ă©galement le long des routes vitales pour l’économie du pays ainsi que celle des États voisins. À chaque barrage, les contrĂŽles constituent autant d’occasions de rackets Ă  ciel ouvert et connus de toutes les autoritĂ©s du pays. Le produit de ces rackets constitue des ressources bien plus importantes que les traitements mensuels, de sorte que leurs bĂ©nĂ©ficiaires ne semblent pas prĂȘts Ă  en voir tarir la source. Dans les zones contrĂŽlĂ©es par les rebelles, les mĂȘmes barrages produisent les mĂȘmes effets. Cette Ă©conomie de guerre sera difficile Ă  combattre si on la laisse durablement entrer dans les mƓurs. Au surplus, elle risque de faire tache d’huile et de s’étendre Ă  tous les autres services publics comme c’est dĂ©jĂ  le cas pour le service des douanes. ResponsabilitĂ©sModifier ConsidĂ©rations gĂ©nĂ©rales et fondement de la responsabilitĂ©Modifier La Commission a recueilli des tĂ©moignages et des documents susceptibles d’identifier les responsables ainsi que les responsabilitĂ©s dans la plupart des violations des droits de l’homme, du droit international humanitaire et des actes constitutifs de crimes contre l’humanitĂ© relevĂ©s et relatĂ©s au prĂ©sent rapport. Afin de prĂ©server d’une part la sĂ©curitĂ© des tĂ©moins, voire aussi des auteurs, la Commission a dĂ©cidĂ© de ne pas rendre public leurs noms, tout en remettant, en mĂȘme temps que le prĂ©sent rapport, au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les droits de l’homme, l’intĂ©gralitĂ© des Ă©lĂ©ments susceptibles pour un Procureur Ă©ventuellement dĂ©signĂ©, d’engager sans dĂ©lai des poursuites pĂ©nales et procĂ©der, s’il le juge nĂ©cessaire, aux arrestations des responsables prĂ©sumĂ©s dĂ©jĂ  identifiĂ©s. NĂ©anmoins, la Commission tient Ă  prĂ©ciser que toutes les parties impliquĂ©es dans le conflit ivoirien sont responsables, chacune en ce qui la concerne, des violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire, relevĂ©es au cours de l’enquĂȘte objet du prĂ©sent rapport. Il appartiendra Ă  la Justice qui sera Ă©ventuellement dĂ©signĂ©e Ă  cet effet, d’en dĂ©terminer l’étendue et la gravitĂ©. Comme il a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©crit dans la partie introductive du prĂ©sent rapport, les parties signataires de l’Accord de Linas-Marcoussis ont exprimĂ© une volontĂ© trĂšs claire de voir la Commission internationale d’enquĂȘte sur la CĂŽte d’Ivoire contribuer par ses activitĂ©s Ă  Ă©tablir des responsabilitĂ©s des personnes prĂ©sumĂ©es avoir commis de graves violations des droits de l’homme, du droit international humanitaire et des crimes contre l’humanitĂ©. Il en est de mĂȘme des Termes de rĂ©fĂ©rence » relatifs au mandat de la Commission. Il est stipulĂ© au dispositif 3 de l’annexe VI du susdit Accord que sur le rapport de la Commission internationale le gouvernement de rĂ©conciliation nationale dĂ©terminera ce qui doit ĂȘtre portĂ© devant la justice pour faire cesser l’impunitĂ© ». De mĂȘme, les parties dĂ©clarent condamner particuliĂšrement les commanditaires des actions des escadrons de la mort et les auteurs des exĂ©cutions sommaires sur l’ensemble du territoire de la CĂŽte d’Ivoire ». Les mĂȘmes parties signataires de l’Accord de Linas-Marcoussis expriment Ă©galement des prĂ©occupations et affirment la nĂ©cessitĂ© d’établir des responsabilitĂ©s en vue de dĂ©fĂ©rer les auteurs prĂ©sumĂ©s des actes constitutifs de ces violations graves devant les instances judiciaires. Les Termes de rĂ©fĂ©rence » sont encore plus clairs et prĂ©cis sur la question des responsabilitĂ©s des auteurs de tels actes. En effet, selon le dispositif b du point I relatif au mandat de la Commission, une des missions de cette derniĂšre consiste certes Ă  Ă©tablir les faits et les circonstances de leur perpĂ©tration » mais, dans la mesure du possible », la Commission devrait s’employer Ă  identifier les auteurs » des violations, ce qui revient Ă  Ă©tablir des responsabilitĂ©s. Consciente de l’obligation qui lui incombe aux termes des dispositions mentionnĂ©es ci-dessus, la Commission s’est engagĂ©e Ă  mener des enquĂȘtes approfondies allant parfois jusqu’à avoisiner le travail d’un procureur. C’est donc notamment Ă  cet effet que la Commission a jugĂ© opportun de prĂ©parer et de prĂ©senter comme annexe confidentielle Ă  son rapport, une liste nominative de personnes sur qui pĂšsent plus que des prĂ©somptions simples quant Ă  leurs responsabilitĂ©s dans la perpĂ©tration de certaines violations des droits de l’homme, du droit international humanitaire ou Ă  la commission de crimes contre l’humanitĂ©. Les efforts de la Commission en ce qui concerne la quĂȘte d’établir des responsabilitĂ©s se sont Ă©galement Ă©tendus au niveau des États. En effet, des enquĂȘtes ont permis de dĂ©celer une implication certaine et trĂšs active de certains gouvernements de pays Ă©trangers ou limitrophes Ă  la CĂŽte d’Ivoire. Les actes qui traduisent une telle implication sont spĂ©cifiĂ©s au chapitre pertinent du prĂ©sent rapport. Toutefois, la liste des pays mis en cause fait l’objet de l’annexe confidentielle audit rapport. On peut, Ă  titre illustratif, citer le cas du soutien direct Ă  certains groupes armĂ©s ivoiriens par la mise Ă  leur disposition d’instructeurs militaires ou de bases d’entraĂźnement. L’aide indirecte tacite ou volontaire Ă  certains groupes a aussi Ă©tĂ© remarquĂ©e. C’est le cas de bases arriĂšres dont peuvent bĂ©nĂ©ficier les membres de tels groupes. Des recherches ont aussi conduit la Commission Ă  relever des actes dont les consĂ©quences prĂ©judiciables sont susceptibles de mettre en cause la responsabilitĂ© des autoritĂ©s ivoiriennes, officielles ou de fait. DĂ©jĂ  les parties signataires de l’Accord de Linas-Marcoussis avaient envisagĂ© la question de responsabilitĂ© individuelle des auteurs. Cela rĂ©sulte du dispositif 4 de l’annexe VI de l’accord prĂ©citĂ©. En effet, aux termes de cette disposition, le gouvernement de rĂ©conciliation nationale s’engagera Ă  faciliter les opĂ©rations humanitaires en faveur de toutes les victimes du conflit sur l’ensemble du territoire national. Sur la base de la Commission nationale des droits de l’homme il prendra des mesures d’indemnisation et de rĂ©habilitation des victimes ». Aux fins d’indemnisation ou de rĂ©habilitation des victimes, le gouvernement ivoirien devra tout mettre en Ɠuvre en vue de chercher Ă  faire Ă©tablir non seulement des actes rĂ©prĂ©hensibles constitutifs de violations graves des droits de l’homme, du droit international humanitaire ou de crimes contre l’humanitĂ©, mais il devra de toute Ă©vidence aussi chercher Ă  identifier les auteurs prĂ©sumĂ©s de tels actes. Parmi de tels actes, certains pourraient ĂȘtre imputables soit aux autoritĂ©s publiques officielles ou de fait soit aux particuliers, personnes physiques ou morales. ResponsabilitĂ©s en ce qui concerne le dĂ©but de la crise en CĂŽte d’IvoireModifier Les origines de la crise en CĂŽte d’Ivoire sont reflĂ©tĂ©es Ă  suffisance aussi bien dans le rapport [29] que dans les documents de travail y relatifs. On peut ainsi noter que le dĂ©cĂšs en 1993 du prĂ©sident FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny et les difficultĂ©s Ă©conomiques qui ont suivi marquent la fin de la stabilitĂ© Ă©conomique et politique et de la coexistence pacifique entre les communautĂ©s habitant en CĂŽte d’Ivoire. Parmi les causes de cette crise il convient de distinguer les causes internes des causes externes. Causes internes du conflitModifier Le dĂ©but de la crise interne a coĂŻncidĂ© avec la mutinerie dont les racines se fondent sur la crise identitaire qui s’était fait jour en CĂŽte d’Ivoire. Cette crise a Ă©tĂ© exploitĂ©e par des leaders politiques qui dĂ©veloppĂšrent ainsi pour la premiĂšre fois le concept de l’ivoiritĂ© pour exclure leurs adversaires de la course au pouvoir. Ce fut l’ancien prĂ©sident de l’AssemblĂ©e Nationale, Henri Konan BĂ©diĂ©, devenu prĂ©sident de la RĂ©publique en 1993 qui, le premier, a utilisĂ© le concept d’ivoiritĂ©. Sur cette base, plusieurs lois restrictives ont vu le jour, notamment celle permettant seulement aux Ivoiriens de souche » de prendre part aux Ă©lections prĂ©sidentielles. C’est ainsi que l’ancien Premier ministre Alassane Dramane Ouatarra fut Ă©cartĂ© des Ă©chĂ©ances Ă©lectorales de 1995 et de 2000. Par ailleurs, une loi fonciĂšre fut dans la foulĂ©e, adoptĂ©e en 1998. La consĂ©quence en a Ă©tĂ© l’exclusion de milliers de paysans spĂ©cialement ceux originaires du Burkina Faso d’accĂ©der Ă  la propriĂ©tĂ© fonciĂšre Ă  laquelle ceux d’entre eux qui avaient sĂ©journĂ© trĂšs longtemps en CĂŽte d’Ivoire prĂ©tendaient ou croyaient avoir obtenue. En dĂ©cembre 1999, une mutinerie de soldats menĂ©e par le gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ s’empara du pouvoir dont Konan BĂ©diĂ© fut chassĂ© et contraint de vivre en exil. Le gĂ©nĂ©ral GueĂŻ mit en place un gouvernement d’ouverture auquel participĂšrent la plupart des partis politiques. Toutefois, le concept d’ivoiritĂ© fut institutionnalisĂ© pour l’éligibilitĂ© Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique. Tout candidat devait ĂȘtre nĂ© de mĂšre et de pĂšre eux-mĂȘmes ivoiriens. En dĂ©sapprobation de ce qui se faisait ainsi en CĂŽte d’Ivoire, la communautĂ© internationale, notamment l’ONU et l’ex OUA ainsi que l’Organisation Internationale de la Francophonie OIF s’abstinrent d’envoyer des observateurs au dĂ©roulement des Ă©lections de 2002. Robert GueĂŻ s’autoproclama vainqueur de ces Ă©lections ce qui dĂ©clencha des manifestations de rue qui ont Ă©tĂ© rĂ©primĂ©es dans la violence. Laurent Gbagbo, leader du Front Populaire Ivoirien FPI, fut en revanche proclamĂ© prĂ©sident de la RĂ©publique par la cour suprĂȘme de justice. L’exclusion du processus Ă©lectoral d’Alassane Dramane Ouattara, originaire du nord de la CĂŽte d’Ivoire avait entraĂźnĂ© de la confusion accentuĂ©e par le climat gĂ©nĂ©ral de tension et de violence politique qui avait rĂ©gnĂ© pendant la pĂ©riode postĂ©lectorale. C’est ainsi notamment que, comme Ouattara Ă©tait de surcroĂźt musulman, une vague de xĂ©nophobie dĂ©ferla et gagna tout le pays, Ă  tel enseigne qu’un antagonisme prit naissance non seulement entre les populations du nord et celles du sud mais Ă©galement entre musulmans et non musulmans. C’est dans ce nouveau contexte sur fond de tension sociopolitique qu’éclata la mutinerie des 700 soldats exclus de l’armĂ©e communĂ©ment appelĂ©s les Zins Zins et les BahoufouĂ©s ». Cette mutinerie avait pour théùtre Abidjan, BouakĂ© et Korhogo. Elle fut le dĂ©tonateur et le ferment de la rĂ©bellion qui divisera la CĂŽte d’Ivoire en deux. Le Sud resta aux mains du gouvernement, le Nord et le Centre passĂšrent sous occupation des rebelles regroupĂ©s Ă  l’époque sous le Mouvement Patriotique de CĂŽte d’Ivoire — MPCI. Deux nouveaux groupes rebelles firent leur apparition dans l’ouest le 28 novembre 2002. Il s’agit respectivement du mouvement pour la paix et la justice MPJ et du mouvement populaire ivoirien du grand ouest MPIGO. Au dĂ©but du conflit, les soldats mutins exprimĂšrent avant tout des revendications tendant Ă  obtenir leur rĂ©intĂ©gration au sein de l’armĂ©e et l’amĂ©lioration de leur statut. Leur progression dans le nord du pays fit naĂźtre d’autres revendications de nature politique telles que la rĂ©forme de la constitution et de la loi fonciĂšre, la dĂ©mission du prĂ©sident Gbagbo et l’organisation de nouvelles Ă©lections. Causes externes du conflitModifier Dans cette catĂ©gorie de causes, on peut Ă©pingler les Ă©lĂ©ments ci-aprĂšs qui illustrent cette situation Jadis le pays le plus riche de la sous-rĂ©gion dotĂ© d’une Ă©conomie solide, la CĂŽte d’Ivoire avait commencĂ© Ă  sombrer dans la crise vers la fin du rĂšgne d’HouphouĂ«t Boigny. Cette dĂ©stabilisation du pays a engendrĂ© la fuite des investissements et la dĂ©localisation de certaines usines vers d’autres pays de la sous-rĂ©gion. La dĂ©couverte de quinze champs pĂ©trolifĂšres en CĂŽte d’Ivoire est considĂ©rĂ©e par certains mĂ©dias nationaux [30] et internationaux comme Ă©tant un Ă©lĂ©ment renforçant cette dĂ©stabilisation. Cela constitue en outre un centre d’intĂ©rĂȘt au conflit voire de la main mise sur les ressources Ă©conomiques du pays par les États voisins et par les Occidentaux. Depuis le dĂ©but du conflit, le gouvernement ivoirien n’a pas cessĂ© de soutenir l’existence d’une ingĂ©rence entre autres du Burkina Faso dans ses affaires intĂ©rieures, notamment par l’aide que ce pays apporterait aux rebelles du MPCI par le trafic d’armes qui s’est installĂ© effectivement dans la sous-rĂ©gion et tout spĂ©cialement dans les pays proches de zones et plus spĂ©cialement dans les pays proches de zones frontaliĂšres oĂč les combats ont eu lieu. Le gouvernement ivoirien fait Ă©galement grief Ă  l’endroit du Burkina Faso de permettre aux rebelles du MPCI de s’y entraĂźner et d’y trouver des bases arriĂšres de repli. À l’encontre des autoritĂ©s libĂ©riennes, la CĂŽte d’Ivoire fait valoir leur soutien aux actions des est indĂ©niable Ă  l’heure actuelle que les deux parties ivoiriennes en conflit ont eu recours aux service des mercenaires originaires notamment du LibĂ©ria, d’Afrique du Sud, de l’Angola, de la France pour le gouvernement et de ceux en provenance du LibĂ©ria et de la Sierra LĂ©one en ce qui concerne les rebelles du MPCI. Selon des tĂ©moignages, les rebelles libĂ©riens engagĂ©s Ă©taient des opposants au rĂ©gime de Charles Taylor. Leurs unitĂ©s de combat Ă©taient baptisĂ©es Lima » ou Fire ». Il y avait aussi des GhanĂ©ens, des GuinĂ©ens, des BurkinabĂ©s, des Français, des Sud-Africains. La Commission a reçu une liste avec des noms des mercenaires notamment français et sud-africains. En vue de lancer l’offensive lors de la reprise de Man et DananĂ©, les mercenaires combattant aux cĂŽtĂ©s des forces loyalistes auraient reçu beaucoup d’argent Ă  titre de motivation. Pour Blolequin, 15 millions de FCFA ; pour Toulepleu, 15 millions de FCFA ; pour DananĂ©, 30 millions de FCFA. De ce qui prĂ©cĂšde, la Commission est portĂ©e Ă  faire endosser les responsabilitĂ©s des consĂ©quences de situations nĂ©es dans le contexte prĂ©cisĂ© ci-dessus sur tous les pĂšres fondateurs du concept de l’ivoiritĂ© et sur le gouvernement qui l’a institutionnalisĂ© et a Ă©laborĂ© d’autres lois discriminatoires. À l’encontre du pouvoir en place au moment des faitsModifier A la charge des autoritĂ©s publiques officielles ou de fait ivoiriennes au moment des faits, la Commission a Ă©pinglĂ© notamment des violations graves ci-aprĂšs Les assassinats politiques planifiĂ©s spĂ©cialement du gĂ©nĂ©ral Robert GueĂŻ, son Ă©pouse, sa garde rapprochĂ©e et de son personnel de maison dans la matinĂ©e du 19 septembre 2002 ; Les bombardements des populations civiles par les hĂ©licoptĂšres dans plusieurs localitĂ©s dont celles de l’Ouest du pays et les destructions et dĂ©cĂšs qui en ont rĂ©sultĂ© spĂ©cialement sur les populations civiles. Ces bombardements ont notamment eu lieu Ă  Vavoua, PĂ©lĂ©zi, Zouan-Hounien, Marhapleu, DananĂ© et Ă  Menakro ; Les meurtres ciblĂ©s commis sur des personnes en raison de leur appartenance ethnique, religieuse, rĂ©gionale ou nationale tels des actes de toute sorte commis notamment Ă  l’encontre de Maliens, BurkinabĂ©s et de GuinĂ©ens ; Les tentatives d’assassinat sur la personne d’Alassane Dramane Ouattara et son Ă©pouse, d’Adama Tongara le maire de la commune d’Abobo et sa famille dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 ; L’organisation de milices et les consĂ©quences diverses des exactions de toute sorte commises par des forces parallĂšlesModifier Au cours des auditions des tĂ©moins que la Commission a organisĂ©, des informations prĂ©cises et concordantes ainsi que des documents probants ont Ă©tĂ© fournis quant Ă  l’existence, l’organisation et l’utilisation des milices ou autres forces parallĂšles. Les lieux d’entraĂźnement de ces milices ont aussi Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©s Ă  la Commission. Des sources concordantes ont aussi signalĂ© et les photos figurant au dossier prouvent que ces milices sont armĂ©es. Les noms des principaux dirigeants de ces milices ont Ă©tĂ© portĂ©s Ă  la connaissance de la Commission et les photos permettent de les identifier avec prĂ©cision. Il semble que la FĂ©dĂ©ration des Ă©tudiants et scolaires de CĂŽte d’Ivoire, en sigle FESCI, dont les principaux dirigeants se trouvent au campus de l’UniversitĂ© de Cocody, constitue une des pĂ©piniĂšres de recrutement et d’actions opĂ©rationnelles d’une partie des milices dont il est question. Des informations de sources dignes de foi ont permis Ă  la Commission de savoir que la FESCI aurait de tout temps et spĂ©cialement depuis le pouvoir du prĂ©sident Henri Konan BĂ©diĂ©, pris parti en faveur des groupements politiques. La situation aurait atteint son point culminant sous le prĂ©sident Laurent Gbagbo lorsque l’ñge limite de participation aux Ă©lections a Ă©tĂ© abaissĂ© Ă  18 ans. C’est donc Ă  des fins Ă©lectorales que la FESCI serait utilisĂ©e par le parti Ă  la recherche des voix des Ă©lecteurs. À la charge des ex-rebellesModifier La responsabilitĂ© des anciens rebelles peut notamment ĂȘtre Ă©tablie en ce qui concerne les Ă©vĂ©nements ou les actes ci-aprĂšs L’assassinat d’Emile Boga Doudou survenue dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 ; les enquĂȘtes ont rĂ©vĂ©lĂ© que cet acte ne peut ĂȘtre imputĂ© Ă  Kante Koly ni Ă  Lida Kouassi [31], comme la rumeur l’avait prĂ©sentĂ© ; Les attaques gĂ©nĂ©ralisĂ©es contre les agents de l’État et les reprĂ©sentants des forces de l’ordre ; Le massacre des gendarmes, celui des membres de leurs familles et d’autres personnes Ă  BouakĂ© ; Le meurtre du Colonel Loula abattu de plusieurs balles tirĂ©es dans le dos Ă  son domicile du camp BASS Bataillon d’Artillerie Sol-Sol qu’il commandait Ă  BouakĂ© ; La mise Ă  sac des banques BCEAO Ă  BouakĂ© et Ă  Korhogo ; La tentative d’assassinat de Lida Kouassi et l’enlĂšvement de sa femme et de ses enfants Ă  Abidjan dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 ; Le dĂ©cĂšs des civils et des membres des forces de l’ordre survenu par suffocation, Ă  la suite de leur enfermement et exposition en plein soleil dans un containeur Ă  BouakĂ© et Ă  Korhogo ; L’égorgement puis le dĂ©peçage du corps de Kassoum Bamba dit Kass en plein jour et dans la rue Ă  tenu du fait que ces actes ont eu lieu pendant la guerre et Ă  l’égard des populations civiles et des corps habillĂ©s » militaires, gendarmes, policiers, agents des eaux et forĂȘt qui Ă©taient dĂ©sarmĂ©s et ne participaient pas aux hostilitĂ©s, la Commission considĂšre qu’il y a eu violation des dispositions du droit international meurtre commis sur la personne des danseuses Adjanou » sommairement exĂ©cutĂ©es Ă  BouakĂ©. L’organisation des milices et les consĂ©quences diverses des exactions de toute sorte commises par elles, notamment dans l’Ouest et le Centre-Ouest de la CĂŽte d’Ivoire oĂč des populations de villages entiers ont Ă©tĂ© massacrĂ©es gratuitement et des forces Ă©trangĂšresModifier Des enquĂȘtes ont aussi rĂ©vĂ©lĂ© la responsabilitĂ© des forces Ă©trangĂšres sur certains Ă©vĂ©nements survenus en CĂŽte d’Ivoire. On peut citer le cas de trois Ă©tudiants du secondaire de M’Bahiakro qui ont Ă©tĂ© griĂšvement blessĂ©s par les membres d’une armĂ©e Ă©trangĂšre opĂ©rant en CĂŽte d’Ivoire sous le mandat des Nations Unies. Ces Ă©tudiants ont Ă©tĂ© blessĂ©s dans le cadre d’une marche pacifique de patriotes » organisĂ©e fin novembre 2003 lors de l’occupation de BouakĂ© par les rebelles. Lors d’une visite Ă  ces Ă©tudiants au centre hospitalier de la PISAM d’Abidjan oĂč ils sĂ©journent depuis plus d’un an, la Commission a Ă©tĂ© informĂ©e par les autoritĂ©s que les militaires de cette force internationale de maintien de la paix avaient tirĂ© sans sommation sur la foule des Ă©tudiants manifestants. À l’occasion de cette visite, la Commission a Ă©galement pu se rendre compte de l’ampleur des blessures subies par eux et qui font qu’encore prĂšs d’une annĂ©e aprĂšs l’évĂ©nement de M’Bahiakro, les trois infortunĂ©s se trouvent toujours Ă  l’hĂŽpital pour des soins de kinĂ©sithĂ©rapie. Ils ont ainsi perdu une annĂ©e d’étude outre le fait qu’ils se trouvent confrontĂ©s Ă  des dĂ©penses auxquelles leurs familles ne peuvent faire face. De plus, les intĂ©ressĂ©s sont obligĂ©s de sĂ©journer Ă  Abidjan loin de leurs foyers respectifs. Deux de ces Ă©tudiants sont obligĂ©s de porter des prothĂšses toute leur vie. De mĂȘme, Ă  deux reprises, certains Ă©lĂ©ments de cette force Ă©trangĂšre ont participĂ© au vol d’argent perpĂ©trĂ© au siĂšge de la BCEAO qui a Ă©tĂ© mis Ă  sac et dont il est question ci-avant. ResponsabilitĂ©s des pays limitrophes et autresModifier Les responsabilitĂ©s des pays limitrophes et autres dĂ©coulent principalement des actes de leur implication dans la crise ivoirienne qui ont Ă©tĂ© relevĂ©s au chapitre pertinent du prĂ©sent rapport. Des principaux actes ci-aprĂšs ont Ă©tĂ© relevĂ©s Ă  la charge de ces pays Au niveau du trafic d’armes, le comportement des gouvernements des pays fournisseurs d’armes aux parties en conflit en CĂŽte d’Ivoire par le commerce clandestin qui s’établit en pareil cas devrait ĂȘtre stigmatisĂ©, Ă©tant donnĂ© qu’ils nuisent par de tels actes Ă  la stabilitĂ© et au retour Ă  la paix. Cela touche non seulement la CĂŽte d’Ivoire mais aussi toute la sous-rĂ©gion d’Afrique de l’Ouest. En ce qui concerne les bases arriĂšres et/ou le soutien aux parties en conflit l’aide active ou passive que certains pays limitrophes apportent aux protagonistes ivoiriens qui sont en conflit, influe trĂšs nĂ©gativement sur l’ensemble de la situation, aussi bien en CĂŽte d’Ivoire que dans toute la auteurs de tels actes qui, en droit international constituent des violations des dispositions de la Charte de l’ONU comme celle de l’UA qui garantissent les principes du respect de l’intĂ©gritĂ© territoriale et de la non ingĂ©rence dans les affaires intĂ©rieures d’autres États, devraient en ĂȘtre tenus responsables ainsi que de leurs consĂ©quences prĂ©judiciables. En ce qui concerne le recel des biens volĂ©s en CĂŽte d’Ivoire, le droit pĂ©nal des États incrimine les actes de recel de biens d’autrui. Il devrait en ĂȘtre de mĂȘme au niveau des États voisins de la CĂŽte d’Ivoire. En ce qui concerne la CĂŽte d’Ivoire, les pays limitrophes qui, soit ne dĂ©couragent pas, soit s’abstiennent de sanctionner tous ceux qui participent au commerce illicite des biens souvent volĂ©s ou acquis en violation des lois ou des rĂšglements, devraient eux-mĂȘmes ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des complices. Pour ce qui est de l’émergence d’une Ă©conomie de guerre, elle fleurit indubitablement Ă  l’ombre des actes de pillage ou de recels des biens acquis de maniĂšre illicite Ă  la suite de trafics de toute sorte de produits ivoiriens et au grand dĂ©triment de l’économie de la CĂŽte d’Ivoire. En pareil cas, la Commission estime que tous les pays ainsi que toutes les personnes qui participent aux actes de pillages ou de recels des produits ivoiriens, devraient porter une part de responsabilitĂ© car il y a lĂ  une activitĂ© illicite et criminelle qui devrait ĂȘtre dĂ©couragĂ©e. Au sujet de l’usage du territoire des États comme base de dĂ©part d’activitĂ©s subversives, d’attaque ou de repli et le mercenariat, il y a lieu de remarquer que de tels actes, qui ne sont en rĂ©alitĂ© qu’une variante d’aide ou de soutien, que certains pays voisins Ă  la CĂŽte d’Ivoire qui ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© mentionnĂ©s apportent aux protagonistes ivoiriens en conflits. Il y a lĂ  des actes qui constituent des violations des principes de la Charte de l’ONU qui interdisent l’immixtion des États dans les affaires intĂ©rieures des autres États et prescrivent l’obligation du respect de l’intĂ©gritĂ© territoriale des États [32]. Quant Ă  l’activitĂ© des mercenaires, elle est interdite en ce qui concerne le recrutement, l’entraĂźnement, l’utilisation et le financement de personnes susceptibles de s’y engager. Une telle interdiction dĂ©coule de conventions internationales existant au niveau international et notamment au niveau des États africains [33]. Il en dĂ©coule que les pays limitrophes Ă  la CĂŽte d’Ivoire ou Ă©trangers qui, d’une façon ou d’une autre, sont impliquĂ©s dans les activitĂ©s prohibĂ©es par ces deux conventions, devraient en ĂȘtre tenus responsables. Les mercenaires, pris isolĂ©ment ou leur organisation, devraient pouvoir ĂȘtre chĂątiĂ©s pour atteinte Ă  la sĂ©curitĂ© ; une telle incrimination existe dans la lĂ©gislation de tous les États. De mĂȘme, l’organisation sous la banniĂšre de laquelle opĂšrent les mercenaires, devrait ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une association de malfaiteurs. Quelques actions de la CommissionModifier Au cours de sa mission sur le terrain, la Commission a rĂ©alisĂ© quatre actions qui mĂ©ritent d’ĂȘtre signalĂ©es. Il s’agit de l’obtention par le prĂ©sident Laurent Gbagbo de la dĂ©cision de rendre aux familles les dĂ©pouilles gardĂ©es dans diffĂ©rentes morgues d’Abidjan, l’accord de remise en libertĂ© de deux dĂ©tenus Ă  Korogho, OdiĂ©nĂ© et Ă  BouakĂ©, la protection de quelques tĂ©moins sensibles et, enfin, l’assouplissement du nombre de barrages de contrĂŽle routier. Remise aux familles des dĂ©pouillesModifier DĂšs la premiĂšre semaine de son sĂ©jour en CĂŽte d’Ivoire, la Commission a appris que de nombreuses familles n’ont pu retirer des morgues les dĂ©pouilles de personnes dĂ©cĂ©dĂ©es au cours de la rĂ©pression ayant sanctionnĂ© la marche du 25 mars 2004 interdite par dĂ©cret prĂ©sidentiel, et Ă  l’issue de laquelle plusieurs dĂ©cĂšs et autres formes de violence ou de sĂ©vices ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s. Cette situation Ă©tait due au non paiement des factures d’autopsies pratiquĂ©es par l’équipe de mĂ©decine lĂ©gale d’Abidjan, l’unique qui est du reste opĂ©rationnelle pour l’ensemble du pays. L’absence de paiement de telles factures par le gouvernement faisait que le Procureur de la RĂ©publique d’Abidjan n’avait pas dĂ©livrĂ© aux familles l’autorisation exigĂ©e en pareil cas pour leur permettre de retirer Ă  la morgue les dĂ©pouilles de leurs parents. La Commission a profitĂ© de la premiĂšre visite rendue au prĂ©sident de la RĂ©publique pour Ă©voquer cette question, en tenant compte de l’existence d’une coutume assez frĂ©quente dans plusieurs pays d’Afrique et selon laquelle, le deuil ne peut ĂȘtre organisĂ© qu’aprĂšs l’enterrement d’un dĂ©funt, et tenant compte de la nĂ©cessitĂ© de faire respecter le droit Ă  une sĂ©pulture consacrĂ©e par les dispositions de l’article 15 du PDESC. SĂ©ance tenante, le chef de l’État a donnĂ© instruction Ă  ses proches collaborateurs de liquider les frais de mĂ©decine lĂ©giste et de morgues de la ville d’Abidjan oĂč des dĂ©pouilles de victimes des Ă©vĂ©nements du 24 et 25 mars 2002 Ă©taient retenues. Des actions dans ce sens sont toujours en cours. [34] Remise en libertĂ© de dĂ©tenusModifier Au cours de dĂ©placements de la Commission Ă  BouakĂ©, Korhogo et Ă  OdiĂ©nĂ©, elle a eu l’occasion de visiter des prisons et autres lieux de dĂ©tention, oĂč des cas d’irrĂ©gularitĂ©s ont Ă©tĂ© portĂ©s Ă  sa connaissance. À la maison d’arrĂȘt de BouakĂ© et de Korhogo CTK, la Commission a constatĂ© la prĂ©sence d’un enfant mineur d’ñge parmi des adultes. Cet enfant se trouvait lĂ  depuis plusieurs mois Ă  cause du vol d’une moto. À la suite de l’intervention des Commissaires tĂ©moins de cette situation, l’enfant fut immĂ©diatement libĂ©rĂ© ; il fut accompagnĂ© par eux auprĂšs de ses parents. Ces deniers n’espĂ©raient plus revoir leur enfant compte tenu des conditions gĂ©nĂ©rales qui rĂ©gnaient dans les prisons Ă  l’époque. Une femme dĂ©tenue sur simple dĂ©nonciation avĂ©rĂ©e inexacte a Ă©galement Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e Ă  l’occasion de la visite de membres de la Commission. Protection de tĂ©moins sensiblesModifier Le point IV des termes de rĂ©fĂ©rence relatif aux activitĂ©s de la Commission prĂ©voit en sa disposition 6 La Commission n’a pas les moyens de garantir la protection des individus et de leurs familles contre les menaces et les vengeances de toute sorte pour avoir coopĂ©rĂ© avec elle. Elle prĂ©voit toutefois toutes les dispositions nĂ©cessaires dans le cadre de son mandat pour s’assurer de leur protection
 ». En application de ces dispositions, la Commission a recommandĂ© la protection de certains tĂ©moins sensibles ; il s’agit soit de ceux dont les dĂ©positions pouvaient facilement en rĂ©vĂ©ler l’identitĂ©, soit eu Ă©gard au danger que pouvait faire courir sur leur vie le fait de coopĂ©rer avec elle. Action en faveur des orphelins de gendarmes tuĂ©s dans l’exercice de leurs fonctionsModifier Lors de tĂ©moignages, la Commission a Ă©tĂ© saisie de dolĂ©ances des veuves des gendarmes morts aux combats pour dĂ©fendre la patrie. Ces veuves ont notamment fait Ă©tat de difficultĂ©s qu’elles Ă©prouvent pour faire face aux frais de soins de santĂ© et de scolaritĂ© de leurs enfants. La Commission a profitĂ© d’une sĂ©ance de travail avec le comitĂ© de liaison mis en place par le gouvernement ivoirien afin de faciliter les relations avec elle pour proposer que les orphelins de gendarmes morts dans ces conditions soient considĂ©rĂ©s comme Ă©tant des pupilles de la nation ». Un tel statut pouvait permettre Ă  leur bĂ©nĂ©ficiaire d’accĂ©der Ă  la gratuitĂ© des cours dans certains Ă©tablissements d’enseignement public tel l’école militaire ou celle de la gendarmerie ou de la police, en plus de la gratuitĂ© des soins de santĂ©. Cette proposition de la Commission a Ă©tĂ© accueillie trĂšs favorablement. Assouplissement des mesures de contrĂŽleModifier DĂšs le premier soir de leur arrivĂ©e Ă  Abidjan, les membres de la Commission ont Ă©tĂ© frappĂ©s par l’existence du nombre Ă©levĂ© de postes de contrĂŽle de police dont l’effet Ă©tait double. D’une part, le ralentissement de la fluiditĂ© du trafic urbain et d’autre part, des rackets quasi publics qui accompagnaient ces contrĂŽles. Les rackets qui s’opĂšrent au dĂ©triment de la population civile et qui constituent ainsi une forme d’entrave Ă  la libertĂ© de circulation, sont accentuĂ©s Ă  cause de la modicitĂ© des soldes, spĂ©cialement des militaires et des membres de la police. [35] Il semble que les agents nouvellement recrutĂ©s au sein de la police perçoivent une solde mensuelle de 180 000 FCFA qui est versĂ©e en deux tranches de 90 000 CFA chacune. Une telle situation durera aussi longtemps que des mesures tendant Ă  l’amĂ©lioration de la solde de cette catĂ©gorie de personnel ne seront pas prises. Cette forme de corruption quasi officielle tolĂ©rĂ©e par les autoritĂ©s publiques a de bonne heure Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©e par la Commission auprĂšs du ministre d’État chargĂ© de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure. Cette autoritĂ© a rĂ©agi immĂ©diatement Ă  cette observation et a fait assouplir le nombre de postes de contrĂŽle routier de la police du moins dans la ville d’Abidjan. Au surplus, le MinistĂšre de la SĂ©curitĂ© intĂ©rieure Ă©tudie sĂ©rieusement les voies et moyens de combattre cette corruption, tout en prĂ©servant les impĂ©ratifs de sĂ©curitĂ©. En attendant il a ordonnĂ© par circulaire Ă  tous ses collaborateurs de veiller Ă  responsabiliser les dirigeants de la police de chaque arrondissement pour bannir les barrages intempestifs. La Commission a Ă©tĂ© heureuse de constater que la Direction gĂ©nĂ©rale de la Police veille au grain et elle souhaite que ce genre de rĂ©action perdure au-delĂ  du dĂ©part de la Commission. ConclusionsModifier Les enquĂȘtes que la Commission a menĂ©es aussi bien sur l’ensemble du territoire de la CĂŽte d’Ivoire qu’au cours de ses dĂ©placements dans les États limitrophes Ă  ce pays, ont permis de constater de nombreuses violations des droits de l’homme, du droit international humanitaire ainsi que des actes constitutifs de crimes contre l’humanitĂ© ; Ces violations ont eu pour ferment le contexte gĂ©nĂ©ral créé Ă  la suite de la situation politique qui a prĂ©valu en CĂŽte d’Ivoire aprĂšs la mort du prĂ©sident FĂ©lix HouphouĂ«t-Boigny en 1993 ; Il y a lieu d’ajouter Ă  ce contexte gĂ©nĂ©ral les difficultĂ©s Ă©conomiques qui ont secouĂ© la CĂŽte d’Ivoire juste aprĂšs et leurs rĂ©percussions au niveau des pays de la sous-rĂ©gion d’Afrique de l’Ouest ; Sont aussi la cause des violations constatĂ©es, les Ă©vĂ©nements consĂ©cutifs Ă  l’implosion du pays survenue Ă  partir de la situation créée Ă  travers la CĂŽte d’Ivoire dans les journĂ©es fatidiques des 18 et 19 septembre 2002 qui dĂ©terminent le point de dĂ©part du mandat de la Commission ; En ce qui concerne les diffĂ©rentes violations, la Commission a seulement retenu, et Ă  titre d’exemple, les violations considĂ©rĂ©es comme les plus graves. Par cette expression, la Commission entend attacher de l’importance quant Ă  la nature ou Ă  l’ampleur de certains actes qui ont Ă©tĂ© commis. La Commission signale Ă  cet Ă©gard que les diffĂ©rentes catĂ©gories de telles violations ne devraient notamment pas tomber sous le champ d’application des actes susceptibles d’ĂȘtre amnistiĂ©s comme du reste le prĂ©voit la loi portant amnistie en CĂŽte d’Ivoire ; Les enquĂȘtes de la Commission ont Ă©tĂ© faites suivant la mĂ©thodologie dĂ©crite au chapitre III du rapport. Les actes constitutifs de graves violations ont Ă©tĂ© constatĂ©s dans le domaine des droits de l’homme, dans celui du droit international humanitaire et au regard de crimes contre l’humanitĂ© ; La Commission a retenu de nombreuses violations des droits de l’homme stricto sensu » et dans leur dimension Ă©conomique sociale et culturelle. Toutefois, elle a jugĂ© bon d’indiquer seulement dans le rapport, celles considĂ©rĂ©es comme Ă©tant les plus graves ; Au titre de violations des droits de l’homme stricto sensu », les investigations et les tĂ©moignages ont permis de constater des massacres spĂ©cialement ceux perpĂ©trĂ©s dans l’Ouest et le Centre, des cas de disparitions, des assassinats politiques, des actes de torture, des actes de rĂ©pressions brutales et d’agression ; Des exĂ©cutions sommaires et extrajudiciaires, tel le cas des danseuses d’Adjanou » survenu Ă  BouakĂ©, ont aussi Ă©tĂ© constatĂ©es. Cela explique la dĂ©couverte de nouveaux charniers faite par la Commission ; Des violences sexuelles faites aux femmes ont Ă©tĂ© signalĂ©es ainsi que de nombreuses violations des droits de l’enfant. Les enfants ont en effet Ă©tĂ© utilisĂ©s par les belligĂ©rants, certains parmi eux ont Ă©tĂ© enrĂŽlĂ©s de force ; Des femmes ont aussi Ă©tĂ© contraintes d’effectuer des travaux contre leur grĂ© lors de leur capture par les belligĂ©rants ; Des cas de dĂ©tentions et d’arrestations arbitraires ont Ă©galement Ă©tĂ© relevĂ©s ; La Commission confirme l’existence des milices dans les deux camps et de nombreux tĂ©moignages ont fait Ă©tat de leur utilisation dans des opĂ©rations qui sont Ă  la base des violations graves des droits de l’homme ; Le mauvais Ă©tat de fonctionnement de la justice, au Sud, est largement prĂ©sentĂ© dans le rapport ; au Nord, elle est inexistante ; Des entraves Ă  la libertĂ© d’expression et d’opinion, Ă  celle d’association, de rĂ©union, de culte et de conscience sont aussi reflĂ©tĂ©es dans le rapport ; Des cas d’entraves Ă  la participation des personnes Ă  la direction des affaires publiques du pays ont aussi Ă©tĂ© enregistrĂ©s spĂ©cialement lors du processus Ă©lectoral de 2002. Il en dĂ©coule que l’exercice du droit de vote n’a pas Ă©tĂ© conforme aux standards internationaux. Ceci a fait que la communautĂ© internationale avait refusĂ© de superviser ces Ă©lections ; Des actes de discrimination ou d’exclusion ainsi que des expulsions massives des populations Ă©trangĂšres sont aussi signalĂ©s dans le rapport ; Le rapport fait Ă©galement Ă©tat de nombreuses violations graves des droits Ă©conomiques, sociaux et culturels. De telles violations sont consĂ©cutives Ă  l’aggravation de la situation Ă©conomique qui a prĂ©valu en CĂŽte d’Ivoire spĂ©cialement Ă  la suite des actes de belligĂ©rance et au climat de xĂ©nophobie entretenu par certains opĂ©rateurs politiques. Ainsi, des entreprises ont dĂ» fermer mettant des travailleurs au chĂŽmage. Les combats ont aussi obligĂ© les Ă©tudiants et les Ă©lĂšves Ă  cesser d’étudier ; situation qui persiste jusqu’à l’heure actuelle ; Des documents fournis Ă  la Commission ont aussi rĂ©vĂ©lĂ© le contrĂŽle des affaires par la position dominante qu’occupent certains intĂ©rĂȘts Ă©trangers en CĂŽte d’Ivoire ; Les droits syndicaux des travailleurs ont aussi Ă©tĂ© mĂ©connus de nombreuses fois ; La jouissance des droits Ă©conomiques et sociaux connaĂźt un stade plus critique au Nord du pays Ă  cause de la guerre et de l’attitude des nouveaux chefs ; Quelques acquis de la lutte syndicale ivoirienne sont signalĂ©s dans le rapport. La Commission a Ă©pinglĂ© des aspects importants de violation des droits culturels. Il s’agit de la rĂ©tention aux morgues de certaines villes des dĂ©pouilles des personnes dĂ©cĂ©dĂ©es lors de la marche des 25 et 26 mars 2004 ; une sanglante rĂ©pression disproportionnĂ©e en a rĂ©sultĂ©. Le dĂ©faut de paiement des factures du mĂ©decin lĂ©giste justifierait ce dĂ©ni du droit Ă  la sĂ©pulture ; Des cas de profanation de cimetiĂšres et des lieux de culte ont aussi Ă©tĂ© constatĂ©s ; Quant aux violations du droit international humanitaire et de crimes contre l’humanitĂ©, le rapport signale en particulier des cas survenus Ă  l’occasion de combats spĂ©cialement au Nord, au Centre et Ă  l’Ouest du pays ; La Commission a pu Ă©tablir aussi des infractions graves aux Conventions de GenĂšve du 12 aoĂ»t 1949, spĂ©cialement des actes survenus Ă  la suite d’attaques menĂ©es par hĂ©licoptĂšre contre des populations civiles dans les localitĂ©s de Vavoua, PĂ©lĂ©zi, Menakro, DananĂ©, Mahapleu, Zouan-Hounien et Bin-HouyĂ©, Monoko-Zohi, les exĂ©cutions de quatre vingt-dix gendarmes, des membres de leurs familles et d’autres personnes dĂ©tenues Ă  BouakĂ© en octobre 2002 et les massacres liĂ©s aux Ă©vĂ©nements des 20 et 21 juin 2004 Ă  Korhogo ; La Commission tient Ă  mentionner Ă  l’honneur des parties belligĂ©rantes en ce qui concerne le respect du droit international humanitaire, que pendant toute la pĂ©riode des hostilitĂ©s, il n’y a jamais eu de coupure volontaire d’eau et d’électricitĂ©. Cette attitude positive est essentiellement due aux enseignements du droit international humanitaire dispensĂ©s par la dĂ©lĂ©gation du CICR en CĂŽte d’Ivoire. Les dirigeants de cette organisation venaient en effet d’initier Ă  cet enseignement les responsables des forces armĂ©es de la CĂŽte d’Ivoire dont les principaux membres se sont retrouvĂ©s par la suite dans des camps adverses ; La Commission a relevĂ© un certain nombre de crimes particuliĂšrement graves comme des meurtres, tortures, viols et autres actes inhumains, ayant Ă©tĂ© commis dans le cadre d’une attaque gĂ©nĂ©ralisĂ©e ou systĂ©matique lancĂ©e contre des populations civiles dans des localitĂ©s comme Toulepleu, Monoko-Zohi, Daloa, Bangolo, Blolequin, Man, BouakĂ©, Korhogo et Abidjan. Ces actes de par leur gravitĂ© sont constitutifs aux yeux de la Commission de crimes contre l’humanitĂ© au sens de l’article 7 du Statut de Rome de la Cour PĂ©nale Internationale ; Des investigations de la Commission ont permis d’identifier certains auteurs prĂ©sumĂ©s de violations qui ont Ă©tĂ© portĂ©es Ă  la connaissance de la Commission. Elle a relevĂ© de nombreux tĂ©moignages selon lesquels bon nombre d’exactions ont Ă©tĂ© commises par des personnes armĂ©es et habillĂ©es en treillis durant le couvre feu Ă  Abidjan, DuĂ©kouĂ©, Toulepleu et Guiglo, notamment sans que les forces de l’ordre n’aient interpellĂ© qui que ce soit. La liste des personnes prĂ©sumĂ©es avoir commis des violations graves des droits de l’homme, du droit international humanitaire et des crimes contre l’humanitĂ© se trouve en annexe confidentielle au prĂ©sent rapport ; La Commission a pu tirer des consĂ©quences quant Ă  l’imputabilitĂ© de certains actes ou ceux de certains Ă©vĂ©nements importants. Il en est ainsi notamment en ce qui concerne la responsabilitĂ© du gouvernement et des rebelles sur les Ă©vĂšnements antĂ©rieurs Ă  la crise ivoirienne ; D’autres responsabilitĂ©s se sont Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ©es Ă  la charge d’une force internationale opĂ©rant actuellement en CĂŽte d’Ivoire sous le mandat de l’ONUCI ; La Commission a aussi attirĂ© l’attention sur l’implication des pays voisins Ă  la CĂŽte d’Ivoire ou autres et donc leur responsabilitĂ© quant Ă  certains actes tels, l’encouragement aux actes de recel de biens ivoiriens, au commerce illicite, Ă  l’économie de guerre qui s’installe progressivement dans certains pays, au soutien actif ou passif que les gouvernements de certains pays limitrophes Ă  la CĂŽte d’Ivoire auraient accordĂ© aux anciens rebelles ivoiriens ; La Commission retient la responsabilitĂ© de chacun des mercenaires et leur impute les actes rĂ©prĂ©hensibles qu’ils ont commis en CĂŽte d’Ivoire et dont ils devront un jour rĂ©pondre ; La CĂŽte d’Ivoire a dĂ©posĂ© Ă  la Cour PĂ©nale Internationale CPI le 1er octobre 2003, une dĂ©claration de reconnaissance de la compĂ©tence de cette Cour pour identifier, poursuivre et juger les auteurs et complices des actes commis sur le territoire ivoirien depuis les Ă©vĂšnements du 19 septembre 2002 ». Cette dĂ©claration a Ă©tĂ© effectuĂ©e conformĂ©ment Ă  l’article 12 du statut de la CPI. NĂ©anmoins, cette dĂ©claration vise des faits commis antĂ©rieurement Ă  son dĂ©pĂŽt. C’est ainsi que, pour Ă©viter toute manƓuvre tendant Ă  Ă©luder la compĂ©tence de la cour et en raison du caractĂšre sous-rĂ©gional voire mĂȘme international du conflit ivoirien, la Commission conclut Ă  la nĂ©cessitĂ© de la saisine de la CPI par le Conseil de sĂ©curitĂ© dans le cadre des dispositions du chapitre VII de la Charte de l’ONU ; Compte tenu de l’importance et des implications du problĂšme foncier et rural en CĂŽte d’Ivoire et de conflits qui en rĂ©sultent et dont les consĂ©quences se font sentir quant Ă  la jouissance des droits de l’homme, la Commission estime que ces conflits ne peuvent, en aucun cas, ĂȘtre rĂ©glĂ©s de façon satisfaisante, harmonieuse et impartiale en l’état actuel de faiblesses constatĂ©es dans le fonctionnement de l’appareil judiciaire ivoirien ; Eu Ă©gard au grave danger que fait peser la circulation facile et l’utilisation des armes ainsi que leur impact nĂ©gatif sur les efforts dĂ©ployĂ©s par la communautĂ© internationale pour aboutir rapidement Ă  la paix en CĂŽte d’Ivoire, la Commission estime que le dĂ©sarmement des belligĂ©rants devrait se faire sans condition aucune ; La Commission clĂŽt le chapitre consacrĂ© aux conclusions majeures auxquelles elle est parvenue dans son rapport en formulant des recommandations Eu Ă©gard aux conclusions auxquelles est parvenue la Commission, elle formule les recommandations majeures suivantes Aux acteurs IvoiriensModifier ƒuvrer en vue d’un retour rapide Ă  la paix et Ă  la rĂ©unification du pays et faire en sorte que les reprĂ©sentants de toutes les parties signataires des accords de paix en CĂŽte d’Ivoire soient tous, sans exclusion, autorisĂ©s, s’ils le dĂ©sirent, Ă  concourir Ă  toutes les Ă©lections ; RĂ©gler la question de la nationalitĂ©, ainsi que les conditions d’électorat et d’éligibilitĂ© en tenant compte des rĂ©alitĂ©s dĂ©mographiques propres Ă  la CĂŽte d’Ivoire notamment le fait d’avoir le taux le plus Ă©levĂ© d’étrangers par rapport aux autres pays du continent africain ; Faire faire un cadastre et un registre foncier ruraux et, Ă  cet effet, eu Ă©gard Ă  la complexitĂ© et l’exacerbation rĂ©sultant des traditions ethniques parfois divergentes, nommer un organe indĂ©pendant pour le faire, ainsi qu’un autre pour trancher et arbitrer les litiges fonciers pendant une pĂ©riode transitoire ; DĂ©signer trĂšs rapidement une commission indĂ©pendante et impartiale pour identifier les victimes et Ɠuvrer pour que ces derniĂšres ou leurs ayant droits reçoivent une indemnisation Ă©quitable dans un dĂ©lai raisonnable ; Renoncer au recours et Ă  l’usage de la force comme moyen de rĂšglement de conflit ou d’accession au pouvoir et privilĂ©gier le dialogue et la tolĂ©rance en toute circonstance ; Mettre en place une armĂ©e nationale rĂ©publicaine et d’autres services de sĂ©curitĂ© de mĂȘme nature ; ProcĂ©der au dĂ©sarmement complet et sans condition de toutes les forces parallĂšles engagĂ©es ou non dans les combats ou dans les services de sĂ©curitĂ©, de la police, de la gendarmerie et de l’armĂ©e ; ProcĂ©der en outre, avec toutes les mesures d’accompagnement que cela suppose, Ă  la dĂ©mobilisation des enfants soldats et au renvoi sans dĂ©lai dans leur pays respectif, de tous ceux qui auraient Ă©tĂ© engagĂ©s et auraient servi comme mercenaires. SĂ©vir contre ces personnes conformĂ©ment aux dispositions des instruments nationaux et internationaux pertinents ; Appliquer en toute bonne foi et dans leur esprit, tous les accords signĂ©s en vue de parvenir Ă  la paix et Ă  la rĂ©conciliation nationale. Il s’agit en particulier des accords de Linas-Marcoussis et d’Accra III ; ProcĂ©der sans dĂ©lai ni condition au dĂ©sarmement, Ă  la dĂ©mobilisation et Ă  la rĂ©intĂ©gration des combattants conformĂ©ment aux dispositions pertinentes des accords signĂ©s entre les parties ivoiriennes en prĂ©sence de la communautĂ© internationale ; Restaurer la lĂ©galitĂ© rĂ©publicaine ainsi que l’autoritĂ© de l’État sur toute l’étendue du territoire ivoirien ; RĂ©tablir sur toute l’étendue du territoire ivoirien l’ensemble des services publics et en particulier les services de santĂ©, d’éducation, de justice et de maintien de l’ordre, sans oublier ceux d’approvisionnement en eau et en Ă©nergie Ă©lectrique ; ConformĂ©ment Ă  la rĂ©solution 1989/65 du Conseil Ă©conomique et social en date du 24 mai 1989, ouvrir promptement et mener rapidement Ă  leur terme, des enquĂȘtes approfondies et impartiales dans tous les cas oĂč auront Ă©tĂ© ou seront soupçonnĂ©s des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires, y compris ceux oĂč des plaintes dĂ©posĂ©es par les familles ou des informations dignes de foi donneront Ă  penser qu’il s’agit d’un dĂ©cĂšs non naturel dans les circonstances donnĂ©es. L’enquĂȘte devra avoir pour objet de dĂ©terminer la cause, les circonstances et le jour et l’heure du dĂ©cĂšs ainsi que la dĂ©signation du responsable prĂ©sumĂ©. Toute enquĂȘte ouverte suite Ă  un dĂ©cĂšs devra comporter une autopsie adĂ©quate, le rassemblement et l’analyse de toutes les preuves physiques ou Ă©crites et l’audition des tĂ©moins. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, tous les services concourant Ă  l’enquĂȘte devront rigoureusement appliquer les principes relatifs Ă  la prĂ©vention efficace des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires et aux moyens d’enquĂȘter efficacement sur ces exĂ©cutions ; Écarter de l’exercice de toute fonction officielle leur permettant d’exercer une autoritĂ© sur les plaignants, les tĂ©moins et leurs familles ainsi que sur les personnes chargĂ©es de l’enquĂȘte, les personnes pouvant ĂȘtre impliquĂ©es dans des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires, et en gĂ©nĂ©ral dans toute violation graves des droits de l’homme ainsi que du droit international humanitaire. Il en sera de mĂȘme en ce qui concerne les supĂ©rieurs hiĂ©rarchiques, les fonctionnaires ou autres agents de l’État pouvant rĂ©pondre des actes commis par des agents de l’État placĂ©s sous leur autoritĂ© s’ils avaient raisonnablement la possibilitĂ© de prĂ©venir de tels actes ; Traduire en justice ou extrader, Ă  la demande d’une Ă©ventuelle juridiction pĂ©nale internationale, les personnes dont l’enquĂȘte aura conclu qu’elles ont participĂ© Ă  des exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires ou sommaires, et en gĂ©nĂ©ral Ă  toute violation grave des droits de l’homme, du droit international humanitaire et des crimes contre l’humanitĂ© sur tout le territoire ivoirien ; Prendre les mesures nĂ©cessaires pour que les femmes victimes de violences sexuelles bĂ©nĂ©ficient de soutien et des soins mĂ©dicaux et psychologiques appropriĂ©s ; ProtĂ©ger les plaignants, les tĂ©moins, les personnes chargĂ©es de l’enquĂȘte et leurs familles contre les violences, les menaces de violences ou toute forme d’intimidation ; Informer de toute audience, les victimes, leurs familles et leurs reprĂ©sentants autorisĂ©s ; leur garantir l’accĂšs Ă  cette audience ainsi qu’à toute information relative Ă  l’enquĂȘte ; Appliquer la lĂ©gislation nationale et les instruments internationaux interdisant les exĂ©cutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires, et en gĂ©nĂ©ral toutes les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire ; Renforcer la formation des magistrats et garantir leur indĂ©pendance, leur impartialitĂ© et leur intĂ©gritĂ© dans l’exercice de leurs fonctions ; Veiller Ă  l’application effective de la lĂ©gislation proscrivant la xĂ©nophobie, la haine raciale et toute forme de discrimination. Ratifier tous les instruments internationaux relatifs Ă  la promotion, la dĂ©fense et la protection des droits de l’homme et du droit international humanitaire. Il en est de mĂȘme du TraitĂ© de Rome portant crĂ©ation de la CPI ; RĂ©former l’institution judiciaire en veillant au strict respect, notamment des instruments internationaux dĂ©jĂ  ratifiĂ©s ; Établir chaque annĂ©e un inventaire des biens des personnes exerçant une activitĂ© publique, y compris les magistrats ; Inclure dans le cursus scolaire et universitaire, en le rendant obligatoire, l’enseignement des droits de l’homme et du droit international humanitaire ; Assurer une formation au respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire Ă  toutes les personnes chargĂ©es d’un service public y compris les forces de l’ordre et l’armĂ©e ; Veiller Ă  ce que les pouvoirs publics et les officiers de police connaissent et respectent les principes de base sur le recours Ă  la force et l’utilisation des armes Ă  feu par les responsables de l’application des lois, tels qu’adoptĂ©s par le 8e CongrĂšs des Nations Unies du 7 septembre 1990 pour la prĂ©vention du crime et le traitement des États voisins de la CĂŽte d’IvoireModifier Respecter strictement et conformĂ©ment Ă  la Charte des Nations Unies, le principe de la non-ingĂ©rence dans les affaires intĂ©rieures d’autres États ainsi que celui de l’intĂ©gritĂ© territoriale et de la souverainetĂ© nationale ; Respecter les principes de bon voisinage et l’engagement de rĂšglement pacifique des diffĂ©rends ; Intensifier et poursuivre la coopĂ©ration en vue du dĂ©veloppement et du bien-ĂȘtre des populations respectives, sur la base d’égalitĂ©, de fraternitĂ© et de comprĂ©hension mutuelle ; ProcĂ©der sans dĂ©lai Ă  la poursuite et Ă  l’arrestation de toute personne qui se serait livrĂ©e Ă  des crimes ou des dĂ©lits en CĂŽte d’Ivoire en le signalant au reprĂ©sentant diplomatique de cet État afin de permettre, le cas Ă©chĂ©ant, Ă  la Justice, de demander leur extradition ; Poursuivre et traduire en justice sans dĂ©lai, les auteurs de vols et de recels de biens frauduleusement soustraits en provenance de la CĂŽte d’Ivoire pour ensuite en assurer la restitution Ă  leur lĂ©gitime propriĂ©taire et veiller Ă  l’indemnisation des victimes ; Interdire Ă  toute personne Ă©trangĂšre, conformĂ©ment aux dispositions de l’article 23 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, d’entreprendre une activitĂ© subversive dirigĂ©e contre son pays d’origine ou contre tout autre pays partie Ă  ladite charte. Veiller Ă  ce qu’aucun territoire ne soit utilisĂ© comme base de dĂ©part d’activitĂ©s subversives ou terroristes dirigĂ©es contre un autre État partie Ă  ladite l’Union AfricaineModifier Peser de tout son poids en vue d’un rĂšglement rapide de la crise ivoirienne en raison de ses rĂ©percussions nĂ©gatives dans la sous-rĂ©gion et, Ă  cet effet, user de tous les moyens Ă  sa disposition et recourir Ă  la tradition africaine en matiĂšre de rĂ©solution des conflits ; Veiller au respect par les États africains des dispositions de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, et en particulier de son article 23 ; Inviter les États africains Ă  conclure des conventions relatives aux victimes atteintes dans leur intĂ©gritĂ© physique ou mentale, d’une souffrance morale, d’une perte matĂ©rielle ou d’une atteinte grave Ă  leurs droits fondamentaux, qui reprĂ©sentent des violations des normes internationalement reconnues en matiĂšre des droits de l’homme et du droit international humanitaire ; Rappeler aux États africains la nĂ©cessitĂ© de rĂ©examiner pĂ©riodiquement leur lĂ©gislation et les pratiques en vigueur pour les adapter au besoin, Ă  l’évolution des situations, adopter et appliquer, si nĂ©cessaire, des textes lĂ©gislatifs afin de proscrire tout acte constituant un abus grave du pouvoir politique ou Ă©conomique. Encourager les politiques et les mĂ©canismes de prĂ©vention de ces actes, et prĂ©voir des droits et des recours appropriĂ©s pour les victimes desdits actes et en garantir l’exercice ; Inviter les États africains qui n’ont pas encore ratifiĂ© le Protocole crĂ©ant la Cour africaine des droits de l’homme et des Peuples Ă  le faire sans dĂ©lai. Publier la liste des États africains n’ayant pas encore ratifiĂ© ce la communautĂ© internationale en gĂ©nĂ©ral et Ă  l’Organisation des Nations Unies en particulierModifier Organiser et prĂ©voir un mĂ©canisme prĂ©cis et rapide d’alerte pour dĂ©noncer toute violation grave des droits de l’homme et du droit international humanitaire afin d’éviter aux citoyens de recourir Ă  la rĂ©volte comme moyen suprĂȘme de rĂ©sistance Ă  la tyrannie ou Ă  l’oppression ; Assurer aux parties ivoiriennes participant Ă  toute nĂ©gociation les concernant, un soutien juridique appropriĂ© afin d’éviter des interprĂ©tations contradictoires des actes issus de ces nĂ©gociations ; Apporter au gouvernement de rĂ©conciliation nationale tout l’appui nĂ©cessaire en vue de la reconstruction du pays et l’organisation d’élections dĂ©mocratiques, libres et transparentes ; Maintenir en CĂŽte d’Ivoire la Mission de maintien de la paix aussi longtemps que la situation l’exigera et couvrir tout le territoire des officiers des droits de l’homme chargĂ©s d’observer la situation des droits de l’homme dans tout le pays ; Au Conseil de SĂ©curitĂ© des Nations Unies de saisir, en application du chapitre 7 de la Charte, le Procureur prĂšs la Cour pĂ©nale internationale afin de poursuivre les auteurs prĂ©sumĂ©s des violations les plus graves des droits de l’homme, du droit international humanitaire et des crimes contre l’humanitĂ© relevant de la compĂ©tence de cette Cour et commis en CĂŽte d’Ivoire ; ƒuvrer, en collaboration avec les autoritĂ©s ivoiriennes, Ă  la recherche des disparus et favoriser la rĂ©unification des familles dispersĂ©es par le fait de la guerre.[1] 15 États actuellement. [2] Le traitĂ© de la CEDEAO signĂ© le 24 juillet 93 ; le protocole relatif au mĂ©canisme de prĂ©vention, de gestion, de rĂšglement des conflits, de maintien de la paix et de la sĂ©curitĂ© signĂ© Ă  LomĂ© le 10 dĂ©cembre 1999 et le protocole additionnel, A/SP1/12/01 sur la DĂ©mocratie et la Bonne Gouvernance signĂ© Ă  Dakar le 21 dĂ©cembre 2001. [3] Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dĂ©gradants de 1984 CAT, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1981 ; Pacte international droits civils et politiques ICCPR, et le Pacte international de droits Ă©conomiques, sociaux et culturels de 1966 ; Convention de GenĂšve de 1949 ; Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination Ă  l’égard des femmes de 1979 CEDAW ; Convention relative aux droits de l’enfant de 1989. Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale CERD. [4] PDCI créé par FĂ©lix HouphouĂ«t— Boigny, 1er prĂ©sident de la CĂŽte d’Ivoire. [5] Djeni a Ă©tĂ© avec le prĂ©sident Gbagbo un des opposants politiques du temps de prĂ©sident HouphouĂ«t–Boigny. [6] Au moment oĂč la Commission consultative constitutionnelle et Ă©lectorale Ă©tait chargĂ©e de l’élaboration du projet de constitution et de la loi Ă©lectorale et la Commission chargĂ©e du dĂ©coupage des circonscriptions pour les Ă©lections lĂ©gislatives n’avait pas commencĂ© son travail. [7] cf. Le rapport des Commissions d’enquĂȘte prĂ©cĂ©dentes. [8] Rapports de mission des Commissions d’enquĂȘte prĂ©cĂ©dentes sur la CĂŽte d’Ivoire de 2000, 2002, 2003 et 2004 [9] Ce taux concernait toutes les nationalitĂ©s Ă©trangĂšres confondues [10] Qui, selon ces tĂ©moignages, se situeraient dans la rĂ©gion de San Pedro [11] Voir Joan Baxter, Eyewitness Ivory Coast mass grave », British Broadcasting Corporation, 9 dĂ©cembre 2002. CitĂ© Ă©galement par Human Rights Watch Prise entre deux guerres ; violences contre des civils dans l’ouest de la CĂŽte d’ivoire » aoĂ»t 2003 [12] GIS est le nom donnĂ© Ă  une section des Forces armĂ©es des forces nouvelles et qui signifie groupe d’intervention spĂ©ciale. [13] TĂ©moignage reçu Ă  Man [14] TĂ©moignages Ă  Abidjan, Man, Guiglo et Toulepleu [15] Les diverses sources consultĂ©s coĂŻncident Ă  dire que le groupe LIMA, composĂ© majoritairement par des membres de l’ethnie guĂ©rĂ© et dont la plus part seraient d’origine libĂ©riens, fait partie des supplĂ©tifs engagĂ©s par les FANCI Forces armĂ©es nationales de CĂŽte d’Ivoire. Selon ces sources, elle avait au dĂ©but de mars 2003 dans ses rangs des femmes, des enfants et des adolescents, et poursuivait vraisemblablement l’enrĂŽlement de jeunes dans ses rangs. Force LIMA est un groupe de supplĂ©tifs libĂ©riens engagĂ© par les FANCI. Ce seraient des GuĂ©rĂ© ou de la branche libĂ©rienne Krhan. [16] Groupe constituĂ© et liĂ© aux rebelles. [17] Qui, selon ces tĂ©moignages, se situeraient dans la rĂ©gion de San Pedro [18] En l’occurrence, le Procureur de la RĂ©publique. Ce document est qualifiĂ© au nom de la loi » [19] Benjamin Ferencz, Procureur du Tribunal de Nuremberg [20] Cette visite a Ă©tĂ© confirmĂ©e dans le communiquĂ© de presse du CICR relatif Ă  la situation en CĂŽte d’ivoire du 31 octobre 2002. [21] Voir Amnesty International CĂŽte d’Ivoire une suite de crimes impunis, du massacre des gendarmes Ă  BouakĂ© aux charniers de Daloa, de Monoko-Zohi et de Man, Londres, 27 fĂ©vrier 2003 [22] Voir le communiquĂ© de presse du CICR relatif Ă  la situation en CĂŽte d’ivoire du 27 septembre 2002 [23] Voir le communiquĂ© de presse du CICR relatif Ă  la situation en CĂŽte d’ivoire du 17 octobre 2002 [24] Voir le communiquĂ© de presse du CICR relatif Ă  la situation en CĂŽte d’ivoire du 19 mars 2003 [25] Voir Situation des musulmans, conseil national islamique, centre d’étude d’information et de documentation P. 17 [26] Comme au LibĂ©ria ou en Sierra Leone [27] Devenue depuis juillet 2002, l’Union Africaine [28] Et dont la Commission a eu connaissance [29] Voir contexte politique et social aussi bien au niveau de la CĂŽte d’Ivoire qu’à celui de la sous-rĂ©gion [30] Document de travail soumis Ă  la mission d’enquĂȘte en CĂŽte d’Ivoire en 2002. Page 3 [31] Voir le chapitre des violations des droits de l’homme et spĂ©cialement la section relative aux assassinats politiques cas Boga Doudou et Robert GueĂŻ notamment [32] Articles 2 & 7 de la Charte de l’ONU [33] Convention Internationale et Convention Africaine sur les activitĂ©s des mercenaires [34] Voir notamment la lettre 695/RPCI-1/KN/2004 du 29 septembre 2004 adressĂ©e au prĂ©sident de la Commission par la Mission permanente de la CĂŽte d’Ivoire Ă  GenĂšve voir annexe
.. [35] En CĂŽte d’Ivoire, le statut de la Gendarmerie avait sensiblement Ă©tĂ© amĂ©liorĂ© sous le dĂ©funt Boga Doudou, alors ministre de l’IntĂ©rieur. ↑ UN MONDE NOUVEAU Error 403 Guru Meditation XID 138381746 Varnish cache server Le Deal du moment Cartes PokĂ©mon Japon le display ... Voir le deal Le Deal du moment Cartes PokĂ©mon sortie d’un nouveau ... Voir le deal SĂ©curitĂ© PrivĂ©e FORUM - Le forum de rĂ©fĂ©rence 2006 - 2022 LE COMPTOIR DE LA SECURITE Discutions gĂ©nĂ©rales Sujets divers HORS SÉCURITÉ 2 participantsAuteurMessagecarter9Nouveau Age 34RĂ©gion SuisseSociĂ©tĂ© Pas encored'employeurEmploi RECHERCHEDate d'inscription 14/05/2013Nombre de messages 10Sujet Accreditation / enquete de moralitĂ© ? Ven 17 Mai 2013 - 630 Bonjour a tous,J'aurais juste une question par rapport a une enquete de voulu savoir si la police cantonale Suisse pouvait avoir acces a tous les elements de mon stic?Car un ami douanier italien l'a consulte a la police des frontieres et a la gendarmerie il n'y a rien. Mais dans ma ville de naissance il ya bel et bien deux petites affaires une sans suite et un recelle.Pensez vous que les Suisse peuvent avoir acces a ces informations? Et si oui est-ce prejudiciable? foxy45Super impliquĂ© Age 35RĂ©gion centreSociĂ©tĂ© securis conseilEmploi agent de securite/chef de posteFormations ENP SENS 2 ans entant que adjoint de sĂ©curitĂ© police national/cfa pse/Brevet national de moniteur de secourismeDate d'inscription 18/06/2010Nombre de messages 1821Sujet Re Accreditation / enquete de moralitĂ© ? Ven 17 Mai 2013 - 723 Tout dĂ©pend en thĂ©orie oui les service de police travaille ensemble et partage leurs informations afin d'ĂȘtre dĂ©pend pour qu'elle mĂ©tier tu souhaite exercĂ© et renseigne toi directement pour ce dernier voir les clauses qui pourrait faire que tu ne puisse pas exercĂ©. Accreditation / enquete de moralitĂ© ? Page 1 sur 1 Sujets similaires» enquete de moralité» complĂ©ment d'enquĂȘte» La MoralitĂ© et l' exemplaritĂ© » Un mot d'ordre moralitĂ©, compĂ©tence, transparence» EnquĂȘte. Permission de ce forumVous ne pouvez pas rĂ©pondre aux sujets dans ce forumSĂ©curitĂ© PrivĂ©e FORUM - Le forum de rĂ©fĂ©rence 2006 - 2022 LE COMPTOIR DE LA SECURITE Discutions gĂ©nĂ©rales Sujets divers HORS SÉCURITÉSauter vers Derniers sujets» ukraine consĂ©quence sur le systĂšme humanitairepar buru Hier Ă  1506» feux de forĂȘtpar buru Hier Ă  1504» pour les BZHpar buru Hier Ă  1500» sauvetage Ă  Biarritzpar buru Lun 22 AoĂ» 2022 - 1049» incendie en europepar buru Ven 19 AoĂ» 2022 - 1825» Agent payĂ© en dessous du SMICpar murmure Mar 16 AoĂ» 2022 - 938» PrĂ©sentationpar lusi2fr Sam 13 AoĂ» 2022 - 2342» vĂ©hicule satellitepar buru Sam 13 AoĂ» 2022 - 1909» le bon dosagepar buru Sam 13 AoĂ» 2022 - 1846» arrivĂ©e de renforts europĂ©enpar buru Sam 13 AoĂ» 2022 - 1834» BTS MOSpar Cody Dim 7 AoĂ» 2022 - 906» BTS MOSpar Cody Dim 7 AoĂ» 2022 - 904SondagePourquoi faites vous votre mĂ©tier ?Par choix 31% [ 65 ]A dĂ©faut de formations ou de diplĂŽmes 3% [ 6 ]A dĂ©faut de trouver du travail dans un autre mĂ©tier 15% [ 31 ]Par passion ou vocation 52% [ 109 ]Total des votes 211Sujets les plus vusMontrez nous votre compagnonFormations en sĂ©curitĂ© privĂ©e donnant aptitude professionnelle mention "armes"Combien gagnez vous par mois en brut ?Mon espace securitas, planning par le net problemesCQP CONVOYEUR DE FONDSsalaire d'un convoyeur de fondstout sur La sĂ©curitĂ© privĂ©e au Luxembourg brinks embaucheSupression de la publicitĂ© sur le forumVous pouvez soutenir ce forumSeriez-vous intĂ©ressĂ© pour rejoindre une sociĂ©tĂ© militaire privĂ©e Sujets les plus actifsMontrez nous votre compagnonPersonnel fĂ©minin dans la sĂ©curitĂ© privĂ©e

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